Le pays des adultes bien-pensants

enfant-battu

J’aurais dû me méfier quand j’ai reçu Le Pays sans Adultes d’Ondine Khayat (éditions Anne Carrière). J’avais oublié que c’est Anne Carrière qui publie Paulo Coelho, dont, euh, je n’estime pas beaucoup la plume. J’avais oublié que c’est Anne Carrière qui fait ces horribles couvertures racoleuses à l’américaine. J’aurais du regarder les remerciements en dernière page du livre d’Ondine Khayat : merci à Bidule, Machin, Truc et à… Marc Lévy. Aïe! J’aurais dû sourciller un peu plus devant le pitch de quatrième de couverture : « un livre bouleversant, un livre d’émotion pure ». Rien que ça. C’est quoi, une émotion pure, d’ailleurs? Bref, Ondine Khayat, Anne Carrière, Le Pays sans Adultes et moi, on n’était pas faits pour s’entendre. On ne s’est pas du tout entendus, d’ailleurs. 

Histoire tire-larmes d’un petit garçon de onze ans battu par son père, rédigée à la première personne avec une plume qui se la joue puérile, Le Pays sans Adultes est une espèce de guimauve politiquement correcte et très gnangnan. Ondine Khayat tente donc d’écrire comme un enfant de onze ans parlerait. Cela nous donne une bouillie de « bons mots d’enfant » assez agaçante, du type : Un dictateur, c’est un type qui fait des dictées, mais avec plein de fautes très graves dedans (p. 320). Le tout bêtifie, comme si à onze ans, un jeune garçon n’avait jamais rien lu d’autre dans sa vie que les albums de Petit Ours Brun. Je ne sais pas si Ondine Khayat s’est déjà vraiment adressée à des enfants de cet âge-là, car je peux vous assurer qu’ils s’expriment bien mieux que dans son bouquin. 

C’est un peu comme être devant un téléfilm américain à deux heures de l’après-midi en semaine : on ne sait pas pourquoi on reste scotché devant cette bêtise rose et bien-pensante, mais on n’arrive pas à changer de chaîne. Parce que c’est facile, parce qu’on a le cerveau en mode veille, parce qu’on a commencé, donc on va finir… Et puis, évidemment, quand on choisit un sujet universellement aussi révoltant que la maltraitance des enfants, on accroche le lecteur, même si on écrit mal. On ne peut que louer le désir d’écrire sur ce sujet, et de dénoncer des choses qu’on ignore encore trop (combien d’enfants battus en France? combien de pères alcooliques, de mères à la dérive incapables de protéger leur progéniture?). Cela n’en fait pas un bon roman pour autant.

(Arbobo va encore dire que j’ai mis des gnons à un écrivain femme et que ce blog ressemble à un cat fight… mais bon sang, je ne demande qu’à lire de belles choses, moi.)

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40 Commentaires

Classé dans Ma vie littéraire

40 réponses à “Le pays des adultes bien-pensants

  1. Pour ma part, j’ai beaucoup aimé… je me suis même habituée aux jeux de mots qui m’énervaient au début.

  2. Je ne l’ai pas lu (Chez les filles m’auraient-elles rayée des listes ?), mais à force de rencontrer des articles enthousiastes je commençais 1)à les lire en diagonale 2) à le regretter. Finalement (enfin !) un article discordant !

  3. @ Karine : je vais aller lire ton article, tu en as fait un j’imagine?

    @ Keisha : je ne sais plus s’il vient de Chez les filles ou d’ailleurs… mais tu n’as rien raté!

  4. moi j’aime bien ton cat fight :-)

    d’abord tu tapes sur les niais(es), c’est cool,
    et pis ça finit toujours bien puisque c’est toi qui gagne (ouha l’autre comme il est flagorneur!)

    Magada en course pour l’uniifcation des titres wba et wbc, cool ^^

  5. @ Arbobo : je suis flattée, surtout après avoir fait un petit check google WBA/WBC parce qu’évidemment, je n’avais pas la moindre idée de ce que c’était que ce truc.

  6. Mo

    Depuis le début je me demande pourquoi j’ai dit oui… Et je ne l’ai aps encore ouvert… Pour être surprise? J’espère encore!

  7. Bétrick

    c’est fous les points communs…
    l’avantage c’est que ça m’évite d’ouvrir mon propre blog. Continue…

  8. @ Mo : tu rêves! lis plutôt autre chose. Duong Thu Huong, par exemple ;-)

    @ Bétrick : Merci. Je continue!

