Archives de Tag: féminisme

Sauvons Sakineh

Une Iranienne à Bruxelles lors d’une manifestation visant à dénoncer la pratique inhumaine de l’exécution par lapidation.

Je relaie sur ces pages l’excellente initiative de Gicerilla. Une histoire dont beaucoup d’entre vous, sans doute, ont entendu parler. L’article est de Michèle Fitoussi dans Elle.

Souvenez-vous que la pétition contre cette monstruosité se signe ICI, sur le site d’Avaaz.org.

Et que vous pouvez faire un don ICI (à partir de 10 euros) qui servira à financer la campagne d’action pour faire pression sur l’Iran par le biais du Brésil et de la Turquie, ses deux alliés influents.

« Enserrée des pieds à la tête dans un drap blanc »

Enterrée dans le sable jusqu’aux épaules. Lapidée à mort à l’aide de larges pierres lancées par les bourreaux – tous des hommes. Comment, au XXIe siècle, peut-on encore accepter ça ? C’est  pourtant le sort auquel était promise il y a peu Sakineh Mohammadi Ashtiani, une jeune veuve iranienne de 43 ans, convaincue par les tribunaux islamiques d’adultère, avant et après la mort de son époux survenue il y a quelques années.

Ce dont elle se défend toujours. Ses aveux, dit-elle, lui on été arrachés sous la torture. En 2006, après avoir « avoué son crime » elle avait été condamnée à recevoir 99 coups de fouet. Mais cela n’était sans doute pas suffisant pour une faute aussi grave. Elle méritait la mort. Depuis quatre longues années passées dans les sinistres geôles iraniennes, entrecoupées de cauchemars, elle attendait sa lapidation.

Sakineh Mohammadi Ashtiani

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Classé dans On s'engage!

Femmes-serpents

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Marie N’Diaye

Marie N’Diaye est une auteur française née d’un père sénégalais. Elle écrit depuis qu’elle a douze ans et cette longue habitude de la plume, aussi bien pour le roman que pour le théâtre, s’est muée en un style unique et forcément très travaillé. C’est ce qui lui a valu d’entrer au répertoire de la Comédie Française à Paris avec sa pièce Papa doit manger.

Mais c’est aujourd’hui d’une autre pièce – tout aussi majeure à mon avis – que je veux vous parler : Les serpents, publié aux Editions de Minuit en 2004. Ou comment trois femmes, la mère (Madame Diss), l’épouse (France) et l’ex-femme (Nancy) d’un homme qu’on ne verra jamais, font leur nid de serpents autour de la cellule familiale et du souvenir d’un enfant mort appelé Jacky. L’homme, si on ne le voit pas, est omniprésent dans les bouches de ces femmes qui le redoutent, l’aiment et le méprisent. Il apparaît tantôt noble et original, tantôt violent, égoïste et responsable de la mort de son fils.

Le petit Jacky, donc, est mort parce qu’il devait nourrir les serpents dont le père lui avait confié la garde. Qui est coupable? Personne et tout le monde à la fois. On se dispute pour racheter le souvenir, pour obtenir quelque chose de cet homme – de l’argent, la place au foyer auprès de lui, la liberté.

Ces trois femmes, finalement, sont les figures multiples de l’émancipation féminine. Mme Diss, la belle-mère, veut vivre comme un homme. Très belle, même âgée, elle croque les types, fait des dettes pour ses frais de toilette, et alors? Elle veut du fric. Nancy, l’ancienne épouse, a fui la cellule familiale pour réussir en ville, monter un magasin et devenir quelqu’un. Et alors? Elle aurait voulu donner tout ça à son enfant, mais il est mort. Elle veut reprendre sa place près de son ancien mari. France, la nouvelle épouse, veut sa liberté. Il est probablement trop violent, cet homme, elle veut fuir, comme une clocharde, être à soi. Nancy et France échangeront leurs places. L’homme croit que par sa position d’homme, il dirige, mais en vérité il n’a rien à dire.

Le texte de Marie N’Diaye propose une langue de théâtre lyrique et imprégnée des rythmes terriens du Sénégal, environnée par les couleurs sèches des champs de maïs. Il y a dans ces statures très droites de femmes marquées par le destin, le goût de la tragédie grecque.

