Cyrano et Marina – le panache est mort

Cyrano de Bergerac aurait fait un bon président de la république, droit, intègre, et fort, si on l’écoute se confier à son ami Le Bret : « Avoir un ventre usé par la marche ? Une peau qui plus vite, à l’ endroit des genoux, devient sale ? Exécuter des tours de souplesse dorsale ? …
non, merci. D’ une main flatter la chèvre au cou
cependant que, de l’ autre, on arrose le chou,
et donneur de séné par désir de rhubarbe,
avoir son encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
devenir un petit grand homme dans un rond,
et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ? »

Je ne sais pas pour vous, mais quand je lis cela, j’ai vraiment l’impression qu’Edmond Rostand ne pourrait supporter le règne du « petit grand homme dans un rond » que nous vivons actuellement. Comme vous l’avez certainement entendu ces derniers jours, notre cher Président, pour flatter son acolyte Silvio Berlusconi, lui a littéralement vendu une réfugiée italienne qui vit depuis quinze ans en France, du nom de Marina Petrella.

Certes, Marina Petrella était membre des Brigades rouges qui commirent des actes terroristes en Italie dans les années 1970 et 1980. Une belle tache sur le CV de la citoyenne idéale! N’empêche : elle s’est acquittée de huit ans de prison dans son pays natal, avant de renoncer à toute forme de violence et de trouver asile en terre française en 1993. Mère de famille et assistante sociale, Marina Petrella n’a plus rien d’une poseuse de bombes. Arrêtée en 2007 en France, elle croupit dans une geôle et se laisse mourir de faim. Nicolas Sarkozy a décidé son extradition vers l’Italie le 9 juin dernier. Ce qui signifie, naturellement, la prison à vie pour une tranquille mère de famille âgée de 54 ans. De l’autre côté, tout sourire, notre bon président promet l’asile aux membres des FARC repentis…

Si le nez de Cyrano avait pu flairer tout ce qui se trame en France en 2008! Une parole donnée est une parole d’or, n’est-ce pas? Ce n’est pas notre petit Nicolas qui pourra dire, à la fin de son mandat :

Il y a malgré vous quelque chose
Que j’emporte, et ce soir, quand j’entrerai chez Dieu,
Mon salut balaiera largement le seuil bleu,
Quelque chose que sans un pli, sans une tache,
J’emporte malgré vous,

[…]
Mon panache.

Marina Petrella est aujourd’hui gravement malade et en danger de mort dans sa cellule française. Si vous souhaitez vous opposer à ce que notre pays la livre pieds et poings liés à la « justice » de Silvio Berlusconi, vous pouvez signer la pétition sur : www.ldh-france.org et www.paroledonnee.info.

Un rassemblement aura lieu le jeudi 24 juillet 2008 à 18h30 au parvis de Beaubourg à Paris (métro Rambuteau, près du Centre Georges Pompidou). Que tous les défenseurs des droits de l’homme et d’une certaine dignité française s’y retrouvent s’ils le peuvent.

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32 Commentaires

Classé dans Mal rangé

32 réponses à “Cyrano et Marina – le panache est mort

  1. Je ne serai pas à Paris pour le rassemblement et là où je suis, je soupçonne les vaches d’avoir voté pour Napoléon:(

    Je t’embrasse, à plus

  2. Merci Roxane d’être là pour défendre Marina – j’ai l’impression que ce billet fait peur ou indiffère : pas un commentaire à part le tien. C’est pourtant sur ce billet que j’aurais aimé que les gens se mobilisent. Espérons toutefois qu’ils le liront! Bon tournage!

