Une poupée qui parle pour Noël

Une maison de poupée (Ibsen) au Théâtre de la Colline, Paris, jusqu’au 16 janvier 2009

Je suis allée voir Une maison de poupée d’Henrik Ibsen au Théâtre de la Colline à Paris, mise en scène par Stéphane Braunschweig, futur directeur des lieux.

Cette célèbre pièce raconte, de façon plus qu’étonnante, l’émancipation d’une femme de la bonne société norvégienne en 1879. Nora n’hésite pas à quitter son époux, Torvald, et ses enfants, pour aller vivre seule et travailler par elle-même, ayant découvert que Torvald était incapable de la comprendre et de lui parler comme à une adulte.

C’est évidemment, en 1879, un pavé dans la mare, au point que Lord Chamberlain fit interdire le texte en Angleterre et qu’en Allemagne, la comédienne interprétant Nora força Ibsen à modifier la fin de la pièce, faisant rester l’héroïne dans son foyer.

Chaque représentation d’Une maison de poupée est évidemment une invitation à réfléchir sur la manière dont les femmes ont été et sont encore considérées, dans un monde dominé par un système juridique, économique et social écrit et pensé par des hommes.

La mise en scène de Braunschweig, cependant, ne restitue pas toute la force de rébellion du texte d’Ibsen. Dans un dispositif scénique écrasant et vide, classique des scénographies de Braunschweig, les héros sont effectivement réduits à l’image de poupées… de poupées qui parlent. Un ami, acteur allemand de Berlin, me racontait récemment : il y a une blague qui dit : "Quand il y a une pause dans les dialogues, c’est du théâtre allemand. Sinon, c’est du théâtre français." Rien, dans cette mise en scène, n’arrête le bavardage des acteurs, si ce n’est une tarantella bienvenue (très joliment dansée par Chloé Rejon).

A force de laisser ses personnages dans leur état bourgeois, incapables apparemment de s’arrêter pour prendre une respiration métaphysique, Braunschweig ravale parfois Une maison de poupée au rang d’un épisode de Desperate Housewives. Ce n’est pas faute d’avoir de bons acteurs – Chloé Rejon est vivante, étonnante, et aussi charmante qu’une poupée d’ailleurs ; Philippe Girard a la classe des Marielle est des Noiret. Ce n’est pas faute d’être un bon metteur en scène – Stéphane Braunschweig m’avait bluffée avec Brand (Ibsen), 5 heures de prophétie sur fond de déserts de neige, superbe! et avec Les trois sœurs (Tcheckhov) toujours si mal mis en scène d’habitude.

Dommage. Il est encore d’actualité de jouer et rejouer Une maison de poupée. Même devant ce public intellectuel et raffiné du Théâtre de la Colline? Oh oui, même devant lui. Mais où est le nouveau Peter Brook qui aura envie d’emmener Une maison de poupée en Afrique? Monte-t-on Une maison de poupée en Lybie?

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14 Commentaires

Classé dans Au théâtre

14 réponses à “Une poupée qui parle pour Noël

  1. Le théâtre de la conjugalité ne se joue jamais d’un seul côté, il a lieu entre les deux.

  2. fafa

    déjà…foutre la psychanalyse soit Freud et ses hystériques par terre serait un grand pas vers la libération de la femme. ça me tue que personne n’ait reconnu dans le processus psy une nouvelle méthode d’enfermement de la femme alors même que ses contemporains l’ont dénoncé et que lui même ne s’en soit absolument pas caché il suffit de le lire c’est écrit noir sur blanc.

    :) fin bref je n’irais pas voir la pièce je suis occupée à démonter Freud pièce par pièce. une nouvelle marotte

    biz

  3. Je n’ai jamais eu l’occasion de voir de représentation d’"Une maison de poupée", ce que je regrette fort car je connais le texte original (pas par coeur, hein), étudié il y a des années en cours de littérature scandinave. Tiens d’ailleurs, savais-tu que Strindberg avait écrit une nouvelle parodiant "Et Dukkehjem", intitulée "Ett dockhem" (soit aussi "une maison de poupée" mais en suédois) ? Le texte est assez misogyne (c’est du Strindberg, quoi) mais non dénué d’intérêt. On en trouve la traduction française dans le recueil de nouvelles "Mariés!" ("Giftas" en suédois), paru chez Actes Sud (Babel).

    @ Fafa: Tu as on ne peut plus raison. J’irais même jusqu’à dire que Freud et la psychanalyse emprisonnent l’humain en général et la femme en particulier.

    • Le texte est sans doute plus intéressant dans sa version norvégienne. En France, beaucoup de traducteurs de théâtre usurpent leur titre sous prétexte qu’ils savent tenir une plume. Eloi Recoing prend clairement des libertés bizarres avec Ibsen : "C’est quoi ça!" s’exclame Torvald devant la lettre fatale de Krogstad. Ouais bof.

      Non je ne connaissais pas la version de Strindberg! Ça raconte quoi?

  4. J’avais commencé à travailler Maison de Poupée mais comme j’ai changé de cours de théâtre, j’ai pris des places pour la colline le week-end prochain ! Je n’ai lu ton billet qu’en travers pour garder la surprise mais je pense que je prendrai plus de plaisir en tant que spectatrice qu’en improbable Nora (et puis, la tarantelle et moi, je ne sais pas pourquoi mais je le sens moyen !) Est-ce que tu sais que Jelinek a imaginé la suite de la pièce ? "Ce qui arriva quand Nora quitta son mari"…

    • Mais je t’aurais bien vue en Kristine aussi, superbe rôle! Très bien tenu par Bénédicte Cerutti d’ailleurs.

      Tu me diras ce que tu as pensé de la pièce et nous confronterons nos impressions alors!

      Non je ne savais pas pour Jelinek, mais c’est une très bonne idée car enfin, tout le monde se pose la question de savoir comment Nora s’en sort!

      • Et bien, la suite est assez cahotique mais avec Jelinek on pouvait s’en douter !! Le rôle de Kristin est très intéressant dans la suite aussi ;-) Et je confirme : je tendais plus vers ce personnage que vers celui de la virevoltante Nora ! Mais autre cours, autre programme : en ce moment, je m’amuse beaucoup avec un monologue un brin salace d’Alan Ball ;-) Mais au fait, je réalise que si tu as vu cette pièce à la colline, tu étais sur Paris !!! Grrr, j’espère que 2010 t’accordera une mini accalmie pour que nous puissions nous voir et papoter un moment "en vrai". Il faudrait par exemple, que je te parle d’un certain film vu à la filmothèque… il est comme dirait question d’un ange et d’une trapéziste ;-)

  5. fashion

    Je n’ai pas vu cette mise en scène mais son pendant, "Rommersholm", joué en parallèle à la Colline. Un véritable pensum, un texte d’une infinie lourdeur et des comédiens vraiment mauvais. (oui, ce commentaire ne sert à rien, sorry)
    (Je ris de ta définition du public de la Colline : c’est le théâtre où je vais depuis 5 ans, 4 fois par an. :D )

    • Mais tu es raffinée et intello, et c’est une chose excellente ! :-)

      J’ai entendu les meilleures critiques sur Rommersholm – mais c’était de gens qui ont aussi aimé "Une maison de poupée"…

  6. @ Laëtitia : mais vas-y parle moi des Ailes du désir! M’enfin…;-) elle me fait attendre!!!

  7. Pfiouuuuu, déçue déçue déçue, ça m’a rendue mauvaise dis-donc ! (ibsen pas wim wenders !!!)http://laetitiaberanger.over-blog.com/article-5-garcons-1-fille-41257047.html

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