Chocolate battle


A cause de Vanessa, du blog Coffee and Pie que j’adore depuis que je l’ai découvert récemment,  je me suis lancée dans une entreprise ridicule et fort périlleuse.

A force de voir ses photos de gâteaux complètement incroyables, de lire ses recettes démentes et ses dégustations folles dans tout Berlin, j’ai eu envie d’apporter un gâteau fait par mes soins au dîner auquel je suis invitée, au lieu de me livrer à mon activité préférée du samedi : ne rien faire.

Et j’ai eu le malheur de choisir cette recette-là : le Dark chocolate loaf.

Au secours! Samedi après-midi au supermarché, bataille de caddies, enfants hurlants, néons plein pot pour éclairer la nuit berlinoise (qui tombe à 16 heures). Je lutte contre trois étudiants célibataires et dix mères de famille, armées de poussettes énormes et menaçantes, pour me procurer une plaquette de beurre dans le rayon frais. La porte du réfrigérateur me retombe sur le coin de l’œil, je commence à maugréer.

Puis c’est sur la piste de l’extrait de vanille (que Vanessa recommande de haute qualité) que je me mets. Horreur. Un pauvre extrait de vanille nul et chimique se fait tout petit entre les milliers d’arômes caramel, framboise et autres cochonneries très peu naturelles. Je le prends quand même et me mets à maudire l’Allemagne.

Mais c’est lorsque je dois m’emparer de l’ingrédient ultime de ce dessert, qui a l’air si divin dans les pages de Vanessa, que j’ai envie de déclarer la guerre à Angela Merkel. Je donne deux jours à un Français pour trouver un bon chocolat à pâtisser bien de chez nous chez les Teutons – il déclarera forfait. Le chocolat de couverture est à 40%, tout le reste est fait avec de la margarine. Je me rabats sur une plaquette de Lindt dégustation noir intense. Un peu luxueux, pour cuisiner.

Au bord des larmes (de rage), je crains pour ma réputation de cuisinière française, entraînant dans la honte tous mes compatriotes. Je cherche le cacao (best quality! réclame Vanessa l’Anglaise). Je m’adresse tremblante à une vendeuse. Elle sourit, m’emmène gracieusement au rayon des cafés instantanés et déploie majestueusement son bras devant un étalage de Nesquik.

Là, je réprime un juron, laisse tomber le cacao et passe à la caisse avec une haine folle contre les traditions culinaires allemandes.

A l’heure où je vous écrit, le chocolat a cramé dans son bain-marie, le beurre s’est définitivement scotché contre les amandes en poudre, il y a du beurre sur les murs, et je sais que ce soir, je vais passer à la casserole. Toutes les filles allemandes auront fait des super gâteaux fous, les garçons auront quasiment abattus à la main des bœufs exquis et récolté des légumes d’une fraîcheur impossible. Et moi…

J’aurais dû rester au lit avec le livre de Karsten Dümmel, Le Dossier Robert.

Ou avec Mimi Cracra cuisine, pour pratiquer un peu l’autodérision…

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20 Commentaires

Classé dans Au gré de la Toile

20 réponses à “Chocolate battle

  1. tu sais quoi
    c’est drole
    ce soir j’ai fait des fondants au chocolat
    un délice
    mais j’avais tout sous la main

  2. Moi qui suis une cuisinière peu talentueuse, je vis ça à chaque fois… avec ou sans les ingrédients adéquats. Mais tu peux écrire un livre sur le sujet (Panique au supermaché, Carnage en cuisine, Le Défi de la vanille,…), car tu as ce talent là de raconter ;-)

    • Merci Ficelle, c’est clair qu’il vaut mieux que je me cantonne à ma plume et à ma petite caméra, c’est souvent ce que je me dis quand je commence à coudre un bouton, sculpter un truc en pâte à modeler avec ma nièce, etc. J’ai deux mains gauches!

