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Le chemin de l’artiste

Le voyageur au-dessus de la mer de nuages (Caspar David Friedrich, 1817).

Voilà un livre dont je vais vous parler alors que je n’en suis qu’au premier chapitre. Il s’agit en effet d’un livre de cours, d’un programme en 12 semaines pour « découvrir et retrouver votre moi créatif ». The artist’s way (la voie de l’artiste) de Julia Cameron est un guide de la créativité pour artistes bloqués et frustrés. En français, il s’appelle Libérez votre créativité et vous pouvez le trouver aux éditions J’ai Lu.

Pendant la Berlinale, j’étais en train d’écrire un texte qui me posait de sérieux problèmes de développement. Ma confiance en moi et mon quelconque talent étaient au plus bas. Debby, une jeune réalisatrice anglaise dont je venais de faire la connaissance, me suggéra fortement ce livre, qui l’avait d’après elle tiré plus d’une fois d’un mauvais pas.

Le programme de Julia Cameron s’adresse non seulement à tous les artistes (peintres, écrivains, danseurs, musiciens, potiers, etc.) mais aussi à celui qui sommeille en chacun de nous (banquier, comptable, secrétaire dans un cabinet immobilier, dame-pipi, prof, infirmier, président des États-Unis). Si vous avez jamais rêvé de faire de la peinture sur soie ou de réaliser le meilleur film de tous les temps, alors vous pouvez tenter, vous aussi, l’expérience de Julia Cameron. Cela vous demandera, maximum, une à deux heures par jour.

Julia Cameron

Julia Cameron était scénariste à Hollywood dans les années 70 et buvait comme un trou pour stimuler sa créativité. Âgée de trente ans, elle décide de décrocher de l’alcool et s’enfuit à Taos, au Nouveau-Mexique, pour méditer devant les montagnes. Afin de ne pas se jeter sur la bouteille de scotch dès le réveil, elle écrit n’importe quoi, au hasard, jusqu’à ce que l’envie se calme. Une méthode est née.

Tous les matins, après avoir fait pipi et bu votre verre d’eau, il vous faudra écrire trois pages à la main, trois pages spontanées, folles, désarticulées s’il le faut : trois pages qui doivent sortir de votre inconscient. Ce sont les morning pages. Il ne faut pas les censurer. Vous ne les relirez jamais. Sans même que vous le vouliez, dans ces pages se glisse subrepticement tout ce qui gêne votre créativité : manque de confiance en soi, râleries en tout genre, mal-être, hargne envers le bus qu’on a raté hier et le mauvais film qu’on a dû se taper après au cinéma… C’est bien. Ces petites choses sont maintenant sur papier et ne devraient plus trop vous polluer.

Toutes les semaines, il vous faudra rencontrer votre propre moi créatif pendant ce que Cameron appelle « The artist’s date » (le rendez-vous de l’artiste). C’est un espace de deux heures minimum pendant lequel vous partez en excursion faire quelque chose de vraiment marrant, régressif ou poétique. Encore une fois, sans aucune censure.

Mon artist’s date de la semaine : je suis allée dans une papeterie et j’ai feuilleté tous les magazines féminins, en me moquant des conneries écrites dedans. J’ai acheté un Kinder Bueno et je l’ai mangé en regardant les anorexiques en jean slim sur papier glacé. C’était très fun – et très libérateur.

Tout au long de la semaine, vous ferez quelques petits exercices recommandés par le livre, afin de développer votre créativité et de mettre un peu de côté votre sens de la logique et de l’ordre des choses. Exemple : choisissez cinq « vies » que vous auriez aimé avoir, sans réfléchir. Notez-les. Choisissez-en une. Dans la semaine, vous allez faire une activité liée à cette vie non-vécue, à ce vieux fantasme jamais assouvi.

Puisque je suis votre cobaye, voilà mes cinq vies non-vécues : danseuse étoile, chanteuse de jazz, responsable d’ONG en Amérique Latine, horticultrice et… mannequin (au début, j’avais écrit « styliste » et je me suis aperçue que c’était un hideux mensonge destiné à cacher mon narcissisme). J’ai donc choisi d’aller reprendre des cours de danse classique. Cela me fit l’effet d’une bombe, car j’y suis retournée deux fois dans la semaine ; lentement, j’ai même commencé à mûrir un texte sur l’histoire d’une jeune fille de province qui voudrait devenir danseuse étoile, mais en réalité son père qui…et… mon imagination s’emballait déjà.

Bien.

Je n’en suis qu’à la première semaine, mais les résultats ne sont pas mal du tout.

1. J’ai travaillé mon roman tous les jours (oui, j’écris un roman), sans relâche, et sans me demander si c’était bien, ou si je ferais mieux de tout arrêter et de devenir vraiment horticultrice.

2. J’ai les fesses plus fermes grâce à la danse classique, en dépit du Kinder Bueno englouti pendant l’artist’s date.

3. Une ombre au tableau : j’ai trop d’idées. Le programme a déjà provoqué un déluge d’envies artistiques. J’ai du mal à m’y retrouver, mais ça devrait venir en semaine 2.

Tiens, j’aimerais vous demander quelles seraient vos cinq vies non vécues à vous?

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