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Contes berlinois Acte III : enfermés chez eux

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Une cellule de la prison de Berlin-Hohenschönhausen, ex-Allemagne de l’Est (photo personnelle)

Depuis deux ans, mes propres travaux d’écriture m’ont menée à la rencontre de lieux et de gens fascinants à Berlin. Ces lieux et ces personnes portent tous la marque de l’oppression du régime de la République Démocratique d’Allemagne.

C’est ainsi que pour mes recherches, et pour la deuxième fois depuis 2007, j’ai visité la prison de Hohenschönhausen à Berlin, où étaient enfermés les opposants au régime. Une prison mystérieuse, dans un lieu gardé secret par la Stasi, la police politique de la RDA. Repassez-vous le début de La vie des autres, et vous y verrez, dès les premières images, les effrayants couloirs de ce centre de détention où la torture psychologique régnait en maîtresse.

Le plus extraordinaire, lors de ces visites guidées de la prison, est que vous êtes accompagné par un ancien détenu. Pour les victimes de la Stasi, parler de leur expérience à Hohenschönhausen est un moyen efficace d' »en finir », comme ils le soulignent. Et de garder la mémoire intacte pour les générations à venir.Il faut bien avouer que la Stasi mettait les petits plats dans les grands quand il s’agissait de terroriser les détenus. Cellules d’isolation où la lumière ne peut jamais être éteinte, pas le droit de parler, une seule douche par semaine, des interrogatoires en plein milieu de la nuit, des privations de sommeil, interdiction de communiquer avec l’extérieur par lettres, et des mensonges à gogo pour faire craquer les prisonniers : votre femme est morte dans un accident de voiture, votre petit ami vous a quitté pour une autre, votre fils est à l’hôpital, votre mère ne veut plus entendre parler de vous.

La jeune photographe Franziska Vu (33 ans) a publié en 2005 Inhaftiert-Detained, un livre de photos sur la prison de Hohenschönhausen, accompagné d’interviews de détenus, en anglais et en allemand. Ce livre est un document de qualité étonnamment agréable à lire, en dépit de la douleur dont il témoigne. C’est aussi un bouquin sacrément audacieux, dans un pays où l’on a encore beaucoup de mal à parler de la Stasi. En RDA, presque la moitié de la population espionnait l’autre moitié pour le compte de la Stasi. Comment, aujourd’hui, peut-on mettre la moitié d’un pays au ban de la société? L’Allemagne a encore beaucoup de blessures à panser.

Les anciens détenus racontent, dans Inhaftiert-Detained, leur parcours rocambolesque depuis leur arrestation jusqu’à leur sortie de prison. Comme Herbert Paff, 75 ans, arrêté de façon absurde, pour avoir trouvé dans la rue un passeport qu’il avait voulu remettre à la police. Après un premier enfermement, la haine de Pfaff envers le régime était telle qu’il est devenu résistant activiste, et a écopé de huit ans de taule de plus, dans des conditions inhumaines. Mais rien n’a pu l’abattre et il se bat encore pour témoigner de toute sa force aujourd’hui, malgré le tabou. « Je suis bien conscient que de telles injustices sont commises aujourd’hui dans des pays comme le Chili ou la Chine, et dans des pays qui insistent pour devenir membres de l’Union Européenne« , souligne-t-il.

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Inhaftiert-Detained est un livre étonnant qui lève un coin de voile sur les méthodes de la Stasi sans verser dans le document scolaire. On parle peu de ce thème en France (à tort) et le fait que ce bouquin soit également en anglais est une chance pour les lecteurs internationaux. Vous pouvez vous le procurer facilement sur les librairies en ligne.

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Nizan en Irak

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Zhina, Kurde d’Irak, 22 ans.

« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie ».

Cette phrase immensément célèbre est de Paul Nizan et introduit son premier roman, Aden Arabie, écrit en 1932.

Là où je me trouve en ce moment (dans la partie kurde d’Irak), cette phrase est chargée de sens. A vingt ans, en Irak, on ne s’amuse pas follement. Interdiction de flirter, mariage quasi obligatoire à 20 ans ; impossibilité de s’éclater en boîte de nuit, de voyager à l’étranger faute de visa ; restaurants trop chics et trop chers, et toujours le fantôme de Saddam Hussein dans un coin de la tête…

Et c’est pour cette raison que l’équipe avec laquelle je travaille a décidé de demander à des jeunes Irakiens, rencontrés à la fac, dans la rue, au café… si vingt ans était le plus bel âge de la vie. Alors voilà, chers lecteurs, une première interview d’une minute que j’ai réalisée hier… en français, car ma jeune interrogée de 22 ans a vécu huit ans en Suisse.