  3. il manque de brigades rouges en ces temps si sombres

    merde à ce petit con

  4. Mo

    je ne comprends pas: si elle a déjà fait huit ans de prison, pourquoi vouloir l’y remettre?
    De toute façon, la question n’est pas celle de la culpabilité ou non de la dame (ou des autres Italiens concernés), c’est celui du respect de la parole donnée par la France, qui transcende NS, mais il doit avoir du mal à comprendre ça. Je vais faire l’historienne de service, mais une petite (re)lecture des « deux corps du roi », de Kantorowicz, ne ferait pas de mal à certains…

  5. Toujours la politique de la tolérance zéro…
    Sarko a demandé à Berlusconi de gracier Marina, facile après avoir autorisé son extradition, et l’avoir remise en détention.
    « Les mesures de clémence ont toujours été aux fondements des démocraties. Elles fixent la limite de ce qui est socialement acceptable. Les attentats commis par les résistants étaient légitimes sans être légaux ; les brutalités des nazis étaient légales sans être légitimes. La révolte des communards a heurté les sensibilités du temps, y compris celle d’un Victor Hugo, mais c’était une violence politique qui ne pouvait pas être assimilée à celle de criminels de droit commun.
    Confondre les crimes de sang de droit commun, les crimes contre l’humanité imprescriptibles et les crimes des égarés d’une violence politique mal utilisée, n’est pas raisonnable. Car amalgamer ces transgressions revient à renoncer à tout contrôle de l’arbitraire répressif des pouvoirs étatiques. »
    Extrait d’un article très intéressant :
    http://www.monde-diplomatique.fr/2007/05/WAHNICH/14695

  6. holden

    pour répondre à ta déception magda, les commentaires ne sont pas d’une grande utilité en cette affaire : tu as tout dit. Reste la question de savoir comment faire pour peser sur la décision des gouvernants… Surtout quand une grande partie de l’opinion publique se dit que « quand même, elle a tué des gens »…
    C’est comme pour Battisti…
    C’est quelque chose de bien ancré dans la tête des gens : quelqu’un qui a fait du mal, demeure quelqu’un de mauvais, et n’aura jamais soldé sa dette vis-à-vis de la société… Et puis, on ne distingue évidemment pas les crimes ordinaires des crimes politiques.
    Rappelons quand même au passage que Papon a bénéficié, pour des raisons de santé, d’une mesure de clémence qui l’a soustrait à sa peine de prison .

  7. Bravo pour ce billet Magda. Je l’ai lu hier mais sans avoir le temps de laisser un commentaire. Le cas de Marina Petrella est bien plus scandaleux que celui de Battisti qui lui n’avait jamais purgé sa peine… Malheureusement les nouvelles du jour de Marina Petrella ne sont pas très bonnes puisqu’elle vient d’être transférer à l’hôpital Sainte Anne…
    http://www.rue89.com/2008/07/24/dati-veut-remettre-marina-petrella-sur-pied-pour-lexpedier

    Souffler le chaud et le froid c’est typique de la politique de Sarkozy, c’est ce qu’il fait depuis le début : libération des infirmières roumaines et ensuite khadafi à Paris comme un prince…

  8. holden

    à Emma :
    Afin de dénoncer avec justesse l’extradition de Marina Petrella, il convient de rappeler qu’elle n’a pas « purgé » sa peine, et pour cause : Elle a été condamnée par contumace à la réclusion à perpétuité, car elle n’était plus là quand le procès a eu lieu. Elle avait profité quelques années auparavant, alors qu’elle était en détention provisoire, d’une mise en liberté conditionnelle sous contrôle judiciaire pour venir en France. Son cas est donc très proche de celui de BAttisti…
    Tout à fait d’accord avec ce que tu dis sur Sarkozy. C’est toute la perversité de sa politique…

  9. J’ai découvert ce blog via le superbe « In cold Blog » et j’aime beaucoup la qualité de l’écriture et l’enthousiasme de sa maman… (l’article sur le droit des bloggeurs/ses à la critique est excellent).

    Revenons à nos moutons (qui furent enragés) avant de redevenir de douces brebis (moins égarées si ce n’est géographiquement)…

    Quelque soit ce qu’on pense du personnage par ailleurs, pourquoi parler de « la justice de Berlusconi » puisque, sauf erreur de ma part, la dame (ex terroriste tout de même rappelons-le) a été jugée bien avant son arrivée au pouvoir… Ce genre de remarque acide est certes tentante à écrire sous le coup de la colère mais l’inexactitude qu’elle entraîne dessert le propos plutôt qu’autre chose.

