Le livre ou la fête

bfw

Berlin Fashion Week de l’an dernier (j’avais la flemme de faire des photos moi-même ce soir…)

Berlin c’est fabuleux, je n’arrête pas de vous le répéter, mais il y a tout de même une belle épine dans le pied teuton. Ici, dans la capitale allemande, on fait la fête. Dix fois trop.

C’est-à-dire qu’au début, vous posez vos valises, et puis, connaissant la réputation infernale de la ville, vous regardez un peu quelles soirées peuvent vous faire vibrer. Il y a parfois des ratages ; un soir, il n’y a pas si longtemps, je me suis retrouvée à marcher en talons hauts dans la neige, bredouille devant un club complètement fermé. Mais dans l’ensemble, vous trouverez vite votre bonheur, que vous soyez rock, indie rock, pop, hip-hop, techno, electro ou amateurs d’objets sonores sur fond de vidéoprojection délirante*. La spirale est en place, Katrina va tout ravager sous peu. C’est quand vous commencez à taper dans la main du physio à la sortie du club le plus blindé du week-end, et qu’il vous gratifie d’un « à ce soir », que vous comprenez que vous êtes mal barrés. Soudain, vous regardez votre poignet à la lueur du jour, il est couvert des multiples tampons des clubs où vous êtes entrés dans la nuit, et vous réalisez que vous n’avez fait que danser/boire/parler/fumer/rire depuis plus de douze heures. Voilà qui laisse bien peu de place à une quelconque activité littéraire, vous en conviendrez.

Alors ce soir, j’ai pris mon destin en main. Ayant dormi deux heures la nuit le matin précédent, je me laisse tout de même tenter par une invitation à un défilé de mode, puisque c’est la Fashion Week de Berlin. Non pas que j’avais très envie de revoir les créatures arrogantes et pailletées qui peuplaient le club où j’avais passé une partie de la nuit précédente. Mais une amie bienveillante m’avait promis une avalanche gratuite de bière et de champagne, qui s’avéra être cet infâme mousseux qu’affectionnent nos amis germains, le Sekt. A peine débarquée, je reconnais trente personnes, dont trois vrais amis. Une journaliste-Barbie toute en dents, et son caméraman blasé, me balancent une lampe dans le visage et m’ordonnent de raconter ce que je pense de la Fashion Week de Berlin. (« Rien » répond mon cerveau, « Ach ja, es ist sehr locker, die Stimmung ist echt cool »** dit ma bouche.) Mon téléphone, quant à lui, se met à devenir dingue. Je compte les soirées où on m’invite par SMS : cinq. Plus un message vocal, hurlé tel un cri tarzanesque, au milieu d’un bar hanté par des singes technoïdes : « It’s the best party, Magda, come quickly !!! »

Mais moi je me souvenais que loin de tout cela, de tous ces amis montés sur ressort prêt à bondir à la première attaque d’une batterie des Gang of Four, ou d’un mix de Sascha Funke, loin de tous ces Berlinois foufous qui mettent des shorts en fourrure pour aller danser… il y avait quelque part, au coeur de la ville, un petit lit douillet où m’attendait Théories du cinéma, un livre publié par les Cahiers du Cinéma regroupant des textes critiques importants du XXe siècle sur le septième art… un livre qui patiemment, tous les jours, attendait que je veuille bien en soulever quelques pages de plus, que je daigne corner un peu sa couverture élégante…

Alors je suis rentrée, essuyant au passage des insultes du type « T’es une vieille » ou « Va dormir, Cendrillon » de la part de mes bienveillants amis ; et je vous passe les allusions, fort désobligeantes pour ma vertu, de ceux qui ne croyaient pas que je puisse rentrer chez moi sans autre raison que celle d’avoir envie de lire. Ils étaient déjà en route pour la prochaine « party-qui-a-lieu-à-cinq-minutes-d’ici-en-taxi-et-on-est-sur-la-guest-list-parce-que-Karsten-sort-avec-la-soeur-de-la-fille-du-vestiaire ». J’ai bondi dans le métro, étonnée moi-même de ma soudaine force de caractère, et me voilà. Prête à chérir de toute mon âme le livre délaissé par les nuits blanches. Il faut parfois savoir faire des choix. Le livre, ou la fête.

O, Stille Nacht…

*Ne riez pas, ça s’appelle vjaying, et tout Berlinois de sexe masculin qui se respecte s’y essaie, Dieu seul sait pourquoi.

** »C’est très décontracté, l’ambiance est vraiment cool ». Phrase d’anthologie que vous pourrez peut-être voir sur le site de la Deutsche Welle, si j’ai bien compris…

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17 Commentaires

Classé dans Ma vie littéraire

17 réponses à “Le livre ou la fête

  1. @ Stéphane : ça dépend quel bouquin quand même…

    @ Arbobo : j’ai supprimé ton com par erreur, mauvaise manipulation, je me suis fait spamer de façon charmante et j’ai dégagé ton petit mot en même temps que les insultes sexuelles d’un adolescent en pleine explosion hormonale, pardon.

  2. L’émission Paris dernière se délocalise en Allemagne. Numéro spécial « Berlin dernière » le 1er février sur Paris première à 22h30.

  3. matt

    c’est du propre… rater une bonne soirée pour du papier et un coussin … »`_« ‘ je te reconnais bien là !!

    bécots
    matt

  4. Bétrick

    mais sinon, tu bosses ?

  5. @ Mohamed : en effet, ils ne vont pas manquer de sujets à filmer, pour un « Berlin dernière »… je n’ai pas la télé, tu me diras si c’est bien!

    @ Matt : ça fait quand même vachement de bien de dormir plus de 10h dans la semaine, pour une fois… pour repartir de plus belle!

    @ Bétrick : of course… je suis en plein montage du film que j’ai tourné en Irak. Faut bien décompresser ! :-)

  6. ah oui, rien de tel que le travail pour…

    pour, heu….

    ne soufflez pas, ça va me revenir

  7. @ Arbobo : je ne te le souffle pas alors…

  8. @ Mohamed : génial, merci!

  9. Post scriptum: tu devrais jeter un coup d’oeil au site suivant; http://rougelarsenrose.blogspot.com/

  10. C’est après de telles orgies vaines que j’ai décrété à 25 ans : stop, maintenant, je fais des enfants. Bon, je l’admets, c’était un peu radical!

  11. @ Mohamed : merci pour le lien, c’est en effet intéressant.

    @ Maude : mais vivre, c’est aussi faire des choses vaines, pour le plaisir pur de les faire… et puis dans mon métier, ce genre de fêtes signifie aussi « networking »… :-)

  12. Che

    Magda, quelle baisse de regime! Je suis censee lire quoi, pauvre employee de bureau que je suis, pour accompagner mon cafe matinal? Allez, hop, un nouveau post. Schnell!

  13. @ Che : je te demande bien pardon… je vais y remédier sous peu… je n’ai pas eu le temps, et je lis peu en ce moment ! A tel point que je suis en train de me demander si « Ce que tu lis » ne va pas devenir autre chose…

  14. « ce que tu fais », alors ^^

  15. @ Arbobo : ah ben c’est pas con, ça.

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