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Chauffe Marcel

Image source : Vanity Fair

Marcel Proust n’est pas l’auteur du fameux questionnaire de Proust. L’écrivain a retravaillé un jeu anglais de la deuxième moitié du XIXe siècle qu’il avait découvert adolescent…

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L’année littéraire parfaite

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C’est l’heure des bilans, chose dont j’ai horreur. Les tops, les flops, très peu pour moi. Je préfère laisser tout 2008 en vrac dans notre dos et regarder devant nous, si vous voulez bien. Quelle serait l’année 2009 littéraire parfaite? Je me pose la question, et je vous la pose. Voici mes dix idées pour une année littéraire parfaite.

1. Alors même que la finance internationale s’écroulerait, le monde éditorial reprendrait du poil de la bête, le livre devenant soudain une valeur-refuge. Les directeurs de collections « fashion » à la Beigbeder seraient virés, on les remplacerait par de vrais pros capables de prendre des risques dans les plus grandes maisons.

2. Un grand réalisateur asiatique (Kim Ki Duk? Wong Kar Waï? Zhang Yimou?) adapterait Terre des oublis de Duong Thu Huong au cinéma, sans se casser la gueule. Parallèlement, Woody Allen porterait Les trois mousquetaires à l’écran, et ça serait fou.

3. Un(e) jeune dramaturge naîtrait dans le paysage théâtral français morose. Quelqu’un qui écrirait foutrement bien. Qui prouverait que le théâtre est vital de nos jours, qui réinventerait la langue de la scène, un Jean Tardieu d’aujourd’hui, un Pierre Notte de demain. Capable d’écrire de grandes choses modernes, à la hauteur d’un Hanokh Levin ou d’un Tony Kushner.

4. De nouvelles maisons d’édition verraient le jour, soutenues par le gouvernement, dans le cadre d’une politique culturelle accrue. On y défendrait la littérature francophone venue du Proche et du Moyen-Orient, d’Afrique et du Canada.

5. Le prix Goncourt continuerait à soutenir la littérature engagée, comme il l’a fait cette année avec le lauréat Atiq Rahimi pour Syngué Sabour. Pierre de patience. Parce qu’un prix de cette renommée n’a pas qu’une valeur littéraire.

6. Obama apprendrait le français et lirait Tocqueville dans le texte. La classe. Il en citerait des passages lors de ses allocutions télé. Du coup, les Américains nous aimeraient pour autre chose que pour nos frites et ne mépriseraient plus la pensée française, comme ils le font trop souvent en ce moment. Et nous, on les aimerait aussi, parce qu’ils ont tout de même de sacrés grands auteurs en ce moment, ce qui n’est pas forcément le cas sur nos terres chauvines.

7. Marjane Satrapi écrirait et dessinerait la suite de Persépolis. Oh oui !

8. On aurait de bons scénaristes au cinéma et à la télé. La profession serait reconnue, et bien mieux payée. Voir ici un article éclairant.

9. Les éditeurs et les parents prendraient le risque de relire Bettelheim. Et de ne plus publier de conneries couleur barbapapa destinées à nos pauvres enfants en manque d’histoires authentiques.

10. L’écriture « texto » serait interdite sur les portables, et tout contrevenant se verrait obligé de lire du Marc Lévy. Les pauvres!

Et vous, avez-vous quelques idées pour créer ensemble une année littéraire 2009 merveilleuse?

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Les inavouables rasoirs : la palme!

Ça, c’est Sanary-sur-Mer. Prenez vos billets de train… on y va!

Imaginez que nous sommes à Sanary-sur-Mer. Car si je devais installer le festival de la palme du livre inavouablement rasoir, ce serait bien dans cette bourgade au bord de la Méditerranée, où tous les bateaux sont colorés et les poissons pêchés-grillés du jour.

