Interdiction formelle de lire

Moi, Magda F. 29 ans, droguée de la lecture, prostituée du blog*

Interdiction de lire : vous avez bien lu!

C’est l’horrible sentence prononcée par Julia Cameron, pour la quatrième semaine de ma guérison créative. Il s’agit toujours, chers lecteurs, de ce programme en douze semaines, publié sous la forme d’un livre, The artist’s way, dont j’ai parlé il y a quelques temps.

Pendant une semaine, afin de « remplir le puits de ma créativité », je n’ai droit ni aux romans, ni aux essais, ni aux pages de blogs, ni même au journal du matin, ou au dos du paquet de cornflakes.

Quand j’ai lu la tâche de la semaine, censée provoquer en moi un « bond créatif », j’étais dans le métro, j’ai levé les yeux et j’ai marmonné : bullshit! Arrêter la procrastination sur Internet, l’écoute compulsive de RFI ou le boulottage de chocolat, ça, ce serait une façon de me dépolluer l’esprit. Mais arrêter de lire? Julia Cameron, cette dingue, ne saurait-elle donc pas que la littérature est sacrée, tout bonnement?

Je suis contre! J’enrage! Je VEUX lire!

Voilà à quoi ressemble une journée sans lecture pour moi.

09h = Petit-déjeuner : je fais la gueule devant mon muesli, j’écoute RFI – compulsivement, bien sûr. J’apprends que Sarkozy squatte la Maison Blanche en ce moment (cela dit, j’ai l’impression qu’il y est tous les dix jours). Je fais la vaisselle, je lance une machine. Mon colocataire, un écrivain nocturne, me demande s’il est vraiment urgent de passer l’aspirateur à 9 heures du matin. Oh, ça va, hein. Toi, tu as le droit de lire! est une réponse qui le laisse interloqué.

11h = Journée de boulot devant mon ordinateur (je suis écrivain diurne) : je me demande si j’ai le droit de relire mes propres pages de brouillon. Si la lecture de mails liés au travail est interdite, elle aussi? Si j’ai le droit de lire les commentaires de mon blog? Sarcasme. Moquerie. Hahaha.

13h = Une fille avec qui je travaille me balance un dossier sur sa nouvelle mise en scène. Imprévu fatal. Que dire? Pardon, je suis interdite de lecture? Impossible, elle me prendrait pour une allumée. Je dis : Pardon, je suis en plein boulot. Je lirai ton dossier la semaine prochaine. La fille me fait la gueule par mail.

18h = Escapade au cours de danse classique (que j’ai recommencé à faire depuis que je suis le programme de Julia Cameron). Dans le métro, je suis obligée de regarder devant moi, de faire attention au paysage. Et alors? Black Girl, White Girl de Joyce Carol Oates est plus beau que le chemin de fer berlinois, que je sache!

20h = Sortie au théâtre : je ne lis pas le programme, ni même l’étiquette de ma limonade au bar du théâtre. La pièce est superbe. Heureusement qu’il n’y a pas de surtitrage.

Minuit = Extinction des feux : ne pas pouvoir lire avant de dormir ? J’en ai des palpitations. Je me demande s’il me reste un somnifère quelque part. Un truc puissant. De la marijuana? Je soupçonne mon boulanger d’en vendre, je pourrai peut-être…? D’ailleurs, je connais personnellement une pâtissière berlinoise qui en met dans ses cookies, et c’est exquis. Alors qu’à fumer, c’est vraiment dégueulasse, avouez. Bien. Je n’aime pas la marijuana, et je suis contre le trafic de drogues, qui favorise l’esclavage moderne dans l’hémisphère sud…

01h = Je me relève, j’appelle un copain couche-tard pour aller boire un verre de vin blanc. Oh, et puis deux. Puisqu’on y est, je m’allume une petite cigarette alors que j’avais plus ou moins / presque / quasiment arrêté de fumer…

03h = je rentre effarée et tombe sur mon lit. Je comprends : je suis droguée de la lecture! C’est un véritable cauchemar. Et je suis en désintoxication.