  9. Ben moi, échaudée par les précédents envois et par les fonds de tiroir qu’on nous envoie (car il n’y a pas d’autres termes), j’ai refusé celui-ci. Bien m’en a pris apparemment. :D

  10. @ Fashion : je ne sais même pas pourquoi je l’ai lu jusqu’au bout, franchement… quelle nullité ce livre. La prochaine fois, je serai plus regardante avant d’accepter le bouquin. Tu as bien raison Fashion! j’en prends de la graine!

    • une enfant perdue

      C’est parce que tu es adulte. Tu n’as rien compris.
      Tu confonds tout, tu mélange tout.
      Ce ne sont pas des niaiseries dont l’auteur parle. Ce sont des rêves, des mots, des objets, des choses simples qu’elles transforment et qui nous, enfants, nous emportent et nous font frissoner.
      Toi je parie que tu ne te souviens même plus comment on mange un nuage, que ta fée est morte depuis bien longtemps, que si tu mettais les habits de tes vêtements tu ne pourrais quand même pas te rendre au pays imaginaire là où sont tous les enfants perdus.
      Je suis si triste pour toi. Tu ne peux pas voler, tu es clouée au sol.
      Moi je peux. Maxence et Slimane aussi :-)

      • Je suis adulte, j’ai été aussi un enfant, je travaille avec des enfants au théâtre et je sais que ce ne sont pas des débiles. Je n’ai pas aimé le ton bêtifiant de ce livre, ce qui ne signifie en aucun cas que je suis insensible à la littérature enfantine. Je ne vois d’ailleurs qu’une frontière très floue entre ce qu’on destine aux enfants et ce qu’on destine aux adultes en termes de littérature.
        La poésie de l’enfance ne veut pas dire qu’on doive tomber dans le kitsch.
        Et si tu me connaissais, tu verrais que tu es très loin du compte avec de telles assertions… mon âme d’enfant est intacte, seulement elle ne parle pas comme une publicité pour de l’assouplissant.

  11. masi ce n’est pas aprce qu’on reçoit une oeuvre (livrs pour toi, disques pour moi) qu’on est obligé d’en parler.

    évidemment, si on n’en parle jamais, les blogueurs que nous sommes finiront par être rayé des listes d’envoi de la boîte de comm ou la maison d’édition, c’est logique.

    J’ai la chance de recevoir plutôt des choses qui me plaisent, j’ai un interlocuteur qui a compris mes goûts et en tient compte, c’est génial, mais bon, en tout état de cause ce n’est pas aux éditeurs ou aux boîtes de comm de fixer nos priorités ou notre emploi du temps, chacun sa partie (et advienne que pourra)

  12. KATHY

    on peut ne pas aimer un livre, bien sûr, mais de là à critiquer avec une ironie aussi méchante l’auteure, l’éditrice etc… cela m’a donné aussitôt l’envie de le lire : je l’ai trouvé magnifique et, après enquête, j’ai appris que O.Khayat avait longtemps suivi ces gamins cabossés par la vie…elle est donc loin, je pense, de vouloir « faire pleurer dans les chaumières »

  13. « C’est un peu comme être devant une téléfilm américain à deux heures de l’après-midi en semaine »

    J’ai davantage le tropisme tudesque. Peux pas comprendre.

  14. @ Arbobo : tout à fait. Note que je ne me suis pas forcée à parler de ce livre… je l’ai lu, je l’ai critiqué, voilà… D’autres éditeurs m’ont envoyé des choses qui me plaisaient bien plus. C’est ainsi. Tu as de la chance d’avoir quelqu’un qui t’envoie des choses dans tes goûts, c’est une situation qui s’installe avec le temps, j’imagine!

    @ Kathy : comme vous avez le droit d’avoir aimé ce livre, j’ai tout à fait le droit de ne pas l’avoir aimé, et de dire ce que j’en pense. Mon « ironie méchante » (méchante? pourquoi? parce que je ne parle pas comme au pays des bisounours?) n’est que ma façon de m’exprimer. Tout comme lorsque j’aime un livre, je peux être lyrique, je peux l’être lorsque cela ne m’a pas plu. Tant que nous pourrons nous exprimer sur la toile, je continuerai à le faire, j’exerce un droit inaliénable, me semble-t-il. Ondine Khayat et Anne Carrière ne sont pas ici attaquées personnellement, que je sache. Je critique un travail, point barre.