C’est une oeuvre dramatique superbe, et Marie N’Diaye a aujourd’hui le plaisir de la voir traduite pour le public allemand aux Editions Merlin Verlag.

Ce n’est pas la première fois que l’apport des auteurs d’origine africaine à la langue française me frappe. Tandis que l’hyper-réalisme prévaut depuis longtemps chez les auteurs français métropolitains, bien des auteurs issus de la triste colonisation ont apporté une couleur sophistiquée, maîtrisée et grandiose à tout ce qui touche leur plume. L’occasion de relire Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire, mais aussi de découvrir l’extraordinaire Moussa Konaté qui écrit, comme Marie N’Diaye, pour le théâtre.

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Classé dans Au théâtre

Premières dames d’Irak

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Etre une femme et tourner un film en Irak… yes, we can.

Vous souvenez-vous de mon voyage irakien? L’atelier de cinéma documentaire au Kurdistan d’Irak se poursuit à Suleymania, la deuxième ville de la région, avec les formateurs français et les stagiaires des télévisions irakiennes.

Avec, cette fois-ci, une belle nouveauté : une équipe entièrement composée de femmes tourne son premier film au Kurdistan d’Irak. Un grand pas pour le cinéma documentaire irakien, non?

Des films, des aventures, des gens, de l’humour, des rebondissements… suivez cette expérience hors du commun sur le très beau blog Doku3, réalisé cette fois par Darjeeling Bouton, en direct de Suleymania.

Partager le savoir-faire des cinéastes et des techniciens français avec un pays toujours à feu et à sang n’est-il pas une belle initiative? Apporter de la vie, de l’espoir, donner des envies de carrière et du courage à ces citoyens qui ne se sont pas laissés abattre par le conflit, mais relèvent la tête avec leur joie de vivre incroyable? Apprendre d’eux cette admirable attitude face à l’horreur de la guerre, et créer des liens d’amitié entre deux pays si lointains (la France et l’Irak)? Bravo encore à Fulvia Alberti et Baudouin Koening, à l’initiative de cette aventure cinématographique. C’est là que l’art prend tout son sens. Un art connecté à la réalité, qui rend le quotidien tout à coup plus vivant.

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Classé dans Au gré de la Toile

Leila Khaled Hijacker

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Leila Khaled Hijacker est un film documentaire de Lina Makboul, réalisé en 2005, sur la jeune Palestinienne qui avait défrayé la chronique à la fin des années 60 pour avoir détourné deux avions de ligne, au profit de la cause du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP).

Contrepoint intéressant en ces temps de conflit extrême et insupportable dans la bande de Gaza, le film de Lina Makboul, Suédoise d’origine palestinienne, brosse un portrait intelligent, mesuré et émouvant de la militante du FPLP. Leila Khaled fut et reste une icône pour tous les Palestiniens, comme pour la jeune réalisatrice, qui cependant n’hésite pas à casser le mythe, à poser des questions qui fâchent à son idole : « Vous êtes quand même une terroriste, comment pouvez-vous justifier cela? » Et plus loin : « Comment justifie-t-on que le FPLP ait entraîné des enfants à faire la guerre civile? » Elle filme Leila Khaled, l’icône glamour de la Palestine, l’ancienne beauté détourneuse d’avions, en pyjama, passant l’aspirateur en pantoufles, essayant de la gaver de brochettes en vraie mamma arabe.

Je me suis aperçue que Leila Khaled n’avait aucun regret, dit la jolie voix de la réalisatrice dans son commentaire. Est-ce que le terrorisme est toujours condamnable? Peut-être pas. Je ne vous donne pas, ici, la clef de sa réflexion, car elle la délivre un peu plus loin, et vous verrez que derrière ce qui peut apparaître comme une provocation se cache un point de vue profond et intelligent sur le conflit israélo-palestinien. Impliquée, prête à faire exploser le mythe, Lina Makboul rend visite aux pilotes des avions détournés, à une des hôtesses de l’air, aux otages. (Il est important de souligner que ces détournements d’avion n’ont fait aucune victime). La réalisatrice multiplie ainsi les points de vue, et on peut craindre qu’elle en oublie de prendre parti. Mais ce n’est pas le cas. Comme le dit l’hôtesse de l’air interviewée : C’est tout de même une grande injustice que les Palestiniens n’aient toujours pas de pays aujourd’hui.

