FRIC-FIAC

Une œuvre de Vanessa Beecroft, présentée à la FIAC 2008 au Grand Palais

C’était la première fois que je me rendais à ce sacro-saint rendez-vous de l’art contemporain qu’est la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain). Sous la sublime verrière du Grand Palais, des centaines de galeries exposent leurs artistes. Artistes que l’on ne croise pas (occupés à créer, espérons-le), les allées étant toutes occupées par de véritables armées de fashion-victims des quatre coins de la planète. Attachées de presse en Louboutin, beaux gosses gays parlant anglais avec l’accent allemand à des galeristes new-yorkaises corsetées comme autant de top-models du business de l’art. Autant le dire très franchement : la FIAC sent le fric.

Et les œuvres? Ah oui, les œuvres! C’est vrai que nous sommes là pour mater ce que le monde de la création adoubé par le monde occidental nous a pondu cette année. Pas pour reluquer les marchands d’art et les curators ultrafringués qui sévissent, clope à la main, entre un camembert fossilisé et une vidéo de marionnette en forme de singe (véridique). Riri et moi déambulions dans l’espoir de dénicher un moment d’émotion, une chose qui vibre, une oeuvre qui existe, qui raconte une histoire à nos pauvres âmes blasées. Il n’y avait pas grand-chose de cet acabit, hors le beau travail photographique de Vanessa Beecroft qui met en scène de vraies femmes-statues dans des poses Renaissance italienne. Ou les vidéos folles et hypnotiques de Catherine Sullivan, dans lesquelles des Russes-zombies se livrent à d’étranges mouvements collectifs et théâtraux.

Je me suis rabattue, avec mon appareil photo, sur les quelques éclairs de vie qui, parfois, illuminent ce genre d’événement, entre le public et la galerie, entre l’œuvre et le regard des gens sur l’œuvre.

Ici une galeriste nettoie les enfants chinois en tenue de combat… ç’aurait pu être une installation…

Là, je surprends Riri jouant au Narcisse dans une oeuvre qui trouvait ainsi une fonction plus prosaïque… et peut-être plus méritée…

… jusqu’à ce que je tombe sur Lolita de Vladimir Nabokov, métamorphosé en tapis pour les longues soirées d’hiver. Rien ne manque : pas même la dédicace de l’auteur aux pieds qui viendront fouler son oeuvre.

Devant tant d’étalage de joyeusetés friquées et sans grand intérêt (où sont les jeunes artistes méconnus? où sont les oeuvres qui réveillent, mettent des claques, font rire ou pleurer, troublent, déroutent? il y en avait peu), Riri et moi nous sentions un peu floués. Comme si on s’était moqués de nous, de toile en toile, d’installation en sculpture. Voiture flambée présentée sur une plaque tournante comme au Salon de l’Auto, gouaches et collages qui confrontent l’Irak à la Fashion Week, inscriptions lumineuses qui dénoncent le capitalisme… Rien de nouveau sous le soleil de l’Occident. L’art contemporain est pris très au sérieux. C’est pas sérieux, tout ça.

On est rentrés et on s’est maté un Woody Allen. Tombe les filles et tais-toi. Un chef-d’oeuvre de dérision et d’humilité, qui faisait du bien après les Louboutin et les sourires en dollar massif…

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10 Commentaires

Classé dans Sorties cul(turelles)

10 réponses à “FRIC-FIAC

  1. Euh…c’est combien pour le chiffon si dodu et dense de la galeriste de ta photo ?

    Please quote in Yens. Thanks for your offer.

    Vazywoody jazz us again and again.

    :)

  2. @ Gondolfo : il faut demander le prix, mais je crois que la galeriste est vendue avec. Comme le chiffon est en vraie peau de chamois, ça fait monter les enchères. Surtout qu’il contient un peu du sperme de Damien Hirst, pavé de diamants, comme il se doit.

