Lire en vadrouille

Calliope, muse de la poésie épique

Que lire en voyage?

L’été arrive, votre épilation est impeccable, vos quinze maillots de bain sont soigneusement entassés dans une petite valise à côté de quinze tubes d’écran total. Vos livres sont tous empilés par terre autour d’une table basse, d’un canapé, d’une imprimante en déroute qui attend ses cartouches d’encre. Il faut en emporter un (hors le guide de la Grèce et de ses îles, le Lonely Planet d’Athènes et Ecrire, tourner et monter en numérique léger soit le guide de la réalisatrice en herbe).

Quel est le livre qui saura accompagner cet étrange voyage vers la Grèce que j’entreprends armée d’une caméra HDV et de J., ma belle amie actrice qui va devoir subir toutes les élucubrations de mon imagination de metteur en scène? J’ai pensé relire l’Odyssée, tout simplement. Mais j’avais envie de nouveauté.

Mohamed m’envoie dans un commentaire cette citation de François Bon qui concerne Walter Benjamin : « que cherche-t-on d’inaccompli pour soi-même à se faire suivre de tel ou tel livre, sinon pour ce qu’il recèle de cet inaccompli ? » Bonne question. Quel est le livre après lequel je cours et auquel j’ordonne de me suivre? Moon Palace, de Paul Auster, et ses errances (au propre comme au figuré)? Les liaisons dangereuses et ses jeux charnels, pour finalement tendre à la plus pure relation amoureuse? Où est la brèche dans ce voyage grec, la brèche dans laquelle je pourrai glisser des mots qui m’éclaireront sur moi-même?

Et vous? Quel est ce bouquin qui vous fait courir, qui parle vraiment de vous et de vos fêlures?

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17 Commentaires

Classé dans Ma vie littéraire

17 réponses à “Lire en vadrouille

  1. Je ne l’ai jamais rencontré… Elles doivent être trop vastes pour être contenues dans un seul titre… ;)

  2. Quel est le livre après lequel je cours et auquel j’ordonne de me suivre? En fait, il y a deux livres après lesquels je cours depuis si longtemps. Tout d’abord, L’âge d’homme de Michel Leiris. Michel Leiris écrit comme un chirurgien, de manière précise et ordonnée. Les mots ajoutés par lui dans une phrase semblent à la lecture non superflus et à leur juste place. Il a le merveilleux don de s’exprimer sans emphase et avec clarté, en somme tout ce que je ne suis pas. Voilà pourquoi j’aime sa fréquentation, il me permet de réfléchir différemment et cela m’aide beaucoup dans mon écriture trop souvent attirée par l’exhibition et peu par la distance.
    Ensuite, La promesse de l’aube de Romain Gary. Le parcours de ce fils d’immigré, né en Lituanie, élevé par une mère qui plaçait en lui de grandes espérances m’a souvent interpellé. La lecture des Promesses de l’aube m’avait bouleversé durant mon adolescence, à un âge où l’on se construit, se cherche un modèle, se pose de multiples questions sur son identité.

  3. holden

    le « catcher in the rye » de Salinger… A lire dans sa musique originale. Il ne faut pas y voir une marque d’affectation élitiste, mais le fait est que dans la traduction française, le ton s’est affadi, ça ne résonne pas de la même façon.
    Encore un autre, « Trois chevaux » d’Erri de Luca. Son style est limpide, plein d’une épure à même de révéler l’essentiel.
    Bonnes vacances à toi en tout cas. Peut-être aurons nous droit à ton retour à quelques extraits de tes films…

  4. Fafa

    Tout ceux que j’aime me touchent. Je ne prends pas de livres en vacances je les achète sur place – dans les gares ou les aéroports si vraiment je crains de ne rien trouver à lire à l’arrivée mais ce n’est jamais le cas. C’est toujours une rencontre un livre, et où que j’aille j’en rencontre toujours un adapté à mon voyage.