Venons-en maintenant aux qualités esthétiques du film ; si la caméra procède à quelques mouvements un peu maladroits (zooms et dézooms mal contrôlés, hésitations de cadre…) le montage extrêmement dynamique, fort de nombreuses images d’archives, d’interviews, de moments forts partagés entre la réalisatrice qui entre volontairement dans le cadre, et son sujet, et un travail du son particulièrement intéressant, fait de Leila Khaled Hijacker un moment de pur plaisir cinématographique. On ne baille jamais devant cette histoire, pourtant complexe et chargée de faits de guerre très lourds (massacres de Deir Yassin en 1948 et de Chatila en 1982, exode des Arabes de Haïfa en 1948). Lina Makboul maltraite son icône, la montre parfois dure, cassante, trop campée sur ses positions politiques. Ce qui la rend d’autant plus émouvante, lorsqu’elle fond en larmes devant un morceau de carrelage que la réalisatrice lui a rapportée de sa maison de Haïfa. Mon rêve, dit Leila Khaled dans une de ses interviews, quand la Palestine sera libre, ce sera de dormir trois jours sous un arbre à Haïfa. Pas dans une maison. Je veux sentir la terre.

On peut craindre que ce rêve ne reste qu’un fantasme. Leila Khaled a aujourd’hui soixante-cinq ans. Si voir ce film, quatre ans après sa réalisation et au moment où le Hamas et Israël se sont engagés dans une guerre atroce, ne justifie en aucun cas les actions du premier, il peut au moins aider à comprendre un peu le pourquoi de cette escalade de violence.

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Leila Khaled aujourd’hui.

Je ne suis pas sûre que vous pourrez trouver le film aisément en boutique en France, mais il existe sur Internet et vous pouvez vous le procurer ici, pour peu que vous parliez anglais… ou suédois !

PS : Je relaie ici une très belle initiative d’Ama-L sur son blog Les oreilles en pointe : une playlist orchestrée par Arbobo qui, des Talking Heads à Siouxsie and the Banshees, nous parle du conflit israélo-palestinien. C’est ici.

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Classé dans Cinéma

Le nounours et la mort

Photo de la collection d’Ydessa Hendeles

Les bibliothèques municipales, à Paris, regorgent de trésors. Et notamment lorsqu’elles sont aussi médiathèques. C’est à la formidable Médiathèque Georges Brassens, dans le 14e, que j’ai dégotté le double DVD Varda tous courts. Il s’agit de l’intégrale des courts-métrages réalisés par la géniale bidouilleuse Agnès Varda, qui tient encore boutique rue Daguerre, comme un petit artisan du cinéma, humble et toujours bricoleuse, en dépit des honneurs qui jonchent sa longue carrière.

Sur ces deux DVD se niche une perle : un reportage très créatif, intitulé Ydessa, les ours et etc… sur une exposition de la plasticienne canadienne Ydessa Hendeles à Munich en 2004. Lors de cette exposition, l’artiste a présenté des milliers de clichés en noir et blanc réalisés au début du siècle dernier, représentant des gens posant avec un ours en peluche. Drôle d’idée! Varda nous emmène de photo en photo, interroge les visiteurs (bouleversés, séduits, agacés), questionne Ydessa. Le propos, image d’ours après image d’ours, se dessine. Comment raconter la mort, l’absence et la nostalgie mieux que par ce symbole d’enfance passée, glané pendant dix ans par la plasticienne dans le monde occidental?

Car au-delà de ces images d’enfants aux costumes de marin et aux boucles sages, jouant avec leur nounours préféré, au-delà de ces équipes sportives posant fièrement avec leur mascotte en peluche, au-delà de ces femmes nues alanguies sur un sofa et accompagnées d’un ours bien innocent, la collection d’Ydessa Hendeles exprime une très violente mélancolie. Le flou, la photo abîmée par le temps, le noir et blanc, les costumes d’une époque révolue, l’opposition de l’ours tendre à des images choquantes (tout petits gamins jouant avec de vrais fusils, femmes nues, jeunes militaires) provoque chez le spectateur une tristesse profonde : c’est la chute de l’innocence, c’est l’enfance passée. Un temps auquel nous, visiteurs de l’exposition, n’aurons jamais accès. D’ailleurs, presque toutes les personnes posant sur ces photos appartiennent aujourd’hui à l’autre monde. Les parents de la plasticienne sont juifs, ils ont survécu à l’Holocauste, mais de la famille toute entière, il ne reste plus qu’un seul cliché : celui d’une grand-mère. Cette collection, c’est peut-être la volonté de recréer un album de famille géant, souligne-t-elle.

