La question qui tue (par un auteur formidable)

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Dites, Marquise, je peux vous poser une question dangereuse?

Cela fait trois jours que je me prends la tête sur une question posée par Pierre, un dramaturge formidable (qui est accessoirement le metteur en scène qui me fait travailler comme un bœuf dix heures par jour, en ce moment).

Pierre est un auteur foutrement talentueux, du haut de ses quarante petites années. Cela l’autorise à lancer des questions littéraires énormes, au beau milieu de l’apéro, avec un flegme agaçant, alors que tout le monde en est à se demander si on peut vraiment se baigner à Trouville au mois d’août.

D’un geste gracieux de la menotte, il s’envoie une olive au fond du gosier, pose ses yeux iceberg sur l’assistance et balance :

– Quel est le plus grand roman d’amour?

C’est complètement pourri, cette question, pourri de banalité et de néant, mais on s’est tous creusé la tête comme des dingues. Et depuis samedi, je ne pense qu’à ça.

Le plus grand roman d’amour doit-il être heureux? Dans ce cas, il faut exclure Docteur Jivago, Anna Karénine, Terre des Oublis et la moitié de la littérature mondiale.

Le plus grand roman d’amour est-il l’histoire de deux personnes? Si oui, alors Les liaisons dangereuses ne sont qu’une partouze élégante.

Le plus grand roman d’amour est-il un roman d’amitié? L’amour d’un être humain pour son chat (Dialogues de bêtes de Colette)? L’amour d’un fils pour sa mère (Le livre de ma mère d’Albert Cohen, et Ma mère de Georges Bataille)? etc.

La question ne serait-elle pas plutôt : qu’est-ce qu’un livre d’amour, voire, pire encore, qu’est-ce que l’amour?

La question ne pourrait-elle être aussi : le plus grand roman d’amour a peut-être écrit par Barbara Cartland et personne ne le sait, parce que personne n’ose le dire?

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39 Commentaires

Classé dans Ma vie littéraire

39 réponses à “La question qui tue (par un auteur formidable)

  1. La bonne question est la tienne, je pense : « qu’est-ce qu’un roman d’amour ? » et la réponse est que l’amour étant protéiforme, les romans d’amour le sont aussi. Après, on peut demander « quel est ton roman d’amour préféré ? », ce à quoi je réponds sans hésiter : « Autant en emporte le vent » et « Angélique ». Et je peux t’assurer que Barbara Cartland n’a pas écrit un seul roman d’amour valable (bon ok, j’ai pas tout lu). ;)

    • Mais qu’as-tu donc lu de Barbara Cartland alors? Ouh là! Ça c’est la question de l’été! :)

      « Autant en emporte le vent » a beaucoup été cité par mes collègues comédiennes et j’avoue, c’est un très grand roman d’amour… mais LE plus grand?

  2. Y-a-t-il un type de roman dont le choix serait encore plus subjectif que pour le « roman d’amour » ? Je ne crois pas…

    J’ai envie de croire que le plus beau roman d’amour de tous les temps n’a pas encore été écrit. Puisque l’amour n’est pas une donnée figée, un contexte précis, un lieu ni une époque déterminée…

    Sinon mon préféré, c’est bien entendu « Belle du Seigneur ».

  3. Chère Magda, si j’avais lu Barbara Cartland (même rien qu’une toute petite fois), je te promets que j’aurais argumenté sévère pour tordre le coup à cette question qui tue !! Mais non, alors bon.

    Si je réfléchis trop longtemps à cette fameuse question (d’emblée, je n’en choisis d’ailleurs qu’une, celle formulée par Fashion « quel est ton roman d’amour préféré ? ») je ne pourrais pas y répondre (je viens à peine de finir mon thé, t’as pas idée toi de lancer ce genre d’interrogation sans crier gaaaare !).

    Je vais donc faire très vite. Là, tout de suite, je pense au Marin de Gibraltar de Duras qui n’est absolument pas mon Duras préféré et comme elle n’écrit finalement que sur l’amour, j’aurais sans doute pu citer n’importe lequel de ses livres . Là, je deviens carrément pas claire. Mais.

    L’histoire d’amour qui débute entre ces deux personnages parfaitement conscients qu’elle (leur histoire) s’achèvera si l’on retrouve ce marin alors cherchons-le ensemble on verra bien… Moi, dans le genre histoire d’amour, ça m’avait sciée. Voilà. C’est dit !

    • Ah Duras, Duras, oui. Amour étrange et malheureux. Mais tiens, d’ailleurs, « La Douleur » : voilà un roman d’amour fichtrement beau. Mais LE plus grand? C’est une question à la con quand même.
      Tu m’as donné envie de lire ton Marin, là, en tout cas…

  4. et le rouge et le noir, alors ?

    et puis l’amour est-il au sens de couple?
    dans un registre tout autre, « beloved » de toni morrison est un des plus grand romans d’amour, d’une mère qui va jusqu’à tuer son enfant par amour justement.
    Ou sans aller jusqe là, « la pluie d’été » ou « barrage » sont des romans d’amour familiaux parmi les plus grands Duras.

    et l’amour n’est pas toujours réciproque (ND de Paris), ou pas toujours sincère (les 1001 nuits)

    un beau roman d’amour, est-il beau par sa forme et sa langue?
    si oui on en a cité parmi les essentiels
    est-il grand par sa puissance d’évocation et sa capacité à nous faire nous identifier aux personnages et ressentir avec eux?
    est-il grand par l’acuité de son regard qui embrasse toute la « connaissance » de l’amour? (si oui, les romans d’éducation sentimentale comme le rouge et le noir sont en bonne place)

    joli piège que tu nous tends là :-)

    • « Le rouge et le noir » c’est très chiant (pardon).
      En fait tu as raison : je vous ai tendu le piège de Pierre alors que je me débats encore dedans. Et pire que tout : je n’ai pas de réponse en vue et je ne pense pas en avoir jamais une.
      Mais ça m’amuse de chercher avec tout le monde.
      « Barrage » : l’amour peut-être moche et puer la rizière et être sacrément grand.

