Cinéguérilla

Ce n’est pas nouveau : il faut une niaque incroyable pour écrire, réaliser, produire et distribuer un film, entrer dans la jungle des festivals, soigner son image et ses contacts. Etre réalisateur indépendant, c’est être une usine doublée d’un poète.

Au moment où je rentre officiellement à l’école de cinéma, je trouvais plutôt marrant de commencer l’année par une lecture irrévérencieuse : What they don’t teach you at film school (Ce qu’on ne vous apprend pas à l’école de cinéma) de Tiare White et Camille Landau.

Ce livre m’a stupéfaite. C’est une sorte de manuel de guérilla pour cinéastes indépendants rédigé par deux anciennes élèves de la célèbre école de cinéma USC aux Etats-Unis. Tiare et Camille ont un beau diplôme en poche ; n’empêche : ce n’est pas cela qui va les emmener au sommet.

La débrouille, elles s’y connaissent. Et avec fantaisie, en plus. Leur livre regorge de très bon tuyaux pour qui veut se lancer dans le cinéma, du plus sérieux au plus fantaisiste. Comment parler à un producteur, comment faire financer votre film par votre boulanger, comment finir un scénario en mettant le réveil-matin une demi-heure plus tôt. Comment attirer les producteurs, en enrôlant vos copains pour jouer les paparazzi et vous pourchasser dans le festival où votre film a été sélectionné. Comment obtenir le meilleur de son monteur en lui servant des cookies (recette incluse) qui fera de lui votre esclave dévoué.

La phrase à retenir, pour Tiare et Camille, la voilà : faites des films dans la limite de vos moyens, pour faire plus de films par la suite. Et, pour rester dans la limite de vos moyens, elles ont plus d’un tour dans leur sac, qu’il s’agisse du décor, des acteurs ou de la musique.

Mais attention, je ne suis pas certaine que ce bouquin soit réellement à la portée du caméraman du dimanche, en dépit des allégations de l’éditeur sur la 4e de couverture. What they don’t teach you at film school ne fait pas l’impasse sur la difficulté du métier et prévient le lecteur qu’il va devoir bouffer son pain noir comme les autres.

Plus l’aspirant-réalisateur avance dans le livre, plus il a le sentiment de se trouver devant une montagne impossible à gravir. Distributeurs, agents, RP, producteurs, programmateurs… il faut faire face à tous ces gens pendant parfois des années avant que le film ne sorte sur les écrans. Pendant ce temps, votre compte en banque tourne à vide.

Tiare White et Camille Landau ont écrit un livre spirituel, insolent et important sur le monde du cinéma indépendant. Mais il s’adresse d’abord à ceux qui ont le cinoche dans le sang et qui sont prêts à affronter le monde caméra au poing. Pour tous ceux-là, What they don’t teach you at film school est un véritable allié et une mine de conseils à ne pas négliger.

Je ne sais pas si le livre a été traduit en France ( je n’ai rien trouvé sur Internet), mais vous pouvez vous le procurer facilement en anglais sur les sites de librairies en ligne comme Amazon.

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17 Commentaires

Classé dans Ma vie littéraire

17 réponses à “Cinéguérilla

  1. il faudrait que tu lises le livre écrit par Stanley Cavell: Le cinéma nous rend-il meilleurs ? éd. BAYARD

    Présentation de l’éditeur

    Qu’est-ce que le cinéma peut bien nous apprendre du bien ? Peut-on même trouver un rapport entre les deux ? Que l’on aille au cinéma pour se distraire ou pour s’instruire, loin de nous l’idée que l’on y va pour se perfectionner…

    Celui qui nous convie à cette réflexion est un des philosophes américains les plus importants aujourd’hui. L’un des plus Américains aussi, car il fonde sa manière de philosopher sur la spécificité de la culture américaine. Le cinéma hollywoodien des années trente tient lieu de culture commune et c’est donc par l’étude de ces films que l’on peut philosopher. Mettre le cinéma au cœur de la philosophie, la révolution fut si profonde qu’elle fut difficile à faire admettre, mais aujourd’hui les écrits de Stanley Cavell sur le cinéma sont largement traduits et connus en France.