Interview (une minute) réalisée par Magda, à Suleymani, Irak, le 1er décembre 2008.

Chaque jour, sur le site de notre équipe documentaire en Irak, vous pourrez désormais retrouver une courte interview d’une minute maximum!

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C’est inuit!

Le photographe suisse Claude Baechtold, le 26 septembre 2008, à la librairie de la Villette à Paris, pour la sortie de son livre « Pôle Nord »

Bien que Fashion m’ait interdit de lire la presse féminine pour mon bien, je la trahis régulièrement en achetant le magazine Citizen K, qui n’est pas mal du tout : si les fringues proposées y sont inaccessibles (180 euros pour une culotte bouffante qui me rappelle ma nièce de quatre mois, au mieux, et une pouliche de cirque, au pire), du moins les articles sur l’art sont à la portée de tous. C’est donc dans un numéro de Citizen K dédié à la Suisse, que je découvre la Collection Baechtold’s Best (vous apprécierez le jeu de mots*, surtout Christophe, je n’en doute pas) publiée par de jeunes éditions helvètes appelées Riverboom.

La Collection Baechtold’s Best se présente comme un drôle de guide de voyage : dix images pour illustrer un cliché, une idée reçue, sur deux pages. Comme un entomologiste, Claude Baechtold, le jeune photographe (36 ans seulement) responsable de ces petits bouquins, photographie et classe les images de chiens, de femmes, de barbes afghanes, de frigos échoués sur la grève nordique, de cowboys texans, etc etc, par taille, longueur, couleur, etc etc.  Tout cela sur un mode léger, qui joue avec les clichés et nous fait visiter les quatre coins du monde avec humour. Je vous recommande vivement le site des éditions Riverboom sur lequel plusieurs séries sont disponibles.

Hier, Claude Baechtold lançait son nouvel opus intitulé Pôle Nord, à la librairie de la Villette, à Paris. J’y suis allée de ma petite interview, étant gracieusement invitée par Romain Santamaria, l’encore plus jeune (26 ans) responsable éditorial de Riverboom pour la France. Je reviendrai sur cette jeune maison fort sympathique dans un autre billet (vous aurez même droit à la vidéo correspondante). Pour être plus au calme, j’ai appâté Claude Baechtold à l’extérieur de la librairie avec la perspective d’une cigarette. Ce qui n’a pas empêché deux groupies de se jeter sur ma proie : « Continuez, vous nous faites rêver, et c’est rare… » Je suis bien d’accord avec elles.

Magda : On se tutoie? Combien de temps es-tu parti au Pôle Nord pour réaliser ce livre? J’ai l’impression que tu es parti plusieurs fois…

Claude Baechtold : Eh bien non, je n’y suis allé qu’une fois. C’est un voyage long, mais pas très compliqué, en fait. Je ne suis pas allé au Pôle Nord même, parce le Pôle Nord… c’est une plaque de glace qui bouge et qui fond! Mais je suis allé à Siorapaluk, qui est le village le plus septentrional au monde, tout au nord du Groenland, où vivent quatre-vingt-huit personnes.  C’est le dernier bastion humain avant le Pôle Nord.

Magda : Comment se prépare-t-on à un tel voyage?

Claude Baechtold : J’étais peu préparé. Je ne savais même pas s’il y avait des pingouins au Pôle Sud ou au Pôle Nord, je mélangeais les deux. Ma référence, c’était Petzi au Pôle Nord, un livre danois pour enfants! J’y suis allé en néophyte, comme pour beaucoup de mes voyages. J’ai pris plusieurs avions, puis des chiens de traîneau, un hélicoptère, avant d’arriver à ce village où je suis resté un mois en dormant chez l’habitant, dans une petite maison en bois. Les Inuits vivent maintenant dans des petites maisons en bois colorées assez photogéniques.

Magda : Qu’est-ce que ça fait de voir le Pôle Nord?

C. B. : Je n’ai pas vu le Pôle Nord même! Il est encore à plusieurs milliers de kilomètres. C’est de ce village que partent les expéditions pour le Pôle Nord. J’ai rencontré des gens qui y sont allés, par contre. Le Pôle Nord est un endroit mythique, le sommet de la planète. L’ambiance est très étrange. J’y suis allé en avril-mai et il faisait jour tout le temps. Le spectacle était étonnant et cauchemardesque : la nuit est une sorte de pénombre grise, avec des hurlements de chiens, des cadavres de phoques en décomposition et des squelettes d’animaux divers. Une vision infernale à quelques mètres d’un paysage superbe, blanc immaculé, avec des icebergs, des traîneaux, des Inuits magnifiques habillés de peaux d’ours blanc. La nourriture est étonnante aussi : on mange de la viande, et crue la plupart du temps. Ce qui n’est pas cru est bouilli simplement. L’alimentation cuite existe depuis seulement un siècle chez les Inuits, car c’est un pays sans bois et sans végétation. Le plat national, le kiviat, est un phoque farci de trois cents oiseaux attrapés au filet à papillons qui faisande sous des cailloux pendant trois mois d’été. A l’automne, ils mangent le fromage d’oiseau. C’est abominable. Certains explorateurs en sont morts, dont le célèbre Rasmussen (le grand héros du Pôle Nord qui a contribué à répertorier et faire exister la culture inuit). C’est un monde étrange et fascinant, politically incorrect.

