Soirée diapositives

Photographie de Nan Goldin

Je suis allée voir l’exposition Nan Goldin – Poste Restante au c/o Berlin, haut lieu de la photographie en Allemagne.

En cinq magnifiques diaporamas accompagnés de musique, Nan Goldin, photographe américaine qui commença à travailler dans les années 70, développe à l’infini des histoires d’amour en instantanés. Si son travail s’axe perpétuellement sur la différenciation des genres sexuels et leurs confusions possibles, Goldin est avant tout une amie et une amante qui vole des moments d’intimité. Elle photographie sans relâche son entourage – et celui-ci n’est pas vraiment banal : héroïnomanes, travestis, artistes performeurs, rockers, écrivains junkies à l’instar de Cookie Mueller (ancienne actrice du très excessif John Waters).

Au-delà de leur présence physique incontestablement rock, abrupte et tatouée, les personnages des photos de Goldin sont des gens qui… s’aiment énormément les uns les autres. Goldin capture leur élans, leurs ébats, les étreintes amoureuses frontales et passionnées, les draps défaits des couples qui se sont aimés, leur enfant qui fait pipi dans la salle de bains en leur faisant un signe de la main et en riant aux éclats.  Les diaporamas dont Goldin s’est fait la grande prêtresse sont parfaitement maîtrisés. Films-flashs hautement émotionnels, ils laissent au spectateur la chaude impression que l’amour est à portée de main. Goldin n’a qu’à se baisser pour ramasser les clichés vibrants de ces hommes et de ces femmes amoureux de toutes les couleurs, de tous les genres, tous marqués durement par l’existence.

Son esthétique extrêmement simple, presque « Dogma », laisse pourtant une impression de complexité. Si Nan Goldin saisit en effet vraiment au vol chaque moment de passion, elle n’en est pas moins capable de structurer incroyablement sa photo. Le quadrillage qui en résulte est bien souvent trapézoïdal, les lignes sont diagonales, les angles à 20 degrés. On pourrait parfois penser en voyant une photo de Nan Goldin : file-moi un appareil jetable en soirée, je te fais la même! Eh bien non, pas du tout. Parce que chez Goldin, la structure domine dans le désordre apparent du décor (chambre d’hôtel en bordel, chaussures léopard jetées à travers la pièce…), il ne reste que les regards fortement dirigés, les lignes brisées ou ondulantes des corps.

Faussement bordélique, un peu jaune, la photo de Nan Goldin est sale comme une opération à cœur ouvert filmée en 16 millimètres. Mais un cœur qui bat très fort, qui veut vivre malgré les dangers permanents, la drogue, les amours violentes, les morts, le sida. Chaque diaporama de Nan Goldin (le plus célèbre étant The ballad of sexual dependency) est une ode à la survie.

Si vous êtes à Berlin, ne manquez pas les derniers jours de cette formidable exposition, jusqu’au 6 décembre 2009.

Nan Goldin – Poste restante

c/o Berlin

Oranienburger Straße 35/36
10117 Berlin

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17 Commentaires

Classé dans Sorties cul(turelles)

17 réponses à “Soirée diapositives

  1. Très bon titre ;) J’avais vu « Soeurs saintes et sibylles » à Paris il y a quelques années, dans une chapelle, et c’était très émouvant…

  2. Merci beaucoup pour le conseil Magda et de me tenir au courant! J’aime beaucoup l’espace de c/o Berlin et cette exposition a l’air exceptionnelle. Comme j’ai un peu de temps libre jeudi, il faut en profiter. Je voudrais aussi voir celle au Gropius Bau par F.C Gundlach mais ça continue jusqu’au mars 2010.

    • Je ne connais pas du tout le travail de Gundlach! Mais pourquoi pas, ce n’est pas très loin de chez moi.

      Je te recommande vraiment de courir à l’expo Goldin, elle est superbe et je pense même que je vais y refaire un tour très bientôt, car elle est tellement percutante qu’il ne faut pas la voir qu’une seule fois pour bien la saisir, je pense.

