Vivre dans 15 mètres carrés avec Sartre et un chat obèse

Parfois la vie est une garce, une mère fouettarde habillée de latex rouge qui rigole doucement, et qui prolonge les travaux de votre appartement au point de vous envoyer croupir dans quinze mètres carrés avec un chat qui doit être le cousin de Garfield.

Me voilà donc sur un couvre-lit tendance kurde. Bien établis dans leur vis-à-vis théâtral, mes voisins dissèquent le moindre de mes mouvements et hurlent les uns sur les autres en écoutant Dave et la Nouvelle Star. C*, le chat qui partage mon existence depuis quelques mois, et dont je préfère protéger l’anonymat (c’est une bête délicate et susceptible) prend soudain des proportions gargantuesques dans ce cube de cinq mètres sur trois. Affalé au bout du futon, il dort paisiblement en dépit des intrigues qui se trament dans la cour (une mère hurle sur son fils qui n’a pas fait ses devoirs, un bonhomme s’amuse à cracher dans les plantes vertes du voisin du dessous). J’ai l’impression d’avoir le Mont Sinaï à mes pieds avec cette boule de poils grise qui ronronne en salopant mon collant résille. Sans télé, ni radio, je valse autour de ma fenêtre pour tenter de voler le wi-fi à mes voisins hurleurs. Je suis donc rejetée dans le néant intersidéral. Quoi? Carlos est mort? Ah bon? Quand?

Mais voilà que sur une petite étagère planquée sous des amas de vêtements, bourrée à craquer de livres de droit – beurk- je dépoussière un titre. Les mots de Jean-Paul Sartre. Je sourcille. P… mais je ne l’ai jamais lu, celui-là! « J’ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres ». Tonton Sartre n’était pas loin, tout simplement dissimulé dans un coin, et il me clignait de l’oeil.
Ce roman est autobiographique comme on le sait. Et là je découvre que JP était un rêveur orgueilleux et dépourvu de confiance en lui, qui dialoguait avec le Saint-Esprit en lui demandant pourquoi il l’avait choisi, tout en se trouvant plus que nul. Je ris, je ris, je ris. Les angoisses de l’ancien enfant-écrivain me font du bien, relativisent mes peines d’auteur emprisonnée dans mon cube montmartrois. Sacré JP.  Il y a des auteurs dont le plus grand talent est de vous faire croire que vous en avez autant qu’eux. Et que vous pouvez y arriver. Au boulot!

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16 Commentaires

Classé dans Ma vie littéraire

16 réponses à “Vivre dans 15 mètres carrés avec Sartre et un chat obèse

  1. « Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui. »
    Lu à 17 ans, ce livre a eu l’effet d’un véritable détonateur sur moi. Il est divisé en deux parties, « lire » d’abord, « écrire » ensuite, ce qui comme tu le dis sous-entend qu’il suffit de bien faire son boulot de lecteur pour bien faire son boulot d’écrivaillon.
    J’avais lu La Nausée juste avant, j’ai attaqué L’Être et le Nénant juste après ; jeune et fougueux…
    Mais Les Mots, oui, c’est l’un des grands livres du XXè s.
    :)

  2. « L’Être et le NéNant » ?!
    … n’importe quoi, ces fautes de frappe… ça n’a plus du tout l’air sérieux, comme bouquin, avec un titre pareil… … :/

  3. tres bien

    et ce billet sur la catherine tres bien aussi

    en espérant que ton caht ne t’etouffe pas

    :)

  4. Beau (et drôle) billet. Quand à JP, comme tu ne nommes, honte à moi, je ne l’ai jamais lu… Il n’est jamais trop tard, cependant, et tu es bien la première à m’en donner envie !

  5. A chaque fois que je lis tes posts, je crois lire à chaque fois un début de roman: tu écris si bien ;-)

    Vivement que les travaux dans ton appart se terminent alors! Bises!

  6. Je ne l’ai jamais lu non plus, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire ! ;-)
    Bonne journée Magda !

  7. Ah ce livre est un de mes premiers coups de coeur littéraires:)
    Oui Carlos est mort d’où mon hommage lors de mon dernier com avec ce pseudo muet mais ô combien musical!
    bisettes

  8. Et encore ! « Les mots », ce n’est rien ! Vous devriez essayer « la Nausée », puis l' »Etre et le Néant » : vous finiriez peut-être par vous pisser dessus.

