Archives de Tag: colère

PQ par mail

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Les blogueurs ont eu la mauvaise surprise, récemment, de se faire berner par mail, par un écrivain de quat’sous. Un pauvre scribouillard qui ne mérite nullement d’être nommé, et à qui je ne ferais aucune publicité.

Ceci est une lettre ouverte à cet homme et à sa maison d’édition, qui ont eu le malheur de tenter de se faire passer pour une adolescente anorexique en manque d’affection, dans le but pur et simple de vendre son PQ à la couverture hideuse. Cette personne nous a écrit des mails persos, fort longs ma foi, et fort ennuyeux, auxquels je ne pris la peine de répondre que lorsqu’elle prétendit être une gamine de quinze ans qui se fait vomir, qui n’a pas d’amis, et que ses parents oppriment. Puisque l’attachée de presse de la maison d’édition, qui m’avait relancée afin que je parle de son « produit », n’a pas daigné répondre, voilà ma critique ouverte.

L’anorexie, dois-je le rappeler, mesdames* et messieurs les salopards de la vente de bouquins commerciaux et mal rédigés, est une maladie gravissime dont meurent des centaines de jeunes femmes.

L’anorexie, je vous l’avoue, est un sujet qui ne me fait pas rigoler. Parce que ces corps invisibles, ces âmes pleines de bleus, j’en ai croisé plusieurs dans ma vie – des amies, une cousine aimée. L’une d’elle s’est ainsi lentement suicidée.

Monsieur l’arnaqueur, la fin ne justifie pas les moyens. Internet n’est pas le pays des cow-boys. Entre blogueurs, écrivains, éditeurs et lecteurs, règne une sympathie et un respect appréciable, auquel nous sommes tous attachés.

Je prie tous les blogueurs qui se sont fait avoir par cet « auteur », de ne pas céder à la tentation de prononcer son nom, ni le titre de son livre.

Très peu cordialement,

Magda.

* merci à Daniel Fattore de m’avoir fait remarquer à raison, que cette équipe n’était pas, en effet, purement masculine!

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Classé dans Au gré de la Toile

L’étiquette, Monseigneur

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Nos Ipod sont faits dans des sweatshops.

Mercredi, le jour des enfants. Là où je travaille aujourd’hui, dans un spectacle pour un grand parc de loisirs, les bambins se promènent avec  des serre-tête Mickey, des Winnie l’Ourson démesurés, des casquettes Hannah Montana. Ecoeurement pastel, qui sent la frite.

J’enfile mon costume de scène (un vilain truc taillé pour un adolescent obèse de l’Iowa, alors que j’ai plutôt le format Barbie). En retirant mon T-Shirt, ma jupe, mon pull, mon collant, les étiquettes de mes propres vêtements me sautent aux yeux. Diesel. H&M. Gap. Il est vraiment très tôt ce matin, et j’ai soudain la vue qui se brouille. Comme s’il y avait du sang sur mes fringues… De sales taches indélébiles. Du sang de gosse Sri-Lankais de huit ans, de la sueur de femme enceinte Haïtienne, qui n’a pas dormi depuis 24 heures.

Un peu plus tard, en sortant du spectacle, je tente de faire les courses. Je ressors bredouille du supermarché, agressée par les marques qui me racolent à coup de couleur criarde et de publicité mensongère : de l’eau Taillefine à 0% de matière grasse! Wow! De l’eau grasse, voilà qui eût été nouveau, pourtant. Du pain complet Harry’s, à la farine de blé… blanche comme neige. Du shampoing Garnier à base de plantes, mais surtout… de produits chimiques polluants pour ma peau, et pour les égouts du voisin.

Et toute ma trousse de maquillage pue étrangement le pétrole testé sur des lapins, qui du fond de leur cage, me regardent comme si j’étais Hitler.

J’ai faim, je suis pas maquillée, j’ai les cheveux sales, et je me promène virtuellement nue dans un supermarché. Voilà où j’en suis arrivée, avec ma prise de conscience récente. C’était une vraie claque, je ne m’en remets pas.

Depuis un mois, je décortique No logo, le brûlot de Naomi Klein, dans tous les sens. Ce livre, écrit il y a dix ans, entre en résonance avec la crise financière actuelle, évidemment. Klein, la croisée américaine de l’altermondialisme, a pondu là un bouquin qui n’a pas pris une ride. Et si je le lis, et le relis sans cesse en ce moment, c’est pour en éprouver la qualité intrinsèquement révoltante.

Croyez-moi : après plusieurs lectures, on est toujours bouleversé par cette analyse du mécanisme du branding (omniprésence de la marque), des sweatshops (ateliers où des travailleurs du Tiers-Monde touchent 1,20 dollars pour 16 heures de labeur quotidien, sans couverture sociale) et des McJobs (les petits boulots pourris et mal payés que nous avons tous faits étudiants, et que certains diplômés Bac+5 continuent d’exercer, faute d’emploi). On croit savoir. On a tous vu les reportages, les docus, les photos chocs. Mais pourquoi oublie-t-on si vite, alors? Le livre de Klein, lui, fait office d’injection de conscience de longue durée.