A part ça, je mange cinq fruits et légumes par jour et je fais plein de sport, ne vous inquiétez pas. J’existe avec modération.


*Sur la photo, il s’agit en fait de Natja Brunckhorst, dans le rôle de Christiane F. 13 ans, droguée, prostituée, dans le film de Uli Edel sorti en 1981.

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45 Commentaires

Classé dans Ma vie littéraire

45 réponses à “Interdiction formelle de lire

  1. Fafa

    Les semaines que je passe sans lire – parce que je fais des OD régulières – je mate douze films par jour si ça peut t’aider…moi, c’est plutôt l’absence de ciné qui me rend complétement dingue.

    Pour ma part, je suis en train de tester le sevrage de musique live et de théâtre et ça, ça passe pas du tout par contre…l’embolie guette.

    • Ah bon? Ça me rassure carrément que ce soit possible qu’une fille intelligente comme toi se fasse des petites coupures de lectures de temps en temps.

      D’ailleurs, je commence à constater en effet que j’ai encore plus envie de films que d’habitude, alors que récemment, je n’écoutais plus beaucoup de musique et que j’allumais rarement mon vidéoprojecteur. Je pense que je vais virer cinéphage totale. Ce qui a sûrement une signification profonde du type = tu vas le finir ton scénario, oui ou merde?!

      Le sevrage théâtre et musique live? Pourquoi t’infliges-tu cette souffrance?

  2. J’admire ta persévérance Magda car je crois vraiment que je n’y arriverais pas. Et je ressemblerais sûrement à cette fille aussi. Il faut souffrir pour être créatif alors! A-t-on le droit d’écouter la musique? Bon courage!

    • C’est horrible, Vanessa. Mais je suis une grande fan des expériences limite, parfois. Et là, il y a un truc qui me fait souffrir : j’ai vu que tu avais publié un nouveau billet mais je n’ai pas le droit de le lire.
      Et Dieu sait que ton blog est une drogue dure pour moi.
      Ce qui est violent, c’est que jusque-là, Julia Cameron donnait un programme très doux, très soft. Tout à coup, cette interdiction de lire est comme un régime sans féculents : AFFREUX!

      • Mais en ce moment c’est un peu comme ça pour moi avec la cuisine. Après avoir mangé des champignons samedi, j’étais si malade et maintenant je ne chauffe que de la soupe, rien d’autre. C’est frustrant. Le sport ne va pas non plus car faire des crunches me semblent une mauvaise idée. Heureusement, je pars en vacances demain et j’ai mes bouquins.

  3. C’est extrême ! Mais j’ai hâte de savoir la suite, les effets sur ta créativité… (mais j’admire déjà ton retour à la danse classique)

    • La danse classique, c’est vraiment la joie folle de s’y être remise ; pour le reste, bon, j’en suis à mon 3e jour sans lecture et j’en bave toujours. Encore 4 jours… tu as raison, y a intérêt à ce que ça paie! D’après Cameron, lorsqu’elle donne ses ateliers de créativité, ceux qui ont le plus souffert de l’absence de lecture sont ceux qui bénéficient le plus de l’exercice.

