Paul et le diable

Paul, c’est Paul Auster, et le diable, c’est l’argent (et Paul Auster a la beauté du diable, mais c’est une autre histoire).

Hand to Mouth (traduit par Le diable par la queue en France) est un essai autobiographique du célèbre écrivain américain, publié en 1996. Paul Auster y narre ses déboires de jeune auteur, ses débuts sous-payés en tant que traducteur, poète et dramaturge.

De sa plume souple, nerveuse comme le corps élastique d’un félin, Auster parle d’argent, ou plutôt, du fait qu’il n’a pas un rond. Depuis ses premiers poèmes et romans rédigés dans les années 70, évidemment, l’écrivain new-yorkais a fait du chemin, et sa situation financière s’est très largement améliorée.

Non seulement cet essai est passionnant, mais il est aussi efficace, direct, à la fois humain et sans la moindre auto-complaisance. Au-delà de la difficulté de l’auteur débutant (et jeune père de famille) à payer son loyer, Auster revient sur ce que cela signifie d’écrire pour gagner sa vie, d’écrire jusqu’à plus soif parce que c’est la seule chose qu’on veuille faire, le seul métier qu’on maîtrise.

Ils étaient peu nombreux, ceux qui auraient prédit, dans les années 1970, que le nom de Paul Auster serait plus tard la garantie de vendre des millions de livres à travers le monde dans des dizaines de langues différentes. Cet essai plein de modestie, et superbement écrit, est un vrai antidote à la déprime pour tout jeune auteur en mal de reconnaissance sociale.

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16 Commentaires

Classé dans Ma vie littéraire

16 réponses à “Paul et le diable

  1. Je viens de terminer la lecture d’une nouvelle écrite par Eduardo Lago dont l’intrigue se déroule à new york et dans laquelle l’écrivain Enrique Vila-Matas – transformé pour l’occasion en personnage de fiction – débarque à New York et croit apercevoir la silhouette de Salinger. Au terme d’une filature consciencieuse, il s’apercevra qu’il vient en fait de pister Paul Auster…

    Eduardo Lago, « La Trilogie de Brooklyn » in New York en Cosmopolite, coll. La Cosmopolite, Stock, 2010

    • J’adore l’idée! (cela me rappelle mon rêve sur Kieslowski…
      https://cequetulis.wordpress.com/2010/02/06/a-bientot-varsovie/)

      Le problème, Mohamed, c’est qu’avec les listes de livre que je me constitue à partir de tes commentaires, ma tirelire s’épuise!

      Résonnance amusante, Paul Auster a pisté, lui, ou plutôt télécommandé Sophie Calle dans New York. Le livre « Double jeu » est la matérialisation de ces quelques journées que Calle a passée sous l’empire d’Auster. Tu l’as lu?

      • Je n’ai pas lu ce livre, tu m’en donnes désormais le loisir.
        Cité de verre est le livre par lequel j’ai découvert Paul Auster, il y a de cela une vingtaine d’années.

  2. vanessathecakemaker

    Je suis fan de Paul Auster depuis si longtemps et après ton billet, j’ai hâte de découvrir ce livre. En plus, il a l’air si beau sur la couverture. Son monde sombre et un peu bizarre me plaît bien, même si mon préféré de lui reste Brooklyn Follies, une histoire assez optimiste.

    • Paul Auster est aussi beau que sa verve littéraire!
      Comme tu le sais, je n’ai pas encore lu Brooklyn Follies.
      je crois que mon préféré reste Moon Palace, quoique je ne me sois jamais remise non plus de la New York Trilogy.
      Et sais-tu qu’il a écrit plusieurs scénarios magnifiques? D’ailleurs, « In the country of last things » adapté du roman du même nom, va sortir bientôt, le réalisateur sera Alejandro Chomski.

  3. Tiens donc !
    Oh ben sinon il y a Martin Eden de Jack London qui traite pas mal de ce sujet-là, également sur le mode autobio…

  4. Je l’ai lu il y a une dizaine d’années maintenant, je me souviens encore du récit de la recherche angoissée des mégots où il reste quelque chose à fumer… (Et moi aussi, mon préféré reste Moon palace, grosse claque littéraire d’ado)

    • ah moi je ne me souviens pas de l’histoire des mégots mais je me rappelle l’histoire de l’oeuf brisé (la seule chose qu’il lui restait à manger) dans Moon Palace, tragique…

  5. C’est intéressant, on pourrait faire une liste des écrivains fauchés écrivant sur le sujet, de Jack London à Orwell en passant par Kerouac et Miller…

  6. J’ai découvert Paul Auster il y a au moins 15 ans grâce à Actes Sud (merci Actes Sud) et j’en suis tombée amoureuse, au figuré bien sûr. J’ai lu boulimiquement tout ce qu’il avait produit à l’époque, guettant chaque parution comme celles de Pennac, Grisham, Coben,Allende etc. Et puis, « Leviathan » a coupé net l’envie de continuer. Ma boulimie m’avait donnée mal au coeur et depuis je n’ai pas retenté de le lire. Je devrais peut-être essayer !

  7. Pia

    Au risque de faire la rabat-joie… Je n’aime pas Paul Auster. Sauf Leviathan, et peut-être la trilogie newyorkaise, par moments. Je n’ai rien contre sa prose (encore que, il a écrit quelques livres que j’ai trouvés bâclés et plutôt redondants), mais je trouve que son statut est quand même un peu enflé… Il existe tant d’autres auteurs américains… En France, Paul Auster est devenu l’écrivain américain par excellence, et c’est un peu dommage, je trouve.
    Bon j’arrête de faire ma mauvaise tête. Il est vrai que les choses se sont un peu arrangées ces dernières années, on en entend moins parler.
    Et pour me contredire complètement : je lirais bien le livre dont tu parles, écrit avant d’accéder à son statut d’écrivain star. Paul Auster avant Paul Auster, en somme.

    • Oh oui, il existe énormément d’autres auteurs américains très talentueux, c’est tout à fait vrai. Mais je trouve Paul Auster particulièrement acéré, profond. Bon. Sa gloire est peut-être enflée par sa belle gueule :)

  8. Je ne suis pas fan de Paul Auster et j’ai toujours eu des difficultés à comprendre la nature de l’engouement qu’il a pu susciter, mais j’adore « le diable par la queue » : c’est drôle, sincère et pas du tout complaisant. Je le conseille aussi.

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