Magda : Tu vis à Pékin. C’est un choix?

C.B. : C’est un choix. En rendant visite à mon frère qui y vit, j’ai trouvé la ville intéressante, décalée. La Chine est un pays extrêmement drôle en fait!

Magda : Tu en as fait un livre, Pékin. L’idée de la collection, c’est d’accumuler les clichés : aussi bien les photos que les idées reçues. Par là, as-tu essayé de déjouer l’image fausse qu’on peut se faire de la Chine?

C.B. : On n’a pas abordé la Chine de manière différente de la manière dont on a abordé l’Afghanistan, ou le Pôle Nord, ou la Suisse. On essaie d’être drôles ; souvent, les choses les plus frappantes sont visuelles… Les Afghans ont des barbes magnifiques, c’est pas nouveau, mais c’est drôle de les répertorier! Quand on voyage en Afghanistan on croise dix mille barbes, en Irak on croise dix mille moustaches, au Pôle Nord cinq cent cadavres de phoques! Parfois, les images participent du cliché, parfois non. Pour la Chine c’est pareil : on dit que les Chinois mangent des choses étranges, et c’est vrai. Les voir manger une étoile de mer, c’est étonnant! C’est un cliché qui parle d’une réalité chinoise : il y a vingt ans, on crevait encore de faim en Chine et on était obligé de tout manger. Manger du rat en Chine n’est pas si rare.

Magda : L’idée de ces livres, alors, ce serait de montrer la diversité des images du monde à travers le cliché?

C.B. : Cette collection est une manière candide d’aborder le monde et de le classer comme on classe des papillons. On classe les papillons en Chine de la même manière qu’on classe les papillons en Suisse. Quand on se moque un peu des Irakiens parce qu’ils ont tous des moustaches, après on se moque des banquiers suisses qui sont tous habillés en complet gris avec des cravates abominables! Il y a des choses drôles dans chaque pays, et l’idée, c’est de les mettre en évidence par les séries.

Magda : D’autres séries en vue?

C.B. : Chaque saison, on publie un nouveau guide. On en a sorti quatre cette année et on en sortira quatre l’année prochaine. On aimerait bien le faire à large échelle, on aime bien les pays étranges, on voudrait faire la Corée, par exemple… C’est une espèce de collection à deux balles, comme les collections d’opercules de crème à café** : à la fois c’est un peu ridicule, à la fois, ça parle beaucoup du pays. Quand on lit un guide de voyage sur un pays, on n’a pas l’ambiance visuelle du pays. Nous, on voulait simplement faire un résumé visuel, cocasse, d’un pays, qui se lit assez rapidement, sans prétention.

Magda : Si tu étais un livre toi-même?

C.B. : Je serai Le Maître et Marguerite de Boulgakov!

Magda : Pas mal!

C.B. : Je trouve que c’est le livre le plus délirant que j’aie jamais lu. J’aimerais avoir ce décalage, cette force d’humour noir! Peut-être que je l’aurai un jour!

* Jeu de mots avec le nom du dramaturge allemand Bertolt Brecht, pour les flemmards, les ignares ou les nuls en jeu de mots comme moi.

** Ca doit être suisse, ce genre de collection…

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Interview collector

Toute l’ambiance du roman de Patrick Bénard…

En juin dernier, sur son excellent blog Cafébook, Emma nous fit découvrir Chroniques frénétiques, un roman de Patrick Bénard, lauréat du concours de manuscrit organisé par le magazine Technikart en 2006. Un roman rock 80’s qui se déroule entre Auxerre et Berlin : je ne pouvais rester insensible à ses charmes, étant moi-même Bourguignonne tous les étés, et Berlinoise de cœur. Patrick Bénard le sut à travers un commentaire laissé sur Cafébook et me contacta. En effet, bien que son livre ait été publié par Technikart en association d’un numéro d’été du magazine, il n’a pas trouvé d’éditeur par la suite.