    Petite question histoire de bien comprendre la logique, un homme ayant commis des viols dans le passé devrait-il être dispensé de purger sa peine s’il s’avère qu’il aime beaucoup ses enfants et est un gentil papa par la suite ? Même question pour tous les crimes et délits que vous voulez ?

    Ce qu’on vit au présent déresponsabilise-t-il des fautes passées ? Personnellement je n’en suis pas certaine… (mais je ne suis pas tout à fait sûre du contraire non plus).

  10. P.S. : (j’ai l’esprit d’escalier)
    Moi, je trouve que c’est le terrorisme qui manque sérieusement de panache…

  11. Vu de mon petit coin québécois, cette affaire semble déchaîner les passions en France ces jours-ci.
    Comme je ne connais pas très bien le sujet, j’ai essayé de comprendre ce qui se passait. D’après ce que j’ai compris, cette femme est une terroriste qui s’est réfugiée en France pour échapper à la justice italienne. Justice qui l’a condamnée pour avoir tué des gens. Mitterrand avait promis de ne pas extrader les membres des brigades rouges sauf si l’Italie pouvait prouver leur implication dans des crimes de sang. Or les crimes semblent avérés dans son cas. Je ne vois pas en quoi la parole de la France n’est pas respectée. A moins que j’ai loupé quelque chose.
    Après, on peut se poser la question de son changement de vie et de son renoncement à la violence. Mais la justice juge les actes et non les personnes. En tout cas, ce serait à la justice italienne de trancher et non à la justice française. Et en dernier ressort, le pardon appartient aux familles des personnes qu’elle a assassinées. Ce sont elles les victimes.

  12. holden

    Phil, la « doctrine mitterrand » n’est pas tout à fait cela. Et c’est d’ailleurs, il me semble Cecile, l’un des enjeux essentiels dans cette histoire.
    Mitterrand s’est engagé, au nom de la France, à reconnaître un droit d’asile (refusant l’extradition) aux réfugiés italiens qui, après 1981, avaient renoncé aux armes et s’étaient insérés dans la société française. Des individus, tels que BAttisti et Petrella, ont donc reconstruit leur vie à partir de cet engagement. Si l’Etat a un sens, c’est qu’il représente une fiction de continuité, de permanence, une personne fictive qui transcende les individus (oui, les deux corps du roi…). Cette fiction est l’une des garanties d’un Etat de droit, d’un Etat juste…
    Dans un tout autre genre, mais si demain le maire t’accorde un permis de construire pour batîr ta maison, ton petit « foyer d’amour », demain, un autre maire ne pourra pas revenir sur cette décision…

  13. holden

    demain, demain, toujours demain… il fallait lire aujourd’hui et demain…

  14. cafebook

    Holden : je n’avais pas réalisé que les deux affaires etaient aussi similaires…

  15. Holden : je n’avais pas réalisé que les deux affaires etaient aussi similaires…

  16. @ Tous : chers amis lecteurs, merci pour vos commentaires, je suis heureuse de voir que le cas Petrella ne vous laisse pas de marbre. Je ne peux pas être ce soir au rassemblement à cause d’un imprévu de travail (c’est ça le monde du spectacle). J’enrage. J’espère que certains d’entre vous pourront se déplacer. Il est bon de faire acte de présence, de faire entendre sa voix, de montrer son visage contre l’injustice. Merci à tous.

    @ Stéphane : cher Stéphane, je n’irai pas aussi loin que toi mais je connais ton goût de l’extrême et ton idéalisme, alors je te comprends, en quelque sorte. N’oublions pas toutefois qu’en dépit de la couleur romantique des Brigades Rouges, c’était tout de même des terroristes dont certains n’ont pas hésité à sacrifier la vie de personnes innocentes, voire non impliquées. Quant à ton merde… Merci Stéphane, pour ce panache. Je te suis!