    Loin des morales abstraites, ce que le cinéma et en particulier les comédies de remariage nous montrent, ce sont les dialogues qui se nouent au quotidien, ce sont des personnages qui s’affrontent, évoluent et parfois se perfectionnent. Les comédies de remariage s’ouvrent sur une rupture, le couple a donc le temps du film pour se retrouver grâce notamment à sa capacité à communiquer. La scène est privée mais devient une allégorie de la vie démocratique, où chacun doit faire face à autrui sur un pied d’égalité. À la fin de ces comédies, le couple trouve une meilleure manière d’établir la communication, nous permettant d’imaginer une possibilité d’échanges entre les êtres humains.

    C’est en s’appuyant sur quelques-unes de ces comédies de remariage mais également sur une lecture croisée de Rohmer et de Shakespeare ou de Capra, que Stanley Cavell nous invite ici à repenser la philosophie, et en particulier la philosophie morale.

  2. « Vous savez que le mot « curieux » vient du mot latin cura : le soin ? Soyons fiers de notre défaut ; être curieux, c’est prendre soin. Soin du monde et de ses habitants. » (Erik Orsenna)

  3. vanessathecakemaker

    Bien que si je n’aie pas forcément envie d’écrire et réaliser un film moi-même, ce livre me paraît bien intéressant car j’ai du mal à imaginer la galère pour y réussir. Je ne sais pas si cela marche pour trouver le meilleur monteur mais je peux confirmer qu’il est beaucoup plus facile de persuader les gens en leur donnant des gâteaux ;-)

  4. ou comment faire une oeuvre artisanale dans un art industrialisé…

    tu as de la chance, du moins, d’être dans une vraie et bonne école de cinéma, tu approfondis (car tu n’es pas débutante) un vrai savoir-faire à proposer en contrepartie à tous ces interlocuteurs à solliciter.
    d’après ce que j’ai lu sur la Femis, la seule chose qu’y apprennent les étudiants est justement… à savoir se débrouiller tout seuls ;-)

    • …mais à la Femis, ils se font surtout un bon tas de contacts type poids lourd, ce qui n’est pas forcément le cas dans une école comme la mienne, qui est plus axée sur la démerde et l’indépendance, en effet!

      • justement, les coups de gueule et licenciements en chaine à la Femis sotn notamment la conséquence d’un constat ahurissant :
        sur les (rares !) diplomés de la Femis à avoir réalisé un film ces dernières années, TOUS venaient de la section « scénario » et aucun de la section « réalisation ».

        comme quoi les contacts n’auront pas apporté grand chose à ces derniers (à part de faux espoirs puis la honte). Tu as décidémment fait le bon choix :-)

        http://www.telerama.fr/cinema/les-sirenes-de-la-femis,56116.php

        http://etatsgenereux.canalblog.com/

      • AHAHAHAH c’est génial!!!! j’adore, je me gausse, je me gausse, et quand on pense qu’en section scénar à la FEMIS il n’y a que des gens qui rêvent de… devenir réalisateurs mais qui ont été assez malins pour savoir que tout le monde postule en réalisation!

  5. Ce livre explore-t-il aussi les possibilités d’auto-production/auto-distribution sur internet?
    En tout cas, félicitations pour tes débuts en école de cinéma (laquelle?), c’est génial :D .
    Je viens de tomber sur ceci et j’ai tout de suite pensé à toi (cette technique a quelque chose de très séduisant): http://www.spiegel.de/netzwelt/web/0,1518,719742,00.html

  6. Babooshka

    Je ne commente pas souvent, mais ça fait plaisir de voir que tu publies plus souvent ces derniers temps !

    • Ah merci Babooshka! Le problème du blog, c’est que pour être vraiment régulier, il faut avoir beaucoup de temps… ou être payé :) cela dit, l’envie de bloguer plus ne me manque vraiment pas!

  7. Désolée de te répondre aussi tard: si, je trouve le résultat impressionnant. L’objectif a 102 ans! Mais bon il faut dire que je suis en plein trip « vieux objectifs manuels » (est-allemands et japonais, années 60-80) sur appareil numérique. Ça peut donner des résultats étonnants (ces couleurs! ces couleurs!).

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