Jake lit "Die Hunde von Riga"

Berlin, quartier de Mitte, dans la cuisine de Jake et Malcolm, le 2 octobre 2007.

Jacob, 27 ans, Américain, professeur d’anglais et barman. Vit à Berlin (Mitte).

Comme vous l’avez peut-être compris, Jacob, dit Jake, vit en colocation avec Malcolm – le musicien prof d’anglais qui adore lire Moby Dick sur le trône.

Dès qu’il a un moment, Jake dégaine un bouquin. Allongé sur le canapé, les jambes croisés. Sur son pouf rose fluo au milieu du salon. Des romans et des essais rédigés dans toutes les langues (anglais, allemand, français) jonchent le sol de sa mezzanine. Bref, Jake aime lire, et dans le texte, s’il vous plaît!

Je le retrouve bizarrement dans la même position que Malcolm lors de son interview : assis à la table de sa cuisine pour lire son roman à la lueur d’un spot.

Interview obligatoire! Et en français, en plus!

Qu’est-ce que tu lis?

Die Hunde von Riga d’Henning Mankell (en allemand).

Une phrase que tu aimes dans ce livre :

« Es fiel ihm immer noch schwer zu begreifen, dass es keinen Staat namens DDR mehr gab, dass ein ganzes Volk, dass Ostdeutsche, aufgehört hatte zu existieren. »

Traduction (toute personnelle) : « Il lui était encore difficile de comprendre qu’il n’y avait plus d’état appelé RDA, qu’un peuple tout entier, celui de l’Allemagne de l’Est, avait cessé d’exister. »

Pourquoi ce livre?

Parce que c’est le deuxième de la série policière et que j’ai lu le premier. Enfin, ce n’est pas réellement une série car l’ensemble des livres n’a pas de titre général, mais les histoires ont toutes le même inspecteur de police, Kurt Wallander.

Beaucoup de gens m’avaient dit que Mankell est un bon écrivain. C’est un auteur suédois.

Le livre est traduit en allemand et je veux lire en allemand pour progresser. C’est un policier, donc le suspense me pousse à continuer ma lecture : parfois, quand tu lis dans une deuxième langue, c’est assez lent, tu ne lis pas aussi vite que dans ta première langue. Avant, quand je lisais d’autres livres en allemand, ça ne marchait pas très bien. Maintenant que je lis des policiers, la motivation est plus grande.

Les chiens de Riga ( traduction de « Die Hunde von Riga ») : ça se passe en Lettonie, cette histoire?

Pas encore, les héros sont toujours en Suède, mais je pense qu’ils vont bientôt aller en Lettonie, oui. C’est pour ça que la phrase que j’ai choisie est intéressante, parce qu’elle évoque la période de l’ouverture des pays de l’Est au reste du monde. Je pense que le livre va être intéressant : ça parle beaucoup de la criminalité, de la mafia des anciens pays soviétiques.

Ca raconte quoi, ce bouquin?

Un canot de sauvetage a échoué sur la côté suédoise. Dedans, il y a deux mecs qui ont été assassinés. Personne ne sait d’où ils viennent ni qui ils sont. C’est intéressant : le meurtrier les a tués, puis les a habillés avec leurs smokings. C’est un peu bizarre. Pendant l’autopsie, il a été découvert que leur dents ont été soignées par un dentiste de l’ancien bloc de l’Est (cela se voyait car la façon de travailler était très différente). On reconnaît donc que les deux gars viennent du bloc de l’Est et qu’on les balancés dans un canot jusqu’à la Suède.

A ce moment là, Malcolm délaisse un instant sa vidéo hurlante de Led Zeppelin et intervient : « He’s telling you crap! » (Il te raconte des conneries!). Nous rions bêtement. Berlin, ça rajeunit. Malcolm nous présente un des ses amis anglais, mixte de Pete Doherty et de Hugh Grant, humour anglais à fond. Ils nous saluent et s’en vont à une soirée « coke et joints » en déplorant l’absence de gâteaux et de jus de fruits.

Comment ce livre est-il arrivé dans tes mains?

