Archives de Tag: Foenkinos

Blogueurs, vos papiers!

Au dessus, le blogueur littéraire. Au-dessous… à vous de voir.*

C’est nouveau sur la Toile : désormais, nous devrions, pour oser critiquer, analyser, ou, PIRE, aimer, décliner notre curriculum vitae. Car quelques « professeurs » (du moins se prétendent-ils tels) mal embouchés, maniant l’insulte à faire frémir de honte le Capitaine Haddock, estiment que les blogueurs littéraires ne sont que des petites merdes incultes, imbéciles et ignares, qui ne se contentent pas d’acheter des livres, mais se permettent, ô rage, de dire ce qu’ils en pensent après les avoir lus.

Ils n’aiment pas non plus que les blogueurs littéraires puissent mourir d’extase entre les pages d’un Sollers, d’un Proust ou d’une Ferney (ma chère Alice, vous êtes définitivement dans mon coeur) comme ils sont capables de jouir d’un Foenkinos ou d’une bande-dessinée. Où est-le problème, bordel de crotte de moule à gaufres? Comme disait un de mes amis acadiens à la mèche blonde, à la sortie du cinéma : « Vous les Français, si c’est pas intello, vous ne pouvez pas avoir d’orgasme ». Tabernacle, qu’il avait raison, mon ami à l’accent Têtes à claques! Moi, j’aime presque tout (sauf Marc Lévy et Eric-Emmanuel Schmitt, pardon messieurs). Dans mes rêves littéraires, Garfield fornique avec la Duchesse de Guermantes et je trouve ça hyper super méga bon.

Alors flûte. Le Magazine littéraire, que j’aime et que j’adoube du haut de ma petitesse, a rédigé un article sur les blogueurs littéraires. Libé chéri de même. J’aime ces journaux. Mais ils ne nous aiment pas beaucoup en retour, ou nous connaissent bien mal. On dirait que ces journalistes, si bonnes plumes qu’ils soient, sont à peine allés surfer chez nous. Ces articles citent essentiellement des blogs d’auteurs publiés, « autorisés » par l’intelligentsia parisienne, et s’intéressent peu à la voix du lecteur amateur, de l’auteur du dimanche. Pourtant, il y a des perles. J’ai envie de parler de Thom, qui ne se fout pas vraiment de la gueule de son lecteur, en le tenant au courant chronique par chronique de ce qui se fait de mieux et établit des ponts entre musique et littérature. De Nicolas, qui ne lit que ce qu’il a envie de lire, et qui en parle si bien qu’on voudrait avoir un article par jour. De Fashion, qui mobilise les troupes, avec un enthousiasme toujours humble et entraînant. Combien de bouquins a-t-elle fait lire aux amoureux de la littérature? D’Agnès, qui lit pour nous le suédois dans le texte (et non pas l’islandais comme je l’avais cru, mais elle lit effectivement le vieil islandais, « à la rigueur », dit-elle ;-)), et nous explique pourquoi c’est intéressant. En sont-elles capables, les mauvaises langues qui disent qu’un blogueur n’est pas un critique authentique? Je les vois bien feuilleter leur dico d’esquimau pour comprendre la double signification du mot « mauvaise foi », assis le cul gelé sur la banquise…

Je ne peux pas citer tout le monde, mais comme on dit à la télé, « j’ai envie de dire » que chacun fait un travail honnête, sans prétention et sans… argent. Je souhaite rendre justice à ces bons petits soldats des belles feuilles. Pourquoi se faire la guerre? Nous voulons tous faire vivre le bouquin malgré la laideur de l’époque, malgré la tristesse des impératifs économiques imposés aux maisons d’édition, malgré la culture du « zapping » artistique…

« Y a encore du boulot », comme aurait pu dire Gandhi en regardant les Pakis et les Indiens s’étriper sous ses fenêtres.

PS : Ceux qui pensent que je suis un peu en colère en ce moment, n’ont pas tort : l’overdose de boulot me rend acariâtre… ;-) et pardon à ceux que je n’ai pu citer : je vous lis et je vous kiffe!

* Indice : la connerie littéraire?

98 Commentaires

Classé dans Ma vie littéraire

Ma nuit avec Foenkinos

portrait_foenkinos.jpg

Je fus longtemps vierge de Foenkinos – ce qui signifie que je n’avais lu aucun de ses romans – et je l’avais déclaré, sans honte, chez Caro[line].

Cette chère Caro[line] qui ne cesse, à longueur de billet, de vanter les mérites de son chouchou de David, de sa beauté, de son talent, de sa gentillesse, de ses bises plus douces que le miel, de ses autographes plus élégants qu’une Rolls garée devant le Crillon un jour d’interview de Sharon Stone… David Foenkinos déclara même, à la grande satisfaction de mon snobisme littéraire, aimer l’expression « vierge de Foenkinos ». Je rougis, puis je décidai, devant tant de battage médiatique (je conseillerais volontiers à Publicis d’embaucher Caro[line] c’est une pro!), de lire Le potentiel érotique de ma femme.

Cela eut lieu entre les oreillers bien moelleux d’un canapé-lit.

David ne fut pas tendre tout de suite. D’abord, sans ménagement pour ma propre vocation d’auteur, il me jeta dans une hargne jalouse en m’apprenant qu’il avait écrit Le potentiel érotique de ma femme avant l’âge de trente ans. (Il me reste donc quatre ans pour me venger, c’est une catastrophe.)

Puis il me bouscula un peu, David… pour me forcer à admettre que sa plume était chatouilleuse ; et je souris. Je savourai sa langue sans âpreté, douce et tranquille pour dire le pire parfois, et toujours tendre pour dire l’affligeant. Puis je capitulai, l’extase venant facilement avec des phrases comme  » Brigitte avait lavé les vitres, Hector chaud bouillant s’était pris une surprenante gifle, ce dîner paraissait bien prometteur ».

Mon David, je le bus d’un trait, cette nuit-là…

Quand il eut fini de me parler d’Hector, de Brigitte, de Marcel, de Laurence, tous ses amis frappadingues et ridiculement, adorablement humains, j’eus l’idée de le demander en mariage, mais je me tus, gardant ainsi une certaine fidélité à mon amant littéraire de toujours – bien qu’il soit mort, homosexuel et amoureux platonique d’une certaine Odette*.

Le lendemain David se retira doucement. Nous n’avions plus qu’à nous sourire. Mais, lors d’une balade en ville, je compris qu’il ne m’avait pas oubliée. Qui se souvient de David Foenkinos? clamait la couverture de son dernier roman sur l’étal du libraire. Je souris. C’était un signe d’amitié pour notre nuit passée. Il ne tenait qu’à moi de me faire vierge de Foenkinos à nouveau…

*Marcel Proust, of course. Non, pas « prout », j’ai dit « Proust »!

31 Commentaires

Classé dans Ma vie littéraire