Hip Hip Hippie pour T.C.

T.C., c’est T.C. Boyle, un auteur américain qui vit en Californie – le grand type aux cheveux longs, le deuxième en partant de la droite sur la photo. Dégaine incroyable à toutes époques : aujourd’hui il ressemble à… ça.

Ceux qui me lisent depuis un certain temps savent que je ne renie pas un petit côté Fleur Sauvage Communautaire (à seize ans je faisais la manche sur la plage de Narbonne avec ma guitare baptisée Krishna, à dix-huit mon petit copain mourait étouffé dans des vapeurs d’encens, à vingt-deux je fauchais la marijuana de mon voisin aux ciseaux parce qu’elle était transgénique). Or, Drop City, pavé hippie de que T.C. Boyle nous a pondu en 2003, c’est tout ce que j’aime.
En français, vous trouverez Drop City sous le titre « D’amour et d’eau fraîche », ce qui est parfaitement ridicule et inapproprié au contenu du roman. Il s’agit en fait d’une véritable saga : l’épopée d’une communauté hippie californienne au début des années 70, qui, forcée de vider les lieux, trouve asile sur les terres hostiles de l’Alaska. Un pitch aussi tordu, fallait le faire quand même! En parallèle se dessine peu à peu l’histoire de Sess Harder, bourru jeune homme des bois nordiques, pour qui vivre à l’écart du monde n’a rien d’une pose baba-cool. La rencontre des glandus aux cheveux longs et du dur-de-dur mènera-t-elle nos héros au clash ultime? Non. T.C. Boyle est follement philanthrope. Ex-hippie lui-même, il se moque gentiment des poses mystiques des babas égarés en Alaska. Mais vante également leur réelle envie de vivre « off the land », loin du monde consommateur et consommé. Nos héros en pattes d’eph troqueront leurs sandales californiennes pour des bottes en peau de loup, et vaille que vaille, vaincront les neiges d’Alaska et sauront affronter la réelle vie des bois.

T.C. Boyle est apparemment capable d’écrire les histoires les plus folles, sans paraître mythomane, ni puéril. Comme pour un autre excellent roman que j’ai lu de lui, The inner circle (« Le cercle des initiés ») qui narre les expériences scientifiques du célèbre sexologue Kinsey, on a le sentiment que Boyle maîtrise parfaitement son sujet. Voilà un auteur pour qui la recherche documentaire n’est pas un vain mot, et qui soumet son imagination plus que débridée à la discipline implacable du réalisme historique et social. Exceptionnel créateur d’ambiance, il nous plonge dans un petit univers touchant, coloré comme un arc-en-ciel un soir de LSD, et bardé d’idéaux sublimes. De la Californie à l’Alaska, le lecteur est happé par des paysages enivrants de beauté. Si la lecture en voiture ne faisait pas vomir, on pourrait lire Drop City pendant un road-trip (quoiqu’en train ou en avion, ça fonctionne bien, je le confirme). Ce sont aussi des personnages magnifiquement humains, médiocres et émouvants, parfois sublimes, qui nous entraînent jusqu’au bout de ces cinq cent pages (au format poche).

Si, parfois, le procédé de narration à suspense de T.C. Boyle devient répétitif (amener un événement attendu par une description atmosphérique très précise), on lui pardonne cette petite facilité, car cet auteur a le mérite de nous raconter une histoire, une vraie, une grande histoire d’êtres humains fragiles qui nous ressemblent dans leur attendrissante quête d’identité.

Voilà un superbe bouquin à lire cet été, un roman de nature et d’amour communautaire, un roman d’évasion mentale que l’on lira en écoutant Cream (partie Californie) et Bon Iver (partie Alaska), tout en fumant… des bâtons d’encens.

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7 Commentaires

Classé dans Ma vie littéraire

7 réponses à “Hip Hip Hippie pour T.C.

  1. Fabuleux ! Excellent ce billet. Il est bien possible que moi aussi j’embarque T.C dans mon baluchon de vacances…

    J’adore aussi la photo !

  2. @ Emma : merci! Tu ne regretteras pas Drop City. Et si tu lis l’anglais, vraiment, je te conseille la VO, savoureuse avec son slang hippie. Où l’on apprend que les babas appellent les filles des « chicks » et les garçons des « cats »…

  3. Je ne pense pas pouvoir lire quoi que ce soit sur la vie en communauté avant 1 an ou 2.
    Oui ç’a l’air sympa comme ça mais vivre à 11 dans une ferme, ça lasse… et puis les toilettes sèches pour l’écologie c’est bien mais quand elles sont dehors et que tu dois sortir la nuit et que tu te retrouves nez à nez avec une vache (que tu penses évidemment être un taureau, sinon c’est moins drôle) et que dans son regard tu vois bien qu’elle l’a mauvaise …. et bien ça aussi c’est lassant…

    « On » me dit qu’il y a eu une adaptation pas mal de « Drop City » sur Arte il y a déjà pas mal de temps, un téléfilm très long….mais « on »précise que le livre est mieux que le film.

  4. Oui, je le lirais en anglais. Et comme j’ai l’impression de tourner en rond dans mes lectures, un nouvel auteur est tout à fait bienvenu…

  5. @ Roxane : ahhhh, ce fabuleux tournage! Ca a vraiment l’air épique. Tu nous en feras peut-être un petit billet sauce Suzette flambée?
    Une adaptation sur ARTE? Pas vu passer… dommage.

    @ Emma : Bon choix! En deux livres, TC Boyle m’a plutôt convaincue de son talent de narrateur. Ce sont des livres qu’on ne lâche pas.

  6. Te voilà de retour dans le role de la tentatrice ;) . Je note, T.C. Boyle est un auteur que j’ai repéré depuis un moment mais dont je n’ai encore rien lu.
    Et ton style me plait toujours autant…

  7. @ Agnès : ah, la tentatrice! Ca ferait un bon titre de blog, très glamour. Toi qui lis l’anglais, fais-toi plaisir, offre-toi un TC.

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