  4. L’éloge de la lecture par Marcel Proust

    « J’ai essayé de montrer dans les notes dont j’ai accompagné ce volume que la lecture ne saurait être ainsi assimilée à une conversation, fût-ce avec le plus sage des hommes ; que ce qui diffère essentiellement entre un livre et un ami, ce n’est pas leur plus ou moins grande sagesse, mais la manière dont on communique avec eux, la lecture, au rebours de la conversation, consistant pour chacun de nous à recevoir communication d’une autre pensée, mais tout en restant seul, c’est-à-dire en continuant à jouir de la puissance intellectuelle qu’on a dans la solitude et que la conversation dissipe immédiatement, en continuant à pouvoir être inspiré, à rester en plein travail fécond de l’esprit sur lui-même. Si Ruskin avait tiré les conséquences d’autres vérités qu’il a énoncées quelques pages plus loin, il est probable qu’il aurait rencontré une conclusion analogue à la mienne. Mais évidemment il n’a pas cherché à aller au cœur même de l’idée de lecture. Il n’a voulu, pour nous apprendre le prix de la lecture, que nous conter une sorte de beau mythe platonicien, avec cette simplicité des Grecs qui nous ont montré à peu près toutes les idées vraies et ont laissé aux scrupules modernes le soin de les approfondir. Mais si je crois que la lecture, dans son essence originale, dans ce miracle fécond d’une communication au sein de la solitude, est quelque chose de plus, quelque chose d’autre que ce qu’a dit Ruskin, je ne crois pas malgré cela qu’on puisse lui reconnaître dans notre vie spirituelle le rôle prépondérant qu’il semble lui assigner. Les limites de son rôle dérivent de la nature de ses vertus. Et ces vertus, c’est encore aux lectures d’enfance que je vais aller demander en quoi elles consistent. Ce livre, que vous m’avez vu tout à l’heure lire au coin du feu, dans la salle à manger, dans ma chambre, au fond du fauteuil revêtu d’un appuie-tête au crochet, et pendant les belles heures de l’après-midi, sous les noisetiers et les aubépines du parc, où tous les souffles des champs infinis venaient de si loin jouer silencieusement auprès de moi, tendant sans mot dire à mes narines distraites l’odeur des trèfles et des sainfoins sur lesquels mes yeux fatigués se levaient parfois, ce livre, comme vos yeux en se penchant vers lui ne pourraient déchiffrer son titre à vingt ans de distance, ma mémoire, dont la vue est plus appropriée à ce genre de perceptions, va vous dire quel il était : le Capitaine Fracasse, de Théophile Gautier. J’en aimais par-dessus tout deux ou trois phrases qui m’apparaissaient comme les plus originales et les plus belles de l’ouvrage. Je n’imaginais pas qu’un autre auteur en eût jamais écrit de comparables. Mais j’avais le sentiment que leur beauté correspondait à une réalité dont Théophile Gautier ne nous laissait entrevoir, une ou deux fois par volume, qu’un petit coin. Et comme je pensais qu’il la connaissait assurément tout entière, j’aurais voulu lire d’autres livres de lui où toutes les phrases seraient aussi belles que celles-là et auraient pour objet les choses sur lesquelles j’aurais désiré avoir son avis. « Le rire n’est point cruel de sa nature ; il distingue l’homme de la bête, et il est, ainsi qu’il appert en l’Odyssée d’Homerus, poète grégeois, l’apanage des dieux immortels et bienheureux qui rient olympiennement tout leur saoul durant les loisirs de l’éternité. »
    Cette phrase me donnait une véritable ivresse. Je croyais apercevoir une antiquité merveilleuse à travers ce moyen âge que seul Gautier pouvait me révéler. Mais j’aurais voulu qu’au lieu de dire cela furtivement après l’ennuyeuse description d’un château que le trop grand nombre de termes que je ne connaissais pas m’empêchait de me figurer le moins du monde, il écrivît tout le long du volume des phrases de ce genre et me parlât de choses qu’une fois son livre fini je pourrais continuer à connaître et à aimer. J’aurais voulu qu’il me dît, lui, le seul sage détenteur de la vérité, ce que je devais penser au juste de Shakespeare, de Saintine, de Sophocle, d’Euripide, de Silvio Pellico que j’avais lu pendant un mois de mars très froid, marchant, tapant des pieds, courant par les chemins, chaque fois que je venais de fermer le livre, dans l’exaltation de la lecture finie, des forces accumulées dans l’immobilité, et du vent salubre qui soufflait dans les rues du village. J’aurais voulu surtout qu’il me dît si j’avais plus de chance d’arriver à la vérité en redoublant ou non ma sixième et en étant plus tard diplomate ou avocat à la Cour de cassation. Mais aussitôt la belle phrase finie il se mettait à décrire une table couverte « d’une telle couche de poussière qu’un doigt aurait pu y tracer des caractères », chose trop insignifiante à mes yeux pour que je pusse même y arrêter mon attention ; et j’en étais réduit à me demander quels autres livres Gautier avait écrits qui contenteraient mieux mon aspiration et me feraient connaître enfin sa pensée tout entière.
    Et c’est là, en effet, un des grands et merveilleux caractères des beaux livres (et qui nous fera comprendre le rôle à la fois essentiel et limité que la lecture peut jouer dans notre vie spirituelle) que pour l’auteur ils pourraient s’appeler « Conclusions » et pour le lecteur « Incitations ». Nous sentons très bien que notre sagesse commence où celle de l’auteur finit, et nous voudrions qu’il nous donnât des réponses, quand tout ce qu’il peut faire est de nous donner des désirs. »