  3. Quand j’étais à Göteborg j’ai eu la chance d’aller voir une petite expo (les oeuvres tenaient toutes dans une petite salle) d’une jeune artiste suédoise (née en 1972), Tilda Lovell, qui s’est construit tout un univers assez hallucinant. C’est du joyeux bricolage, très minutieux, au résultat à la fois élégant et morbide (certaines oeuvres faisaient un peu penser à Tim Burton mais en plus brut, moins codifié). Elle crée des figurines, installations, statues de différentes tailles à partir d’os, plumes, fourrures, tissus, tuyaux en caoutchouc, bric à brac divers et invente avec ça de nouvellles créatures. Et puis ensuite elle s’en sert pour faire des vidéos… C’était vraiment très chouette, une ambiance de cauchemar d’enfant mais avec un coté ludique, inventif, fascinant… de l’horreur élégante et délicate quoi (des monstres étranges, des petites betes sortant d’un mannequin en train de dormir paisiblement… pas de scènes de carnage).
    Malheureusement il n’y avait ni catalogue d’expo ni brochure digne de ce nom, juste un texte photocopié à remporter… mais je t’ai trouvé quelques images de l’expo sur un blog suédois :) : http://migmittmina.blogspot.com/2008/01/utstllning-av-tilda-lovell-gteborgs.html

  4. @ Agnès : en effet, ça a vraiment l’air très intéressant d’après le lien que tu as laissé. Merci! Moi je vous ai cherché la vidéo de Catherine Sullivan, « Ice floes of Franz Joseph Land » mais je n’ai rien trouvé sur youtube. C’est bien dommage qu’on ne puisse pas consulter les œuvres expérimentales de vidéo un peu plus facilement sur le net.

  5. Le propre de l’art contemporain, c’est qu’il s’accompagne nécessairement d’un discours explicatif sur la démarche.
    Lorsqu’on sortira enfin de là, faudra me prévenir : ça risque de m’intéresser. Mais c’est pas encore gagné, je crois…

  6. Mo

    j’ai croisé mes premières louboutin ce soir; deux paires d’un coup. Les demoiselles auraient mieux fait de choisir moins cher et moins haut, mais il vrai que la chaussure est joli. (c’est un billet sur l’art, je fais un commentaire esthétique).

    Je ne suis pas très sensible à l’art contemporain, que je trouve souvent trop criard et faussement provocateur; et puis aussi, j’ai le plus souvent l’impression d’une vaste fumisterie…

  7. Mo

    joliE, bien sûr…

    et trop de « souvent »;

    je vais me coucher, je crois.

  8. Au grand Palais j’ai vu de belles oeuvres de Boetti
    des peintures récentes de Le Gac, et le niveau affiché était bien au dessus de ce show off tres mauvais, à mon avis. Je reviens de la cour carrée, plutot bon. Laurent grasso est le nouveau pric marcel duchamp, et certaines galeries m’ont plu comme lucile corty. j’aime aussi gb agency…
    Sinon, slick au 104 c’est fun. Et sémiose éclabousse la foire. Génial
    Sinon, il est vrai que si tu veux voir de l’art ce n’est pas pratique les foires. Un organisateur de la foire soutient qu’il y a autant d’expositions que de la galeries à la fiac. J’ai des doutes. L’accrochage est rarement tres bon, et surtout tres classique. On note tout de même un effort chez loevenbruck ou chez jocelyn wolf ou encore chez la galerie la blanchisserie.
    Voilà

  9. @ Nicolas : c’est vrai, moi aussi cela me fait halluciner, cette nécessité d’un panneau d’explications pour chaque oeuvre. Est-ce que Rembrandt, est-ce que Picasso ont besoin de six pages d’analyse pour provoquer une émotion? Mais il y a tout de même des artistes contemporains formidables… ne les oublions pas, les Matthew Barney, les Sophie Calle, les Annette Messager, les Beecroft…

    @ Mo : moi, ça m’agace, cette semelle rouge qui crie « Je suis une Louboutin, je vaux 700 euros! » et puis de toute façon on ne peut pas marcher avec.
    Vaste fumisterie, comme je te comprends… depuis le ready-made, les « artistes » se permettent n’importe quoi. Vu à Berlin : une balle de tennis dans un verre. Ouais. Avec un panneau d’explications plus long que la Bible.

    @ Stéphane : ah, notre expert! L’accrochage n’est pas terrible, je suis d’accord. Je vais aller faire un tour chez Sémiose, tiens.

  10. Pingback: Ces photos vous choquent-t-elles? « la neige des mots

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