  3. Oh la la, je n’arrête pas de rire – j’ai même oublié que j’avais mis une fourchette dans le micro-ondes avec cette part de tarte salée que j’ai réchauffée (mais heureusement j’ai remarqué mon erreur avant qu’il ne soit trop tard). Je suis vraiment désolée pour l’embarras et évidemment ma réputation comme cuisinière est foutue! C’est vrai que faire des courses le samedi est une catastrophe et dangereux ;-).Dans quel supermarché étais-tu? Chez Kaisers on trouve du chocolat et de cacao de bonne qualité pas trop chers et chez Kaufland aussi. Chez Lidl, le chocolat noir est aussi pas mal. Mais tu as raison avec l’extrait de vanille – il faut aller chez Karstadt ou le faire soi-même pour économiser mais je vais modifier la recette pour qu’il soit facultatif.
    Heureusement tu as dimanche pour t’en remettre et j’espère que tu ne m’en veux pas trop! Tu sais, je serais ravie de te donner une leçon de gâteaux quand tu veux.

    • Ne fais pas sauter ton micro-ondes pour mes bêtises :-)

      Oh oui, Vanessa, sois désolée, comme ça j’ai un bon prétexte pour te forcer à me donner cette leçon de pâtisserie!

      J’étais en fait chez Kaiser et je crois bien que c’est la dernière fois que j’y mets les pieds!

      Le gâteau n’était pas si nul, en fait. A part mon chéri qui faisait la gueule (il adule mon gâteau au chocolat de d’habitude, et n’a pas bien vécu le changement), tous les autres invités se sont jetés dessus. Alors je ferais mieux de reconnaître que j’ai bien combattu, quand même!

      Mais je me suis soignée ce dimanche avec une exquise Piztachientorte à l’Operncafé… tu connais cet endroit? Une débauche de gâteaux… c’est kitsch, c’est pour les vieilles dames, mais j’adore.

      • Le micro-ondes est sauvé, même s’il puait un peu dans l’appart après…
        Mais tu n’as qu’à me dire, je te donnerai volontiers une leçon de pâtisserie quand tu veux :-)
        Chez Kaisers, ce qui est sympa, c’est qu’on peut faire des courses jusqu’à minuit quand ce n’est pas dangereux! J’ai regardé chez Lidl – il y du chocolat noir (moins bon que Lindt que j’adore utiliser dans mes gâteaux) et aussi du cacao.

        Je suis contente que ton gâteau ait été un grand succès – je me faisais des soucis en t’imaginant en train de pleurer dans un coin pendant ton dîner. Alors, il faudrait partager la recette de ton gâteau d’habitude avec nous – je pense que tu sais très bien cuisiner.

        Oh oui, je connais ce café et je l’adore. L’ambiance y est kitsch et charmant mais quel choix de torten! J’ai envie d’y retourner bientôt

  4. Si tu cherches du bon chocolat, entre autre à pâtisser, de la vanille naturelle et du vrai cacao, vas en magasin bio, c’est environ moitié-prix par rapport à la France et je te promets que tu trouveras. Dois-je t’envoyer une tablette de Feine bitter Kuvertüre (70% de cacao) pour te consoler de tes mésaventures culinaires ?

    • En magasin bio tout va mieux, c’est vrai. J’ai fini par dégotter le cacao. L’extrait de vanille était hors de prix et le chocolat pas aussi bon que le Lindt en fait. Mais c’est une bonne solution.

      Et si tu veux m’envoyer du chocolat c’est pas moi qui vais dire non hein! ;-)

  5. Mo

    Pour te réconcilier avec la cuisine en Allemagne, fais des Plätzchen tout l’Avent: c’est local donc tout est trouvable, c’est facile, c’est bon, et en plus c’est encore meilleur quand on les fait entre amis, ce qui te permet de t’arroger ni vu ni connu le rôle de celle qui lit la recette. Ces moments-là sont parmi mes meilleurs souvenirs de colocation berlinoise!