    Marcel Proust, Sur la lecture, préface au Sésame et les lys de Ruskin.

  5. Et bien j’espère que ta créativité s’en portera vraiment mieux. Parce que sinon, tant de souffrances pour rien…

  6. tu manges 5 fruits et légumes par jour et tu fais du sport
    punaise tu suis les programmes du ministère de la santé de roselyne bachelot
    haha
    nan sans dec, c’est la torture ton programme, pas lire
    interdiction
    je me fous en l’air
    c’est la seule qui me plait bien ces dernières années
    avec les calins et autres repas accompagnés de bières
    je sais je ne mange pas cinq fruit et légumes par jour
    mais je ne veux pas finir centenaire
    ton programme est agaçant
    je ne pourrai pas
    lire c’est vivre ailleurs
    et on en a besoin
    bon en ce qui concerne les slogans publicitaires on peut baisser la tête
    et penser à un autre monde sans pub

    je ne sais pas comment tu fais
    tu nous a raconté une journée
    mais une semaine ça doit etre bien difficile

    à la semaine prochaine

    • Écoute, je sais, ça paraît barge. Surtout pour moi. Mais j’avoue quelque chose : c’est bizarre d’avoir autant besoin de se planquer dans un livre.

      Il se trouve que depuis ces trois jours, j’ai une espèce de niaque bizarre. Je me mets à appeler tous les grands metteurs en scène avec qui je veux bosser, par exemple. Dimanche, j’ai vu un super spectacle et je suis allée voir la troupe pour leur filer un de mes textes. Ils étaient contents. C’est plutôt pas mal, finalement?

      Comme si la lecture me droguait, m’anesthésiait. Ce n’est pas que c’est mal de lire. C’est que je lis TROP. Et franchement, ça peut paraître démentiel, je sais, mais je crois que c’est bien de faire cette semaine extrême.

  7. Même si je ne suis pas persuadée de l’intérêt de ne plus rien lire du tout, pas le moindre mot, pendant une semaine l’expérience que tu tentes révèle quelque chose d’important : il est impossible (pour quelqu’un qui sait lire) d’échaper totalement à l’écrit présent partout et tout aussi difficile de ne pas lire par réflexe les étiquettes, panneaux et autres formes d’écrit purement utilitaire. Cela prouve bien (les mails, chats, blogs etc.) que, contrairement à ce que certains affirment avec affollement mêlé de jouissance, nous sommes des deux pieds et jusqu’au cou dans une société de communication écrite. D’ailleurs à mon avis le seul moyen vraiment efficace pour éviter la lecture involontaire c’est de s’exiler ou dans une campagne reculée (genre hameau minuscule en montagne) en prenant soin d’arracher ou de barbouiller de feutre toutes les étiquettes et emballages de nourriture/produits d’entretien ou alors dans un pays dont on ne comprend pas le système d’écriture (Chine, Japon, pays arabes etc.). Là ce n’est plus seulement faire une tentative de non-lecture mais carrément l’expérience de l’illettrisme.

    • C’est hyper drôle ton histoire de hameau et d’alphabet. Je me vois bien planquée en Corrèze entourée de Noodle Soup et de harissa.

      Sérieusement, le but n’est pas de ne RIEN lire et d’échapper à toute forme d’écriture dans le programme de Cameron. Il s’agit en fait de ne plus se plonger dans un roman, journal, magazine, etc. J’ai un peu poussé le vice en voulant échapper à l’étiquette de ma bouteille de Bionade. Ça fait partie de mon sevrage.

