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Train de nuit pour Varsovie

Cyril Barrand, « Projet d’une boule de neige souvenir du Palais de la Culture et des Sciences à Varsovie »

Pitié, cette année, pas de cadeaux, pas de rush sur la dinde, pas d’huîtres qui vous envoient directement aux urgences. Pas de sapin clignotant, pas de mauvaise humeur parce que la messe de Noël finit trop tard et le chapon finit trop cuit. Voilà ce que j’ai écrit à mes parents depuis mon exil berlinois.

Pitié, pas de Nouvel An technoïde, qui se termine à 6 heures du matin dans le caniveau, avec la déprime d’avoir une année derrière soi pour horizon. Voilà ce que j’ai dit à mes amis berlinois.

Mais de l’amour, des bulles, des rires, et des voyages. Oui, trois fois oui.

J’étais attablée Chez Gino*, un de mes restos favoris de Berlin, devant une assiette de spätzles divines. J’ai dit à ma chère Madame de : « Viens, cette année, on se casse, juste toi et moi, on part sur les traces de Kieslowski. On se revoit tous ses films à Paris, et puis hop, on file en train pour Varsovie, avec une caméra vidéo et une petite Super 8. Règle du jeu : ne pas parler jusqu’au 31 décembre à minuit« .

Et Madame de, les yeux brillants, pose sa fourchette et rajoute une seconde règle du jeu : « Et on se donne 10 gages à suivre pendant le voyage. 10, selon le Décalogue« . Pour les malheureux qui ne connaissent pas encore cette œuvre magnifique du grand cinéaste polonais, il s’agit d’un film en dix épisodes réalisés par Kieslowski dans les années 80 pour la télévision polonaise. Chaque film correspond à une règle du Décalogue dicté par Dieu à Moïse : Tu honoreras père et mère, Un seul Dieu tu adoreras, etc.

C’était il y a un mois, et je sèche bizarrement devant ma feuille blanche. J’ai beau regarder à nouveau le fameux Dekalog de Kieslowski, je me vois mal envoyer Madame de buter un chauffeur de taxi comme dans l’épisode « Tu ne tueras point », ou tromper son petit ami pour faire comme l’héroïne adultère de « Tu ne convoiteras point la femme d’autrui ».

Quelqu’un me donnerait une petite idée?


* Chez Gino Restaurant
Sorauer Straße 31, 10997 Berlin, Germany
030 6950-6525‎

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Story ou réapprendre à écrire

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Robert McKee, le gourou des scénaristes

Avant, je croyais que je savais écrire. Disons que j’ai écrit deux pièces de théâtre, deux scénarios de court-métrage, un long-métrage (bon, toujours en cours), des chansons pour des potes, des articles parfois, et même du théâtre à la commande (oui, ça existe). Sans oublier mon blog chéri.

C’est donc pétant plus haut que ma crinoline, que j’avais commencé à écrire mon nouveau spectacle. Après une première version rédigée en dix jours, devant laquelle plein d’amis s’étaient ébahis, je fais une lecture avec Madame de…, ma comédienne et accessoirement meilleure pote.

Et là, tout s’effondre. De la merde en barre.

Je déteste. J’ai envie de tout envoyer dans l’une des dix poubelles de tri qu’on est obligé d’avoir dans nos appartements berlinois.

Après une période de désespoir, à base de noyade psychologique dans des verres de vodka dans les clubs électro, et à peu près dix mille cigarettes, je choisis de tordre le cou à la procrastination. Et je me décide à ouvrir Story, le livre culte des scénaristes d’Hollywood écrit par Robert MacKee. Un bouquin cher, et gros, qui me fait peur. Et puis, bien sûr, comme j’aime un peu me vautrer dans une attitude artiste-bohème qui fait des trucs que personne ne comprend, mais que tout le monde va adorer dans vingt ans, je croyais que c’était une méthode pour auteurs de films blockbusters.

Et me voilà en terrasse du Rizz, un café bien agréable près du canal de Berlin, allongée dans une chaise longue, à savourer l’un des meilleurs livres jamais écrits sur la narration! Une claque pour la scribouillarde que j’étais. Structure de l’histoire, valeurs en jeu pour les personnages, développement de l’esthétique de l’auteur, tout y est. Rédigé avec un humour cinglant mêlé de passion idéaliste, comme seuls les Américains savent le faire. Non seulement Story est devenu ma bible d’auteur, mais c’était un moment de lecture franchement enthousiasmant, loin d’une méthode scolaire laborieuse.

MacKee puise ses exemples narratifs aussi bien chez Aristote, Bergman et Ibsen, que chez les auteurs de films comme Quand Harry rencontre Sally. Une bonne histoire est une bonne histoire, point. Son étude des personnages est émaillée d’idées inspirées par la psychanalyse, mais reste toujours profondément intime et liée à la vie intérieure de l’auteur.

Que vous soyez auteur de théâtre, romancier ou scénariste, ou encore simplement passionné d’écriture, Story risque de changer à tout jamais votre façon d’écrire.

Et que trouvè-je en tête de l’un des derniers chapitres de Story? Cette citation de Hemingway : « Tout premier jet est de la merde ». J’en ai bien ri pendant un quart-d’heure. Ri de moi-même, bien sûr.

Je me suis remise au boulot avec les conseils du roi de Hollywood. Et bon sang… c’est fou ce que ça marche. Cette fois-ci, mes amis ne sont plus ébahis… ils aiment, tout simplement. Ils ont du bon, ces Ricains!

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Adieu, dit le renard

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Je le disais encore il y a deux jours : nos vies sont des romans. Il semblerait même qu’à Berlin, ce soit une constante. La littérature traverse mon existence plus que jamais dans cette cité surprenante.

Sur le scooter-fidèle destrier de mon héros kaurismakien, un jour, j’ai rencontré un renard. Il filait sous le métro aérien, l’air de rien, le museau fier et la queue touffue, vers deux heures du matin. C’était à Kottbusser Tor, un lieu de Berlin plus réputé pour ses héroïnomanes que pour sa faune forestière. Émerveillée, je l’ai regardé sautiller entre les bagnoles et les feux rouges. Un renard des villes, tout ce qu’il y a de plus chic.

Hier encore, nous rentrions d’un débat ennuyeux entre Harun Farocki (cinéaste et vidéaste allemand), un critique de cinéma autrichien, et un critique d’art, dans une galerie du centre de Berlin. Les phares du scooter surprirent soudain un adorable renard, en flagrant délit de promenade citadine.

« Qu’est-ce que ça signifie, que nous rencontrions toujours des renards ensemble? » ai-je demandé à mon Kaurismaki.

« Ainsi le Petit Prince apprivoisa le renard », répondit-il en allemand.

Bref, on ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux.

On a redémarré.

Le lendemain, je raconte à Madame de… l’étrange présence des renards à Berlin. Je m’extasie sur la beauté de leur silhouette, de leur grâce sauvage.

« Ouais, ça file quand même la rage, ces saloperies-là, conclut Madame de… « Ils ont bouffé mon lapin à Villiers-sur-Orge quand j’avais cinq ans. Je les hais. Et puis, ton histoire du Petit Prince, là… ça ne serait pas plutôt Rox et Rouky? »

Il y a des jours, comme ça, où votre meilleure amie n’a pas l’âme d’une grande lectrice.

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