Evita est une salope

eva peron

Eva Peron

C’est pas moi qui le dit, c’est sa mère! (LA MERE : « Quelle salope! Eh oui! C’est une salope. » p.22 dans l’édition de Christian Bourgois.)

Elle le dit dans Eva Peron, de Copi. Copi, c’est cet auteur argentin qui a sévi surtout pendant les années 70. Il écrivit des romans et des nouvelles, mais il est surtout connu en France pour ses pièces de théâtre déjantées, qui furent beaucoup montées en France, notamment par Alfredo Arias.

Eva Peron, c’est la femme du général Peron. Vous savez bien! Madonna l’a incarnée avec un certain brio (elle est au moins aussi tordue que son modèle) dans le film Evita, qui est un joli nanar, soit dit en passant. Eva Peron, dite Evita, était donc la femme du président populiste argentin, qui entuba plus ou moins le pays dans les années 50.

Copi fait de ce personnage public controversé (madone ou putain? amie des pauvres, ou manipulatrice couverte de diamants?) un personnage théâtral terrifiant et drôle à la fois. Evita agonise d’un cancer, à l’âge de 33 ans, et a enfermé tous ses proches dans la maison jusqu’à ce que sa mort les délivre. Elle les torture psychologiquement, les manipule, change d’avis comme de chemise, maltraite sa jeune et jolie infirmière, et castre psychologiquement son général d’époux. Elle vitupère, crache vulgarité sur vulgarité – le contraste est grand avec la digne dame en vison qu’était Eva Peron lors de ses appartitions publiques. Un personnage génial, donc, malsain, et pour qui il est difficile d’avoir de l’amitié, mais la fascination est violente.

A travers ce portrait au vitriol – et même à l’acide sulfurique – de l’ ancienne première dame d’Argentine, Copi nous parle de l’avidité des gouvernants de ce monde. Alors qu’elle va mourir, Evita ne se préoccupe que de savoir si ses robes seront bien exposées autour de son corps embaumé, si les brillants de chez Cartier qui doivent orner le cercueil sont bien arrivés, si les lampadaires seront bien voilés de mousseline noire, comme prévu. La mort est morbide évidemment, mais rien n’est plus morbide que quelqu’un qui se soucie de savoir comment ses funérailles seront orchestrées dans les moindres détails. Copi va bien jusqu’au bout de l’horreur du personnage. Et lorsqu’il nous offre un moment de répit, pendant lequel Evita parle tendrement à la jeune infirmière en évoquant ses souvenirs d’enfance, c’est pour mieux nous couper le souffle en nous plongeant plus avant dans le glauque enfer des Peron. Mais je ne vous en dis pas plus : il s’agit là d’une chute dramatique.

Écriture directe, quotidienne, mais incisive, humour noir mais verbe haut, Eva Peron est une pièce de théâtre absolument effroyable et délicieuse. Marcial di Fonzo Bo en avait fait une adaptation plus que réussie au Théâtre de la Bastille il y a quelques années… où il jouait lui-même le rôle d’Evita.

eva peron copi

Copi, Eva Peron, éditions Christian Bourgois Editeur

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24 Commentaires

Classé dans Ma vie littéraire

24 réponses à “Evita est une salope

  1.  » je ne vous en dis pas plu : »
    lapsus, evitamment ^^

  2. je ne cherchais qu’une occasion de placer mon mot-valise du jour ^^

  3. Fafa

    A cette heure matinale le sujet (Madonna) me laisse de marbre toutefois je ne saurais que trop souligner dans le cas précis l’importance du travail de l’Artiste au déconditionnement des masses. Ce qui est censé être depuis l’aube de la nuit des temps son but, sa croix mais aussi la condition sine qua none a toute légitimité et qui lui confère ce statut si particulier au sein de la société.

    Là dessus je retourne à mon café à mon conditionnement personnel et à ma mauvaise humeur rampante, la dernière étant évidemment la conséquence du deuxième.