      Mais ce que tu dis est vrai. Nous sommes envahis par l’écriture. Au point que nous en oublions le contact humain direct. Exemple : en Chine, tu es obligée de demander ton chemin. Et encore… Avec l’Iphone, maintenant, les gens n’ont plus besoin de se demander quoi que ce soit, Wikipedia et Google Maps sont toujours là…

      On va devenir secs et débiles, c’est sûr.

      • Hmm ? Je n’ai rien contre l’écrit omniprésent et je ne pense pas que cela nous rendra débiles. Ce qui est problématique et dangereux par contre c’est l’espèce d’illettrisme de second degré qui se développe. J’entends par là l’appréhension totalement naïve de l’écrit (et de l’information sous toutes ses formes) favorisée non pas par Wikipedia and co. mais par le désintérêt de l’enseignement (lui-même encouragé par la politique, il n’y a qu’à regarder l’évolution des programmes scolaires) pour l’interprétation, l’esprit critique, le questionnement. D’ailleurs en parlant de Wikipedia, combien de profs/journalistes/figures d’autorité quelconque aggravent la situation en criant haro sur Wikipedia plutôt que d’expliquer comment bien s’en servir !

        Et je ne suis pas sûre non plus de la justesse de l’équation plus d’écrit=moins de communication verbale/spontanée. J’ai l’impression qu’il y a d’autres composantes culturelles à prendre en compte. Un exemple tout bête: la blogosphère française est beaucoup plus développée que l’allemande, on pourrait donc se dire que les Allemands cultivent plus un « art » du débat/de la conversation oral(e) et que ce sont les Français qui risquent de se déspontanéiser. Or dans les faits c’est exactement le contraire qui se produit. Tu ne t’en rends peut-être pas vraiment compte (c’est du moins l’impression que j’ai quand tu parles de l’Allemagne mais je peux me tromper) parce que tu vis à Berlin qui plus est dans un milieu fortement artistique mais les Allemands en général sont sérieusement moins portés sur la conversation (et sur la spontaneité !) que les Français et cela prend un temps incroyable (surtout dans le Nord) pour établir un contact réel. Dans ce contexte précis j’aurais donc plutôt tendance à considérer l’ampleur de la blogosphère française comme un prolongement d’une culture du débat et non comme son anéantissement, tout comme le manque d’enthousiasme allemand pour les blogs constitue selon moi une nouvelle forme logique de Berührungsängste (ici au sens figuré).

        Mais il faudrait certainement aussi faire la différence entre les formes de communication écrite courtes et longues, relativement automatisées/utilitaires et plus libres etc.

  8. Oh si, je m’en rends bien compte, je vis à Berlin mais la plupart des Allemands que je fréquente ont des origines étrangères, et les autres sont carrément des exilés.

    Mon homme est autrichien, mon colocataire germano-italien, mes amies polonaises ou françaises, etc., les gens avec qui je bosse sont des globe-trotters.

    Les autres, les « vrais » Allemands (cette race presque rare à Berlin) sont effectivement des journalistes, des architectes, des artistes, qui ont le don de savoir exprimer leurs idées.

    En dehors de ça, la communication avec l’Allemand n’est pas marrante. Ma constatation est naïve et énervée, mais il faut bien l’avouer : dans l’art de la conversation, beaucoup d’entre eux sont des taches. Et ils ont le don de te mettre mal à l’aise. On ne sait jamais par quel bout les prendre, ce qui les fera sourire, ce qui saura les émouvoir.

