Sur une plage à la Bergman : divagation d’été

Figure 1 : Magda à la plage (image du film « Monika » d’Ingmar Bergman)

Le mois d’août est à pleurer d’ennui. Pourquoi? Parce qu’en août, tout le monde se fout de tout. Il n’y a plus personne nulle part, ni sur les blogs, ni dans la rue, ni au resto (qui est fermé) ni dans les clubs (les DJ sont mauvais).

Les gens sont à la plage, serrés comme des sardines dans leur boîte en fer blanc, tentant vainement pendant quinze jours de « décompresser », de manière fort paradoxale, dans un lieu où l’oxygène vient à manquer sous les parasols et les couches de crème solaire.

Ou alors, ils sont sur Fessebouc. Ah oui, ca, c’est sûr, ils y sont. Tentez d’organiser une bouffe, et vous serez seul avec votre panier à pique-nique sur la pelouse du jardin du Luxembourg. Mais balancez des cupcakes et des bières virtuelles tous azimuts sur Fessebouc, et vous récolterez 34 amis dans la journée.*

Même le livre que je lis en ce moment (Myosotis de Duong Thu Huong) me rase. Mais c’est sans doute dû à une atmosphère générale et non au talent de l’auteur. Les films que je vois m’énervent. Hier, je vitupérais encore devant Le Petit Soldat de Godard, qui est truffé de références littéraires horripilantes.

Alors, finalement, je vais faire comme tout le monde. Je vais partir à la plage, na!

Sans livre, sans film, sans rien. Je vais me gaver de risotto à l’encre de seiche, je vais bouder mon blog et mes lecteurs qui me boudent déjà, je vais bouder la vie tout entière.

Alors la mort rappliquera ses fesses maigrelettes et me dira : « Tu veux peut-être faire un petit tour avec moi au bord de l’eau? Ce serait peut-être plus intéressant que de tourner en rond? »

Figure 2 : la mort rappliquant ses fesses maigrelettes sur la plage (image tirée du « Septième Sceau » d’Ingmar Bergman)

Je la regarderai bien droit dans les yeux, puis je lui répondrai : « Ecoute, ma vieille. La vie humaine ne veut rien dire, à moins de nager dans le courant. Je me bats, je me bats, et la vie est beaucoup plus balèze que moi. Pour UNE fois, j’ai décidé de faire comme tout le monde. Tu peux me laisser les 60 prochaines années pour tenter le coup? »

La mort ricanera et dira en posant sa faux sur le sable : « Si jamais, un jour, l’envie te reprend de nager contre le courant, tu sais que je suis au coin de la rue. Ok, Magda? »

« Bon, répondrai-je. Je suis au courant. En attendant, tu ne veux pas t’assoir un peu et me raconter des trucs de l’au-delà? Ce que sont devenus Gandhi, Martin Luther King, Marie Curie… »

Et la mort se mettra à bavarder. On commandera des cocktails, et on discutera jusqu’à l’aube de tous ces grands bonshommes du passé qu’elle faucha et qui sont devenus sa compagnie quotidienne.

Puis finalement, un peu ivre, elle reprendra sa faux, s’appuiera dessus en titubant et me tendra la main : « Toujours pas changé d’avis, Magda? »

« Non, miss Mort. »

« T’as raison. C’est pas mal, la vie. J’avais oublié ce que cela faisait de s’enivrer sur une plage en regardant le soleil se coucher. D’habitude, je n’ai pas le temps, le type se jette directement dans la flotte se noie avec des cris d’horreur, ce n’est pas tous les jours très fun. »

« Repasse me voir ».

« La prochaine fois, je viendrai sans ma faux », conclura la mort.

Et elle s’en ira gracieusement sous la lune.

Vive les vacances!

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20 Commentaires

Classé dans Ma vie littéraire

20 réponses à “Sur une plage à la Bergman : divagation d’été

  1. Marie Curie parmi les grands bonhommes… excellent ! Je comprends ton agacement par rapport au mois d’août, ça me fait pareil. Je viens juste de rentrer (et tu vois, je viens tout de suite sur ton blog ;)) de deux semaines de pseudo-vacances (pas à la plage – faudrait d’ailleurs que j’y aille enfin, vu qu’elle n’est pas loin – mais je me suis découvert une âme de sardine aujourd’hui dans le train…). Et j’ai hâte de reprendre la lecture, le blog, la thèse, la photo etc.
    Bonnes vacances, ma chère Magda :)

  2. Non, non, on ne boude pas, on est là et on lit !

    Bonne vacances Magda

    • Youpi, merci Algue!