    @ Christophe : tu viens de m’apprendre un mot.
    Moi aussi, j’aimais Derrick :-)

  15. Je devais avoir le cerveau en mode veille… parce que j’ai beaucoup aimé !!!
    Bonne année 2009 !
    Au plaisir de revenir te lire souvent…
    bizz
    liliba

  16. Voilà de la critique au moins, de la vraie de vraie, avec une opinion et de la conviction pour la défendre ! Et ce billet me permettra de ne pas perdre mon temps en m’égarant dans les méandres sirupeux de ce livre qui me semble bien mauvais… Merci.
    FB.

  17. @ Liliba : ça arrive même aux meilleures on dirait… ;-) Bonnes fêtes chère Liliba.

    @ Franck Belluci : ah, merci! Voilà qui me réchauffe le coeur (il fait -5 en ce moment là où je me trouve…) en effet rien ne sert de perdre son temps avec ce mauvais roman, quand d’autres auteurs peuvent nous émerveiller, n’est-ce pas?

  18. Effectivement nous ne sommes pas du tout d’accord et c’est bien de lire aussi des avis négatifs, car, à force de voir que des billets unanimes, parfois ça peut devenir suspect ! ;-o)
    Belle et douce année 2009 Magda !

    • Oui, et d’ailleurs je suis bien étonnée d’être la seule note discordante dans ce concert de louanges, mais bon ! Peut-être que ceux et celles qui ne l’auraient pas aimé ne l’ont tout simplement pas lus. Bonne année Florinette !

  19. Magda, je comprends ce que tu dis et dans ma critique de ce livre (plutôt positive), je mentionne les travers que tu soulignes mais bizarrement ils ne m’ont pas gênée. Je dis bizarrement car j’avais été exaspérée par l’Elégance du Hérisson qui possède grosso modo les mêmes défauts (côté bien pensant et manque de crédibilité du style « enfant ») mais là, va comprendre, j’ai joué le jeu. Je suis partie du présupposé que le narrateur n’était de toute façon pas crédible et j’ai aimé le côté poétique de certains passages comme je peux me régaler devant un James Bond où le héros va plus vite en chute libre que l’avion qu’il tente de rattraper (ce qu’il réussit évidemment !) ou devant Kill Bill 1 où Uma Thurman coupe des membres et fait jaillir le sang de centaines d’assaillants sans une égratignure…

  20. Je ne l’ai pas lu ainsi mais c’est vrai qu’il est intéressant de lire un avis discordant.

  21. @ Cécile : un plaisir coupable, alors ! héhé… tu m’as fait bien rire. Au moins, tu argumentes ! :-)

    @ Sylire : j’ai bien l’impression d’être la seule ! C’est ainsi… mais vraiment, ce bouquin ne m’a pas plu du tout. :-(

  22. encore heureux ma foi, c’est cela aussi avoir des goûts, ses goûts à soi.

    tu aimes bien cet angle d’approche d’ailleurs, si on se souvient de ton invitation à citer les chefs-d’oeuvre que nous n’avons pas pu terminer ^^

    c’est valable pour tous les arts, d’ailleurs.
    J’ai hurlé dans le désert ma révulsion idéologique devant les adoubés « la vie est belle » et « il faudrait peut-être penser à sauver le soldat ryan » en ne rencontrant que l’étonnement.

  23. @ Arbobo : tu m’étonnes ! Moi, c’est pareil, « La vie est belle » j’ai trouvé ça limite neuneu et Disneyland… Tout comme « Brokeback Mountain », et là je sais que je vais me faire lyncher. Il faut bien avouer que c’est un film on ne peut plus classique (en dehors du fait que les cowboys s’envoient en l’air ensemble) dont la construction narrative n’apporte rien de spécial, joué avec talent mais selon les codes hollywoodiens (regards appuyés, Actors Studio à mort) et filmé avec un peu de grandiloquence. Le tout souligné par une musique banale.
    C’est comme quand je dis que je déteste Barbara : on me maudit… ben quoi, elle bêle, comme Joan Baez, et ça, je peux pas.

  24. exactement, mais quand tu auras entendu Siobhan Wilson chanter magnifiquement « voir un ami pleurer », tu changeras d’avis :)

    comment ça, « c’est de jacques brel »? Ne change pas de conversation, s’il te plait!

