Un peu juste

Véronique Nordey : une grande actrice

Les Justes

C’est d’après la pièce d’Albert Camus.

Il y a Emmanuelle Béart et Wadji Mouawad. Il y a aussi Vincent Dissez et Frédéric Leidgens. Et Véronique Nordey.

C’est une mise en scène de Stanislas Nordey.

Elle est montée au Théâtre National de la Colline du 19 mars au 23 avril 2010.*

Eh bien ce n’était pas terrible.

Le décor est monumental et froid. Genre Star Trek meets 2001 Odyssée de l’espace.

La pièce, d’une très belle langue, est un discours philosophique où l’action est réduite à peau de chagrin. Des révolutionnaires russes de 1905 se posent des questions éthiques avant et après avoir balancé une bombe sur un grand-duc.

La direction d’acteurs est rigide à la Bob Wilson. Bof. Emmanuelle Béart s’en tire quand même très bien. Elle a un charisme magnifique et reste naturelle dans cette mise en scène amidonnée**.

Mais c’est surtout Véronique Nordey qui est magnifique, dans le rôle de la veuve du grand-duc qui vient se confronter à l’assassin de son mari. Une seule scène, mais une actrice inoubliable. Je me suis emmerdée pendant deux heures, mais cela en valait la peine : c’est le temps qu’il fallait à Stanislas Nordey pour diriger avec élégance cette unique scène où apparaît la grande-duchesse. Le révolutionnaire amoureux de l’Homme, et l’aristocrate amoureuse du Christ, entament un discours somptueux sur la transcendance, la grâce et le pardon.

Bref, si vous êtes courageux, allez voir Les Justes et prenez patience jusqu’à cette scène d’un sublime époustouflant. Elle dure une quinzaine de minutes, et c’est du très grand théâtre.

Les Justes sont : Vincent Dissez, Emmanuelle Béart, Damien Gabriac, Wadji Mouawad

* Quelqu’un a-t-il reconnu où j’ai piqué le style de l’article d’aujourd’hui? héhé!

** Hélas, la bouche de canard d’Emmanuelle Béart lui défigure le visage (je ne pouvais pas m’empêcher de le dire parce qu’autrefois, elle fut la plus belle femme du monde. Le silicone, c’est la mort).

Publicités

29 Commentaires

Classé dans Au théâtre

29 réponses à “Un peu juste

  1. Dommage car la pièce de théâtre de Camus est une pure merveille à lire

    • Cela ne m’étonne pas, car le texte était sublime. Malheureusement, il laisse peu de place à l’action, c’est peu théâtral. Surtout mis en scène par Nordey (qui se prend parfois pour Wilson…)

  2. Pas reconnu le style même si j’ai l’impression de déjà lu.

    et Wadji Mouawad qu’est-ce qu’il interprétait? Je le connaissais comme auteur de théâtre. J’aime ses pièces mais je ne les pas vues sur scène. Quel acteur est-il?

    • On verra si quelqu’un trouve… :)

      Mouawad est bon acteur, mais assez peu charismatique à mon avis. Même sur scène, il a une tête de penseur. Je ne suis pas hyper fan de ses textes, mais je reconnais qu’il a du talent.

      Il interprétait le rôle du « pur et dur » de la pièce, celui qui sort du bagne et croit à la Révolution par-dessus tout, même par-dessus la vie d’un enfant. Un beau rôle, mais il l’a joué avec une certaine mollesse. Cela dit, la direction d’acteurs était vraiment assez mauvaise, cela n’a pas du aider!

  3. La mise en page de ta critique me fait penser aux commentaires de Stéphane… j’ai bon?

  4. nordey

    Merci, agnès. Véronique Nordey

    • Madame Nordey, je suis très flattée de votre passage sur mon blog… et j’en profite pour vous remercier plus directement pour la superbe interprétation dont vous nous avez gratifiés hier soir.

  5. Oh, comment , j’aurais adoré voir cette pièce mais tes description m’aident à tout imaginer. Au risque d’énerver quelques lecteurs, je crois que, sauf Caligula, les autres pièces de Camus se lisent vraiment bien mais sont un peu rigides. Celles de Sartre sont plus intéressantes à regarder je trouve.

