La fin des vacances romaines

A Rome, mon graffiti préféré, reproduit un peu partout sur les murs de la ville.

ROMA !

Je ne l’avais jamais vue.

Elle est belle. Nous avions une vieille Vespa prêtée par un couple d’amis italiens, pour déambuler dans les rues en contemplant l’architecture romaine, et en guettant l’apparition magique de Jennifer Beals comme dans Journal Intime, le merveilleux film de Nanni Moretti

Je rêvais de Fellini, de Pasolini, de Silvana Mangano et de Sophia Loren. Mon Autrichien avait emporté dans sa langue Les lumières de Rome d’Alberto Moravia et il riait aux éclats entre les pages de ces nouvelles fantaisistes. Il prolongeait exagérément ses stations aux petits coins pour s’esclaffer avec Le baron perché d’Italo Calvino.

Moi, je relisais les nouvelles de Stefan Zweig avec mon amie Chiara, et nous débattions sur la philantropie de l’auteur autrichien en mangeant des penne al ragu. Nous avions la main très lourde sur le Limoncello et le Fernet-Branca, ce qui enflammait notre amour impérissable pour la littérature.

Armée de l’appareil photo le plus minable de la Terre, j’ai nommé la cellule photographique de mon téléphone portable (qui lui aussi est misérablement vieux, plein de sable et de tabac) j’ai pris quelques clichés fantomatiques de la ville.

« Nuovo Sacher » est le cinéma fondé par le cinéaste Nanni Moretti à l’extérieur de la vieille ville. La Sachertorte est en effet le dessert préféré du réalisateur, qui n’a pas hésité à baptiser sa maison de production cinématographique Sacher. Ce cinéma d’art et d’essai survit avec difficulté ; malheureusement, les films étrangers y sont doublés en italien pour tenter d’attirer un plus large public.

Le lieu n’en a pas moins de charme, son jardin est même dédié au cinéma en plein-air et sa librairie permet de consulter de beaux ouvrages sur le cinéma d’auteur.

Cinéma Nuovo Sacher, Largo Ascianghi, 1 – Trastevere – Roma

Par chance, nous sommes tombés sur une rediffusion des meilleurs films du festival de Locarno 2010, dans un cinéma à ciel ouvert. Ici, en rétrospective, un film de Marco Tullio Giordana, Maledetti vi amerò, Léopard d’or 1980. Nous avons pu y voir L’Avocat de Cédric Anger, avec Benoît Magimel et Gilbert Melki, une sorte de film noir au scénario réussi et à l’interprétation impeccable, mais souffrant d’une réalisation plutôt plate (sortie courant 2010).

L’Italie de Berlusconi vit dans un paradoxe apparent. La droite née d’un génie de la communication et de ses alliances mafieuses, génère une image de la femme d’une vulgarité et d’un bling-bling rares en vieille Europe, à l’image de la vitrine de cette boutique de prêt-à-porter de luxe…

Cependant qu’une image puritaine, hyper-catholique de la femme continue de régner dans le cœur des Italiens. « L’Italienne doit lutter plus que jamais pour faire valoir ses droits », souligne mon amie Chiara qui écrit pour le quotidien communiste Il Manifesto. Le droit à l’avortement est constamment menacé. Les parlementaires italiennes n’ont parfois pas plus de 30 ans, et pour diplôme, un passé de strip-teaseuse. La promotion-canapé est devenue monnaie courante dans un pays où le Président du Conseil choisit les membres féminins de son cabinet sur photo. Au fond, cette contradiction n’est qu’une illustration de plus de l’universel phénomène machiste « pute ou soumise ».

Si, dans les églises romaines, il est interdit de se promener en petite tenue…

…en revanche, l’achat d’un vêtement liturgique est tax-free à Rome!

N’oubliez pas votre crosse portative…

Ni votre kit-communion de voyage.

Les lumières de Rome (d’après le titre de la nouvelle de Moravia), ce ne sont pas seulement celles qui éclairent le Colisée la nuit. Les arrondissements plus périphériques ont une beauté particulière et bien moins touristique, comme ici, à ce carrefour rétro-futuriste près du quartier étudiant de San Lorenzo.

Les vacances romaines sont finies… mais le goût de Rome reste intact, porteur des milliers d’images vibrantes de l’été brûlant : marchés, linge aux couleurs fanées aux fenêtres, clochards célestes endormis sur leurs mots-croisés au soleil, étudiants romantiques débattant avec passion au-dessus d’un cappuccino… et bien sûr… des couples amoureux à Vespa.

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9 Commentaires

Classé dans Ma vie littéraire

9 réponses à “La fin des vacances romaines

  1. Fafa

    merci pour le déplacement express … et les commentaires toujours inspirés …;) quand est ce que tu passes à Paris ?

    bises

  2. Et le kit d’exorcisme (ou anti-vampire), il est où ;) ? Bon retour dans nos contrées germaniques. Le début d’automne berlinois est-il aussi agréable que le kielois ?

  3. Rolf Dieter Brinkmann, Rome, regards. Traduit de l’allemand par Martin, © Quidam Editeur 2009

    Octobre 1972 – janvier 1973 : Rolf Dieter Brinkmann (1940-1975) séjourne à Rome, à la Villa Massimo, pendant allemand de la Villa Médicis. Il en revient avec trois cahiers dans lesquels il a engrangé ses impressions, sa correspondance amicale ou pas, les lettres envoyées à Maleen, sa compagne. Il y consigne son voyage, la découverte de cet endroit destiné à la « création artistique », ses démêlés avec les occupants, ses rencontres avec les autochtones, ses lectures, les difficultés matérielles constantes, ses interrogations multiples. Il prend des photos, réalise des collages, déambule dans Rome, cette ville de vestiges qui impose son passé alors qu’en lui vocifèrent colère et désolation.

  4. Un billet très chouettes qui renforce mon envie de découvrir Rome. Je crois tu est revenue avec l’âme italienne, non? Je rêve de marcher dans de rues avec cette lumière dont tu parles qu’on ne trouve pas ici en regardant les églises et de beaux bâtiments. Entretemps, je vais me contenter de la relecture de Moravia et me remettre à l’italien. Merci à vous deux d’êtes venus hier – c’est super de vous revoir et à bientôt j’espère.

    • Merci à toi, c’était vraiment génial et tu as des amis formidables (and oh my god those peanut butter cookies) et tu étais toi-même très « Sophia Loren » dans ta robe du soir, chère lady!
      J’avoue être tombée amoureuse de Rome – il est possible que je casse ma tirelire pour pouvoir de nouveau vider des bouteilles de Limoncello avec Chiara en parlant de littérature… :)
      Il faut toi aussi que tu y ailles, tu vas adorer!

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