Je l’ai emprunté à Annika, la soeur de Katrin, mon ex-copine. Elle possède trois romans de la série. Elle va me prêter le troisième, j’en suis sûr. Ca me plaît, j’ai aimé les deux premiers.

Et maintenant, qu’en penses-tu, de ce livre?

J’ai lu 104 pages en cinq jours. Ce n’est pas très rapide, mais en allemand, c’est déjà pas mal pour moi. C’est facile à lire, c’est marrant, le style est classique des romans policiers… En fait non, ce n’est pas classique. Le héros, Kurt Wallander, a plein de problèmes, des problèmes de famille : son père est très vieux, sa femme vient de le quitter, il ne parle plus à sa fille et chaque fois qu’il est en mission, il a des accidents. Il est maladroit. C’est un anti-héros!

Pour l’instant je ne sais pas encore vraiment quoi penser de ce livre. Il faut que je finisse un livre pour le juger. Pour le premier par exemple, j’ai aimé le début de l »histoire, mais la fin traînait en longueur. Là, c’est le contraire.

A mon avis, cette suite de romans n’est pas conçue comme une série, car chaque opus a une fin en soi.

Pour le style d’écriture, je dirai que c’est un peu comme Fred Vargas, en France.

Ce qui est drôle, c’est que j’ai commencé à lire des livres policiers par motivation pour apprendre l’allemand et maintenant, je suis fan de ce genre. D’ailleurs, j’ai toujours adoré les films noirs aussi, comme Touch of evil d’Orson Welles…

Quel est ton livre préféré?

Impossible de choisir! Bon, il y en a deux que j’ai vraiment lu et relu : The great Gatsby (Gatsby le Magnifique) de Fitzgerald et A moveable feast (Paris est une fête) d’Hemingway.

C’est drôle, ces deux livres sont contemporains l’un de l’autre…

Ce style d’écriture très sincère, très direct était nouveau pour l’époque et a été créé par ces deux écrivains, Fitzgerald et Hemingway. L’atmosphère de ces deux romans me plaît. C’est « la bonne vie »… Les deux livres parlent de ce qui est important dans la vie. Ca m’a vachement influencé quand j’étais jeune. J’habite à Berlin pour vivre comme ces héros, peut-être. Ici il y a toujours des gens un peu fous, des personnages… ici, tu peux sortir et boire tous les soirs… faire n’importe quoi, un peu! La vie d’expatrié, quoi.

Maintenant, fais-moi une grimace inspirée par Die Hunde von Riga!

Tu fais l’assassin, ou le policier maladroit façon Pierre Richard dans « La chèvre »?

Et désormais, Jake sera pour moi…

Quelqu’un à qui je pourrai offrir un Agatha Christie traduit en magyar…

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5 Commentaires

Classé dans interviews de lecteurs

5 réponses à “Jake lit "Die Hunde von Riga"

  1. L'apprentie allemande

    Très intéressant comme entrevue! Non seulement du point de vue littéraire, mais aussi de la façon dont Jake a fait entrer la lecture en allemand tranquillement dans ces choix de livres. Très constructif pour moi… Merci!

  2. Magda

    Merci, l’apprentie allemande! Jake, qui est prof de langues, serait ravie de se rendre compte que sa conscience professionnelle s’étend jusqu’à mon blog et à mes lecteurs!

  3. Hasard

    la rue, les livres, les questions. Je suis curieux.

  4. mo

    bonjour!
    je découvre ton blog avec plaisir, surtout que je tombe pile au moment où tu parles de Berlin, que j’adore! j’aime beaucoup cette idée d’interroger des lecteurs. quand je lis en « étranger » je vais moins vite aussi, mais c’est compensé par le plaisir d’entendre une musique différente!

  5. Magda

    hasard : merci! moi qui suis une nouvelle fan de ton blog, je suis flattée par ta curiosité.

    mo : quel bon goût! hé oui, ôur moi, les amis de vos amis sont mes amis, les gens qui aiment Belrin sont mes amis… ;-) quant à lire en « étranger », c’est vrai que ça apporte énormément de choses… surtout quand on zappe un peu le dictionnaire pour se laisser guider par la musique des mots comme tu le dis si bien!

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