  5. Fafa

    Mais quelle question !!! Sache, jeune padawan, que le plus grand roman d’amour c’est la vie.

    Sur ce, je retourne à mon roman.

  6. Personnellement, je crois qu’il me serait impossible de tremper ne serait-ce qu’un doigt de pied dans l’eau froide de Trouville. Même au mois d’août.

    Quelqu’un veut des olives?

    • Bonjour Auguri, je vous répondrai après avoir lu votre blog, que Rilke était convié parmi nous lors de cet apéro absurde, puisque Pierre aime à l’invoquer à chaque fois qu’il réunit plus de deux personnes.

      Je prendrai bien un peu de champ’.

  7. alors, jeunes gens, je vais vous révéler la réponse car vous avez suffisamment patienté.

    le plus grand roman d’amour est….
    arrrrrrhhhhhhhhhhhhhhh…………

  8. échouer si près du but :-/

  9. Mais qui est ce fameux Amour dont vous énumérez les titres de romans fameux? J’ai cherché dans les anthologies de la littérature mondiale les plus sérieuses et je n’ai trouvé nulle trace de cet Amour!… Je vais poursuivre ma quête, je ne sais pas trop où, peut-être dans la rue, interroger des gens : mais qui est Amour, l’avez-vous vu, l’avez-vous lu?… Si je trouve quelque chose, je vous tiens au courant…

  10. Ma voisine vient de me parler d’un certain « Maître » et de sa « Marguerite »… A suivre…

  11. Scoop!!! J’ai tapé au plus niveau, l’Elysée vient de me répondre : le plus grand roman d’Amour est, officiellement… « La princesse de Clèves »!
    Cette Carla fait des miracles…

  12. Le plus grand roman d’amour est celui que l’on vit …
    Que cela n’empêche pas d’entreprendre la lecture d’un bonheur parfait de James Salter.

    • Je ne connaissais pas, parle-m’en!

      • Nedra est belle, assurée, et sait donner aux gestes quotidiens une sorte d’élégance. Viri est architecte. Il rêve d’accomplir une oeuvre qui lui survivra, et dévore les biographies des hommes illustres. Ils habitent une vieille demeure non loin de New York, ils s’aiment. Peut-être sont-ils moins heureux qu’ils ne le disent.  » Les héros de Salter font partie de ces heureux et damnés dont parle Fitzgerald. Ils ont la beauté, la jeunesse, la richesse , ils s’aiment – et subissent un sort mystérieux, qui les fait s’exiler à jamais du bonheur. De Fitzgerald, Salter a aussi la grâce détachée, la politesse aristocratique du désespoir. Il n’est pas de ceux qui poussent des cris : il peint des vies brisées, certes, mais dans l’harmonie. L’élégance feutrée est sa marque de fabrique. « 

  13. Je en trouve pas qu’Un bonheur parfait soit un beau roman d’amour personnellement, même si c’est un bon roman.
    Quant à Barbara, aussitôt lue, aussitôt oubliée. ;)

  14. @ Mohamed : ça a tout pour me plaire, je vais me le procurer, merci! ça a été écrit quand?

  15. Paru initialement en 1975 sous le titre Light years, ce roman de James Salter vient de ressortir dans la très jolie collection de la Petite bibliothèque américaine, éditions de l’Olivier.

  16. Si je réponds « Le chameau sauvage » de Philippe Jaenada, ça se voit que j’en fais juste un poil trop ou pas ?

  17. Héhéhéhéhéhéhéhé…

  18. holden

    En matière d’amour, un livre s’impose:

    Le Nouveau Testament.

    • Je pense que c’est toi qui as donné la réponse la plus juste, Holden… je le relis en ce moment et… c’est probablement le plus grand livre d’amour jamais écrit, ne serait-ce que par la nature de cet amour (humain et divin, même Belle du Seigneur n’y arrive pas), par le nombre de personnages aimés dans la narration, le nombre de lecteurs, et la trace indélébile qu’il a laissé derrière lui…

      Mais bon, ma question concernait les romans. ^^

      • holden

        En toute mauvaise foi, je suis prêt à affirmer que le NT est un roman… Il peut en tout cas être appréhendé comme tel…

    • holden

      En bref… chacun répond à la question en présupposant une certaine conception de l’amour, tenant pour acquis qu’un roman c’est un roman…

      En l’absence de définition consacrée du roman, exempte de controverses, on pourrait certes se tourner vers l’intention de l’auteur… Untel dit « j’ai écrit un roman » et il est accueilli comme tel (Emmanuel carrère d’Encausse pour ne citer que lui, et son « roman russe » qui relève formellement davantage du journal, selon moi, que du roman…).

      Mais on pourrait tout aussi bien se référer à la manière dont le lecteur le reçoit… Ainsi, le NT, débarrassé de son contexte et de l’intention de ses auteurs, peut faire l’objet d’une « lecture littéraire »… Tes commentaires d’ailleurs, tels que l’évocation d’une trame narrative, s’apparentent à un traitement littéraire de l’oeuvre…

      Le potentiel romanesque du NT est si bien exploité, soit dit en passant – puisqu’il en est question dans l’un des commentaires précédents, dans le Maître et MArguerite…

  19. Comme Thomas, Belle du Seigneur, incontestablement. Et si les foules le trouvent rasant, tant pis pour elles, na ! (j’suis snob)

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