J’ai donc rencontré Patrick un jour d’août 2008, à la terrasse d’un café auxerrois, pour parler de ce roman chapitré par album de rock, qui suit l’évolution intime d’un personnage ambigu, Hadrien, sorte de Docteur Jekyll et Mister Hyde déchiré entre sa véritable personnalité provinciale, et son double fantasmé d’Outre-Rhin, Werther. Des Beatles à Radiohead, en passant par Bruce Springsteen, The Clash, Joy Division, The Smiths, Noir Désir, U2 ou même Björk, toute l’histoire personnelle du rock de Patrick Bénard se joue comme un méga concert dans un stade de foot en plein soleil, ombragé cependant par le manteau noir corbeau des Cure. L’amour des guitares saturées et des ailes du désir berlinois* nous rapprochait.

Un « caillou qui roule » nous raconte sa vie d’auteur en terrasse auxerroise, autour d’un verre de Chablis…

LES CHRONIQUES FRENETIQUES, UN LIVRE-VINYL

Mes Chroniques frénétiques sont découpées en trente-trois chapitres et un tiers : comme les disques vinyls! J’ai également écrit une intro et un rappel, comme dans les concerts.

LES CHRONIQUES FRENETIQUES OU LE ROCK INTIME

Comment la musique a influencé la vie de mon personnage : voilà ce qui m’intéresse. Il subit les courants musicaux. D’où la fiction – car cela aurait pu être une autobiographie, un journal intime. Faire une chronique de disque? Bof, je ne trouvais pas ça intéressant. Au départ, les Chroniques frénétiques s’appelaient Le carnaval des ombres. C’était le titre d’une émission que j’animais en radio locale.

LES CHRONIQUES FRENETIQUES, UN COLLECTOR

Le roman devait être édité chez Nykta, qui avait déjà publié mon polar Les îles du désert. (L’histoire d’une boîte rock très connue à Auxerre dans les années 80 et dans laquelle, de nos jours, se déroule une prise d’otages). Mais Nykta a rencontré des problèmes financiers. En janvier 2006, j’envoie le manuscrit des Chroniques frénétiques au magazineTechnikart qui organisait un concours. Je travaillais alors à la communication du théâtre d’Auxerre. Technikart m’appelle : « Vous êtes lauréat ». Le livre est présenté au Salon du Livre à Paris. Ça prenait des proportions un peu dingues pour moi. Toutefois, je recevais des réponses négatives de la part des éditeurs. Technikart voulait vraiment que mon roman soit publié et m’ont proposé de l’éditer en supplément du numéro estival du magazine. 20 ou 30.000 exemplaires, je ne sais plus, et je ne sais pas combien s’en sont vendus. Je n’avais pas de contrat, je devais laisser tous mes droits à Technikart. J’ai accepté. Ensuite, Technikart comptait rééditer le roman avec Scali (éditions spécialisées dans le livre « rock »). Ça ne s’est pas fait. J’ai attendu, puis j’ai récupéré mes droits. Aujourd’hui, deux éditeurs semblent intéressés, Le mot et le reste et Le Castor Astral.

ÊTRE UN AUTEUR ROCK AU TRAVAIL

J’utilise évidemment mes souvenirs, mais aussi de vieux numéros de Rock & Folk, Best, Les Inrockuptibles. Les concerts que j’ai vus dans les années 70 et 80 me fournissent des anecdotes. Par exemple, lorsque j’étais enfant, un jour, j’étais à Juan-les-Pins avec mon père pour le festival de jazz. J’adorais regarder les mecs qui montaient le matos, qui faisaient les balances… Un type barbu s’approche et nous demande l’heure en anglais. C’était Phil Collins! A l’époque, il jouait avec Brand X, groupe de jazz rock britannique. J’ai même fait le roadie, notamment pour Nougaro en 1983 à Hyères, alors que j’étais en vacances sur place. J’ai bouffé une bouillabaisse avec Nougaro sur la plage! Bien entendu, j’ai essayé d’être musicien moi-même. J’ai tenté de jouer de la batterie. Mais pour le bien de tous, il vaut mieux que j’en parle plutôt que j’en joue.

ANIMER UNE RADIO LIBRE DANS LES ANNEES 80

J’ai été animateur radio et j’ai fait la toute première émission émise à Auxerre, en décembre 1981. La FM a permis l’explosion du rock, du punk. C’était libre! Il n’y avait pas de pub. On passait les disques qu’on voulait. Quand l’album Pornography des Cure est sorti, j’ai même traduit les paroles du disque entier sur les ondes. Plus tard, on a organisé un covoiturage pour le concert des Cure à l’Olympia en 82. Ensuite, j’ai copié la cassette pirate du concert et je l’ai passée en entier à l’antenne! Ce serait impensable aujourd’hui!