  3. Une découverte pour moi et une très bonne incitation à mieux découvrir le travail de Goldin à l’occasion.

    • Merci Novaïa Zemlia, ne ratez pas le travail de Goldin s’il passe près de chez vous (dans le sud-est si j’ai bien compris… alors il faudra peut-être attendre Arles). En espérant vous relire bientôt!

  4. turquoise

    à Londres, dans une exposition sur l’érotisme dans l’art, il y a environ deux ans il avait un diaporama de Nan Goldin, peut-être est-il aussi à Berlin (je pense, car je me souviens du petit garçon). ce fut un véritable choc émotionnel que la découverte de cette artiste dont je ne connaissais le travail que de nom. en tout cas, dans celui que j’ai vu, je trouve que justement elle ne vole rien du tout, je crois que ses amis (car il s’agit souvent d’amis) se sentent suffisamment en confiance avec elle pour ne rien cacher, pour être eux-mêmes. il n’y a ni exhibitionisme, ni voyeurisme, il faut qu’il y ait un sacré degré d’intimité entre la photographe et ses sujets pour que cela fonctionne aussi merveilleusement. Nan Goldin sait montrer des âmes en mouvement sur une photo, c’est incroyable, elle a un talent unique. je suis d’accord avec vous Magda, elle sait montrer les multiples visages de l’amour.

    • Non, c’est vrai, elle ne vole rien, ses amis lui offrent véritablement leur vie amoureuse, et c’est assez incroyable. Qui dans mon entourage serait prêt à ça? C’est rarissime…

  5. Si Berlin n’était pas si loin… Tu me donnes vraiment envie de découvrir ces photographies.

    • C’est dommage, je trouve que Goldin n’est pas assez souvent exposée en France. J’avais découvert un des diaporamas à Beaubourg, mais c’était temporaire, et je n’ai rien revu passer depuis.

  6. Pingback: Soirée diapositives « Ce que tu lis

  7. CM

    « Si vous êtes à Berlin… » Crois pouvoir le considérer, du moins, virtuellement..sors d’un chapitre entier sur le Berlin des années folles…celui d’Albers dirigé par Reinhardt au Renaissance-Theater…celui des parties fines du Monokel après s’être ennivré de Münchner sur les bergères maculées du Schwanecke…celui de Kesten, de Schwarzenbach, de Fallada, de Von Horvath et de la Mann-Connection à la veille d’un exil éternel…celui de la peur grisante, du cuir, du swing et de la force..à vous lire CM

    • Chouette commentaire… oui à ce Berlin-là, dont il ne reste malheureusement plus qu’un fantasme, mais qui renaît parfois dans quelques lieux étonnants et grâce à quelques initiatives merveilleusement amorales!

  8. Bravo pour cet article!
    Je suis passé au c/o Berlin le mois dernier, j’ai bcp apprécié « the balad of sex dependency », et notamment la BO également!
    J’avais été voir juste avant l’expo Pierre et Gilles, il est vrai que le c/o fait dans l’originalité, un très bel endroit!
    A bientôt!

  9. goldin, c’est la vie, terrible… et la mort, au détour de quelque cliché… une survivante, en fait…
    pour ce qui est de berlin, j’irais bien… mais à pied… non seulement, je ne suis pas rendu, mais mes souliers déchantent, déjà…

    • Il y a un superbe livre d’un voyage à pied qui n’aboutit non pas à Berlin, mais en part : « Berlin-Moscou, un voyage à pied », de l’écrivain Wolfgang Büscher, qui est aussi journaliste à « Die Welt », le « Monde » allemand.
      Pour qui aime le voyage à la routarde, mais aussi le voyage à la poursuite de sa propre nostalgie (lui veut retrouver l’Est magnifié par ses souvenirs d’enfance), c’est un livre d’une lucidité et d’une beauté sans nom.
      Petit conseil tout de même : si tu pars de France pour aller à Berlin, pars plutôt en juin… et ce n’est pas si loin, 871 km! (un jeu d’enfant par rapport à Berlin-Moscou = 1608 km)

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