Nous, membres du jury, tirés à quatre épingles, sobres mais chics, habillés par Yamamoto* par exemple – on ne fait pas plus sobre et intemporel. A l’image d’un grand classique de la littérature internationale. Nos invités sont nombreux et viennent des quatre coins du monde : Émile Zola en Martin Margiela, accompagné de Marie Darieussecq en Dior, Milan Kundera et son noeud-pap’ de chez Saint-Laurent, Michel Houellebecq qui a encore oublié de s’habiller, et qui est venu tout nu au bras de Marguerite Yourcenar Andrée Chédid** qui écoute dans un casque le dernier morceau de son petit-fils, M. Et tant d’autres, illustres auteurs de livres décrétés rasoirs par un jury de blogueurs impitoyables : Marcel Proust, racé et phtisique, toussant toute la Recherche et perdant son temps à essayer de comprendre ce que Goethe lui raconte en allemand sur un jeune Werther qui en bave grave dans la vie. Khalil Gibran qui essaie de prophétiser les résultats, comme d’habitude. Camus qui a peur de chuter en recevant la palme, Paulo Coehlo intégralement vêtu de doré par Paco Rabanne, Tolstoï qui fait la guerre à Dostoïevski pour savoir s’il aurait voté pour lui, Robbe-Grillet jaloux de Boris Vian qui drague Antonia Fraser. Tous, sans exception, attendent le grand moment : la remise de la palme du grand classique littéraire qui est le plus tombé des mains des lecteurs de Ce Que Tu Lis.

Dans la lumière dorée du couchant, environné par le bruit des vaguelettes azurées, s’avance Louis Garrel (comment ça, qu’est-ce qu’il fout là? c’est mon festival, je choisis qui je veux pour remettre la palme, n’en déplaise à Roxane, Funny Face, Fashion, Maude et Stéphane). Il déplie l’enveloppe sacrée, remet une boucle noire en place dans sa chevelure de dieu grec (j’en fais trop, oui, je sais) et de sa bouche délicate il prononce le titre tant attendu…

Belle du Seigneur d’Albert Cohen!

Toute l’assistance frappée de stupeur se retourne vers le fond de la salle où Monsieur Cohen, charismatiquement tranquille, se lève pour recevoir son trophée. Et c’est bien là, chers amis lecteurs et participants à ce jeu cruel, que notre palme montre ses limites. Car si Belle du Seigneur est effectivement un grand classique que peu de gens arrivent à lire d’un trait, il a néanmoins été écrit par l’un des plus touchants auteurs de notre siècle, le magnifique Livre de ma mère étant le témoignage le plus émouvant de la production d’Albert Cohen.

Et là, j’imagine assez bien le grand écrivain monter sur scène, se saisir de la palme et regarder le jury avec un peu de compassion. Nous n’avons peut-être pas tous réussi à terminer Belle du Seigneur, mais ne serait-ce pas en fait parce que l’époque nous intime de consommer le livre comme on consomme un épisode de série TV ou un pot de Nutella? En fait, moi, j’ai un peu honte (et j’ai moi-même voté pour ce grand bouquin). Et j’ai très envie de reprendre Belle du Seigneur, d’en achever enfin la lecture et de me dire, comme Neige, que ça valait sacrément le coup.

Après ça, on irait tous clore le festival avec un bon coup de Bandol devant le port, Monsieur Cohen nous pardonnerait nos gamineries et on écouterait Marguerite Yourcenar Andrée Chédid** chanter du M.

* Je ne peux que vous recommander le beau documentaire de Wim Wenders, « Carnets de notes sur vêtements et villes », sur le couturier Yohji Yamamoto, entre Paris et Tokyo. Leçon de cinéma, comme d’habitude, par mon réalisateur chouchou.

** J’ai honte. J’ai fini de rédiger ce post à 2h du matin la nuit dernière. Et j’en ai confondu Yourcenar avec Chédid. Lamentable. Merci Arbobo pour la rectification.

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