C’est un livre important, un témoignage simple à comprendre et toutefois très bien documenté sur l’invasion du marketing dans nos vies, et la disparition de l’éthique dans les mentalités du business. Mais aussi, et surtout, voilà un livre qui fait mûrir les ferments de la colère, de la grogne et de la faim de justice sociale. Qu’on soit cadre sup’ ou employé chez Starbucks, nous sommes touchés par une inégalité flagrante : une poignée de gens gagne l’équivalent du PNB d’un pays d’Europe de l’Est, tandis que les autres se contentent des miettes pailletées de Disney, Gap, Nike et autres H&M.

Naomi Klein n’est pas une excitée aux cheveux verts qui joue du pipeau sur des plages nudistes, ou ressemble à un bûcheron à force de bûcher. Comme moi, elle est coquette, comme moi, c’est une jeune femme occidentale, comme moi, elle a fait des études de manière assez privilégiée. Comme moi, comme vous aussi, sûrement. Quand Naomi Klein dit que le capitalisme n’est sans doute pas d’une telle évidence, plus personne ne la prend pour une communiste.

Amis lecteurs : loin de moi l’envie de vous faire la leçon. J’ai plutôt envie d’aller au front. Démocratiquement, intelligemment. Je ne pourrai pas vivre plus longtemps sans shampoing, sans minijupe, sans crème dessert au chocolat ni mascara. Pour qu’elles me rendent mes produits purs et blancs – comme ils tentent de les maquiller chez Apple – il faut que j’aille faire pression sur ces multinationales qui me volent ma tranquillité d’esprit.

Et qui volent votre boulot (parce que vous êtes trop cher pour votre employeur, méchant assuré social!).

Et la vie de milliers d’ouvriers du Tiers-Monde.

Et je n’y arriverai pas toute seule…

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Classé dans Ma vie littéraire

La librairie s’enflamme

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A Athènes, décembre 2008, révolte de la jeunesse après le meurtre d’un étudiant par un policier.

« Dear Friends, there is a discussion on the recent event in Athens the coming Saturday 10th of January at bbooks in XBerg.  It will be nice to see you all.
Best,
Giorgos »

A la suite de cette intrigante invitation à une discussion politique autour de la récente révolte de la jeunesse athénienne, je me suis rendue à la Librairie b_books, à Berlin. Une librairie très active qui édite parfois elle-même quelques essais sur les arts du spectacle, le cinéma et la politique internationale, et où l’on peut trouver en anglais et en allemand de quoi régaler son cerveau affamé de philosophie et de pensée post-moderne. b_books est gérée par dix personnes, dont certains, comme Stefan, sont des réalisateurs de films expérimentaux. Bref, Berlin dans toute sa délicieuse splendeur : intello, passionnée, rebelle, et toujours prête pour un échange, généreuse envers tous ceux qui le souhaitent.

Georgios Papadopoulos est chercheur dans le domaine de la finance, à la Jan Van Eyck Academie & Erasmus University Rotterdam. Voulant partager son expérience des événements grecs de décembre 2008, il revient sur les faits, expliquant à quel point ce mouvement de révolte de la jeunesse à la suite de l’assassinat d’un étudiant par un policier a trouvé de multiples résonnances chez les générations précédentes. Makis, jeune producteur de cinéma, explique ainsi que sa mère lui a dit « Bravo » pour la première fois de sa vie. « Notre génération n’a pas de futur, souligne-t-il. En Grèce, la cellule familiale constitue le coeur de la société. Les gens de tous âge se sentent concernés par les conditions de vie précaires des jeunes ». On est bien loin du divorce parents-enfants français…

Théoriser la révolte : bien, ou mal? Telle était la majeure question posée ce soir-là. Car si Georgios estime nécessaire de préserver la spontanéité du mouvement des jeunes sans la « contaminer » par trop de pensée théorique, d’autres prônent « l’organisation politique » (Katia, 37 ans, libraire), « l’utilisation des outils démocratiques et des institutions européennes pour se regrouper » (moi), et « l’exploitation massive des outils culturels comme vivier d’idées pour construire une pensée libre, pas trop intellectualisée » (Tobias, 30 ans, travaille dans la pub).

Nous sommes tous sortis de là heureux d’avoir pu en parler. Berlin est encore et toujours cette ville où les échanges européens peuvent avoir lieu, où le dialogue n’est pas un vain mot. Dans la petite librairie, les cartes de visites, les emails et les numéros de téléphone s’échangent. « Il faut en reparler », « On se voit le mois prochain pour voir ce qui a été fait », « Envoie-moi ce document, je ferai une conférence à la fac dessus »… Ce n’est pas 68, ce ne sont pas des activistes d’extrême-gauche, mais des instits, des étudiants, des serveurs, des artistes, des écrivains… ils réfléchissent à un moyen d’action. Au meilleur moyen de s’organiser, de comprendre et de tirer les conclusions de la révolte qui enflamme régulièrement la jeunesse à « 600 euros par mois ». Parce que ça ne peut plus continuer.