    @ Mo : Merci Mo, c’est tout à fait le coeur du débat : un grand pays ne renie pas sa parole, ou alors c’est une république bananière, voilà ce que j’en dis! Merci pour le titre du bouquin, je ne connaissais pas.

    @ Neige : Merci Neige, toujours au front, et avec précision et érudition, je te reconnais bien là. L’article dont tu nous fais part est passionnant. Et le postulat (ne pas amalgamer les crimes), en ces temps de tolérance zéro, comme tu le soulignes, est d’une grande audace. On dirait que notre pays a régressé depuis un an, pour que l’on soit obligés de rappeler ces idées de base de la démocratie.

    @ Holden : ah, le fameux « elle a tué des gens »… qui justifie la peine de mort, si l’on va plus loin… ce discours m’est absolument odieux. C’est le pendant de « je n’ai rien à cacher, les caméras de surveillance dans la rue ne me dérangent pas »…
    C’est vrai que j’étais déçue. Ou plutôt, j’avais peur que personne ne réagisse à la cause de Marina Petrella. De tout mon blog, c’est le seul billet que j’ai écrit qui nécessite, à mon avis, un vrai soulèvement, une vraie colère. Que plusieurs voix s’élèvent dans les commentaires, je trouve ça très important. Dieu merci, vous êtes tous là!!! :-)

    @ Emma : Oui, Marina risque sa peau plus que jamais. Pendant que NS en Ray-Ban joue au champion du monde. Cela me soulève le coeur. Merci pour l’article et les infos.

    @ Holden : ah, merci beaucoup pour cette précision dont je n’étais pas au courant.

    @ Cécile de Quoide9 : chère Cécile, bonjour et bienvenue ici!
    Oui, je suis d’accord, le terrorisme n’a pas la moindre once de poussière de panache. Tuer est une horreur – quelles que soient les circonstances.
    MAIS : Marina Petrella a passé huit ans en taule (ce n’est pas rien). Elle est revenue sur une grande partie de ses convictions politiques et a passé un accord avec la France : zéro violence. Si aujourd’hui elle était célibataire et caissière de supermarché, et même mère indigne, cela ne changerait rien au problème. Marina Petrella a bénéficié de l’asile en France et elle a été livrée à l’Italie en dépit de la parole d’honneur de notre pays! Ce qui est odieux…Enfin, oui, je reste sur ma position : on peut parler de justice de Berlusconi, parce que c’est ce dernier qui va décider ou non de la « gracier ». C’est tout aussi odieux… 8 ans de prison, un asile politique, et finalement, le retour de bâton? Quant aux violeurs… faut-il les castrer à vie? Faut-il, sous prétexte qu’un adolescent a volé un portefeuille un jour, lui trancher les deux mains pour l’empêcher de recommencer? La démocratie, la justice, la psychanalyse n’ont elles pas fait progresser l’Occident un peu plus loin que ça? Je comprends ton point de vue, mais pourquoi condamner toujours, sans espoir de réhabilitation? Si l’on y regarde de près, je doute que le passé politique de bien de nos dirigeant soit très propre… et pourquoi pas? Chaque homme a ses taches, je crois.

    @ Phil : cher Phil, Holden a répondu à tes interrogations mieux que je ne pourrais le faire.

    @ Holden : tes précisions sur le débat sont très précieuses encore une fois. Merci!

  17. @ holden : en effet, le cœur de cette affaire semble tenir dans ce qu’on appelle la doctrine Mitterrand.
    Je suis à 100 % d’accord sur le fait que l’État est le garant d’une continuité. Mais en l’occurrence je viens de lire (wikipedia) que le conseil d’État (donc l’État lui-même) a reconnu en 2005 (Sarkozy n’était pas président) l’absence de validité juridique des paroles de Mitterrand. Car il ne s’agissait là que de paroles qui n’engageaient pas l’État du point de vue juridique. Pourquoi Mitterrand n’a t-il pas fait passer une loi reconnaissant un droit d’asile sous conditions pour les activistes italiens alors même que l’assemblée nationale française était majoritairement de son côté ?
    Mon impression est que cette affaire génère beaucoup d’émotions alors que cela ne pose aucune question d’ordre juridique. On peut débattre du côté éthique de tout ça mais difficile de trancher.