    • « Caligula » monté en ballet par Nicolas Le Riche à l’Opéra de Paris, c’était véritablement affreux en revanche! J’ai joué Inès dans « Huis clos » au lycée, c’était un de mes premiers souvenirs de ce qui est devenu mon métier… et c’était chouette, j’avais une robe Emmaüs :)

  6. je viens de la relire le texte est sublime et la question posée : Peut on légitimer le meurtre est toujours d’actualité

    • Tout à fait! Et Camus semble se couper l’herbe sous le pied à ce propos… car aujourd’hui le discours de la grande-duchesse paraît le moins naïf et le plus humain des deux.

  7. Avais-tu assisté l’année dernière à l’Athénée à la représentation successive des Mains Sales de SARTRE et des Justes de CAMUS ?

  8. Mo

    Mais? Tu es à Paris! Tu joues ou tu es en vacances?
    Je n’aurais jamais le courage d’aller au théâtre juste pour une grande scène de 15 minutes. Je rate peut-être quelque chose ici mais le théâtre doit rester pour moi un agréable moment, pas juste une étude de comédiens – ce n’est pas moi métier, évidemment!

    • J’étais à Paris quelques jours très courts, et je suis en Bourgogne en ce moment – au vert et en préparation de plusieurs textes. Avant le retour sur le plancher des vaches teutonnes…

  9. le style me fait penser aux intros de Jérôme Garcin dans le masque et la plume

    mais ça fait si longtemps que je n’écoute plus la radio…

  10. les décors sont de Roger Hart…

    hé meeeeeeeeeeeeerde, j’ai ripé

    o_O

  11. Ce fût une mise en scène un peu trop didactique et scolaire à mon goût.

  12. fashion

    J’ai vraiment détesté cette mise en scène. Nordey y fait du Nordey (depuis quand n’a-t-il pas eu une idée neuve ?), le décor ressemble à celui d’Electre, montée à la Colline il y a deux ans, et il n’a manifestement pas compris le texte puisqu’il fait gueuler les comédiens quand il faudrait les faire chuchoter, ne jamais se regarder là où l’intensité nécessite une forme de communication qui devrait aller eu-delà des mots et courir de long en large pour pallier le manque d’idées. La révolution vue par un petit bourgeois…
    J’en suis ressortie d’autant plus déçue qu’il avait une troupe de comédiens talentueux sous la main et les faire jouer faux de bout en bout m’a horripilée au plus haut point.
    Moi je vais au théâtre pour voir vivre un texte, et Nordey a réussi l’exploit de vider de sens le texte de Camus. Faut le faire quand même.

    • de ce que tu dis ça sent le contresens total,
      les justes c’est avant tout un huis clos,
      même un huis-clos lévinasien où chacun s’adresse à l’autre comme un miroir de lui-même.

      ce texte n’a rien d’une protestation ou d’une revendication, il est dans l’introspection, une introspection où le politique et l’éthique fusionnent,

      il a des échos très puissants avec « la chute », introspection solitaire cette fois, avec l’étranger, avec l’homme révolté aussi.
      dans Les justes ont retrouve l’admiration de Camus pour Dostoievski dot il a adapté pour le théâtre « les possédés »,
      tout ça c’est très intime, très intérieur à la limite du cérébral mais toujours avec une humanité très « les yeux dans les yeux ».

      ça y est, je deviens lyrique ^^_

      • fashion

        Arbobo, je suis entièrement d’accord : Les justes est avant tout un huis-clos où chaque personnage se livre à sa propre introspection. Nordey ne l’a pas du tout compris, il est dans le monumental gueulard. Affreux.

      • je suis tout à fait d’accord, Arbobo, que l’introspection dans le monumental, c’est foireux, dilué, en un mot emmerdant.

    • Tu as tout à fait raison, j’avais oublié à quel point les acteurs hurlaient, chose que je déteste au théâtre, et qui est d’ailleurs un gros défaut berlinois, plus rarement français.
      Tu es dure avec la mise en scène, j’ai trouvé la première partie insupportable mais la seconde beaucoup plus créative…

  13. Le metteur en scène des deux pièces: Guy-Pierre Couleau

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s