Comment faire un film pour cinq euros

Bon, ok, non, vous ne ferez pas de film pour cinq euros, à moins de le réaliser avec votre téléphone portable comme Murray dans Flight of the Conchords filmant le clip de son groupe préféré avec son Nokia. (Merci à Rasmus de m’avoir fait découvrir cette série géniale, qui raconte les déboires de deux musiciens néo-zélandais à New York).

Mais Claude Chabrol, et ce n’est pas n’importe qui tout de même*, nous a pondu, avec son acolyte François Guérif, un petit livre au prix modique de 5,35 euros, dont le titre est tout simplement le suivant : Comment faire un film. Apprendre à faire un film en quatre-vingt-dix pages format poche, alors que je me fatigue à prendre des cours et à assister à des stages depuis un bout de temps? Cette éventualité m’ennuyait beaucoup, je dois dire.

Je vous rassure : non, Claude Chabrol ne peut pas vous apprendre à faire un film en quelques pages, si talentueux soit-il. Le titre est une provocation. Il ne s’agit nullement d’un manuel sur les techniques cinématographiques. C’est plutôt une sorte de lexique du métier (qu’est-ce qu’un directeur de la photographie, une script-girl, un plan américain…) expliquant qui fait quoi et comment et pourquoi. Le petit plus de ce livre, qui pourrait être parfaitement inutile sans cela (d’autres racontent mieux que lui les spécificités du métier), c’est que Chabrol a une langue bien pendue, bien piquante et pas vraiment dans sa poche :

Certains réalisateurs signent de très beaux films à partir de quelques lignes tracées sur du papier-cul, mais j’ignore comment ils y parviennent.

Les gens qui font des choses « en état d’urgence » m’ont toujours fait rire. On pisse en état d’urgence, mais on ne fait pas un film.

Voilà tout le sel de ce bouquin : une gouaille à l’accent parigot qui nous fait rire tout au long de ces courtes pages. Attention toutefois : je ne pense vraiment pas que Chabrol s’adresse réellement au grand public. Un minimum de passion pour les salles obscures est nécessaire avant d’attaquer cette lecture. Car les développements de Chabrol et Guérif sur la meilleure manière de diriger un acteur ou d’écrire un scénario, s’ils sont passionnants (quoique un peu courts) pour un jeune cinéaste, peuvent barber l’ingénieur informaticien, le gratteux guitariste ou la vendeuse de jonquilles de la rue Montmartre. Ou alors, c’est Chabrol qui vous passionne et là, vous vous régalerez.

Une autre formidable vidéo que je vous transmets de chez Stéphane du Permanent et qui n’a pas dû coûter bien cher à la réalisation : ici. Il s’agit de l’artiste vidéaste Pierrick Sorin, qui, il y a vingt ans, a filmé ses réveils successifs avec le dynamisme d’une marmotte en hibernation. A mourir de rire, pour tous ceux qui aiment le décalage. Merci Stéphane, tu nous déniches vraiment des pépites en ce moment.

* Claude Chabrol, réalisateur entre autres du « Beau Serge« , « Landru« , « Madame Bovary« , « Merci pour le chocolat » et, dernièrement, « La fille coupée en deux« .

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19 Commentaires

Classé dans Ma vie littéraire

19 réponses à “Comment faire un film pour cinq euros

  1. Ce livre me tente bien, j’adore Chabrol, « les fantômes du chapelier » est sans doute un de mes films préférés.
    Je vais jeter un coup d’oeil aux videos et je m’en vais travailler un peu…
    Bonne journée:)

  2. holden

    Quelqu’un m’a parlé récemment d’un ouvrage d’Yves Lavandier, m’expliquant qu’il y avait puisé des idées intéressantes pour écrire son scénario…
    Apparemment, ce type décortique un tas de films afin de systématiser les ressorts dramatiques…

    C’est fascinant ce genre d’approche… C’est tellement américain, avec l’idée que l’écriture d’un scénario, d’un récit, relève d’un art (au sens d’une technique) que l’on peut appréhender comme un outil (ça me fait penser à ces cours d’écriture auxquels des écrivains américains comme John Irving reconnaissent volontiers leur dette).

  3. décidément tu n’arretes pas de me tagguer

    je suis charmé

    merci

  4. ou de « que la bête meurre », « le boucher », « la cérémonie », ou les Inspecteur Lavardin :-)

    miam.

    Quant-au Lavandier, c’est un manuel ou un précis d’écriture, centré sur l’écriture scénaristique mais pas exclusivement, et utilisant quantité de films ou séries connus.
    Un excellent ouvrage, destiné exclusivement à ceux qui touchent à l’écriture scénaristique ou dramaturgique, ou à leur analyse.
    Les autres se lasseront assez vite je pense.