    Clopine (bon, allez je plaisante,mais je ne suis quand même pas d’accord avec vous, hein.)

  9. Il y a un texte remarquable de Jean-paul Sartre que je ne cesse de relire, il s’agit du séquestré de Venise, son ouvrage inachevé sur le peintre Tintoret.
    « Tintoret la foudre, navigue sous pavillon noir ; pour ce pirate véloce, tous les moyens sont bons avec une préférence marquée pour les coups bas… »

  10. @ Nicolas BàL: heureusement qu’on est d’accord sur Sartre, parce que je sens qu’on va s’engueuler sévèrement dans le billet du dessous. héhé. J’adore.

    @ Stéphane : il ne m’étouffe pas Dieu merci, je ressemble juste à un yéti grâce à lui, mes jambes ont l’air de deux saucissons aux herbes de Provence ;-) Classe.

    @ Liliba : ah, je me suis rattrapée après Catherine Millet alors! youpi. Tu verras. »Les mots », c’est le livre qu’il faut mettre entre les mains de tous les blogueurs littéraires.

    @ Trinitty : ma chère Trinitty là j’ai les joues tellement roses de fausse modestie que je ressemble à une poupée russe poilue (merci le chat!)

    @ Florinette : hello miss! Oui, il faut lire ce bouquin… il est très vite lu en plus (c’est presque dommage) et on le trouve en poche.

    @ Roxane : tu es sur tous les fronts de l’actualité chère Roxie…

    @ Clopine Trouillefou : hey, commentaire au vitriol! N’empêche, c’est vous qui m’avez bien fait rire. J’aime l’humour cinglant et… celui de Sartre. Soit dit en passant j’adore votre pseudo et votre blog m’a l’air de valoir le détour…

    @ Mohamed : bienvenue vous aussi! Merci pour ce ravissant passage sur Tintoret (qui est l’un de mes grands favoris).

  11. c’est marrant, le titre de ton billet m’a tout de suite attirée ! Parce que j’emmennage sous peu dans un 15m2 avec un chat plus-si-obèse-que-ça-mais-qui-continue-de-faire-pipi-sur-le-
    canapé, sauf que Sartre ne viendra pas avec moi.
    j’ai lu « les mots » pourtant, l’année dernière. Un de tous premier post de mon blog. Je m’en souviens très bien. J’avais trouvé ça bien mais chiant.
    Et tu arrives à me donner envie de le relire dis donc !!

  12. @ Emeraude : peut-être l’as-tu lu trop jeune! Ca arrive. C’est comme ça que je me suis mise à détester Pouchkine pour l’avoir lu à l’adolescence, alors que je n’étais pas prête pour ce type d’écriture. En tous cas, bon courage pour ton emménagement! :-)

  13. Les mots, c’est, paraît-il, le livre qui explique tout ce qu’a écrit Sartre. Je me contente de le trouver très bon. Meileur, bien meilleur que les autres. Plus riche que La Nausée (qu’il voulait appeler Melancholia, le saviez-vous ? Heureusement, son éditeur avait son mot à dire) . Et je ne parle pas de « l’Etre et le Néant ».
    « Les mots » sont un petit bonheur. Peut-être le seul moment où le lourd Jean-Sol Partre a bien voulu lâcher le petit Jean-Paul.

  14. @ Georges F. : personnellement je ne connais que son théâtre (par la force des choses) et je n’en suis pas vraiment mordue. Je le trouve un peu vieilli, en dépit de ses thèmes éternels. La philosophie me rebute un peu, voilà pourquoi je n’ai jamais ouvert « La Nausée » ni « L’être et le néant ». Peut-être un jour. Avec « Les mots », c’est vrai, Sartre m’a raconté sa plus belle histoire – jusque là.

  15. Je n’arrivais pas à « aimer » Sartre. Les mots ont arrangé les choses…

  16. @ Auteure : je crois que c’est le cas pour beaucoup de monde. Il aurait peut-être dû plus souvent se pencher sur son enfance!

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