Interview collector

Toute l’ambiance du roman de Patrick Bénard…

En juin dernier, sur son excellent blog Cafébook, Emma nous fit découvrir Chroniques frénétiques, un roman de Patrick Bénard, lauréat du concours de manuscrit organisé par le magazine Technikart en 2006. Un roman rock 80’s qui se déroule entre Auxerre et Berlin : je ne pouvais rester insensible à ses charmes, étant moi-même Bourguignonne tous les étés, et Berlinoise de cœur. Patrick Bénard le sut à travers un commentaire laissé sur Cafébook et me contacta. En effet, bien que son livre ait été publié par Technikart en association d’un numéro d’été du magazine, il n’a pas trouvé d’éditeur par la suite.

J’ai donc rencontré Patrick un jour d’août 2008, à la terrasse d’un café auxerrois, pour parler de ce roman chapitré par album de rock, qui suit l’évolution intime d’un personnage ambigu, Hadrien, sorte de Docteur Jekyll et Mister Hyde déchiré entre sa véritable personnalité provinciale, et son double fantasmé d’Outre-Rhin, Werther. Des Beatles à Radiohead, en passant par Bruce Springsteen, The Clash, Joy Division, The Smiths, Noir Désir, U2 ou même Björk, toute l’histoire personnelle du rock de Patrick Bénard se joue comme un méga concert dans un stade de foot en plein soleil, ombragé cependant par le manteau noir corbeau des Cure. L’amour des guitares saturées et des ailes du désir berlinois* nous rapprochait.

Un « caillou qui roule » nous raconte sa vie d’auteur en terrasse auxerroise, autour d’un verre de Chablis…

LES CHRONIQUES FRENETIQUES, UN LIVRE-VINYL

Mes Chroniques frénétiques sont découpées en trente-trois chapitres et un tiers : comme les disques vinyls! J’ai également écrit une intro et un rappel, comme dans les concerts.

LES CHRONIQUES FRENETIQUES OU LE ROCK INTIME

Comment la musique a influencé la vie de mon personnage : voilà ce qui m’intéresse. Il subit les courants musicaux. D’où la fiction – car cela aurait pu être une autobiographie, un journal intime. Faire une chronique de disque? Bof, je ne trouvais pas ça intéressant. Au départ, les Chroniques frénétiques s’appelaient Le carnaval des ombres. C’était le titre d’une émission que j’animais en radio locale.

LES CHRONIQUES FRENETIQUES, UN COLLECTOR

Le roman devait être édité chez Nykta, qui avait déjà publié mon polar Les îles du désert. (L’histoire d’une boîte rock très connue à Auxerre dans les années 80 et dans laquelle, de nos jours, se déroule une prise d’otages). Mais Nykta a rencontré des problèmes financiers. En janvier 2006, j’envoie le manuscrit des Chroniques frénétiques au magazineTechnikart qui organisait un concours. Je travaillais alors à la communication du théâtre d’Auxerre. Technikart m’appelle : « Vous êtes lauréat ». Le livre est présenté au Salon du Livre à Paris. Ça prenait des proportions un peu dingues pour moi. Toutefois, je recevais des réponses négatives de la part des éditeurs. Technikart voulait vraiment que mon roman soit publié et m’ont proposé de l’éditer en supplément du numéro estival du magazine. 20 ou 30.000 exemplaires, je ne sais plus, et je ne sais pas combien s’en sont vendus. Je n’avais pas de contrat, je devais laisser tous mes droits à Technikart. J’ai accepté. Ensuite, Technikart comptait rééditer le roman avec Scali (éditions spécialisées dans le livre « rock »). Ça ne s’est pas fait. J’ai attendu, puis j’ai récupéré mes droits. Aujourd’hui, deux éditeurs semblent intéressés, Le mot et le reste et Le Castor Astral.

ÊTRE UN AUTEUR ROCK AU TRAVAIL

J’utilise évidemment mes souvenirs, mais aussi de vieux numéros de Rock & Folk, Best, Les Inrockuptibles. Les concerts que j’ai vus dans les années 70 et 80 me fournissent des anecdotes. Par exemple, lorsque j’étais enfant, un jour, j’étais à Juan-les-Pins avec mon père pour le festival de jazz. J’adorais regarder les mecs qui montaient le matos, qui faisaient les balances… Un type barbu s’approche et nous demande l’heure en anglais. C’était Phil Collins! A l’époque, il jouait avec Brand X, groupe de jazz rock britannique. J’ai même fait le roadie, notamment pour Nougaro en 1983 à Hyères, alors que j’étais en vacances sur place. J’ai bouffé une bouillabaisse avec Nougaro sur la plage! Bien entendu, j’ai essayé d’être musicien moi-même. J’ai tenté de jouer de la batterie. Mais pour le bien de tous, il vaut mieux que j’en parle plutôt que j’en joue.

ANIMER UNE RADIO LIBRE DANS LES ANNEES 80

J’ai été animateur radio et j’ai fait la toute première émission émise à Auxerre, en décembre 1981. La FM a permis l’explosion du rock, du punk. C’était libre! Il n’y avait pas de pub. On passait les disques qu’on voulait. Quand l’album Pornography des Cure est sorti, j’ai même traduit les paroles du disque entier sur les ondes. Plus tard, on a organisé un covoiturage pour le concert des Cure à l’Olympia en 82. Ensuite, j’ai copié la cassette pirate du concert et je l’ai passée en entier à l’antenne! Ce serait impensable aujourd’hui!