  18. Holden

    Phil, certains actes, dénués apriori d’une valeur juridique, se voient conférer par le juge une telle valeur. Pour n’en citer qu’un, il n’est qu’à mentionner notre Déclaration des droits de l’homme qui n’a acquis une valeur juridique qu’en 1971 par la « sainte onction » des 9 sages du Conseil constitutionnel…
    Autrement dit, le Conseil d’Etat aurait aussi bien pu lui reconnaître une valeur juridique… Tout cela est politique, et les juges de la Haute juridiction administrative n’ont fait que soutenir la volonté du gouvernement d’extrader contre les défenseurs de Battisti, Petrella, et les autres…
    Tu dis : « cette affaire génère beaucoup d’émotions alors que cela ne pose aucune question d’ordre juridique ». Sous le régime de Vichy, la législation antisémite ne posait aucune question d’ordre juridique…

  19. @ Holden : l’insinuation finale est dégueulasse. Marina Petrella est loin d’être une innocente que je sache. Point Godwin atteint = fin de la discussion.

  20. @ Phil:
    « Mais la justice juge les actes et non les personnes. »
    Je suis tout à fait d’accord avec cette phrase, et c’est pour cette raison que je ne comprends pas la partie suivante de ton raisonnement:
    « Et en dernier ressort, le pardon appartient aux familles des personnes qu’elle a assassinées. Ce sont elles les victimes ».
    La justice n’a pas à se préoccuper de notion de « pardon », je ne vois aucun rapport avec le droit et son application. Ces gens dans les tribunaux qui attendent des « excuses » des accusés m’exaspèrent. Et puis sont considérées comme victimes les personnes assassinées uniquement et non pas leur famille. Cette femme doit être sanctionnée pour ses actes mais certainement pas en fonction de la clémence des familles ou de l’opinion publique. « La justice juge les actes ».

  21. @ Magda:
    Je suis tout à fait d’accord avec toi sur l’idée que l’on ne peut pas condamner sans fin. La réhabilitation, surtout si elle survient après ce qui me semble être une réinsertion, doit se faire… sinon autant rétablir la peine de mort.

    Et sinon je pense que NS et la « parole d’honneur » ça fait 23456789912345678913456789987654321….

  22. @Holden:

    Je suis d’accord avec Phil, la fin de ton argumentation est foireuse et pas du meilleur goût!

    Bon sur ce je me tire, c’est pas mon blog non plus, faut pas déconner!
    Bisettes Magda, à plus!

  23. @ Rooxane et Phil : je défends Holden! Non, sa comparaison avec le vide juridique sur la question antisémite sous Vichy n’est pas dégueulasse. Un vide juridique est un vide juridique! Je crois que ce qu’Holden a tout simplement voulu dire, c’est qu’on ne peut pas toujours se fier à… la justice locale et/ou de notre temps. Et que parfois, être un « Juste », c’est trouver la voie intermédiaire, la voie à soi. C’est le panache de Cyrano, en somme, non? Mitterrand a pris les devants? Et alors? Qu’en savait Marina Petrella au moment où elle a saisi la chance de se refaire une vie en France (après avoir passé huit ans en taule en Italie – je n’aurais de cesse de le rappeler, car cela n’est pas rien, ne signifie pas rien, juridiquement parlant).
    Je trouve ce débat passionnant parce que justement, il pose la question de la justice et de la compassion : justice à tout prix, à n’importe quel moment, et pour réparer quoi? Briser des vies pour nettoyer le souvenir d’autres, qui ne pourront pas ressusciter?

