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2009 et des amis

Berlin, quartier de Neukölln-Rixdorf…

Fin 2009, je rentre chez moi, à Berlin. Une valise pleine de cadeaux offerts par la famille et les amis – dont un porte-clefs qui prend des photos, mais oui, c’est très utile – dont un bouquin, Les femmes qui écrivent vivent dangereusement, clin d’oeil de mon amie Madame de à ma vie de scribouillarde. Sur le dos, je transporte un sac de rando bourré à craquer de livres en français – Ciné-journal de Serge Daney (une merveille dont je reparlerai plus tard), le guide du Routard de la Pologne et des Pays baltes (pour mon fameux trip), des romans de Duong Thu Huong, Les Cinq cent fautes à éviter en allemand par Herbert Scharfen…

Avec une telle dose de bouquins à traîner, j’ai mal au dos, dans l’épaule droite, dans le poignet qui tire la valise, et je ressens même une douleur électrique qui se propage lentement dans ma nuque. Je suis heureuse d’être devant ma porte. Je fouille mon sac à la recherche de mes clefs. Rien. J’ouvre mon sac à dos, que dalle. Dans ma valise, que je retourne en jurant au milieu de la rue – pas l’ombre d’un sésame non plus. HORREUR !

Je passe donc trois jours dans l’atelier d’une amie peintre, à Prenzlauer Berg, à attendre que mes clefs arrivent par Chronopost. Environnée de toiles bleues et de films de Fassbinder (quelqu’un ici a vu Martha de Fassbinder ? c’est un cauchemar génial…), je me sens plutôt bien, ma foi. Je bouquine Ciné-journal, et je joue dans la neige en buvant du Glühwein (le vin chaud aux épices allemand).

A l’heure où je vous écris, je suis enfin rentrée dans mes terres, deux gâteaux cuisent dans mon four pour la fiesta de ce soir, et à travers la fenêtre, au-dessus de mon écran d’ordinateur, les arbres de la cour d’école se pavanent dans leur nouvelle et somptueuse robe blanche. L’hiver à Berlin, c’est trop froid? Pas lorsqu’on prépare un dîner pour 12 personnes*, que tout le monde se parle en anglais, italien, allemand, que tous les copains des copains des copains nous ont eux aussi rejoints, d’Autriche, de France ou d’Irlande, pour faire la fête. En 2009, il y avait des amis, et en 2010 il y en aura aussi.

Mais ce billet, je vous l’écris surtout pour vous souhaiter une nouvelle année de lecture et d’écriture, à vous tous, amis lecteurs et/ou blogueurs. Que la neige et le foie gras soit avec vous.

Bonne année à Agnès et Mo, les deux germanophiles chocolatées, à Vanessa, la Berlinoise anglaise aux talents de photographe et de cordon-bleu, à Laëtitia la théâtreuse passionnée, à Mohamed le doux lyrique, à Stéphane le faiseur de commentaire-haïkus, à Fafa la révoltée, Gicerilla la voluptueuse casanovette… et à tous les autres que je lis et qui me lisent. Avec affection pour vous tous, avec amitié pour nos échanges (même parfois muets), bonne année!

* Pour ceux qui ont suivi : le voyage à Varsovie est repoussé au 3 janvier, et je pars seule – Madame de est coincée par le boulot, la pauvre. Compte-rendu nordique du voyage très bientôt…

Vu dans les toilettes du bar Le Clair de Lune, Paris 18e !

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Roméo, Phèdre et les SS

Kate Winslet dans « The reader », 2008

L’année dernière en février, je courais les cinémas de Berlin pour la Berlinale. Tout le monde se pressait aux projections du Liseur, (The Reader), le film de Stephen Daldry pour lequel Kate Winslet remporta un oscar. Moi seule peut-être, parmi les festivaliers, m’abstins, trop occupée par la rétrospective Winter Adé sur des films interdits pendant l’ère soviétique en RDA, Pologne, Tchécoslovaquie, etc.