    Peuple mystérieux…

    • Ah ben tu vois là tu me rassures énormément. Je me sens moins seule :D . Le pire c’est qu’ils ne sont même pas méchants (et ils ne le font pas exprès), c’est juste que mettre 2 semaines pour tomber d’accord sur une date pour aller prendre une bière et ensuite constater que le « aller prendre une bière » était à prendre au sens propre, donc une seule bière et quand tout le monde a fini on paye et chacun rentre chez soi… ça fait bizarre. Le comble étant les gens que tu invites à dîner et qui se sont gavés juste avant ou qui ont tellement bu la veille qu’ils sont pris de nausées dès l’entrée… Et puis le côté faut pas rire trop fort, faut surtout pas être trop expressif etc… ça aiguise les sens et l’intellect, c’est sûr, m’enfin parfois un peu d’hyperbole, d’excès oratoire, de taquineries, de séduction discrète ça ferait du bien !

      • J’espère que tu ne vois plus ces gens qui font la gueule devant ton dîner… faire ça à une Française… ils sont fous!

        Franchement, moi, le côté « chacun paie pour sa gueule » au resto et au bistro, ça a été un foutu choc culturel, par exemple. En Grèce, au Sénégal, en Irak, payer pour les autres est un honneur et une joie. Ici, c’est l’addition de Muriel Robin en permanence… déprimant.

        Et le côté flicaille qui sommeille en chaque Allemand? Une horreur… ne t’avise pas de traverser quand l’Ampelmännchen est rouge, malheureuse! Ne t’avise pas de t’appuyer sur le capot d’une voiture pour faire ton lacet, tu violes les saints sacrements!

        Bref… heureusement qu’ils ont d’autres bons côtés, écolo-citoyen-responsable, et que Berlin est quand même un joyeux melting-pot. Mais je t’avouerai une chose : ici, il n’y a pas assez de blacks, Barbès me manque!

  9. Tu me fais marrer avec tes saints sacrements ;) . Mais ce n’est pas faux, quoique paradoxalement le sport national des petits vieux à la démarche mal assurée semble être de traverser la rue n’importe où (et surtout pas sur les passages pour piétons), n’importe quand et sans accorder la moindre attention au trafic ! Ils finiront par me flanquer un infarctus un jour.
    Quant au manque de blacks, c’est probablement encore plus flagrant ici. C’est d’ailleurs toujours l’un des premiers signes annonçant l’approche de la frontière française dans le train : plus de diversité :) .
    Mais si je commençais à bouder tous les gens qui ont mangé ma cuisine (bon, je précise quand même que je cuisine bien, donc là n’est pas le problème) du bout des doigts, refusé une invitation à dîner ou commis quelqu’autre maladresse qui en France serait considérée comme un affront, je ne parlerais plus à personne (mon copain y compris) (je ne dis pas que je n’ai jamais fait de bourde, mais si j’ai l’impression d’avoir vexé quelqu’un par inadvertance je vais m’excuser).
    Par contre pour le resto cela dépend des situations: payer un coup à un copain de temps en temps oui, mais par ex. payer l’addition d’une tablée de 15-20 personnes quand tu t’es déjà limitée dans ta consommation parce que tu as peu de moyens, j’avoue que non seulement ça me ruinerait mais en plus ça me choquerait.

    • Non, pas pour 10 personnes, mais payer une bière à 3 copains ça n’a jamais tué! Les Allemands, eux, ils font payer leur petite copine… c’est dire…

      • Je ne suis pas sûre que dans le cas des couples les choses soient si simples (mon copain est assis à côté de moi qui émet aussi des réserves à ce sujet). En effet, les relations entre hommes et femmes étant subtilement différentes en Allemagne (ouais, même plus que subtilement en fait), je n’excluerais pas le fait que la copine pourrait être gênée de se faire inviter, voire même le prendre comme une insulte. Le féminisme n’a pas eu les mêmes effets en France et en Allemagne et disons qu’ici il a plus ou moins massacré la galanterie : séduction, compliments, rien de déplacé ou de malsain, hein, juste des petites attentions agréables, tout ça est bien rare ici. L’avantage indéniable, c’est qu’on te fout une paix royale, et l’inconvénient, c’est qu’on te fout une paix royale. Possible que je me trompe mais je suppose que le coup de faire payer sa copine est le résultat d’un mélange de mentalité « chacun pour sa pomme » et de ce côté « la galanterie c’est une forme déguisée de soumission féminine ». L’exemple sûrement le plus frappant de cette différence entre Françaises et Allemandes c’est Madame/Mademoiselle vs. Frau/Fräulein : si tu appelles une femme jeune, même en âge d’être mariée, mademoiselle (dans un magasin par ex.), tu lui fais un compliment, ici par contre si tu appelles une femme de plus de 18 ans Fräulein (et si tu es un homme) tu t’en prends une (le plus souvent sous forme de regard méchant mais tout de même), parce que cela peut signifier que tu ne prends pas la personne au sérieux.