    éditions « le clown et l’enfant ». A Paris, on le trouve notamment à La Hune, évidemment, entre autres.

    cela dit holden, contrairement à certaines approches américaines très mécanistes (tous les « manuels » de scénario, fussent-ils américains, ne tombent pas de ce travers), le Lavandier décrypte des mécanismes, c’est un outil et non une méthode. D’ailleurs ilo ne manque jamais une occasion de rappeler des contre-exemples réussis, qui parfois ont donné lieu à des chefs-d’oeuvre. C’est justement cette approche très ouverte qui fait la valeur du L

  5. du Lavandier :-)
    (maudites touches…)

    cela dit Holden, je ne sais pas si tu écris, mais lorsqu’on s’est piqué d’écrire (pauvre de moi) on s’aperçoit rapidement de la dose de travail à fournir, et des outils de compréhension et de décryptage sotn de réels apports bienvenus, qui ne brident ni le talent ni l’imlagination dès lors qu’on ne cherche pas à les lire comme des recettes de cuisine :-)

  6. @ Roooxane : (je ne sais jamais vraiment combien il faut mettre de « o ») Tu fais partie des gens qui trouveront beaucoup d’intérêt au bouquin, à mon avis, puisque cela te concerne directement, tout comme moi.
    Je n’ai pas vu « Les fantômes du chapelier »… Mon Chabrol préféré, c’est « Le Boucher », avec Jean Yanne. Un bijou terrifiant. Et Stéphane Audran y est superbement juste.

    @ Holden : il s’agit sans doute de « La dramaturgie » d’Yves Lanvandier. C’est un ouvrage réputé dans le monde des scénaristes. Je ne l’ai pas lu (hop! en haut de la pile!).
    Oui, c’est très « américain », en effet, la technique du scénario. C’est dompter l’art et l’imagination pour les mettre au service d’une efficacité elle-même au service d’une œuvre : le film. Pourtant les scénaristes connaissent moins de gloire que les écrivains en France – c’est injuste. Si cela t’intéresse, la bible du scénario est justement américaine, elle s’appelle tout bêtement « Story » et a été écrite par Robert Mc Kee.

    @ Stéphane : c’est le contenu de tes derniers billets qui me charme. Franchement, bravo. D’ailleurs ma meilleure amie a failli bosser avec Pierrick Sorin pour ARTE, m’a-t-elle dit. Ça ne s’est pas fait. La prod s’est retirée. Dommage, j’aurais adoré la voir dans une vidéo de lui.

  7. @ Arbobo : on était en train de commenter en même temps… oui, les outils sont indispensables. Vive la trousse à outils de l’auteur. On se sent tellement moins… constipé devant sa page blanche. Bon, allez, j’y retourne justement, mon pauvre petit héros de court-métrage a besoin de moi, je l’ai laissé en plan pour vous répondre deux minutes…

  8. moi aussi j’aurai aimé voir

    mais il faut retenter, moi je veux bien travailler avec lui

    et de suite

    héhé

  9. @ Stéphane : j’ai le matos, j’ai même une Super Huit maintenant. Il ne manque plus que l’idée…

  10. moi j’ai petite caméra..et bientôt des vidéos persos sur mon blog

    mais si tu veux taffer avec moi alors c’est quand tu veux.

  11. Un seul o suffit ou trois c’est la version chantée!
    Je note pour le livre.
    Je suis d’accord avec toi, « Le boucher » est un excellent film. Stéphane Audran n’a quasiment tourner que dans des Chabrol, non?
    Je te conseille quand même « les fantômes du chapelier », la composition de Serrault (notamment sa démarche) est exquise et Aznavour y est tellement touchant que je suis à peu près sûre que tu voudras l’épouser ensuite. Bref ces 2 films n’ont rien à voir avec les Chabrol récents.

  12. @ Stéphane : let’s think about it!

    @ Roooooooooooooooxane : (version Police) Oui, je crois qu’Audran a tourné essentiellement avec Chabrol. Il l’a épousée d’ailleurs.
    Quant à épouser Aznavour, justement… je n’y crois pas du tout. Mais bon… je vais regarder le film, on verra ensuite.

  13. Avec 3 O c’est déjà la version de Police, « Roooooooooooooooxane » ça c’est la version Police revue par Magda après plusieurs verres de Chablis.
    Pour Aznavour, j’avais oublié que tu n’étais pas une midinette, sinon je ne vois pas comment on peut résister à autant de sensibilité et d’étrangeté (dans le film j’entends bien).
    Moi dès qu’un acteur est excellent je me vois l’épouser, ça me le fait systématiquement avec Duris et Almaric et ça me l’a fait une fois avec Cornillac, excellent mais pas over-sexy.

  14. @ Rooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooxane : c’était du Baron Lestac ce soir. Du rouge. Ça me réussit mieux, mais c’est moins bon.
    Ah oui avec Cornillac, intéressant, tu devais avoir une ou deux ou trois, voire plus encore, de bouteilles de Chablis dans le pif.
    Moi, ça ne me le fait pas vraiment. Peut-être parce que je ne me vois pas épouser qui que ce soit. Sauf Gandhi ou Jésus. Je suis une mystiquenette.
    Quand j’irai me coucher ce soir, je ferai semblant d’être morte, nous verrons bien si le Sieur Charmant fait apparition et si je reçois un doux baiser pour me tirer des affres du néant.

  15. l’avantage avec magda c’est qu’on n’a pas que des (bons) mots plein la bouche, on a aussi le verre qui frétille d’aise ^^

  16. @ Arbobo et Christophe : le ver dans le verre? Comme ces liqueurs mexicaines?

  17. Je pense que c’est celui d’Arbobo qui frétille, mais comme il était question de bouche subséquemment, je n’ose m’étendre… :-/

  18. @ Christophe : dites-donc les garçons, si j’ai bien compris vous êtes en vacances ensemble pour échapper quelque part à la grisaille parisienne. Je sens que mon blog va servir de déversoir potache intello cul pendant toute la semaine qui vient. Ne buvez pas trop, je risque d’en faire les frais. Et ne faites pas de mal aux poules. Je vous adore ;-)

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