Je me souvins soudain qu’avant le film, il y avait eu un livre de l’auteur allemand Bernard Schlink, et qu’on me l’avait offert en poche. Je lus donc Le liseur. Je m’aperçus alors qu’on m’avait raconté toute l’histoire, sans m’épargner aucune articulation du récit, et cela me mit en colère.

Mais la prose de Schlink, d’une simplicité et d’une humilité rare, sait créer des émotions bien vivantes chez son lecteur . Elle fait oublier les rebondissements trop connus du public à force de médiatisation autour du film. L’histoire du Liseur est formidablement bien construite, utilisant trois espaces-temps entre lesquels le narrateur fait des allers-retours : le temps de l’adolescence avec Hanna, puis le temps du procès d’Hanna 7 ans plus tard, et enfin le temps présent, celui qu’on devine être l’âge mûr d’un homme qui n’oubliera jamais son histoire d’amour passée. Cette histoire est même si crédible en dépit de son sujet énorme (un ado  de 15 ans, amoureux d’une femme analphabète de 36 ans, accusée de crimes atroces dans les camps de la mort pendant le Seconde Guerre Mondiale) qu’on finit par se demander quelle est la part autobiographique dans le récit à la première personne écrit par Bernard Schlink.

Un sujet passionnant et une prose sans chichis qui, à force de narration et de patience, s’imprime avec force dans l’imagination du lecteur : voilà ce qu’on peut dire du Liseur, un petit bouquin court qui a tout d’un très grand. Une belle histoire d’amour dans la veine romantique du XIXe, puisque Michaël, le héros, aimera jusqu’au bout, malgré la différence d’âge, malgré le passé nazi de l’aimée, malgré la prison, et même au-delà de la mort d’Hanna. A une époque où Beigbeder déclare que L’amour dure trois ans (titre de son roman publié en 1997), on se réjouit de voir que certains auteurs croient au contraire qu’il peut durer tant que dure une âme.

Schlink a aussi le mérite d’affronter le passé de l’Allemagne et de le regarder non pas avec indulgence, mais avec objectivité. La génération qui prit part aux crimes de guerres ou qui en fut le témoin malgré elle, doit-elle être punie? Dans quelle mesure peut-on juger l’Histoire et les actes de nos parents, dans de tels contextes violents?

Je verrai bientôt The reader – le film. A la lecture du roman, on se demande en effet qui mieux que Kate Winslet pourrait interpréter ce rôle troublant, charnel et profondément humain. La suite bientôt sur ce blog…

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Un pressentiment

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Paris dans les années 30 : Brassaï, « La colonne Morris ».

Les pressentiments régissent mon univers, me fascinent, me passionnent. Et ce, depuis l’enfance. C’est bien pour cela que j’aime tant le cinéma de Kieslowski (voir article ici) qui mieux que quiconque, réalise des films où l’intuition a toute sa place. Aussi mon amie Madame de… m’a-t-elle mis entre les mains un roman d’Emmanuel Bove, Le pressentiment.

On dit d’Emmanuel Bove qu’il est un auteur oublié, et pourtant, je n’ai jamais autant entendu parler de lui qu’en ce moment. A Paris justement, aux « Trois baudets », se donne actuellement une pièce de théâtre musical inspiré du roman Mes amis d’Emmanuel Bove : Victor Bâton. Bove, donc, a écrit Le pressentiment. Drôle de titre, peu en lien avec l’histoire qui s’y déroule. Écrit dans les années 30, ce très court roman relate le choix d’un riche avocat de se retirer de son milieu, de sa famille, de sa profession, pour vivre seul dans un misérable immeuble du 14e arrondissement de Paris. C’est là qu’il se rendra compte, bien malgré lui, qu’on ne se défait jamais de sa condition sociale.

C’est une belle histoire, écrite simplement, et qui sonde le cœur d’un homme qui voudrait n’être qu’homme – et non déterminé par sa naissance ni par sa richesse. En cela plutôt révolutionnaire, Emmanuel Bove fait un triste portrait de plusieurs couches sociales, avec une noirceur étrangement philanthrope.

