Des papillons à la Berlinale

Renée Zellweger, cette année membre du jury de la Berlinale

Février n’est pas le temps des papillons, encore moins à Berlin. La ville est recouverte d’un manteau de neige durcie et dangereusement glissante. Bizarrement, même en ces temps de festival international du cinéma, la municipalité ne prend pas la peine de déneiger. Et si Nicole Kidman venait à déraper avant d’atteindre le tapis rouge, hein? Effet peau de banane garanti. L’esprit de Chaplin règne sur Berlin.

La Berlinale est pourtant le temps des papillons à Berlin. De petits papillons internationaux de toutes les couleurs – même s’ils sont en majorité blancs, bien sûr – affamés de cinéma, fous de cinéma, amoureux de cinéma. On dit que la Berlinale est un festival dédié au public, et c’est vrai. Les salles sont pleines et les spectateurs débattent tout autant que les critiques pour savoir qui va remporter le célèbre ours d’or.

Des papillons qui se battent pour arracher les places – autres petits papillons blancs à 8 euros qui vous ouvrent les portes de films venus du monde entier, Irak, Turquie, Etats-Unis, Mali, France. Pour peu que l’on travaille dans le cinéma, où du moins qu’on ait un pied dedans, le temps de la Berlinale est celui de la perte totale de l’anonymat : on se connaît tous, on se croise dans les cafés et les cinés, à l’arrêt de bus, partout.

Le réalisateur allemand David Sieveking

Ma petite Berlinale à moi a commencé avec une belle première : celle du film d’un de mes amis, David Sieveking, David wants to fly. Une épopée à travers l’Allemagne, les États-Unis et l’Inde. David part à la recherche de David Lynch, son idole, pour se faire expliquer les bienfaits de la méditation transcendantale. Sa découverte est plutôt… inquiétante. Une enquête pleine d’humour dans laquelle David Sieveking a le bon goût de se mettre à nu, offrant en pâture à ses spectateurs les déboires de sa vie amoureuse, à la manière joyeuse d’un Woody Allen.

Le réalisateur Suédois Ruben Östlund

Les Berlinale Shorts sont une institution à la Berlinale : un prix spécial pour les courts-métrages. Hélas, chaque année, ils me rasent. Sauf celui-ci : le merveilleux Händelse vid bank (Incident près d’un banc), un film de 12 minutes du jeune Suédois Ruben Östlund, qui relate un casse de banque ridicule, vu en unique plan séquence hilarant et fabuleusement orchestré. Si je pouvais remettre l’Ours d’or à quelqu’un, je n’hésiterai pas.

Le réalisateur anglais Stephen Frears

J’ai assidûment fréquenté le Berlinale Talent Campus, où de jeunes réalisateurs viennent écouter les plus grands cinéastes transmettre leur expérience. Lors du débat Storytelling Trojka, Stephen Frears a fait rire l’assemblée pendant une heure et demie, avec sa vision détachée et ironique du cinéma. « Vous voulez connaître les secrets de la réalisation? » dit-il, la mèche grise en l’air. « Prenez une caméra, faites des films, et souffrez comme nous tous. C’est tout ce que je peux vous dire. » A propos de ses choix de scénario : « J’aime ou je n’aime pas, point. Une chose me touche et une autre pas. On fait des films et au bout de 20 ans, on comprend enfin ce qu’on voulait dire, c’est tout! »

En revanche, il me paraît tout à fait idiot de la part des organisateurs du Talent Campus de n’inviter que des jeunes réalisateurs diplômés d’écoles publiques à venir présenter leurs films : où sont les autodidactes? C’est surtout eux que l’on veut voir! Comment se sont-ils battus pour imposer leurs vision du cinéma? Pour trouver un producteur, un financement, un public?

Le scénariste allemand Wolfgang Kohlhaase

Dans la sélection Rétrospective cette année, le film Les légendes de Rita Vogt, un film de Volker Schlöndorff de 2000, m’a séduite avec sa saga située peu avant la Chute du Mur, entre Berlin-Ouest, Berlin-Est et Paris. Un scénario absolument impeccable (pas une minute de trop à mon avis) de Wolfgang Kohlhaase, célèbre auteur allemand pour le cinéma, à qui la Berlinale rend hommage cette année.

Le réalisateur japonais Koji Wakamatsu

Pour finir, dans la sélection officielle, un film-cauchemar du Japonais Koji Wakamatsu, Caterpillar. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, un soldat brutal qui a violé et assassiné une jeune Chinoise, retourne dans son village, sous la forme d’un homme-tronc. Sa femme doit l’honorer et le soutenir, pour « l’Empereur, pour le Japon ». Terrifiante fable réaliste, la réalisation souffre cependant de la présence de flash-backs plutôt kitsch et mélodramatiques. Ayez le cœur bien accroché : ce film fout sacrément le bourdon.

