La simple vie de Monsieur K

Kieslowski

Krzysztof Kieslowski

Le panthéon de mes cinéastes préférés se situe depuis longtemps Outre-Rhin. Wenders l’Allemand, Tarkovski le Russe et Kieslowski le Polonais ont tous laissé leurs plus grands chef-d’œuvres dans les années 70-80. Du trio, un seul reste parmi nous, le créateur des anges aux ailes du désir, flottant dans le ciel de Berlin. Tarkovski et Kieslowski continuent sans doute à regarder, attendris, l’espèce humaine se débattre  dans sa condition minuscule.

Krzysztof Kieslowski, mort prématurément en 1996, se fit aimer passionnément du public français avec son film La Double Vie de Véronique (1991), dans lequel Irène Jacob (lumineuse) interprète une jeune femme polonaise et son alter ego français. C’est ce film qui me fit découvrir l’auteur du Décalogue, de Bleu, de Blanc, de Rouge, de Sans fin, de L’amateur et de tant d’autres films époustouflants. Il laisse derrière lui aussi quelques conversations recueillies dans Le cinéma et moi, aux éditions Noir sur Blanc.

Le réalisateur y donne quelques clefs sur ses films, sur sa vision de la Pologne, sur son dégoût de la politique, son amour fou des spectateurs. Il s’exprime avec une sobriété presque déroutante, sans omettre de multiplier les paradoxes. Kieslowski semble aussi complexe que ses films et pourtant, il menait une vie parfaitement simple, en accord avec ses principes. Il prétendait aussi faire des films modestes – et pourtant, leur subtilité n’a pu échapper à aucun spectateur!

Kieslowski raconte son double échec au concours d’entrée de l’école de cinéma de Lodz (avant d’y être reçu la troisième année), son amour râleur pour la Pologne (« J’en veux beaucoup à ce pays : j’y suis né et je ne saurai jamais le quitter »), et parle de son cinéma avec une grande humilité : « Je ne fournis aucune réponse car je n’en connais pas ».

Et pourtant, le secret de ce que les autres estiment être son génie, il le donne malgré lui. Lui qui s’estimait sans talent, il a tout de même « enrichi le portrait de l’être humain d’une dimension supplémentaire, celle des pressentiments, des intuitions, des rêves et des préjugés, en un mot, de la vie intérieure. » C’est ce qui fit l’immense succès de La Double Vie de Véronique. Un film qui pour moi changea le visage du cinéma, parce qu’il apportait la grâce, tout simplement.

Le Cinéma et moi est une merveilleuse plongée dans le cœur tendre et bourru du grand réalisateur polonais. Grâce à la collaboration de sa fille Maria, le lecteur découvre des photos de famille, le visage du jeune Krzysztof à l’école de cinéma, ou, pour finir, le Kieslowski plus âgé, au beau visage fatigué mais toujours émerveillé par la vie, se promenant… au Père Lachaise.

Pour clore le livre, l’éditeur a choisi une conversation du cinéaste avec des lycéens enregistrée quelques jours avant sa mort. Une discussion pleine de grâce et d’humour entre générations, qui révèle encore plus profondément le regard plein de tendresse de Monsieur K sur ses semblables.

lecinemaetmoi

Krzysztof Kieslowski, Le Cinéma et moi, éditions Noir sur Blanc, 25 euros

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17 Commentaires

Classé dans Cinéma

17 réponses à “La simple vie de Monsieur K

  1. elou

    Merci pour ce beau portrait et la photo. Moi, j’ai eu la chance de le découvrir grâce au programmateur ciné de ma ville de province alors que j’avais une quinzaine d’années: il mit au programme le décalogue et chaque soir, j’allais en voir un des dix commandements, sans toujours bien comprendre, mais époustouflée par ce que je ressentais et mon amour de son cinéma n’a fait que grandir avec la double vie de véronique mais aussi sa trilogie. J’irai donc lire ce livre.

    • et tu feras bien! c’est un très émouvant dialogue avec Kieslowski… je l’ai emprunté à la bibliothèque et j’ai un mal fou à le rendre, ça me fend le coeur. Je me suis acheté tout Kieslowski après ça (du moins tout ce qu’on peut trouver en DVD en France) et je passe de longues soirées à me repasser les chefs d’œuvre et à regretter son génie…

      Ton histoire, ta découverte de K., est absolument merveilleuse en tout cas! Merveilleuse comme une histoire simple et gracieuse de Kieslowski.

  2. La Double vie de Véronique est aussi un de mes films préférés, bien supérieur selon moi à la trilogie Bleu, Blanc, Rouge – qui est finalement assez inégale. Irène Jacob y est comme tu dis lumineuse. J’ai également le souvenir d’une musique entêtante et répétitive qui faisait beaucoup pour l’ambiance si particulière du film…

    • Je suis entièrement d’accord, les « Trois couleurs » sont un peu ratées par rapport aux autres. « La double vie » est une pure merveille mais connais-tu ses films plus anciens? Le Décalogue, Sans Fin, l’Amateur? Cela devrait te séduire. Un peu moins métaphysique que « La Double Vie… » mais tout aussi puissants.

  3. Oui Irene Jacob dans la double vie. Oui. Oui.

    Oui.

  4. Ah pour moi aussi, « La double vie de Véronique », fut une belle découverte et me fit particulièrement aimer M.K. J’ai aussi été charmée par « Bleu » et « Rouge » de la trilogie, moins par Blanc.

  5. Une tendresse particulière pour la performance d’acteur de Zbigniew Zamachowski dans Blanc qui n’est pas sans préfigurer celles qu’effectueront les interprètes masculins des films d’Aki Kaurismäki.

  6. La double vie de Véronique, magnifique, bouleversant. Sur la musique de Zbigniew Preisner… J’ai adoré le Décalogue aussi, à l’époque, un cinéma inovant. Je vais essayer d’avoir le temps d’ouvrir ce bouquin, merci pour le tuyau Magda !

  7. Pingback: Un pressentiment « Ce que tu lis

  8. Je ne lirai pas ce livre, mais tu me donnes envie de revoir tous les films, tous plus beaux et marquants les uns que les autres… Vite, au vidéo-club !

  9. Bétrick

    bonsoir Magda,

    voici bien longtemps que je n’ai point eu de tes nouvelles, berlinoises notamment.
    Je ne sais même pas si tu y es encore…
    En retard j’en profite pour te dire combien j’apprécie Kieslowski et son Décalogue qui est, à mon sens, un précis de décomposition d’une dictature.

    A titre indicatif les « Chroniques frénétiques, une histoire intime du rock » viennent de sortir à nouveau. si tu veux en savoir +, le mail n’a pas changé ni le n° de tél.
    Biz
    Patrick Bénard

  10. Vidal Gérard

    N’oubliez pas de voir « le hasard » où la vie bifurque à partir de quelques détails sur trois scénari différents.

    En contre-point : les hasards objectifs d’André breton…
    Gérard Vidal

    • Bonjour Gérard,

      J’ai vu le Hasard – j’ai vu tout ce que l’on peut trouver en France et en Allemagne de Kieslowski… et c’est en effet un film étonnant, inspirant… En revanche, je n’ai pas lu le Breton et je le note, merci!

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