Roll-movie

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Imaginez un Ecossais, deux Italiennes, un Néo-Zélandais, une Canadienne, une Allemande, un Grec, une Américaine et deux Français scotchés, les yeux ronds comme des lapins devant des phares de bagnole, devant un film belge complètement barré, une comédie noire en noir et blanc : Aaltra.

Aaltra est un film de Benoît Delépine et Gustave Kervern (auteurs du Louise-Michel actuellement au cinéma) sorti en 2004. L’histoire de deux voisins belges qui se haïssent cordialement, et se retrouvent paralysés des jambes après une bagarre sous un tracteur de marque finlandaise Aaltra. Forcés par le destin de cheminer ensemble en chaise roulante, les deux types décident d’aller exiger six millions de dédommagement à l’entreprise finlandaise. Et roule ma poule !

Vous aimez C’est arrivé près de chez vous? Monsieur Manatane vous fait hurler de rire? Vous pouffez devant Groland? Alors vous aimerez cet Easy Rider de tocards autant que je l’ai aimé. Comédie, certes, mais en Belgique, comédie ne rime pas forcément avec gag à la minute, bons gros mots qui tachent, ou rythme essoufflé du montage. Mais bien plutôt avec cynisme, froideur et simplicité, et surtout avec une certaine élégance de la laideur. Chaque plan de ce film est une vraie merveille de cadrage et de travail des noirs et blancs. Pour un peu, on se croirait dans Au fil du temps de Wenders : plans larges, paysages plats et infinis, usines en déréliction, avec au fond, là, quelque chose qui passe doucement… deux petites chaises roulantes.

Les deux anti-héros, salauds comme il se doit dans une comédie noire, se servent de la pitié que leur état physique inspire aux gens pour se faire transporter d’un point à un autre, pour se gaver aux frais de la princesse dans une brave famille allemande, et voler la moto d’un pilote de course célèbre. Les rencontres s’égrènent, avec un aspect presque documentaire tout à fait génial (voir cette séquence où un vieil homme les conduit jusqu’à une course de motocross en leur racontant ses souvenirs du Congo). En prime, notre cher Benoït Poelvoorde nous gratifie d’une apparition discrètement hilarante en calbut à étoiles.

Allez, cadeau : la séquence qui m’a fait le plus rire est ici. Vous avez déjà vu un biker finlandais chanter au karaoké? Non?

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17 Commentaires

Classé dans Cinéma

17 réponses à “Roll-movie

  1. Aaltra est beaucoup plus poétique que C’est arrivé, bien que les deux tapent joyeusement dans l’absurde et une photo nb de quartiers de seconde zone comme on n’en voit que rarement au cinoche (alors que c’est quand même 80% de ce qui fait notre environnement).

    En tout cas, ce film m’est très cher, et c’est très sympa d’inviter tes lecteurs à découvrir ça plutôt que la choucrouterie meringuée de la coppolette.

  2. Je n’ai pas vu Aaltra
    mais louise michel oui
    que c’est bon
    et terriblement direct
    hop hop hop
    bing bing
    j’adore
    ça va partout
    et yolande est géniale
    alors j’ai l’impression que l’on aime les mêmes choses
    ça devient terrible

    hahahéhé

  3. CS

    La séquence karaoké (véritable sport national en Finlande) est, elle aussi, documentaire –non que je sois introduite aux secrets du tournage, mais le film a réussi, en cet instant de grâce, à capturer un peu de ce qui fait le charme décalé des Finlandais, leur désarmante sincérité, qui a ici un effet des plus désopilants. Et l’apparition du maître ogre des forêts, c’est un coup de génie ethno-cinématographique !
    Je lis toujours ton blog avec plaisir, Magda !

  4. Mo

    Des amis belges m’avaient expliqué qu’il y avait dux catégories dans l’humanité: ceux qui étaient allée au bout de « C’est arrivé… », et les autres. Je suis des autres; après le viol, j’ai décidé que trop, c’était trop. Alors là, je doute un peu, et pourtant jaime les Belges et leur humour souvent bien noir…
    Et je file voir le Biker finlandais. Je n’ai jamais vu de finlandais au karaoké, mais je garde des souvenirs émus de biker russes à la biker-party de Narva, et de Russes au karaoké russe, où d’ailleurs tu finis par chanter même si tu ne connais pas l’air et lis à peine le ciryllique, et même, c’est plutôt pas mal.

  5. Ce film est en effet un bon souvenir (que j’e n’aurais pas du tout rapproché de « c’est arrivé près de chez vous » d’ailleurs, mais maintenant que tu en parles, je vois à peu près ce que tu veux dire. Je suis assez impatiente de voire Louise Michel, même si en réalité je ne fais pas grand chose pour!