  24. Sur le fond j’ai bien compris ce que voulait dire Holden et je suis plutôt d’accord. Mon reproche est plutôt sur la forme de la fin de l’argumentation (volontairement) provocatrice!
    Ouais c’est un reproche de gonzesse pinailleuse!

    OK pour le mail:)

  25. holden

    Excusez moi d’ « enfoncer le clou » mais vous n’ignorez sans doute pas que les résistants (qui ont perpétré quelques crimes eux aussi) étaient qualifiés de « terroristes » par le régime de Vichy…

    Phil et Roxanne, je ne vois pas ce qui vous gêne dans l’évocation que je fais de cette période de l’histoire… Je voulais juste réagir au raisonnement qui consiste à dire : puisque la justice en a décidé ainsi, il n’y a pas de problème… comme si l’on devait présupposer que justice = juste.

    Tout ça pour dire que ce cas Petrella soulève de nombreux problèmes : doit on différencier un crime politique d’un crime ordinaire? Si c’est un crime politique, contre qui, contre quoi, est-il commis? Quelle était la nature du régime italien à l’époque? LA justice était elle respectueuse des droits de l’accusé? Quelle statut doit on accorder à la parole de l’Etat, de son Président? Mais le Président est-il l’Etat? Quelle est la vocation de la justice, venger les victimes ou restaurer la paix sociale (les règles de prescription témoignent de la prise en compte par la justice du temps qui s’écoule entre un crime et la poursuite de son auteur)? Peut-être aussi, celle de la compassion…

    Soit dit en passant Phil, ton « point godwin (?) = fin de la discussion », résonne comme un coup de massue qui renvoie l’autre au néant, bref, la manifestation la plus élémentaire de l’acte fasciste…

    En tout cas, merci magda pour ces échanges fort intéressants.

  26. @ Holden
    « Sous le régime de Vichy, la législation antisémite ne posait aucune question d’ordre juridique… »

    J’ai beau savoir effectivement que les résistants étaient considérés comme des « terroristes », ta phrase était trop évasive, maintenant je comprends mieux l’argument. Au temps pour moi…

  27. holden

    J’ai oublié de ponctuer ma remarque sur l’acte fasciste par un :).

    (cela n’a rien à voir, mais j’étais loin d’imaginer que le blog de magda était fréquenté par des esprits polissons… Je précise d’abord que j’étais en bibliothèque, au coude à coude de chaque côté avec des gens très sérieux… Curieux de découvrir d’autres blogs, je clique sur le pseudo de Roxanne, et, sacrebleu, une femme nue, au demeurant fort jolie, s’affiche sur mon écran, me plongeant dans un embarras vertigineux…)
    Désolé Magda de m’incruster ainsi sur ton blog…

  28. @ Roxane : ne t’en fais pas Roxane, je te connais assez pour connaître la finesse de tes raisonnements :-)

    @ Holden : incruste-toi à mort, tes commentaires me passionnent et ton érudition est plus que la bienvenue sur ce blog tenue par l’ignare que je suis ;-) Et cette discussion est très intéressante.
    Oui, Roxane a en réalité DEUX fort jolis blogs…
    Je suis bien curieuse d’apprendre sur quel sujet tu planches en bibliothèque?

  29. Moi aussi ça me choque beaucoup, cet emprisonnement. A quoi ça rime, ça apporte quoi, à qui ? Car on sait bien que même sans être réemprisonnée, elle ne commettrait plus d’actes terroristes. Elle a eu le temps de se repentir et d’apporter qqchose de positif à la société. Sarkozy descend décidément toujours plus bas dans l’humanité.

  30. @ Cassiopée : tu as parfaitement raison : c’est du show, encore et toujours du show, du show sarko. On vit dans l’ère de la poudre aux yeux.

  31. OUI !!!! Mais toujours sous la menace d’une extradition. Il faut veiller au grain. En tout cas, l’opinion publique aura pesé un peu dans la balance, pour une fois. Et c’est heureux!

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