  10. Mince ! Juste la semaine où tu avais prévu de lire À rebours…

    • Dis-donc! Ça tombe bien, je suis en France et je vais pouvoir récupérer le livre. Comme tu le sais, je le souligne, je l’avais prêté à ma mère lorsqu’elle avait failli mourir en Grèce, qu’elle s’est retrouvé à l’hosto 10 jours sans lecture en français, et ce bouquin a mis de la lumière dans sa vie (je te fais larmoyer pour me dédouaner, oui).
      Ensuite j’ai déménagé à Berlin…
      Bon, je vais le récupérer, quoi.

  11. Cécile

    Je ne comprends pas: tu n’as pas le droit de lorgner sur les étiquettes/panneaux et consors mais tu peux lire tes mails/messages? Je n’ai probablement pas tout saisi de la subtilité de la méthode…
    Quant à l’expérience « isolement type hameau du bout du monde+ hiéroglyphes inconnus » (pour rebondir sur le commentaire d’Agnès), je l’ai presque vécue en arrivant dans ma montagne grecque (sans blague). Cela ne m’a pas rendue plus créative (ok, je fais des raccourcis), par contre je m’acharnais à tenter de déchiffrer en autodidacte ce nouvel alphabet. Ce sont mes enfants qui ont fini par me l’apprendre…
    Même si je suis tjs loin de tout comprendre (!!), je ne peux m’empêcher d’essayer de lire tout ce qui me tombe sous la main. On est donc encore loin d’une expérience d’illétrisme à proprement parler.
    Sinon, j’aime bien lire vos réflexions à ttes les deux sur la société allemande, c’est très intéressant.

    • Mais si mais si j’ai le droit de lire les panneaux! C’est juste mon côté perfectionniste idiot qui est ressorti. La seule lecture interdite, c’est la vraie : la littérature, les journaux, les (bons) articles de blog, par exemple.

      Intéressante, ton expérience des collines grecques! Mine de rien, ça t’a rendue créative, puisque tu as tentée de déchiffrer seule l’alphabet.

  12. J’ai entendu parler de certains monastères ou n’importe qui qui a besoin de se ‘resourcer’ peut venir passer une semaine mais sous la condition (du resourcement sans doute) de ne pas parler de toute la semaine. Ce sera peut-être la prochaine tâche de Julia Cameron ;)

    • Je connais quelqu’un qui a fait cette expérience. Un agent de comédiens de Berlin, coké jusqu’aux yeux, habillé par Jean-Paul Gaultier, tu vois le genre. Imagine la tête des moines quand ils l’ont vu débarquer. Je ne sais pas s’il a pu tenir sa langue. Mais ça ne l’a pas du tout arrangé. Il parle toujours autant et il reste la personne la plus puante que je connaisse à Berlin :)

  13. Bon courage pour tenir ta semaine :( Être forcée de ne pas lire, ce doit être affreux ! Surtout que comme tu le dis, les mails au boulot, c’est de la lecture… Il faudrait prendre une semaine de vacances avec plein d’activités à la clé pour ne pas avoir une minute à soi et être tentée de lire. (ni mail, ni sms, ni livre, ni Internet…) Mais une semaine sans lire tout en étant chez soi et au boulot, bref, la vie de tous les jours… respect !