Pourquoi, alors, ce titre de Pressentiment? Seulement pour cette phrase, à la fin du roman : « Maintenant je comprends beaucoup de choses. Charles devait avoir le pressentiment de sa mort ». Une phrase dite à l’enterrement du héros, par un de ses anciens amis, qui n’a jamais pu comprendre qu’on puisse volontairement vouloir se débarrasser de ses oripeaux sociaux et culturels.

Le livre fut adapté par Jean-Pierre Darroussin au cinéma, en 2006.

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Emmanuel Bove, Le pressentiment, éditions Points, 8,50 euros.

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Femmes-serpents

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Marie N’Diaye

Marie N’Diaye est une auteur française née d’un père sénégalais. Elle écrit depuis qu’elle a douze ans et cette longue habitude de la plume, aussi bien pour le roman que pour le théâtre, s’est muée en un style unique et forcément très travaillé. C’est ce qui lui a valu d’entrer au répertoire de la Comédie Française à Paris avec sa pièce Papa doit manger.

Mais c’est aujourd’hui d’une autre pièce – tout aussi majeure à mon avis – que je veux vous parler : Les serpents, publié aux Editions de Minuit en 2004. Ou comment trois femmes, la mère (Madame Diss), l’épouse (France) et l’ex-femme (Nancy) d’un homme qu’on ne verra jamais, font leur nid de serpents autour de la cellule familiale et du souvenir d’un enfant mort appelé Jacky. L’homme, si on ne le voit pas, est omniprésent dans les bouches de ces femmes qui le redoutent, l’aiment et le méprisent. Il apparaît tantôt noble et original, tantôt violent, égoïste et responsable de la mort de son fils.

Le petit Jacky, donc, est mort parce qu’il devait nourrir les serpents dont le père lui avait confié la garde. Qui est coupable? Personne et tout le monde à la fois. On se dispute pour racheter le souvenir, pour obtenir quelque chose de cet homme – de l’argent, la place au foyer auprès de lui, la liberté.

Ces trois femmes, finalement, sont les figures multiples de l’émancipation féminine. Mme Diss, la belle-mère, veut vivre comme un homme. Très belle, même âgée, elle croque les types, fait des dettes pour ses frais de toilette, et alors? Elle veut du fric. Nancy, l’ancienne épouse, a fui la cellule familiale pour réussir en ville, monter un magasin et devenir quelqu’un. Et alors? Elle aurait voulu donner tout ça à son enfant, mais il est mort. Elle veut reprendre sa place près de son ancien mari. France, la nouvelle épouse, veut sa liberté. Il est probablement trop violent, cet homme, elle veut fuir, comme une clocharde, être à soi. Nancy et France échangeront leurs places. L’homme croit que par sa position d’homme, il dirige, mais en vérité il n’a rien à dire.

Le texte de Marie N’Diaye propose une langue de théâtre lyrique et imprégnée des rythmes terriens du Sénégal, environnée par les couleurs sèches des champs de maïs. Il y a dans ces statures très droites de femmes marquées par le destin, le goût de la tragédie grecque.

C’est une oeuvre dramatique superbe, et Marie N’Diaye a aujourd’hui le plaisir de la voir traduite pour le public allemand aux Editions Merlin Verlag.

Ce n’est pas la première fois que l’apport des auteurs d’origine africaine à la langue française me frappe. Tandis que l’hyper-réalisme prévaut depuis longtemps chez les auteurs français métropolitains, bien des auteurs issus de la triste colonisation ont apporté une couleur sophistiquée, maîtrisée et grandiose à tout ce qui touche leur plume. L’occasion de relire Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire, mais aussi de découvrir l’extraordinaire Moussa Konaté qui écrit, comme Marie N’Diaye, pour le théâtre.

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Le prince des magazines lifestyle

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Couverture du magazine Prinz

En France, on a peu de magazines dits « lifestyle », qui abordent la vie urbaine avec ses modes et ses événements culturels. Ces magazines, reliés aux modes de vie d’une grande ville, sont à la fois un guide quasi touristique – si vous cherchez un resto, un coiffeur, vous y trouverez votre bonheur – et une vitrine des tendances chères à ses habitants.

