Stramm dans les tranchées de la modernité

August Stramm. Cela vous dit quelque chose? A moi, ce nom n’évoquait rien du tout. Hier, j’ai découvert sur la scène du Théâtre de la Colline une partie de l’œuvre de ce poète allemand, qui écrivit surtout pendant la Première Guerre Mondiale. Dans une mise en scène d’Alain Françon, six acteurs lisaient un extrait de La Fiancée des Landes (1913) et de divers poèmes et correspondances livrés entre 1914 et 1915. Le merveilleux Michael Lonsdale (avec lequel je joue bientôt au théâtre, vous en serez informés of course) était le maître de cérémonie, répandant les accents inimitables et rêveurs de sa voix, sur ces textes expressionnistes très forts.

Car Stramm, mort à quarante-et-un ans en 1915, alors qu’il combattait dans les marais de Rokitno, est un expressionniste, et pas des moindres. « Personne n’a poussé l’expressionnisme aussi loin dans la littérature ; il tournait, rabotait, creusait la langue jusqu’à ce qu’elle se plie à sa volonté », d’après Alfred Döblin, le célèbre auteur du roman Berlin, Alexanderplatz (1929). Ses poèmes, extrêmement musicaux (il faut les lire, si vous le pouvez, en allemand, bien que la traduction donne aussi une idée juste de son travail) sont aussi d’une modernité époustouflante, à la fois sèche et charnelle, comme en témoigne le poème Freudenhaus (Maison de joie) :

Lichte dirnen aus den Fenstern
Die Seuche
Spreitet an der Tür
Und bietet Weiberstöhnen aus!
Frauenseelen schämen grelle Lache!
Mutterschöße gähnen Kindestod!
Ungeborenes
Geistet
Dünstelnd
Durch die Räume!
Scheu
Im Winkel
Schamzerpört
Verkriecht sich
Das Geschlecht!

La guerre et l’amour, l’identité et la liberté, la dignité du poète qui, bien que pacifiste, ne désertera pas : August Stramm est un grand bonhomme aux sentiments exacerbés, et pour qui « le poème est un organisme où significations, rythmes et sons fusionnent en un geste expressif unique. Les sons ne sont pas une simple ornementation de la parole : ils en sont la source, ont en eux-même un poids, une couleur, une signification« , écrit son traducteur René Radrizzani.

Il est hélas bien difficile de trouver l’œuvre de ce grand poète en français. Son théâtre, ses correspondances et ses poésies sont éditées, parfois en version bilingue, ce qui est heureux, chez L’ACT MEM. Toutefois, le tirage de Poèmes et Prose, édité en 2003, est épuisé! Espérons simplement que les différentes manifestations qui ont lieu en ce moment autour de cet auteur réveilleront les presses de l’imprimeur en sommeil.

En effet, vous pourrez voir Feux, Rudimentaire, La Fiancée des Landes et Forces, les pièces d’August Stramm, du 27 novembre au 20 décembre 2008 au Théâtre de la Cité Internationale, mises en scène par Daniel Jeanneteau.

Une table ronde aura lieu également autour de l’auteur le mercredi 12 novembre à la Maison Heinrich Heine, Cité Internationale Universitaire de Paris, à 20 heures.

Le 25 novembre, à 14h30 et 19h, des lectures de la correspondance de guerre d’August Stramm auront lieu au Goethe Institut, 17 avenue d’Iéna, Paris 16e (entrée libre).

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6 Commentaires

Classé dans Sorties cul(turelles)

6 réponses à “Stramm dans les tranchées de la modernité

  1. @ Stéphane : cher Stéphane… si tout va bien, le 25 décembre je suis en train de tourner un film dans un pays exotique et qui terrifie mon entourage… mais j’ai eu un extrait de cette correspondance de guerre hier, et elle est belle. Même si ma préférence va à sa poésie, et non à son théâtre ou à ses lettres. Car ses poèmes sont véritablement époustouflants!

  2. Intéressant.. je n’ai rien lu de lui

  3. @ Roooxane : normal. Vu la notoriété et les publications françaises…

  4. un poète que j’aime beaucoup ! que j’ai découvert quand j’ai travaillé sur l’expressionnisme, pendant mon erasmus berlinois !
    tu vas dans quel pays exotique?

  5. @ Neige : ah, enfin quelqu’un qui en a entendu parler!!! tu es bien la première, mais cela ne m’étonne nullement que ce soit toi! ;-)
    Le pays exotique? Well… vous saurez ça en temps et en heure. Je finis par devenir un peu superstitieuse! J’attends d’avoir mes billets en main…

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