      Mes vacances commencent seulement dans une quinzaine de jours. Et toi?

      • Encore neuf jours de travail et d’été allemand (pas fameux en ce moment). Ensuite la mer, le soleil et surtout mon amoureux qui est très fort et empêchera la mort d’approcher. Même pour un cocktail, même sans la faux, elle ne me fait pas très envie…

        Ce qui n’a pas empêché ta scène de me faire mourir de rire, comme cette pièce de Woody Allen où la mort se casse la figure en escaladant la gouttière pour arriver par la fenêtre à son prochain rendez-vous.

  3. ah la plage

    perso j’y vais pour quelques longueurs

    les gens me gavent, à hurler après leur mioche
    à jeter des merdes dans l’eau

    sur la plage je me pose je lis, en ce moment c’est kerouac

    et je matte un peu
    haha
    mais toujours pas la mort, la mort je la repère la nuit, elle s’approche aussi, et elle me parle. Elle trouve ta carte blanche très bien! haha

  4. « la mort rappliquant ses fesses maigrelettes sur la plage » : j’adore !

    J’aime le mois d’août, ce ralentissement apaisant, les transports en commun vidés, les collègues en tongs au boulot, la pause dans les blogs (oui bon moi ça fait des mois que je fais pause sur le mien…), les cocktails bien frais avec les quelques copains qui restent, le grand rangement de l’appart … ma petite grenouille en vacances chez les grands-parents… et du coup j’ai même une minute à moi pour te laisser un ptit commentaire et t’envoyer un bisou !

  5. superfaustine

    Ah non, je ne suis pas d’accord. Ca fait plusieurs fois que j’essaye de secouer les foules pour m’accompagner au cinéma en plein air organisé par Paname, et même en mettant des messages sur Visage-Livre, pas moyen de faire venir quelqu’un…
    Je désespère!
    Ceci dit, profite de tes vacances!
    Bises!

  6. Bonnes vacances-dans-15-jours alors! Personnellement je ne m’en lasse pas. J’ai d’ailleurs décidé que j’étais en simili-vacances jusqu’à la mi-septembre, même si je travaille. Mais bon, une balade au bord de l’eau avec Miss mort… je pense que je vais passer mon tour!

  7. Mo

    Ah ben d’accord, tu nous fait un joli texte comme ça et tu t’en vas?
    Sur la page abandonnés…

    Bon sinon, la plage pas trop peuplée, ça existe. Elle est rarement hyper ultra méga chaude, certes.
    Et moi aussi j’adore les fesses de la Mort; ravie de voir qu’elle n’a pas cédé à cette mode hypocrite de vive les (pas)rondes – la Mort n’a sans doute pas le temps de lire Elle, tu me diras. Et tu n’auras pas tort.

  8. Pour le cocktail pourquoi pas un « tue la mort » ?
    ( rhum blanc, whisky, tequila, vodka, chartreuse, cognac )

    Peut être qu’ils sont tous dans la lune ?

  9. c’est vrai que sur les blogs, ça sent les vacances! Comme je ne pars jamais en même temps que tout le monde – voire d’ailleurs jamais tout court – ces mois d’août ont un goût étrange. Je rentre de cinq jours de festival de zik à l’autre bout de l’île: du coup cela aurait été mes vacances à moi, loin de la maison avec des copains et de la bonne humeur, tout en travaillant gentiment.
    Je te dis déjà bonnes vacances même si elles ne sont pas encore tout à fait là. Pour moi, c’est maintenant que les choses sérieuses recommencent côté boulot!

  10. en vertu du principe qui veut qu’en août tout soit plus lent et donc plus laborieux, je commente seulement maintenant, je m’ennuie aussi des vrais mois de l’année, mais je t’ai lue, et j’ai bien ri.

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