D’AUXERRE A BERLIN

Il y a peu d’auteurs rocks en dehors de Paris. Or, le rock a existé ailleurs aussi! Dans les années 7à et 80, Paris était même à la traîne. Le rock a démarré à Rennes, à Bordeaux (Noir Désir)… La scène rock à Paris est récente. J’ai été à Berlin en 1991. Mon personnage s’y trouve entre 1986 et 1989. Je me suis évidemment documenté. A Berlin, j’ai fait à pied le circuit du film Les ailes du désir! C’était très long : Berlin est une ville très étendue! J’adore ce film. Le titre de mon polar, Les îles du désert, est une contrepèterie des « Ailes du désir »… j’ai découvert le film à Cannes à sa sortie en 1987. J’ai croisé Wenders et Solveig Dommartin (sa compagne de l’époque, qui joue le premier rôle féminin du film) qui se baladaient main dans la main sur la Croisette.

LA SUITE EN MODE MAJEUR

Je suis en train d’écrire un livre sur leur concert à l’Olympia en 1982. C’est une commande des éditions Le mot et le reste. Parallèlement au récit d’un journal imaginaire de Robert Smith (le chanteur du groupe), on découvrira un type qui vit une sale période de son existence et replonge dans ses années de jeunesse. La question de cette fiction est donc : comment vit-on l’album Pornography des Cure en 2007? Et puis la relève est assurée : ma fille de six ans et demi adore le rock! Elle était derrière la console au concert de Dionysos à Auxerre. Je lui fais écouter Placebo, elle aime la guitare et la batterie… Elle adore les Plasticines!

Les livres de Patrick Bénard ne se trouvent pas dans les rayons des librairies. Si vous souhaitez en acheter un exemplaire, n’hésitez pas à le contacter : patrickbenard@club-internet.fr

*Patrick et moi nous sommes rendus compte que nous avions le même film culte : « Les ailes du désir » de Wim Wenders.

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François, si bon!

Vous ne verrez pas son visage…

Ma relation à la table est d’abord une histoire d’hommes et donc, d’amour. Un des hommes de ma vie ne loupait jamais l’émission de Petitrenaud le dimanche matin, et passait ensuite sa journée aux fourneaux. Un autre chassait lui-même, dans les terres de Sologne, ce qu’il mettait dans mon assiette. Un autre enfin m’a fait découvrir François Simon et ses critiques culinaires filmées en douce dans les restaurants pour la chaîne Paris Première, avec cette phrase magistrale : « C’est lui qui m’a fait comprendre la cuisine ». Tous ces messieurs avaient donc compris une chose fondamentale : une femme, ça s’attrape par le ventre. Les éditions Robert Laffont l’ont certainement compris de cette manière-là, elles aussi : un matin, un bouquin débarque dans ma boîte aux lettres, Aux innocents la bouche pleine du célèbre critique gastronomique susnommé, François Simon.

Vous savez que j’ai déjà pesté moult fois contre les éditeurs mal informés et culottés qui exigent des critiques positives sur les bouquins qu’ils envoient aux blogueurs. Si je vous dis, donc, que le livre de François Simon est un régal absolu, j’ose espérer que vous ne douterez pas de ma sincérité. Il s’agit d’une promenade de dégustation parisienne, intime comme un joli blog, et professionnelle comme elle doit l’être, pour ce critique qui s’est imposé comme l’un des plus originaux de notre époque. Son approche de la table est simple, directe, imagée. Pas de grands discours techniques, seulement une plume légère, mordante et savoureuse (évidemment) pour raconter les mets, les gens, les lieux et les atmosphères qui font que la gastronomie française reste toujours bien vaillante.

Dans cet opus, François Simon prône l’humilité en cuisine. Il n’hésite pas à faire descendre de grands chefs de leur piédestal, en douceur cependant et avec l’autorité des vrais gastronomes : Guy Savoy et Guy Martin (Le Grand Véfour) subissent quelques égratignures, on ne se soumet pas aux étoiles! Au passage, il érafle ceux qui se gargarisent de vins compliqués et prétentieux : « Ah, les sommeliers… il faudrait peut-être les noyer et nous laisser boire à notre guise« , « Pas étonnant que les Français n’y pigent que couic en vin, leurs spécialistes sont endormis dans leur hamac, pelotonnés contre leur magnum de morgon« .