    Quant à un livre qui parlerai vraiment de moi j’hésite dois je évoquer les romans lus dans mon enfance et qui m’ont tellement marquée ? Ceux que je lis en ce moment et qui me plaisent autant mais seront moins « décisifs » ? Ceux qui m’ont fait pleurer parce qu’ils sont si bien écrits ?

    Peut être que Cioran et les accords atones sur lesquels il plaque un désespoir infini parlent un peu de moi ou Georges Bataille et sa quête extatique, ou peut être Kierkegaard qui a écrit un livre dont le titre est la dernière phrase qu’un homme m’ait dite et aucun des deux ne l’aura fait exprès.

    Je ne saurais te dire.

  5. Des livres qui m’ont beaucoup touché à un moment, et parlé à ce que je suis, je pense à « L’oeuvre » de Zola, je pense à « Narcisse et Goldmund » de Hesse. Je pense aussi à « Une désolation » de Reza, pourtant je ne suis pas fan du tout de Reza, mais ce livre là parle à quelque chose en moi, ou parle de quelque chose de moi.
    Quand je pars en voyage, j’ai toujours peur de manquer de lecture, ou alors que si j’en prends un seul, il ne me plaise pas. Du coup, j’en prends plusieurs!
    Neige (Amandine/la neige des mots).

  6. Mo

    En ce moment, je me retrouve de façon troublante chez Yoko Ogawa. Peut-être particulièrement dans « L’Annulaire », mais les trois que j’ai lus jusqu’à présent sont moi ; c’est très étrange.
    La pureté de son écriture, sa simplicité efficace et dérangeante qui sont mon idéal, ses personnages et leurs félures, les ambiances et les lumières…

  7. @ Fashion : c’est vrai que je constate toujours, en lisant ton blog, que tu lis à une vitesse impressionnante et un nombre de titres effarant!!! :-)

    @ Mohamed : deux livres que je n’ai jamais lus, et qui me tentent bien. Peut-être pas pour ce voyage grec, cela dit ;-)

    @ Holden : ah, Salinger, je n’en ai jamais rien lu! Il faut que je commence, ça fait longtemps que j’y pense… en VO bien sûr, je suis une puriste également, je déteste lire en français ce que je peux lire dans le texte – comme pour les films. Quant aux extraits de films, alors… ça je ne sais pas encore!

    @ Fafa : beau choix d’auteurs… un peu déprimants cela dit, tous ces messieurs. Je me souviens en particulier que « Ma mère » m’avait plongée dans un désarroi étrange! C’est effectivement chouette d’acheter ses livres à la gare – les librairies ont fait des efforts, vive le Folio. J’avais acheté à la dernière minute « Aurélien » d’Aragon l’été de la canicule, et c’était inoubliable, parfait.

    @ Neige : « L’oeuvre » et « Narcisse et Goldmund »! Deux livres qui m’ont marquée à jamais. Le livre de Hesse en particulier exprime très bien les contradictions des êtres, ses envies paradoxales, ses désirs spirituels refoulés… j’adore. Et « L’oeuvre » est tout simplement le désespoir de l’artiste dans toute sa splendeur (je connais bien ça, quoique cela soit moins violent tout de même). Le Reza, je ne l’ai jamais lu.

    @ Mo : un auteur japonais, justement, c’est peut-être ça que j’ai envie d’emporter avec moi cet été…

  8. Fafa

    Pas si déprimants que ça, ils sont dotés d’une énergie vitale hors du commun, je crois bien qu’il en faut pour être capable de se frotter à ce point à tant de mélancolie et de tristesse.

  9. Emporte « Les Amants du Spoutnik » de Haruki Murakami. C’est japonais, ça raconte une relation ambigue entre deux femmes, ça se passe en partie en Grèce, ça parle de quete et de felure intérieures et, comme c’est du Murakami, c’est surréaliste et troublant à souhait. Qui dit mieux ;) ?

  10. @ Fafa : c’est vrai, et pour sublimer sa neurasthénie et l’écrire, il en faut de la vie… je suis d’accord.

    @ Agnès : alors là, ça me paraît absolument parfait. Je file l’acheter. Bravo Agnès!

