Jon Fosse, jamais dans l’ornière

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Jon Fosse, auteur norvégien

La remise à bateaux, roman du célèbre auteur norvégien Jon Fosse, publié en 1989, est un bouquin sacrément étonnant. Histoire de deux trentenaires, amis d’enfance, qui se retrouvent par hasard dans le village où ils ont grandi main dans la main, pendant l’un de ces étés scandinaves que l’on imagine à la Monika de Bergman. Nuits blanches comme le jour, bière et bals communaux. Le héros se retrouve donc confronté à Knut et à sa femme, une petite nana potelée et sexy qui cherche visiblement à l’allumer.

Un trio muet et infernal se met en place, chargé de toute la tension née de la relation adolescente entre les deux hommes. La jalousie féroce de Knut ne s’exprime jamais, le caractère double de sa femme la rend diaboliquement intrigante, et notre héros-narrateur, lui, est un loser mutique et attendrissant, qui écrit dans une boucle répétitive haletante :

C’est à cause de l’inquiétude que j’écris. Knut et moi on a monté un groupe de rock. C’était il y a longtemps. Cet été j’ai revu Knut. C’est alors que l’inquiétude m’a envahi. J’ai décidé d’écrire, et maintenant je suis là à écrire tous les jours, tous les soirs.

Très épuré, le style de Fosse nous mène au coeur des passions les plus noires, sans jamais tomber dans le lyrisme, et c’est un coup de maître vraiment fascinant. Cette histoire tragiquement quotidienne, qui, de loin, pourrait ressembler à un simple fait divers, prend toute sa force narrative dans l’intériorité de l’écriture et dans son unique point de vue (celui du narrateur).

Jon Fosse, écrivait Claude Régy dans Au-delà des larmes, parvient à faire que s’interpénètrent la présence de la vie et la présence de la mort.

Jon Fosse, quant à lui, déclarait : Je cherche une écriture simple et concrète et j’espère toucher en même temps aux grandes questions de la vie.

Et moi, je suis d’accord avec ces deux phrases-là. Jon Fosse n’a pas de souci à se faire : La remise à bateaux, avec son sujet de rubrique des chiens écrasés, n’est en rien anecdotique. La remise à bateaux est le roman d’un grand auteur. Un roman moderne, puissant, profondément authentique et sans aucune fioriture. A la scandinave !

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6 Commentaires

Classé dans Ma vie littéraire

6 réponses à “Jon Fosse, jamais dans l’ornière

  1. pour info :
    très beaux articles sur les kurdes dans le dernier Géo (lien non sponsorisé) :)

  2. @ Gondolfo : oui, je suis au courant, merci en tout cas pour l’info mais je suis à Berlin ! Je vais voir si je peux le dégotter quelque part…

    @ Christophe : oui, il ne chante pas que des niaiseries dans son zoo. Quelle mémoire ;-)

  3. pas mal
    ça me donne envie
    et pis le nord attire aussi
    je sais pas pourquoi mais j’aimerai faire des séjours la bas
    norvege suede islande
    ça me plait bien

  4. Pingback: Jon Fosse - skandinavistik

  5. @ Stéphane : je suis comme toi, les cocotiers me laissent plutôt de marbre, je leur préfère les fjords et autres pays mélancoliques. Tu adorerais Jon Fosse, connaissant un peu mieux ton univers je crois que tu es vraiment quelqu’un à qui je peux recommander ce bouquin, n’hésite pas à lire son théâtre aussi, fantastique (« Hiver » est fabuleux, et drôle, comme les Scandinaves peuvent l’être, version « Le Direktor » de Lars Von Trier).

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