Les fées investissent dans le terrain vague

Märchenhütte

Avez-vous déjà rêvé de vous retrouver assis dans le chalet des fées, à écouter Mère-Grand vous conter les riches heures de la Belle au bois dormant et les ruses du Chat Botté, tout en vous réchauffant avec une bonne tasse de vin chaud ?
A Berlin, c’est possible et ça coûte cinq euros.
En février de l’année dernière, j’étais en vacances ici à Berlin avec une autre amie comédienne. Nous déambulions dans une petite rue du centre de la ville quand, au loin, dans la brume teutonne, nous fûmes attirées par une petite lueur bleue, comme celle du conte de Grimm. On s’approche. C’est une petite cabane digne de celle de Blanche-Neige (de quoi me mettre au comble de la joie) bâtie au milieu d’un terrain vague. Comme Hansel et Gretel, mon amie et moi poussons la porte de la maison de bois. Blanche-Neige en personne (une petite brune, quoi) nous accueille, charmante, souriante, attelée à son fourneau sur lequel mijote un vin chaud aux épices. On s’assoit. Sur une scène fabriquée avec quatre bouts de bois, surgissent tout à coup Hansel et Gretel, la sorcière, le loup, le Petit chaperon rouge, la grand-mère… Des comédiens survoltés disent et jouent les contes – dans des versions bien peu édulcorées… Ils sont fous, ils sont jeunes, ils improvisent, hèlent le public, bondissent, soufflent sur les bougies, créent des atmosphères magiques, nous font hurler de rire surtout. Ils font passer le chapeau, comme des comédiens ambulants – et d’ailleurs, la cabane sera bientôt mise sur roulettes pour partir en Pologne, prochaine étape de ses pérégrinations européennes.
Cette année, j’apprends que la cabane, qui s’appelle la Märchenhutte, a élu domicile dans un petit jardin public, Monbijoupark. Je retrouve la Belle au bois dormant, les ogres et les autres, dans une cabane qui a doublé de volume. On laisse cette fois une obole de cinq euros. Les gens se bousculent, ça réserve, ça s’engueule pour avoir une table. Le succès ne leur est pas monté à la tête pour autant. Pour nous, hier, la soirée s’est noyée dans le prosecco* en discutant avec un des acteurs de la folle troupe, un Roumain qui parle mille langues et qui sur scène, ne donne pas sa part au chien, comme disent mon père et les Deschiens. Le serveur – l’homme au vin chaud- se déclare philosophe politique, en français. C’est lui qui plus tard, nous inondera de sa bonne humeur et de son vin italien* qui pétille, comme les yeux de toutes les personnes qui ont pu applaudir cette troupe vivante, chaleureuse et débrouillarde.
C’est ça aussi, le théâtre à Berlin.

A consommer avec modération, bien évidemment, sous peine de finir comme moi, encagoulée telle le Kenny de Southpark, en train d’alimenter le feu dans le fourneau de Tom (le serveur foufou, à droite), ce qui afflige Vlad (l’acteur Roumain qui fait semblant de ne rien voir, tout à droite).

kenny.jpg

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15 Commentaires

Classé dans Ma vie littéraire

15 réponses à “Les fées investissent dans le terrain vague

  1. Sympa, le théâtre à Berlin! Et le prosecco, yummy!:))

  2. Sympa en effet.
    Je te verrais bien écrire un de ces jours un billet sur « la décadence d’une Française à Berlin »…
    ça commence toujours comme un petit conte (beuverie dans la cabane de Blanche-Neige « sujet pour un petit conte »)

  3. J’adore le titre de ce post. Ca a l’air petillant, tout ca! Et puis, « Monbijoupark », ca ne s’invente pas…

  4. @ Fashion : oui, prosecco et théâtre font bon ménage, je vais tenter de lancer la mode à Paris, les spectateurs se lâcheront sûrement plus sur les applaudissements! Qui sait, on arrivera peut-être à leur arracher une standing ovation?

    @Rox : mmmh en voilà une bonne idée, je retiens!

    @Périph : entre le château « Bellevue », le château « Sans-Souci » et le parc « Monbijou », à Berlin les Français se gondolent…

  5. ah bravo

    vive le prosesco

    ça va le lendemain? comment allait la tête?

  6. Cabane, contes, vin chaud aux épices, feu de bois, comédiens, estrade de fortune, serveur de bonne humeur … que du plaisir!

  7. @Stéphane : le lendemain, comme d’hab, c’était rude. On se fait vieux…;-)

    @Sylvie : oui, c’est vraiment magique, et franchement, il faut importer cette cabane en France!

  8. Mo

    c’est marrant, sur la photo on dirait qu’on voit à travers toi… Le deuxième effet cabane-des-contes : devenir un esprit malicieux, un petit farfadet translucide ?

  9. @Mo : oui, tu as vu ça? C’est l’effet « flash pour portrait de nuit »… étrange! C’est peut-être aussi le deuxième effet prosecco, qui sait!

  10. Dommage que tout ceci ne se déroule pas par chez moi, je trouve cette cabane très sympa !! ;-)

  11. Merci Magda… On compte sur toi pour continuer à nous raconter tout ce qu’on rate en étant là ou on est et pas ailleurs ;)
    C’est vrai que ça fait envie. Mais ici, la neige tombe, les pentes sont raides, et les spatules me démangent. Fais-toi plaisir là-bas, on se charge d’ici !
    Bien à toi.

  12. @Fafa : merky!

    @Florinette : moi aussi, je voudrais qu’on ait ça en France… il faut que quelqu’un se dévoue pour me construire une cabane, moi je m’occupe de la mise en scène, et on vient par chez toi!

    @Don : oh le jaloux! ;-) Mais toi, tu as de la neige, et ça aussi c’est féérique! Bon ski!

  13. Oh Berlin! you never cease to amaze! Tres sympa le coup de flash sur une photo lente, c’est une ambiance decalée et decadente. Je repasse regulierement voir ton site, quel plaisir de le lire.

  14. @Tania : merci pour ton commentaire! Je vois que rien n’échappe à ton oeil de photographe exercé.

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