Amoureux émouvant, aussi bien de la bonne cuisine que des femmes, il prend parfois un ton polisson, mêle les rencontres sentimentales à l’art culinaire, raconte la beauté d’une femme qui se lève de table. Tendre, il évoque le souvenir de Michiko, la femme d’un grand cuisinier, morte pour l’amour de l’art de son mari. Et parle des gens comme il parlerait d’un plat : « Il avait du charme, un peu vintage avec ses Ray-Ban mordorées, mais la pulpe avait de la tonicité« , écrit-il à propos d’un directeur de salle à la retraite. On lui donne pourtant la dent dure (savez-vous que François Simon aurait inspiré le personnage d’Anton Ego dans le film Ratatouille?). A ce propos, il raconte une anecdote hilarante : assise près de lui par hasard dans un resto, une rédactrice culinaire casse du sucre sur le dos du critique, en affirmant même le connaître personnellement!

Pourtant, à le lire, il me semble que François Simon est plutôt un ami chaleureux, un oncle sympa ou un soupirant attentif, lorsqu’il emmène quelqu’un dîner. Après avoir dévoré son bouquin en quelques heures, j’avais très envie de m’en assurer moi-même et de percer, rien que pour moi, l’anonymat et le mystère qui l’entourent.

Interview charmante et germanopratine dans un café célèbre, hanté par les ombres de Sartre et d’Hemingway. Où François Simon prouve qu’il est un homme délicieux.

Magda : Vous n’en êtes pas à votre premier livre. Avez-vous envie d’écrire une fiction pure, sans lien avec la critique gastronomique ?

François Simon : J’ai déjà écrit une fiction qui s’appelle Toscane(s) et qui se passe à San Vincenzo, en Italie, au dix-neuvième siècle (éditions Assouline). C’est l’histoire d’une ville qui s’éprend de gastronomie et qui en arrive à la perversion. Elle rentre en totale dissidence, pour avoir été détournée dans ses désirs et ses mœurs. Frappée d’opprobre, elle connaît la disgrâce. En notre siècle, des amis essaient de conjurer le sort. Cela raconte Florence sous un aspect inattendu. Je la décris comme une ville très violente, cruelle, méchante, loin de l’image de naïade allongée aux longs cheveux blonds. Le deuxième roman est terminé, mais je suis en train de le « réénerver » un peu. C’est l’histoire de deux jeunes garçons en Chine en 1942.

Magda : Dans votre livre, vous évoquez l’une des règles élémentaires de la critique gastronomique en cas de bouffe dégueulasse : « ne jamais moufter, avaler le rata et dire à la marquise que tout va bien ». Quelles sont les autres règles du métier ?

François Simon : Observer. Et ne pas avoir de grille de lecture trop lourde. Faire preuve d’humilité. Ne pas être trop savant ni trop technique. Ignorer. Les spécialistes me barbent un peu, ils rendent souvent l’approche de la table un peu pénible et inintéressante. Plus on rentre dans un sujet, plus il disparaît. C’est comme le vin : si on plonge dedans, on ne peut pas le goûter. Alors que si on le hume très légèrement, presque sauvagement, avec un peu de retrait, on l’attrape. Comme une ville : on la connaît en deux heures ou en deux ans.

Magda : Vous êtes autodidacte en tant que critique gastronomique, Christian Millau (du célèbre guide « Gault-Millau« ) devait vous apprendre le métier, mais vous a finalement « lâché » dans la nature. Cela vous a-t-il valu des attaques, des difficultés dans le milieu ?

François Simon : Oui. J’entends des chefs qui disent qu’il faudrait demander une carte professionnelle aux critiques et que pour l’avoir, il faudrait passer un examen pour reconnaître un citron d’un glaçon ! C’est un milieu assez bas de plafond. J’ai pas mal souffert. Ca fait partie du lot. On ne peut pas faire des critiques impunément. On vous envoie des javelots, des boulettes de pain. That’s the game !

Magda : On vous dit « critique méchant »…

François Simon : …et une ordure, et un salaud… C’est un mythe auquel j’ai renoncé de comprendre quoi que ce soit. Je ne suis pas méchant. Mais du coup, cela m’amuse de faire peur aux gens.

Magda : Souffrez-vous de votre nécessaire anonymat par rapport au public ?

François Simon : Au contraire ! Cela me va très bien. L’autre jour, c’était la fermeture d’un restaurant, j’y suis allé car j’aimais beaucoup la restauratrice. Des gens m’ont reconnu, c’était épouvantable. Il y a des gens qui se galvanisent, dont le narcissisme a besoin d’être alimenté et frotté. Or, le mien doit être inversé ! Quand on ne me reconnaît pas, je suis vraiment très heureux. Et quand on me reconnaît, je suis accablé, comme si j’avais été découvert ! Et puis, de cette façon, je vois beaucoup mieux. Regardez, ici (le café où nous nous trouvons), j’ai fait un papier qui n’était pas tendre, et pourtant j’ai la paix.