  11. Pour un voyage en Grèce, l’Iliade c’est presque aussi beau que l’Odyssée pour un voyage en Méditerranée (je sais, je sais, l’Iliade ne se passe pas en Grèce, mais c’est tellement grec). Pour les autres voyages, un recueil de poèmes (Baudelaire, ou Verlaine, au premier rang).

  12. @ Georges F. : c’est vrai que je n’ai jamais lu l’Illiade, ç’aurait été parfait, tout bêtement. Finalement, n’ayant pas eu le temps de passer à la librairie, j’emporte « Drop City » de T.C.Boyle, en VO. Une histoire de communauté hippie, c’est très « summer of love », non?

  13. J’imagine qu’on peut retrouver un peu de mes fêlures dans tous les livres que j’aime profondément… peut-être est-ce que je me reconnais le plus dans le personnage de Joe Christmas, de « Light in august » (de Faulkner) : blanc parmi les noirs et noir parmi les blancs ? Je ne suis pas métisse, mais cette incapacité à chez soi quelque part, je la retrouve… enfin bref, ça mériterait plus qu’un commentaire : un article entier. Je continue à peiner à trouver le livre qui me fait courir (comme tu dis). Sans doute s’il existait n’en écrirais-je pas moi-même…

  14. Là je pars sur un tournage pour un mois, je ne sais pas si on peut appeler ça des vacances mais j’ai pris 5 romans, et je finirais par lire des pièces de théâtre et des revues comme d’hab!

    Le bouquin qui me poursuit « Mrs Dalloway » et Virginia Woolf en règle générale. La femme écrivain et le suicide en filigrames ne m’abandonnent jamais.

  15. @ Thom : je n’ai jamais lu de Faulkner, c’est une véritable honte. Je ne tiens pas de PAL (à part dans ma tête) et je crois que je devrais m’y mettre. Je rate plein de choses. Et le livre dont tu parles a l’air mystérieux et passionnant.

    @ Rooxane : génial, cinq mois de tournage! je veux tout savoir, raconte! En tout cas, femme écrivain et suicide… il faut que je te fasse rencontrer Périph en chair et en os, il y a une affinité évidente! Tu as lu Sylvia Plath déjà?

  16. Une seul ? Difficile à dire, mais je crois qu’ « À rebours » donne une idée de pas mal de fêlures.
    Il serait toutefois juste de rajouter le « recueil » de textes chantés par Bashung sous le disque « Fantaisie militaire », et là on commence à faire le tour de bien 2/3 de mes fêlures.

    Une centaine d’autres bouquins seraient nécessaires pour m’approcher du total, mais jamais aucun je crois ne le fera vraiment. Même en les aditionnant tous. Mais est-ce nécessaire ?

    Il me semble en tout cas que l’écriture de Magda et ses sujets de prédilections effleurent aussi une bonne part de mes fêlures et plaisirs. Je suis déjà conquis par la lecture de quelques lignes (un comm’, je crois chez Thom, Pif ! puis un lien suivi directos ici, et la lecture rapide des premières images et articles et Paf !).
    Arf, je sens que je vais encore tomber amoureux (tututut’ aucune mégarde, il s’agit d’un amour pour une plume et la personnalité qu’elle révèle ; ce sont parfois des mecs, d’autre fois des filles qui me scotchent).
    Il va falloir que je me programme cet été une visite appuyée de ces pages avant de recommencer à commenter ici, je suis tellement chien dans un jeu de quilles moi, qu’il vaut mieux que je prennes des précautions quand on sollicite avec justesse ma sensibilité.

  17. @ Christophe : cher Christophe, bienvenue et merci pour ce beau commentaire! Que de compliments, je suis flattée. J’espère ne pas décevoir un nouvel amoureux dans mes prochains billets. Et si tu es venu par Thom, alors on va bien s’entendre. J’espère à très vite!
    PS : « A rebours », tout le monde m’en parle, encore un bouquin que je n’ai pas lu -je n’ai à vrai dire rien lu de Huysmans- mais cela arrivera sans doute au détour d’une librairie.

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