Dans le film, Ydessa Hendeles, envoûtante sorcière rousse à la beauté très dérangeante, raconte son œuvre et déterre des racines communes à tous – juifs et non-juifs. Devant la caméra d’Agnès Varda, qui ne s’embarrasse pas de chichis et de réflexions métaphysiques sur l’usage de la pellicule ou du numérique, son image nous apparaît brute, soignée dans le cadrage mais filmée à l’épaule, négligeant le son et la qualité de la photographie. Peu de moyens peut-être, mais comme d’habitude chez Varda, le discours et le contenu emportent tout sur leur passage, laissant sur notre écran la trace indélébile d’un cinéma en recherche constante.

Bravo Ydessa, bravo Varda, deux sacrées bonnes femmes qui se produisent elles-mêmes, osent bousculer les cadres avec patience et honnêteté intellectuelle.

Varda tous courts, double DVD produit par Ciné-Tamaris.

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Classé dans Cinéma

Je suis vulgaire…

… pas autant qu’elle, tout de même.

Je me croyais snob littéraire, en réalité, je suis très vulgaire.

J’en ai pris conscience en lisant cet article-là. Il est vrai que quand je consultais mes statistiques de blog, et notamment les recherches par moteur qui ont permis à de nouveaux lecteurs d’arriver sur Ce que tu lis, je riais naïvement. C’est tout de même fou, le nombre de recherches du type « elle baise avec ma femme », « vieilles baisent dans forêt », ou encore, gracieux et très sobre, « elle baise ». Je riais sottement, pensant que la gent masculine (ou pas…) avait vraiment des obsessions comiques. Quand tout à coup, je me suis rendu compte que c’était à cause de ma plume, parfois bien cavalière et susceptible de causer ce genre de malentendus. Car, San Antonio m’en préserve, je n’ai jamais écrit d’article sur des vieilles qui s’envoient en l’air dans la forêt de Rambouillet.

Comment une jeune femme aussi bien élevée que moi (les couverts à poisson, la révérence, l’usage du Bottin Mondain n’ont pas de secret pour moi, merci Bon-Papa et bonjour Nadine de Rothschild, même si c’est une roturière comme dit mon père) peut-elle rédiger des titres comme « Joan baise-t-elle avec un mouton » sans rougir de honte? Employer sur son blog, à tort et à travers, des termes qui feraient rigoler toute une colonie de vacances (prout, merde, etc., je passe le reste) et conseiller des lectures coquines à faire se pâmer le Marquis de Sade en personne? Avoir une catégorie d’articles baptisée Sorties cul(turelles)? Halte-là. Tout ça est vraiment dégueulasse répugnant.

Oh, et puis après tout, je m’en fous moque. François Villon, Céline, Bukowski, Paul Auster, T.C. Boyle, Alfred Döblin, Léo Ferré, Virginie Despentes, tous me trouveraient bien bleue à côté d’eux. J’adore leurs grossièretés, leur vulgarité littéraire qui les a propulsés au sommet, et je les contemple du haut de mes petits gros mots avec l’impatience de manier la plume populaire aussi bien qu’ils l’ont fait. Tant pis si ce n’est pas joli dans l’écriture d’une jeune fille. Je m’en bats les … br… tape balance fous moque éperdument! Alors, hop, le Bottin Mondain, tu sais ce que j’en fais? Je me le cale sous le cul les fesses et je tente de me hisser à la cheville de Monsieur Céline. Pour voir sous ses jupes. Car un nom pareil, ça laisse songeur sur la nature sexuelle de l’auteur.

Vive la vulgarité littéraire!

PS : J’ai trois interviews magnifiques à publier sous peu, avec des messieurs magnifiques dedans. Ainsi, les plus délicates d’entre mes lectrices me pardonneront peut-être mes écarts de langage?

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Classé dans Ma vie littéraire