Magda : Oui, j’ai lu ce que vous avez écrit sur Lipp dans votre blog aujourd’hui… Ce n’était pas tendre !

François Simon : C’est le poulet qui n’était pas tendre. On dit que je suis méchant, mais là, c’était l’assiette qui était méchante !

Magda : Votre approche du métier est moderne : pour critiquer, vous utilisez Internet, la télévision… Comment imaginez-vous l’évolution du métier de critique gastronomique avec les nouveaux médias ?

François Simon : Je pourrais très bien chanter mes critiques de restaurant ! J’aurais pu faire une chanson rock sur un restaurant. On peut très bien dire les choses de façon aussi bien publicitaire, que narrative, poétique… de la même façon, on peut utiliser les journaux, Internet, la télévision… plus on multiplie les expressions, plus c’est amusant et plus ça vous pousse à décaler les regards. Par exemple, le regard de la caméra m’a obligé à être plus rigoureux dans le descriptif. La caméra ne ment pas. Si je dis que la salade est abondante alors qu’à l’image, elle est un peu riquiqui…ça ne passe pas ! Je filme depuis toujours, et je filme tout. Mon ex beau-père m’a offert une caméra il y a très longtemps et depuis je filme sans arrêt : les voyages, les hôtels… La vie devient cinématographique. C’est un bonheur de regarder par la caméra : l’œil voit mieux, l’œil met en scène, l’œil fait un travelling… mon œil est sans arrêt en chasse. La vie est tellement ruisselante de bonheurs d’images que je ne peux pas m’empêcher de m’abreuver.

Magda : Envie de tourner un film ?

François Simon : C’est lourd un film… L’écriture est tellement plus rapide. Non, j’aurais du mal. J’adore travailler tout seul. Je ne me vois pas avec toute une équipe, un perchman…

Magda : Tenir un blog, ça vous apporte quelque chose dans votre métier de critique gastronomique, ou c’est juste un plaisir de plus ?

François Simon : Ça me pousse à faire des photos, à raconter des choses que je ne raconte pas ailleurs. Je peux faire des petites séquences snackées que je n’ai pas l’occasion de faire dans des papiers. Cela m’oblige à contracter un peu, mais sincèrement ça pourrait être plus personnel, beaucoup plus incisif, mordant, plus rêche.

Magda : L’intérêt du blog, justement, c’est de mettre en avant votre personnalité… vous vous trouvez rêche ?

François Simon : Non, mais je pense que mon œil est beaucoup plus incisif que mes écrits ! Le blog me pousse à être un peu plus courageux. Je crois que l’écriture gagne à être totalement offerte et ouverte. Je crois beaucoup à la prise de risque, et je trouve que mes papiers sont trop secure et amidonnés.

Magda : Est-ce que vous pensez qu’un blogueur peut tenir tête à un critique officiel ? Gastronomique, ou autre…

François Simon : Pourquoi pas ? Le problème c’est que bien des blogs n’ont pas assez de rigueur. Les blogueurs gastronomiques manquent de professionnalisme. Donc, il y a une vraie fraîcheur de pensée, mais quelquefois, ils sont excessifs, et font un vrai carnage quand ils n’aiment pas. Il faut faire vachement attention aux mots ! Je pense qu’il y a une vraie possibilité d’écriture nouvelle, mais je n’ai pas encore rencontré le blog qui m’enthousiasme au point de me dire : « nom d’un chien, ça y est ! » Peut-être que je cherche mal. Les blogueurs restent assez convenus finalement, ou alors ils sont trop cruels. Ils n’utilisent pas assez leur liberté. C’est un métier !

Magda : Vous avez appris sur le tas. Aviez-vous des prédispositions ?

François Simon : Non, je n’y connais rien. Même aujourd’hui, je ne fais pas la différence entre une limande et une sole. Ça ne m’intéresse pas. J’ai une sorte de mauvaise foi de la mémoire qui fait que… j’oublie ! Par exemple, l’un de mes vins préférés est le Côtes-Rôties. Parfois, il arrive que des amis m’en offrent, et je ne le reconnais pas. Parce que je veux garder un plaisir intact.

Magda : Si vous étiez un livre ?

François Simon : Heureusement que je ne suis pas un livre. Je m’emmerderais bien dans une bibliothèque.

Magda : Mais il y a des livres qui circulent, qui voyagent… Vous ne pourriez pas être un livre ? (Il réfléchit longuement) Le vôtre peut-être ?

François Simon : Non, pas le mien ! (il rit puis réfléchit.) Oh, quelle question ! J’ai des milliers de titres qui m’arrivent. Disons Le quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durell.

Magda : Et si vous étiez un plat ?

François Simon : Une tête de veau.

Magda : Un vin ?