  14. Espérons que le résultat sera à la hauteur de l’épreuve!

  15. superfaustine

    Je ne sais pas si tu auras le droit de me lire, mais j’ai fait une vitrine Joyce Carol Oates à la librairie et j’ai bien évidemment pensé à toi.
    Comment ça, j’ai mis « Blonde »? :)

  16. @ lepolpolblog : tu vas le tuer! :)

    @ Agnès : pour les histoires H/F en Allemagne c’est clair, j’avais bien remarqué, d’ailleurs j’ai un ami grec qui a tout compris et rafle la mise à chaque fois, car il reste galant en toute occasion, et les Berlinoises se pâment… elles n’ont jamais vu ça.

  17. moi j’ai arrêté de lire les étiquettes de composition des aliments…
    la lecture de mon tour de taille est bien plus infaillible ;-/

  18. il ne reste plus qu’à fermer les yeux , c’est plus sûr :)

  19. Dom

    Bonsoir – ou bonjour, en fonction du point de vue -, je ne sais pas vraiment comment j’ai atterri ici mais maintenant que j’y suis, je souhaitais partager ma petite expérience dans l’écriture d’un roman.
    Je ne connais pas Julia Cameron et encore moins sa méthode pour libérer l’artiste qui sommeille en nous – peut-être qu’il ne faut pas le déranger ? – mais s’éloigner des livres durant le processus d’écriture ne peut-être que bénéfique, je pense. Tout ce que l’on lit, on l’ingère, on le digère, et bien souvent, on le recrache.
    Lorsque j’ai écrit ce que j’appelle « mon premier roman » (un manuscrit complet mais non publié reste un roman, je suppose), je me souviens avoir entamé un bouquin de Céline. Et rapidement, j’ai réalisé que l’humeur et le style changeaient, dérivaient vers ceux de la lecture qui occupait mes soirées… J’ai donc arrêté de lire pour me détacher de toute influence.
    Donc dans un sens, pour des raisons différentes, je pense que Julia Cameron donne un bon conseil ; cependant, j’ai arrêté mes lectures durant environ cinq mois. Cinq mois, c’est le temps qu’il m’a fallu pour terminer mon histoire, après x relectures et autant de remaniements, x étant une variable comprise entre 8 et 12, et surtout, en ne me consacrant qu’à cette activité (exit le boulot, les sorties réduites au minimum).
    En fait, j’ai suivi le conseil d’une peintre, Elisabeth Bj Werp, rencontrée par hasard à Oslo, qui m’a dit « Si tu veux vraiment réussir quelque chose dans l’art, tu dois arrêter tout ce que tu fais pour ne te concentrer qu’à cette nouvelle tâche ».
    Ca peut paraitre stupide de tout arrêter pour écrire un livre, et pourtant, je me souviens qu’au début lorsque je travaillais encore, il m’était impossible de rentrer dans la peau et le crâne de mes personnages après une journée de boulot, de conversations, de distractions… Se couper du monde pour créer « son monde » s’est montré comme une évidence et au final, ce « trou » affiché sur mon C.V. s’avère positif vis à vis des employeurs rencontrés malgré la non publication du roman…
    Bref, tout ça pour dire que le livre est peut-être l’ennemi du livre, ou du moins, l’ennemi du livre original ?
    Et bon courage dans tes écrits !

    • Bonjour Dom!

      Merci pour ta contribution… une blogueuse que j’aime bien me disait récemment qu’elle allait commencer le programme, mais qu’elle sauterait le chapitre de l’interdiction de lecture. Ce qui prouve bien qu’elle a impérativement besoin (comme beaucoup d’auteurs) de se désintoxiquer un temps.

      Cinq mois sans lecture, c’est énorme. Je suis admirative. Je comprends ce que tu veux dire, car quand j’écris un scénario, je ne regarde pas de films. C’est terriblement bloquant de se mesurer au prétendu « génie » des autres. Le jeûne de lecture est purifiant.

      Depuis que j’ai fait ce « régime anti bouquins » d’une semaine, j’ai une relation tout autre à la lecture. Bien moins compulsive. Je lève la tête, je regarde ce qui se passe autour de moi. Quand on écrit, c’est là que se trouve la source de la vie qu’on couche sur le papier.

      je te souhaite aussi beaucoup de chance pour la suite! A bientôt!

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