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Marijuana et burka

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Des Jeeps à l’arrêt, sur fond de pistes caillouteuses. Des bouquets de marijuana resplendissants sous le soleil. Des Kalachnikovs customisées comme des blousons Levi’s. Des champs de pavot éclatants de rouge et de rose. Des femmes fantômes en bleu, de dos. On ne photographie pas de face le visage invisible des Afghanes.

Afghanistan, c’est le titre simple et humble du nouvel opus des éditions Riverboom dans la Collection Baechtold’s Best, ces petits « guides de voyages » décalés qui font l’inventaire des clichés du monde. J’avais rencontré et interviewé Claude Baechtold en septembre 2008 lors de la sortie de Pôle Nord. Baechtold, c’est ce jeune homme suisse qui sillonne le monde avec humour et fantaisie, pour nous le montrer dans de petits livres étonnants. Le Lonely Planet de l’aventurier qui se marre, en somme.

Afghanistan est tout aussi réussi que les autres volumes de la collection.  Si l’on navigue là-dedans avec le stéréotype comme boussole, il reste que l’accumulation du cliché photographique et imaginaire installe une évidence. Ce que nous dit Baechtold, c’est que oui, l’Afghanistan, c’est bien ce que vous pensiez. Violent, coloré, plein de drogues et d’armes, misogyne, fanatique et détruit. Mais alors, pourquoi, au fil de ces pages, le lecteur ressent-il finalement une vraie fascination pour ces paysages et ces hommes? L’émotion vient de la tendresse du regard posé par le photographe. Les visages des petites filles perdues dans un désert ou une ville chaotique, les militaires qui posent avec fierté en exhibant leurs armes, les paysans à dos de chameau, semblent heureux de pouvoir témoigner d’une chose certaine : en dépit de la guerre et de l’intégrisme religieux, en Afghanistan, on vit. On sourit. On veut être sur la photo, pour le clamer haut et fort.

Dans les images qu’on nous montre de cette région à la télévision ou dans les journaux, on ne s’arrête pas pour contempler un visage ou un détail sur le mur d’une maison. Baechtold, lui, prend le temps. Il arrête les gens, les fait poser. Le temps est suspendu. Une trêve dans la violence et la peur. Un moment de paix et de vie.

Pour 14,90 euros, c’est le cadeau idéal de la Fête des Mères, non? Les boîtes à bijoux en carton, les colliers de nouille, ne sont-ils pas des clichés aussi? Bonne fête, Maman. Je t’emmène dans un pays où, voilée de bleu, tu ne pourras même pas voir les couleurs resplendissantes des champs de pavot. Comme tu seras heureuse de voir que tout cela n’était qu’une lecture au fond d’un fauteuil…

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