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Classé dans Ma vie littéraire

Ma carte de voeux

Certaines images sont plus fortes que les mots. Mais quand mots, images et musiques se coordonnent pour envoyer un message aussi fort (quoique très attendu et très évident), eh bien, je tire mon chapeau. Bravo Radiohead.

I’m the next act
waiting in the wings
I’m an animal
Trapped in your hot car 
I am all the days 
that you choose to ignore

You are all I need
You are all I need 
I’m in the middle of your picture
Lying in the reeds

I am a moth 
who just wants to share your light 
I’m just an insect 
trying to get out of the night

I only stick with you 
because there are no others

You are all I need
You are all I need 
I’m in the middle of your picture
Lying in the reeds

It’s all wrong
It’s all right
It’s all wrong

Radiohead, All I need, (In Rainbows)

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Négatif – Message reçu 3 sur 5 – A vous

Les journalistes et les blogueurs pas vraiment sur la même longueur d’ondes… Tu me captes, là?

Je crois que ça ne va pas du tout entre les journalistes et moi. Ça pourrait, pourtant, puisque ça va déjà un peu mieux avec les éditeurs. Ce n’est pas que je me prenne pour le centre du monde des blogs, comme la petite fonctionnaire israélienne persuadée que l’armée chinoise l’a nommée générale, dans la très drôle pièce d’Hanokh Levin, Douce vengeance et autres sketches. Non, mon narcissisme n’en est pas là du tout. Mais quand même, faudrait pas que les feuilles de chou poussent trop Mémé Magda dans les orties bloguesques.

C’est peut-être une forme de consécration que de recevoir, sur son mail de blog, le communiqué de presse des Inrocks? (Allez, avouez… combien sommes-nous à l’avoir reçu? Vingt? Trente? Cinquante? Plus peut-être!). J’aurais préféré trouver le dernier numéro par surprise dans ma boîte aux lettres. Bon sang, je ne pourrai pas cesser de pester contre nos amis journalistes tant qu’ils useront de méthodes aussi frustes. Voilà ce que je reçois : un mail tout coloré (étendard des Inrockuptibles), flashy, moderne, branché, pour me prévenir que le numéro dédié à la rentrée littéraire est sorti. Avec tout un gang de logos téléchargeables aux couleurs du magazine susdit. Croyez-vous que le chargé de communication de ce mailing se soit fendu d’un mot ou deux à mon égard? Du genre : Chère Magda, veuillez trouver ci-joint…? Même un truc pas personnalisé, j’aurais trouvé ça plus correct que cette absence totale d’explications. Mais il est vrai que c’est probablement une stagiaire, payée 300 euros par mois à un poste de CDI, qui m’a balancé cette promo pas très calibrée. Je ne lui jette pas la pierre, je lui tends plutôt la main et un billet de dix euros pour payer sa carte orange…

Le pire, n’est-ce pas, c’est que les bougres ont réussi leur coup. Ils voulaient sans doute, par leur communiqué de presse aussi glacial qu’une poignée de mains dans Bienvenue à Gattaca ou qu’un baiser de R2D2, me demander si je pouvais avoir l’amabilité de relayer l’information sur mon blog. J’aurais de toute façon acheté ce numéro des Inrocks : non seulement je le lis presque toutes les semaines, mais cet opus particulier me semble regorger de bonnes choses. C’est donc tout à fait dommage que nos amis les branchés ne daignent pas traiter la blogosphère avec un peu plus de respect.

Et, oserais-je le dire encore une fois? Ben oui, tiens, un peu mon neveu, que je vais oser : la plus petite d’entre toutes les blogueuses de mode aurait craché sur n’importe quelle marque de fringues, si elle avait reçu d’elle une pub pour un soutif, sans le moindre pourcentage de réduc ou sans le moindre goodies associé à la promo de l’objet. Parce que c’est comme ça. Les blogueurs littéraires parlent de livres, et un roman, c’est immatériel. Nous vivons d’air et de manque d’égards, c’est bien connu. A vrai dire, j’aimerais mieux que les journalistes ne nous demandent rien, plutôt que de s’adresser à nous aussi froidement.

Attention : ne me faites pas dire que je nie la qualité des articles de ce magazine. En dépit de son parisianisme qui peut virer à l’insupportable (mon snobisme en est froissé, c’est vous dire), je trouve qu’il est un des rares à mixer les infos culturelles du moment avec autant d’allant et de talent. J’en profite pour vous signaler que le journaliste Serge Kaganski, membre des Inrocks et plume plus qu’alerte, officie sur un blog culturel pas mal du tout. Comme quoi. C’est peut-être seulement leur service presse qui a un petit problème d’adaptation.

En bas du message reçu sur ma boîte mail, je lis la chose suivante :  » Pour ne plus recevoir ce communiqué de presse, répondre à ce mail en inscrivant « désinscrire » dans l’objet. »

Si je comprends bien, le fait que les blogueurs pourraient à leur tour employer le langage robotique ne les dérange nullement. Mesdames et messieurs des Inrocks, voici tout bêtement ma réponse, en prose normale, à votre glaciale auto-promotion.

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