  25. @ Arbobo : connais pas. Suis inculte. Et de plus en plus teutonne. Tout ce qui n’est pas électronique ne rentre plus dans mes oreilles en ce moment ;-)

  26. Et bien moi je ne la trouve pas méchante cette critique et d’ailleurs le fait qu’elle soit mentionnée comme négative m’a donné envie de la lire. Je n’ai pas lu les positives, mais en effet je vois bien tout suite que c’est le genre de livre que je ne lirais pas.
    Pour ce qui de James Bond attention, j’avais vu au moment de la sortie la scène en question et le film me laissait plutôt un bon souvenir, je l’ai revu il y a quelques jours pendant une « cure » de James bond incluant les premiers avec Sean Connery et les deux derniers, autant dire que quand j’ai vu Pierce Brosnan apparaître à l’écran, j’ai presque pouffé tellement il est pas crédible. Comme quoi le cerveau…

  27. @ Loula : ça me fait plaisir quand même de voir que je ne suis pas complètement bannie de la blogosphère à bouquins pour avoir maudit ce (mauvais) roman ;-)

    Je suis fan de Pierce Brosnan, mais c’est normal, j’avais 14 ans la première fois que je l’ai vu en costume de Bond et mes jeunes hormones ont pris feu ; avec le recul, of course, Sean Connery lui est bien supérieur… et j’avoue avoir un gros faible pour Roger Moore ! (qu’il est vulgaire ! dit toujours ma mère quand elle le voit à l’écran…)

  28. Ah, je ne suis pas la seule à ne pas avoir aimé ce roman.
    (Je ne l’ai pas fini … c’est rare.)

  29. @ Leiloona : AH ! incroyable ! je vais de ce pas lire ton article, si tu en as fait un.

  30. Je n’aurais peut-être pas dû lire ton avis car je l’ai commencé et ai tendance à penser comme toi. Ca frôle la caricature avec le père abruti, le gamin surdoué, la pauvreté. Ca fait passer les lecteurs qui n’aiment pas le roman pour des sans coeur et ça me dérange.
    Je continue mais sans conviction.

  31. @ Sophie : si, tu as bien fait de lire ma note, car tu te sentiras moins seule après ! ;-) Beaucoup de lecteurs blogueurs ont aimé ce bouquin…

  32. Je rejoins assez l’avis de Cécile. De toute façon, s’engager sur le territoire de la violence familiale, c’est forcément marcher sur des oeufs. Pour ma part, j’ai trouvé qu’Ondine Khayat s’en sortait plutôt bien et que la poésie de ce livre sonnait juste.
    Après, j’ai aussi pris beaucoup de plaisir à lire ton billet, ton ironie m’a plu et tu trouves les comparaisons qui font mouche (de toute façon, je pense que c’est aussi jouissif de parler d’un livre qu’on n’a pas aimé que d’un livre qu’on a adoré car ce qu’on ressent, on le dit avec nos tripes et ce sont souvent nos meilleurs billets).

    • Merci Violaine pour ce commentaire qui respire la justice intelligente d’un Salomon! :) et bienvenue sur mon blog, car je crois que c’est la première fois que je te vois par ici? A bientôt et au plaisir de te relire!

  33. + 1 !

    Nous sommes quelques unes à ne pas avoir gouté la plume d’Ondine Khayat, qui, éducatrice ou pas, n’a pas su retranscrire avec la justesse nécessaires l’univers violent qu’elle tentait de décrire.

    Depuis la publication de la critique négative « Chez les filles » ne m’a plus rien envoyé…

    Coïncidence ? :D

    • Moi non plus, je n’ai plus rien reçu… C’est à hurler de rire quand on y pense. Quelle hypocrisie! De toute façon, depuis que je vis à Berlin, on ne m’envoie plus rien : je coûte trop cher.

  34. Magda : effectivement, c’était mon premier passage sur ton blog, mais sans doute pas le dernier. ;-)

    Roxane : je comprends d’autant mieux vos réticences que je suis toujours très circonspecte quand je lis des livres qui relatent des expériences terribles (et je ne peux m’empêcher de penser qu’il est délicat – voire malvenu – d’écrire sur des sujets aussi difficiles quand on ne les a pas vécus). Là, le fait est que j’ai accroché au style. Le livre ne m’a pas paru trop irritant ni trop bien pensant et rien que ça, à mes yeux, c’était très positif. Après, il est évident que je ne le prendrais pas comme un témoignage réaliste sur l’enfance battue, mais la poésie dont il est empreint a fonctionné pour moi.

    Mais si vous n’avez pas reçu d’autres livres à cause de vos critiques négatives (qui sont pourtant argumentées), c’est vraiment honteux de la part des éditeurs.

    • Je ne sais pas si c’est l’éditeur ou le service presse de Chez les filles… cela dit, cela ne me dérange pas du tout : trop de bouquins à lire, et je préfère choisir moi-même…

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