  6. @ Christophe : comme quoi on peut aimer Fassbinder et Wenders, « Marie-Antoinette » et « Aaltra ». :-)
    Tu l’as même pas vu, le Coppola. C’est pô bien de critiquer ce qu’on ne connaît pas.
    « Aaltra » est un bijou. Je me repasse en boucle le biker finlandais chantant Sonny.

    @ Stéphane : mais on aime les mêmes choses, ça me semble évident. Surtout le dauphin-frites, perso. Loue Aaltra, tu vas pas le regretter. Je ne sais pas comment je vais pouvoir aller voir « Louise-Michel », probablement lors d’un prochain passage à Paris… Je suis une éternelle fan de Yolande de toute façon.

    @ CS : c’est vrai que tu connais bien ce petit coin de terre… Alors je suis ravie d’apprendre que je vais pouvoir aller me gausser en direct en Finlande, car je ne me lasse vraiment pas de cette séquence démentiellement drôle… (contente d’avoir de tes nouvelles by the way!)

    @ Mo : c’est quoi cette histoire de biker-party de Narva, tu nous caches des trucs complètement dingues Mo. Je veux y aller. Emmène-moi. Pour « C’est arrivé » je suis d’accord, le viol est insoutenable. Mais je trouve que ce film est un vrai tournant cinématographique : une comédie BELLE (de trashitude) esthétiquement parlant.

    @ Loula : tu me diras si tu as aimé, il paraît que c’est bien, moi je suis en Allemagne je ne peux pas le voir…
    Quant à la ressemblance avec « C’est arrivé » et bien je pense comme Christophe qu' »Aaltra » est bien moins cynique et plus poétique, mais l’esprit est tout de même là, on est dans la même veine d’humour noir qui laisse voir et entendre les choses au lieu d’appuyer dessus.

  7. Mo

    ça se passait en juin -ou était-ce en juillet???
    C’était cool.
    Je suis aprtante pour y retourner – de toutes façons j’ai envie de retourner en Estonie, même si je n’ai pas trop aimé, la Curieuse est paradoxes!

  8. @ Mo : ouh là là, ça me fait envie, et d’ici je ne suis pas très loin…

  9. Mo

    Je suis en train de me dire que je viendrai bien bosser à berlin en août, on pourra faire un saut à Narva…
    Profite d’easyjet: l’anglais suffit à Tallinn, et dans pas mal de villes; pour Narva, il faut mieux quelques notions de russe, mais surtout de la bonne volonté!!!

  10. le cinéma français semble enfin mettre ses pas dans ceux d’aki kaurismaki.

  11. @ Mohamed : belge ! c’est peut-être pour ça…

  12. Mo

    D’après ce que j’ai compris, le Narva-Bike cette année c’est du 17 au 19 juin.Si tu peux, je conseille vraiment un tour à Narva, c’est très dépaysant, et c’est aussi l’UE!
    http://www.narvabike.com/index.php?lang=english
    (en fait c’est pas vraiment traduit, c’est juste pour faire chic et comme si les Russes d’Estonie étaient ouverts sur le monde…)

  13. @ Mo : en août je suis à Paris, je répète au théâtre et je joue jusqu’à mi-octobre…
    Mais Narva en juin, ça c’est une idée… merci pour l’info ça a l’air génial…

  14. Arf, sur ce coup-là, je ne te suis pas ! Je m’étais retrouvée face à ce film suite à une invitation UGC (dans ces cas-là, tu ne sais pas du tout sur quoi tu vas tomber !) et je n’ai pu endurer que la première moitié (et encore, péniblement !).
    Sinon, quelle pièce vas-tu jouer cet été ?

  15. @ Laëtitia : oui, je comprends qu’on puisse avoir cette réaction… c’est un humour lent et des plus étranges ! Mais c’est justement pour cela que ça me plaît…
    Cet été, je répète « Les Couteaux dans le dos » de Pierre Notte, mise en scène de l’auteur, que nous allons jouer deux mois à l’automne.

  16. J’ai découvert l’artiste belge Bouli Lanners dans le film de Gustave de Kervern « Louise-Michel ». Inclassable, dans le même style que « Bernie » de Dupontel. Quand la fiction n’en est plus mais est le reflet d’une réalité qui m’échappe, une réalité improbable dans un bar quelque part dans ce monde…

  17. @ Gicerilla : je ne savais pas que Bouli Lanners jouait aussi dans « Louise-Michel » car je ne peux pas voir ce dernier, étant désormais loin de la France. Mais dans « Roll Movie », il est totalement divin ! Une réalité improbable, c’est vrai, et que pourtant l’on rencontre parfois si on sait ouvrir l’oeil…

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