  4. La madone des sans-chemise…

  5. qu’est ce que tu lis en ce moment
    c’est fou

    j’adores les éditions christian bourgeois moi

    • oui j’ai lu beaucoup, ça m’inspire quand je suis dans ce que j’appelle « la phase terminale d’écriture » = le moment où tu as besoin de conforter ton point de vue théâtral en lisant des choses proches de ton sujet ou de ce que tu veux faire! et puis elles sont géniales ces éditions, c’est du Christian Bourgois de poche à 5 euros!

  6. Longtemps que je n’ai pas lu de théâtre, c »est une bonne idée que ce livre !

  7. Fafa

    plus simplement le fait que ce soit Madonna qui l’incarne au cinéma m’a détournée à tout jamais d’Eva Peron. Je sais bien qu’elle n’y peut rien mais c’est plus fort que moi.

    A priori, de loin Eva Peron est une figure historique à laquelle on a tressé des couronnes d’où ma remarque sur le déconditionnement des masses. Il m’a semblé du fond de ma tasse que le livre dont tu parles s’inscrit dans ce registre.

    • « Eva Peron » est une pièce audacieuse, quand on sait que Peron, le général, est revenu au pouvoir en 73 et que Copi a écrit le texte en 69. Je crois que la pièce de Copi s’inscrit surtout dans la catégorie des pièces de théâtre bien écrites, très bien structurées et très profondes. Le sujet en est politique, mais frappe tout autant aujourd’hui qu’il a pu être frappant à l’époque. Comptes en Suisse, ivresse du pouvoir, mascarade, danse macabre, arrivisme, et couches sociales « inférieures » méprisées et exploitées par l’image.
      Te connaissant un peu mieux maintenant – virtuellement s’entend, mais tout de même – je crois que tu adorerais.

  8. Oui fascinant le culte pour cette femme.

    Encore aujourd’hui on fait la queue pour déposer des fleurs sur sa tombe…

    • C’est vrai, j’ai d’ailleurs été à la Recoleta, là où elle est enterré, et j’ai reculé devant la foule. Ma curiosité n’était pas piquée à ce point!

  9. culte
    queue
    madonna
    salope

    je préfère pas imaginer ce qui sortira d’un logiciel de lexicographie qui passerait par là ^^

  10. Je note, tout ça m’a l’air bien intéressant! Et puis j’aime beaucoup cette collection de chez Christian Bourgois.

    • Oui, c’est une collection formidable que je viens de découvrir. Du Copi à 5 euros, je n’en avais encore jamais trouvé. De plus, l’édition est très jolie, bien au-dessus d’un poche classique.

  11. Et donc, Eva, en bonne sal… qu’elle était, avait la réputation avant d’avoir toujours bien choisi ses amants.
    Ceci afin de parvenir aux sommets de la gloire, notamment lorsqu’elle embrassait la carrière de comédienne avant d’épouser son président de mari.
    Cette réputation la poursuivait un peu partout et alors qu’elle était quelques années plus tard en tournée diplomatique en Italie, elle circulait dans les rues en compagnie d’un aéropage d’officiels ainsi qu’un vieil amiral.
    Sur son passage, quelques italiens l’insultèrent. Eva se retourne vers le vieil homme et lui dit « vous vous rendez-compte, ils m’ont traité de putain ! »
    Et l’autre de répondre : « vous savez, mois cela fait des années que je ne suis pas allé en mer et on m’appelle toujours amiral ! »

    • Pas mal, pas mal! N’empêche, à cette époque, les femmes n’avaient pas tellement d’autres armes pour grimper au sommet… que de grimper aux rideaux, non?

  12. Sit

    C’est marrant de lire les commentaires à la suite de ton article ! Quant à moi, je retiens surtout cette question de l’agonie… hyperactive ?
    Je ne connais pas du tout le théâtre de Copi, tu as piqué ma curiosité… ce sera le prétexte d’un nouveau passage à la librairie Palimpseste (il y a de la suite dans ta politique blogale !)

  13. Olivier

    Ulysse Ulysse le chemin de la terre est effacée de ma mémoire, l’odysséus a pénétré dans un espace inconnu.

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