D’AUXERRE A BERLIN

Il y a peu d’auteurs rocks en dehors de Paris. Or, le rock a existé ailleurs aussi! Dans les années 7à et 80, Paris était même à la traîne. Le rock a démarré à Rennes, à Bordeaux (Noir Désir)… La scène rock à Paris est récente. J’ai été à Berlin en 1991. Mon personnage s’y trouve entre 1986 et 1989. Je me suis évidemment documenté. A Berlin, j’ai fait à pied le circuit du film Les ailes du désir! C’était très long : Berlin est une ville très étendue! J’adore ce film. Le titre de mon polar, Les îles du désert, est une contrepèterie des « Ailes du désir »… j’ai découvert le film à Cannes à sa sortie en 1987. J’ai croisé Wenders et Solveig Dommartin (sa compagne de l’époque, qui joue le premier rôle féminin du film) qui se baladaient main dans la main sur la Croisette.

LA SUITE EN MODE MAJEUR

Je suis en train d’écrire un livre sur leur concert à l’Olympia en 1982. C’est une commande des éditions Le mot et le reste. Parallèlement au récit d’un journal imaginaire de Robert Smith (le chanteur du groupe), on découvrira un type qui vit une sale période de son existence et replonge dans ses années de jeunesse. La question de cette fiction est donc : comment vit-on l’album Pornography des Cure en 2007? Et puis la relève est assurée : ma fille de six ans et demi adore le rock! Elle était derrière la console au concert de Dionysos à Auxerre. Je lui fais écouter Placebo, elle aime la guitare et la batterie… Elle adore les Plasticines!

Les livres de Patrick Bénard ne se trouvent pas dans les rayons des librairies. Si vous souhaitez en acheter un exemplaire, n’hésitez pas à le contacter : patrickbenard@club-internet.fr

*Patrick et moi nous sommes rendus compte que nous avions le même film culte : « Les ailes du désir » de Wim Wenders.

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10 Commentaires

Classé dans Interviews d'auteurs

10 réponses à “Interview collector

  1. tres fun

    un de ces jours je vais lui envoyer un petit mail..

    merci

  2. Ce monsieur a l’air très intéressant:) Jolie découverte, merci Magda!
    Ce qu’il dit sur les radios dans les 80’s c’est presque de la science-fiction, c’est rageant!!!!!!

  3. Soit je commente beaucoup, soit je ne commente pas (ou peu).

    Allez, la v2, pas le temps :
    – principe intéressant, faut que je lise ce livre
    – concert Olympia 82 : l’un des disques que j’ai le plus écouté de tous les temps (en pirate, en pirate…).

    Patrick Bernard, si vous êtes parisien de temps à autres, je le suis aussi et ce serait un plaisir de se rencontrer pour causer de ce concert auquel je n’ai malheureusement pas pu participer.

    Et pour ceux qui ont eu la chance de suivre le concert du 14 mars à Bercy, vous souvenez-vous encore de Faith ? 10 minutes incroyables en fin de presque 3h de session. Tant pis si l’album nouveau est moyen, je crois qu’on aura un bonus dvd de ce concert qui a été filmé, et qui par bien des moments m’a étonné, sans toutefois égaler ce fameux 7 juin 1982.

    Mince alors, Magda vire wakenwo !

  4. @ Stéphane : oui, vraiment chouette, le principe est super ludique en effet.

    @ Roooxane : oui mais maintenant on a les blogs. Une liberté dingue aussi, si l’on y pense vraiment.

    @ Christophe : tu croyais vraiment que je me bourrais de madeleines en sirotant du thé le petit doigt en l’air sur des valses de Strauss? huhu
    Moi, vos concerts, les amis, je n’ai pas eu la chance de les voir. En 1982, j’écoutais Strauss en buvant du thé au biberon.
    Je pense, d’après ce que je lis de toi, cher Christophe, que ce livre est fait pour un jeune homme de ta trempe.

  5. principe que pas mal d’écrivains et artistes devraient copier

  6. @ Stéphane : en effet, pourquoi pas!!!

  7. « Christophe : tu croyais vraiment que je me bourrais de madeleines en sirotant du thé le petit doigt en l’air sur des valses de Strauss? huhu »
    Non non, je sais que tu mange avec distinction les madeleines en croquinant dedans par petites bouchées d’écureuil.

    Sinon, pour le reste, oui.

  8. @ Christophe : je déteste les valses autrichiennes. Le seul Strauss que j’aime, c’est Richard, pas Johann. Pouet!
    Et quand je mange des madeleines, je manque tellement de distinction que Proust s’étouffe avec sa tasse de Darjeeling dans sa tombe.
    Sinon, pour le reste, oui, je sais distinguer le verre de vin du verre d’eau, mais ça c’est parce que je suis alcoolique bien sûr.

  9. Bétrick

    un bonsoir auxerrois chère Magda,
    tu veux un scoop tout frais : mon livre sur les Cure sortira aux Editions Le Mot et le Reste… en mars 2010. Faudra être patient. En revanche il couvrira la période 82 – 95 soit, en gros, son procès avec son ami d’enfance Lol Tolhurst.
    Le titre ne laisse aucune ambiguïté, même si c’est la volonté de l’éditeur : « Dans la tête de Robert Smith »
    biz à toi et à tous les berlinois que tu connais (si tu y es encore).

  10. Pingback: Chroniques Frénétiques, suite | cafebook

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