François Simon : Un Côtes-Rôties !

Magda : Est-ce que ça marche ensemble, la tête de veau et le Côtes-Rôties ?

Non ! J’ai horreur de la tête de veau. On a l’impression d’embrasser une vache sur la bouche, c’est dégueulasse.

Merci à François Simon, à Guillaume Tesseire et aux Editions Robert Laffont, (qui ne font pas que publier Marc Lévy, et nous leur en sommes tous très reconnaissants).

Je vous recommande une petite escapade sur le blog de François Simon, Simon Says!, où la preuve est faite que critique et blog peuvent s’entendre à merveille

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It’s all Greek to me

L’alphabet est une chose quotidienne, naturelle, évidente. Dans certains pays, même, on le chante pour l’apprendre (en Angleterre, par exemple). C’est donc un jeu d’enfant.

Et parfois non. Parfois, c’est du chinois! J’étais donc en Grèce, comme certains d’entre vous le savent, et je n’ai pas pu m’adonner à mon sport favori : l’interview littéraire. Ok, ma dernière interview date des calendes grecques, mais je m’étais promis de m’y remettre. J’avais envie d’aborder un Apollon (je donne peu dans l’Aphrodite, pardonnez-moi, amis lecteurs mâles) lisant, je ne sais pas, du Satre dans le texte, buvant un café turc et fumant des cigarettes orientales… Mais comment faire, lorsqu’il nous est impossible de distinguer le titre sur la couverture? Non, mais, l’alphabet grec, l’avez-vous déjà regardé de près??? On a beau avoir fait semblant de faire du grec ancien pendant l’adolescence… Saperlipopette!

Alors tant pis. J’ai laissé tomber. Pourtant les Grecs aiment lire. Pour témoignage, cette discussion avec Giorgos* à Epidaure, rencontré devant un tourniquet de cartes postales : « il faut lire Zorba le Grec de Níkos Kazantzákis. C’est l’auteur qui vous frôle l’âme… Chez lui, un amandier est un chant d’amour. » Nous buvons du raki en parlant de Catherine Deneuve et Alain Delon. Giorgos écrit mon nom sur une feuille de papier : « Un jour, tu seras aussi célèbre que Catherine Deneuve et je pourrais dire à une autre jeune fille : je l’ai rencontrée! ». « Que Zeus t’entende, Giorgos », et je file sur la plage.

Et qui trouvè-je allongée sous un cocotier, toute embrumée de chaleur et de littérature allemande? J., mon amie-Aphrodite de voyage. Je lui ai volé un instant de lecture, tout simplement, avec mon appareil photo.

Chers amis ce n’était qu’un petit post post-voyage, je vous retrouve sous peu.

* Tous les Grecs s’appellent Giorgos, ou presque. Ils portent souvent le nom de leur grand-père. d’où les tripotées de Yannis, Alexandros, etc.

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Chinoiseries berlinoises

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Des livres, des livres, des livres… parfois les livres ont taille humaine! Ici, c’est une oeuvre monumentale de l’artiste allemand Anselm Kiefer, exposée à la Hamburger Bahnhof, un musée d’art contemporain de Berlin. Une bibliothèque tragique faite de livres en feuilles de plomb…

J’ai envie de faire un jeu avec vous, amis bloggeurs et lecteurs…

Comme vous le savez, je suis à Berlin, où j’écris une pièce de théâtre. Donc j’avale des litres de chocolat Milka et de Yogi Tea, je fume des millions de Vogue, et j’écris des milliers de mots. Quand je sors, je manque de déraper sur le sol gelé, je fume des milliards de Vogue dans les clubs électro-rock-sixties-bargeot-boueux-techno-rigolos et j’arrose le tout de White Russian. Cela laisse peu de temps pour une interview : les gens que je croise ont rarement un livre à la main – mais bien plutôt une guitare, une bière, ou une paire de moufles pour vaincre le froid sibérien.

Mais l’interview est chez moi une manie que mon entourage pourrait vous confirmer – certains m’appellent Mireille Dumas, les vilains!

Alors je vous interviewe en direct sur mon blog avec ce petit portrait chinois.

Si vous étiez un livre, quel livre seriez-vous?

Go. Au premier qui répond, j’envoie un exemplaire du livre du dernier qui répond.

En ce qui me concerne, si j’étais un livre, je crois que je pourrais bien être la série Doubles Jeux de Sophie Calle… Vous savez bien, cette histoire de fille agaçante qui poursuit les passants, les interroge, les prend en photo, une vilaine voyeuse, en somme!


PS : Dans le genre blog qui « joue » (j’en suis mordue, de ces chaînes, de ces jeux), je vous recommande Un jour, une question, vraiment sympa.

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