Paris is Hell

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L’écrivain française Lolita Pille.

Lolita Pille. Cette fille jolie, pimbêche, qui écrit des trucs dans Jalouse, pose dans Jalouse, est toujours superbement habillée dans Jalouse, bref, me rendrait jalouse, si son roman Hell avait été, par-dessus le marché, un chef-d’oeuvre. 

Ce n’est pas un chef-d’oeuvre, même si Hell, ce roman dont tout le monde a entendu parler, à moins d’être Ingrid Bétancourt peut-être, et d’avoir eu d’autres chats à fouetter pendant quelques bonnes années… même si Hell, donc, se laisse bouquiner. 

On a envie de lui mettre des claques, à la miss Lolita, on a envie de lui faire valdinguer sa plume qui use et abuse de mots savants et intellos, et de lui faire ravaler son style à la BHL parfumée Coco Mademoiselle, voyez. Plus parisienne que Lolita Pille (écrivain à 19 ans, snob à mourir à 26 ans), cela n’existe que dans un dessin de Kiraz. Lolita Pille EST Paris, du moins une facette de Paris qui renie ses centres d’accueils pour immigrés clandestins de Belleville, ses soupes populaires au Père Lachaise et ses sièges anti-clochards dans le métro. Lolita Pille EST la minette à frange du 11e, le jeune à mèche du 6e, la bobo à vespa, la princesse en vison, la rue Montaigne, et un rayon Taschen à elle toute seule. Snob, horriblement snob, snobissime, à tel point que moi, adepte fanatique du snobisme littéraire, j’en ai pourtant eu le coeur soulevé. 

Hell nous parle d’une gamine très riche de Paris, qui aime, en gros : la baise, la coke, les boîtes de nuit, mais aussi, et c’est en cela qu’elle est différente, la littérature. Elle est blasée à 17 ans. C’était sans compter sur une rencontre avec son acolyte masculin, qui aime les mêmes choses qu’elles, avec une spécialité de plus : faire souffrir à mort son entourage. Tout cela aurait pu faire une intrigue intrigante, si la miss Pille avait pris la peine de nous rendre son personnage attachant, et de nous épargner les longues séries de name-dropping de marques de luxe. Le ton employé, volontairement hautain, est censé nous provoquer, pauvres lecteurs qui ne payons pas l’ISF, afin de réveiller nos consciences endormies par les fluctuations de notre pouvoir d’achat. Sauf que cela ne prend pas une seconde. La maîtrise n’est pas là : la plume au vitriol n’est pas donnée à tous les auteurs ; n’est pas Desproges qui veut. On a hâte de se débarrasser de ces personnages hautement antipathiques et inconsistants. L’impression glauque de se balader dans un carré VIP désert, à la fermeture d’une boîte de nuit, reste toutefois persistante après avoir fermé le bouquin

Si le fait d’écrire sur le néant absolu que représente ce petit monde fermé et luxueux qui hante Paris n’a pas changé Lolita Pille, alors qu’elle recherchait visiblement un exorcisme, qu’en sera-t-il pour le lecteur? Comment pourrait-il ressentir la moindre émotion véritable face à une telle enfilade de conventions littéraires? Lolita Pille sait écrire, indéniablement. Dommage que sa plume soit antipathique. Il y a quelques mois, dans Jalouse, je lisais un petit texte qu’elle avait écrit pour le magazine, qui me prouva que son talent allait décroissant, bouffé par l’obsession modeuse de circuler en circuit fermé, et de sembler incompréhensiblement moderne et libérée, aux yeux du commun des mortels.

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15 Commentaires

Classé dans Ma vie littéraire

15 réponses à “Paris is Hell

  1. Mo

    C’est bon de te relire ici! Je n’ai jamais été attirée par les bouquins de Lolita Pille, j’avais l’impression que l’image que j’en avais, qu’elle voulait en donner, serait ce que j’y trouverais et ça ne m’intéresse pas. Tu viens de me confirmer que ce n’était pas que des préjugés!

  2. « Plus parisienne que Lolita Pille (écrivain à 19 ans, snob à mourir à 26 ans), cela n’existe que dans un dessin de Kiraz »

    je suis trop plié pour aller au-delà de cette phrase je reprends mon souffle et je reviens ^^

    ça vire au cat fight ce blougue,
    depuis ton retour tu balance des gnons à tout va, et enfait j’aime bien.

    prochaine fois que je crois quelqu’un à Paris avec un cocard, je lui serres la main lui disant « ah, vous aussi vous avez écrit un livre? »

  3. Je n’ai pas lu ce livre, ouf, et je peux donc sans risques trouver ce commentaire excellent. C’est un régal, cette façon de mastiquer un auteur avant de le recracher.
    Ensuite, évidemment, plus personne n’en veut.

  4. Fafa

    Je ne sais même pas comment tu as eu l’idée d’ouvrir ce…truc (parce que livre c’est vraiment pas le bon mot). Un coup de déprime ?

  5. Voilà un billet joliment troussé qui devrait ravir notre chère Bon Sens. Je vais de ce pas lui apporter la nouvelle ;)

  6. @ Mo : c’est vrai que ça faisait longtemps, hein? Et ça fait du bien de vous lire aussi, d’avoir un peu le temps, tout ça…
    En tous cas, Lolita Pille, on ne m’y reprendra pas…

    @ Arbobo : ouah t’exagère hé, Arbobo… bon, je suis peut-être un peu méchante, mais… les Parisiens trouvent difficilement grâce à mes yeux après mon dernier voyage!

    @ Georges F. : merci Georges, pauvre Lolita, je ne pensais tout de même pas l’avoir tant amochée que ça…

    @ Fafa : je sais, je sais. En fait, quand je l’ai lu, c’était juste après « Terre des oublis » de Duong Thu Huong, que j’ai adoré. J’avais emporté « Hell » en Irak, par pure curiosité. La plus proche librairie de langue française se trouvant à… Beyrouth, j’avais quand même décidé de finir ce roman plutôt plus que moyen. Par dépit, donc… mais de déprime, point.

    @ In Cold Blog : héhé, elle n’aime pas non plus Lolita Pille, miss Bon sens?

  7. J’adore ton billet… et, bien entendu, je vais me tenir loin de ce livre!

  8. @ Karine : ah, coquins de lecteurs, je vous adore, plus je suis méchante et plus vous aimez ça, visiblement… :-) Pauvre Lolita Pille, je lui ai fait sa fête pour Noël. Mais si je peux faire grimper les ventes de Duong Thu Huong à la place dans le panier de shopping des fêtes de mes lecteurs avisés, et baisser celles de miss Pille, j’hésite pas.

  9. InColdBlog a du en effet se marrer :)
    Eh oui chère Madga nous avons une irritation en commun :)

  10. @ Bon Sens : en même temps, ne pas aimer le travail de Lolita Pille c’est… une question de bon sens :-) non?

  11. Mouarf ! Un billet excellent pour un livre qui l’est moins. Merci pour le fou rire.

  12. @ Leiloona : merci beaucoup :-)

  13. La Nymphette

    Je la déteste. Elle est tout ce que tu dis qu’elle « est ». Je suis peut-être « jalouse »… Pourtant, j’ai bien aimé son « Hell », simplement parce que payer l’ISF n’empèche pas d’aimer et d’avoir « putain de mal »!

  14. @ La Nymphette : oui, c’est sûr que ça n’empêche pas… mais c’était écrit avec tant de pathos, que ça m’avait fatiguée, cette histoire d’amour. Et les deux personnages sont de toute façons trop têtes à claques pour qu’on arrive à s’identifier à eux.

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