Cette année, les différentes sélections sont excitantes, avec notamment la présence de films de Vinterberg, Scorcese, Winterbottom, Polanski, Zhang Yimou… mais surtout parce que la Berlinale fait la part belle aux premiers films d’auteurs jeunes et méconnus. La suite très vite!

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15 Commentaires

Classé dans Cinéma

15 réponses à “Des papillons à la Berlinale

  1. le film du japonais a l’air fou
    j’en ai entendu parler à la radio
    ton billet est vraiment bien

    je rate ça

    • oh merci Stéphane! Le film du Japonais est traumatisant. Certains de mes amis lui prédisent l’Ours, mais je ne trouve pas tellement qu’il le mérite en ce qui concerne la réalisation. L’histoire est bonne – quoiqu’un peu répétitive et presque sans une once de lumière ni d’espoir. Tu auras sûrement l’occasion de le voir bientôt en France.

  2. Merci de nous avoir donné ta perspective « insider ». Ça doit être super de voir tant de films. J’ai vu de vieux films par Sjöberg ou Godard qui étaient si beaux et si j’avais le choix, je passerais toute la journée au cinéma. L’ambiance du festival me plaît bien et comme toi, je trouve sympa de croiser les mêmes gens en faisant la queue pour les billets. Retrospective m’intéresse aussi vraiment et j’espère le trouver sur DVD. J’attends la suite avec impatience!

    • Tu veux dire « Les légendes de Rita Vogt », le film de Schlöndorff, ou toute la sélection Retrospective de 2010? Car pour ce dernier, je crois qu’il n’y a pas de coffret DVD, contrairement aux autres sélections.
      Mais si tu parles du film de Schlöndorff, je crois qu’il est sorti déjà il y a quelques années, et tu peux te le procurer!

  3. Tiens, toi qui me demandais quoi lire en allemand (et je n’ai toujours pas répondu… désolée), Wolfgang Kolhaase a aussi écrit des nouvelles: « Silvester mit Balzac », recueil paru au Berliner Taschenbuch Verlag (pas encore lu, donc je ne peux rien t’en dire).
    J’essaierai probablement d’aller voir le film japonais s’il passe un jour ici (en vo). D’ailleurs, au chapitre de la cruauté à la japonaise il faut lire, si ce n’est pas déjà fait, « La jeune fille suppliciée sur une étagère » d’Akira Yoshimura (le titre est très évocateur).

    • ah je ne savais pas que Kolhaase avait aussi écrit pour le papier. En tous les cas je trouve formidable d’honorer – enfin – un scénariste et pas toujours des réalisateurs ou des acteurs.

      Quant au livre japonais, euh… je crois que je vais m’épargner ce genre de choses… j’ai des envies à la Heidi en ce moment.

      • Mais euh c’est très bien Yoshimura, morbide certes, mais magnifique ;) (mais je te concède qu’il faut se sentir d’attaque psychologiquement pour l’apprécier). Quant à Heidi, ben regarde Totoro ou Kiki, ou alors tu peux lire Michel Tremblay, « La traversée du continent », aussi une histoire de petite fille déracinée (mais au Canada) : vachement chouette ! J’en ai posté la critique sur le blog en janvier si tu veux aller voir.

  4. Mo

    Un petit article sur Kolhaase dans Courrier international, justement, j’étais toute contente de le « connaître » grâce à ton billet. Tu donnes très envie de voir « Rita Vogt », en tous cas!
    Et le film japonais me fait penser au court de Shohei Imamura dans le film sur le 11 septembre; l’un de ceux dont je me souviens vraiment.

    • héhé, quand « Ce que tu lis » entre en complément du « Courrier », c’est la classe, je sens mes chevilles enfler… Vois Rita Vogt, c’est très chouette, et passionnant – je ne sais pas si on le trouve facilement en France cela dit. Ici, le film est très connu, mais à Paris je n’en avais jamais entendu parler.

  5. Moi qui raffole du cinéma sans rien prétendre y connaitre, je me reconnais dans l’affirmation « j’aime ou je n’aime pas ! » Aussi simple que ça. Comme pour le vin. Je vous envie quand je vous lis. Oui, la suite, vite.

  6. Heu, je sais que ce commentaire n’est pas du tout dans l’esprit du message mais tout de même, vous ne trouvez pas qu’elle a un sourire très très très bizarre Miss Renée ?

  7. Sur cette photo.
    Je suis d’accord avec toi que la pause est belle, sympathique mais ce bout de dents qui dépassent d’une bouche en cul de poule évoquent plus la grimace que le sourire. Dommage

  8. C’est vrai. Ça doit être le flash. Héhéhé.

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