Imaginez qu’un magazine parisien rivalise avec un magazine bordelais, lyonnais, marseillais ou autre! On en apprendrait, des choses, sur nos voisins urbains. C’est aussi extrêmement agréable d’ouvrir un journal qui reflète vos habitudes de vie, parle du nouveau boulanger du 14e arrondissement, et de la fête de quartier du coin où vont venir chanter Amadou et Mariam.

Si ces publications existent dans notre pays, elles sont plus proches du fanzine que du bel objet sur papier glacé. En revanche, l’Allemagne a développé avec un certain talent ce genre de lectures. Celui qui me semble le plus ouvert, le plus drôle et le plus représentatif de sa population s’appelle Prinz. Un magazine allemand qui s’adapte à chaque grande ville dans laquelle il est publié (Leipzig, Dresde, Munich, etc.) Il est mensuel et n’a rien à envier aux Inrocks.

Pour celui de Berlin, les journalistes sont tous très jeunes (40 ans pour les doyens, 30 ans en moyenne), à l’image de la population berlinoise. Le ton est drôle, les guides culturels passionnants. Les interviews se font au resto du coin, avec la DJ Ellen Allien ou le cinéaste Jörg Buttgereit. Les auteurs du magazine se démènent chaque mois pour dénicher un nouveau bar, un nouveau club, un nouveau magasin de déco. La mode y est berlinoise : branchée et décontractée, pas chère, vintage souvent. Les mannequins semblent avoir été pêchés au coin de la rue, et posent devant les squats ou sur un vélo près du canal. Prinz interviewe des gens dans la rue : elle était bien, cette expo? et ce film? c’est joli ce que tu portes, c’est quoi? tu es Anglais, pourquoi vis-tu à Berlin?

Bref, Prinz parle de Berlin, des gens de Berlin, de l’âme de Berlin. Un magazine profondément ancré dans la culture cosmopolite de la grande ville allemande. Dans la capitale française, A Nous Paris est truffé de pubs et ressemble à un guide d’achat de cadeaux de Noël aux Galeries Lafayettes. Dommage, tout de même.

Connaissez-vous un magazine « lifestyle » dans votre ville? Je serai curieuse d’en lire quelques-uns…

PS qui n’a rien à voir (sauf que le blog d’Arbobo est un bon guide musical parisien, pour le coup) : Arbobo s’est livré à mon jeu préféré, celui de la tête de pochette. La photo est ici. J’ai juré de répondre à mon tour avec une photo!

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Mot d’excuse

Chers lecteurs,

Veuillez excuser votre blogueuse préférée qui parfois ne vous saoule pas trop avec ses élucubrations, Magda, pour cette longue absence.

Magda, cette sale gosse, avait oublié son chargeur d’ordinateur portable en voyage. Ce qui est très con, admettons-le, quand on se pique d’être écrivain, et qu’il faut torcher une pièce de théâtre en un mois, pour cause de production imminente. Perdre une semaine devient… comme perdre un bras.

Magda aurait bien voulu vous raconter comment Maïakovski lui a sauvé la vie dans le quartier le plus bourge de Paris, comment Tolstoï lui donna un plaisir immense dans son lit lorsque l’orage fouettait les vitres, comment Sarah Kane tendit ses muscles comme des arcs sous l’emprise d’une dose de café cocaïnée, comment Claudel la mit à genoux devant sa prose divine sur un parquet lustré.

Mais Magda n’a déjà presque plus de batterie, et espère pouvoir en garder un peu, pour répondre à vos commentaires et appréciations. Je sais qu’elle est bavarde, pas toujours concentrée et un peu têtue. Vous pourrez la mettre au fond de la classe ou la coller samedi prochain. Ainsi, elle aura tout le temps pour vous pondre une belle rédaction.

Cordialement,

Madame Ce que tu lis.

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