  6. @ Mo : oui c’est pas mal, la dernière c’était caïpirinha, wirklich nicht dégueulasse!

  7. @ Agnès : tu ne perds rien pour attendre!!! cool!

  8. @ Vanessa : alors toi aussi tu utilises du Lindt dans les gâteaux du coup? Donc je n’étais pas complètement à côté de la plaque, pour faire un mauvais jeu de mots…

    Je suis fan de l’Operncafé, pourtant si cher et si kitsch, et chaque fois que j’en sors, je me sens comme une oie en période de gavage avant Noël… mais regarder l’étalage de Torten dans la grande vitrine, ça réveille des souvenirs d’Hansel et Gretel en moi!

  9. holden

    Alors il existe à Berlin un moyen d’identifier quels étudiants sont célibataires? Un code vestimentaire, une odeur spécifique…

    • Oui, c’est ce qu’ils achètent qui les trahissent.

      • holden

        ça c’est intéressant… Dans ces moments là, je regrette de ne pas avoir moi-même un blog, pour sonder « les gens » sur ce thème :
        Quel est le régime alimentaire des célibataires?

        J’ai l’impression qu’à cette question, on répondra bien souvent que les garçons achètent des pâtes, des saucisses herta, bref des trucs faciles et rapides à cuisiner… tandis que l’on reconnaîtra souvent aux femmes célibataires un peu plus de raffinement et de variété dans la composition de ses menus…

        Du coup la question devient : à quoi reconnaît on une femme célibataire, puisque le célibataire mâle est facilement identifiable à son mode d’alimentation spécifique… (Une fois en couple, il adopte celui de sa compagne ou de son compagnon (si tant est que l’on adhère à la théorie selon laquelle l’alimentation en accédant au statut de « plaisir partagé » requiert un peu plus de sophistication)) et de refermer la parenthèse dans la parenthèse…

        Bref, je m’interroge:

        L’homme berlinois (tel qu’il ressort de tes billets et d’une certaine « rumeur parisienne ») n’a-t-il pas justement tendance à transgresser les stéréotypes attachés à la condition masculine? MAis peut-être l’homme berlinois se situe-t-il justement à un niveau de déconstruction des stéréotypes qu’il ne se contente pas de remettre en cause les stéréotypes, mais à réinterroger justement les stéréotypes sur les stéréotypes, en gros… il fait dans le meta-stéréotype.

  10. @ Holden : l’homme berlinois n’existe pas, c’est une construction mentale. Au même titre que la femme berlinoise. Il y a les hommes et les femmes du Brandenbourg, ça oui.
    Les autres sont des constructions à partir de stéréotypes extérieurs à la ville (immigrés de Hambourg, Munich, etc) ou au pays (Français par paquets de cent, Américains par pelletées, Russes et Turcs bien installés en ghettos, quelques Brésiliens de passage, Grecs éparpillés qui regrettent toujours leur soleil natal).

    Ce qui fait que le Berlinois peut-être à la fois râleur et optimiste, grossier et galant, artiste et businessman, qu’il mange des saucisses sous vide avec du hachis parmentier et boit un coup de rouge californien par-dessus en regardant la télévision Al-Jazeera.

    Presque tous les étudiants de Berlin sont célibataires, et la majorité des Berlinois au-dessous de 40 ans (oui je sais) sont étudiants.

    Le cliché est un délicieux artifice permettant de faire rire et/ou de discuter agréablement dans les commentaires d’un blog.

    J’aime les clichés, je trouve ça génial. L’étudiant célibataire de Berlin qui mange des saucisses sous vide existe, et je l’adore.

    Quant à l’étudiante célibataire berlinoise, je corrige, elle ne mange pas raffiné, bien au contraire, elle mange brut de brut (pain complet, riz complet, farine d’épeautre intégrale, pissenlits par la racine). N’allez pas mettre un carré de sucre dans son YogiTee. Elle en mourrait. Je le sais, je mange comme elle.

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