Contes berlinois Acte II : Trabi-Safari

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Un tout petit matin berlinois. Il est cinq heures trente, Berlin ne s’éveille pas tout à fait. Cette ville de fêtards dort jusqu’à midi, boutiques et cafés compris.

Je me suis réveillée tôt, pour satisfaire mes pulsions d’écriture. Sur mon vélo miniature, je me promène dans la ville, émerveillée de passer sous la célèbre porte de Brandebourg sans l’ombre d’un seul touriste, de pouvoir admirer les restes du Mur sur fond de pépiements d’oiseaux. Je suis toute seule dans la ville immense. L’une des plus grandes villes d’Europe, étirée comme une gigantesque pâte à tarte, qui fait huit fois la taille de Paris…

En remontant du quartier de Mitte vers celui de Kreuzberg, on passe devant non loin du Reichstag, du Mur, de Checkpoint Charlie, de la porte de Brandebourg. Tous ces lieux hautement touristiques sont généralement, au mois de mai, saturés de cars de touristes et de marchands de cochonneries en plastique à la sauvette. Mais pas à 5h30 du matin… C’est là que ces endroits de la ville reprennent leur dimension historique et leur poésie. Dans la lumière rose de l’aube.

Je pédale tranquillement, je sifflote, prenant des photos à la volée avec mon téléphone portable, pour garder une trace intime de ce silence urbain. Et puis tout à coup, j’aperçois un parking désert où ne sont garées que des Trabant, ces petites voitures fabriquées pour l’Allemagne de l’Est au temps du Mur de Berlin. Il s’agit du point de départ et de location du Trabi-Safari, une visite de guidée que les touristes effectuent au volant d’une de ces petites voitures. C’est évidemment un peu kitsch, un peu nul, et cela participe à l' »Ostalgie », cette tendance à exploiter les attributs culturels de l’ex-RDA pour en faire des objets de consommation purs. L’Ostalgie est une tendance qui a été fortement soutenue par le succès (mérité tout de même) du film Goodbye Lenin.

Mais là, baignant dans l’aube tiède de printemps, toutes enveloppées de cette lumière mystérieuse, les petites Trabis avaient l’air désolé. Comme abandonnées par les touristes ingrats, sur leur place de parking. Si les voitures n’avaient pas été peintes dans des couleurs improbables, si elles n’avaient pas porté le logo « Trabi-Safari », on se serait cru en RDA. Quand les Trabants étaient les seules voitures autorisées à rouler dans le pays, et que les rues étaient vides. Vides de joie populaire, vides de liberté. Je les ai prises en photo pour vous les montrer : n’ont-elle pas l’air triste?

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14 Commentaires

Classé dans Ma vie littéraire

14 réponses à “Contes berlinois Acte II : Trabi-Safari

  1. « je me suis réveillée tôt, pour satisfaire mes pulsions d’écriture. Sur mon vélo miniature »

    comme je t’envie de pouvoir écrire en pédalant :-)

    cette femme sait tout faire.

  2. @ Arbobo : ah là là il cherche la petite bête mon ami Arbobo! Je prenais mon vélo pour me rendre là où je vais souvent pour écrire… ;-) mais c’est vrai que je sais tout faire. Mes amis m’appellent La Poste. Et en plus je suis jamais en grève. Arf.

  3. je te taquines ^^

    j’aime savoir que tu écris à n’importe quelle heure

  4. classe une trabant
    haha
    on se balade en trabant
    on fait le tour du monde avec
    un petit tour de trabant
    ça ne fait pas de mal
    avec ma trabant j’irai partout
    faut dire que ma trabant
    je vais lui mettre un moteur digne de ce ça
    et des sièges super confort cousus mains
    et une sono de dingue

    ahahah
    la trabant
    faudrait l’envoyer à pimp my ride
    sur mytv
    et xibit s’en occuperait pour la tuner
    mettre des écrans partout
    même sur les roues
    même dans le coffre
    même sur le toit
    hahah
    vive la trabant

  5. Cherchez l’intrus qui fait son break du matin.

    Le temps fané du moteur à deux temps.

  6. @ Arbobo : pas d’heure pour la muse. Quelle emmerdeuse!

    @ Stéphane : je trouve que c’est une idée géniale, poussons leur Ostalgie jusqu’au bout!

    @ Gondolfo : très joli… les garçons deviennent poètes quand on leur parle de voitures!

  7. Comme je t’envie de pouvoir te balader sans éveiller une quelconque crainte ou acrimonie chez celles et ceux qui croisent ton regard. A Paris, désormais, je ne peux déambuler boulevard Voltaire ou rue des boulets sans être dévisagé et pire sans avoir peur d’être la victime de regards mal interprétés.

  8. J’ai oublié de mettre le lien pour un ami qui a photographié merveilleusement Berlin:
    http://nuages.skynetblog.be/

    # Berlin 1999 (51)
    # Berlin 1999 (50)
    # Berlin 1999 (49)
    # Berlin 1999 (48)
    # Berlin 1999 (47)
    # Berlin 1999 (46)
    # Berlin 1999 (45)
    # Berlin 1999 (44)
    # Berlin 1999 (43)
    # Berlin 1999 (42)
    # Berlin 1999 (41)
    # Berlin 1999 (40)
    # Berlin 1999 (39)
    # Berlin 1999 (38)
    # Berlin 1999 (37)
    # Berlin 1999 (36)
    # Berlin 1999 (35)
    # Berlin 1999 (34)
    # Berlin 1999 (33)
    # Berlin 1999 (32)
    # Berlin 1999 (31)
    # Berlin 1999 (30)

  9. Délicieux, cet instant volé au sommeil des Trabants!

  10. @ Mohamed : oh, merci pour ce lien, comme ces photos sont émouvantes pour moi… Berlin en déliquescence, comme à l’abandon, il y a dix ans… aujourd’hui, ce serait intéressant d’aller refaire les mêmes photos aux mêmes endroits… tout est bien plus propre dans les quartiers centraux. Très émouvant!

    A Paris, oui, il est bien difficile de se livrer au plaisir de la photo. Mais à Berlin aussi parfois. Là, c’est juste parce qu’il était 6 heures du matin!

    @ Maude : merci :-)

  11. Alors là, il va falloir me donner le lieu exact d’exposition de ces trabants: je rêve de les prendre en photo!!! Alors, où est-ce que ça se passe?

    Je rêve également de pouvoir prendre des photos du parc d’attraction abandonné de treptower park, malheureusement, il faut une autorisation :s

    • Moi aussi je rêve de visiter ce parc! il y a eu un film fait dessus qui est passé à la Berlinale, mais je l’ai loupé.

      Alors pour les Trabis c’est simple : c’est dans Mitte, au coin des rues Wilhelmstrasse et Zimmerstrasse. Es-tu Berlinois?

  12. Ja, mais juste pour un an :s cette année s’achève d’ailleurs en juillet, mais je suis tombé amoureux de Berlin, et pense bien y passer tous les ans maintenant!

    • t’as bien raison… c’est ce que j’ai fait pendant mes études (après un échange universitaire en 2001) jusqu’à ce que n’y tenant plus, je décide de m’y fixer… et j’y suis depuis janvier. Heureuse!

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