Archives de Tag: résonnance

Les voies du destin…

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Photo tirée de « Où et Quand? – Berck- » de l’artiste Sophie Calle

… ne semblent pas toujours impénétrables! 

Connaissant mon amour immodéré pour le travail de Sophie Calle, ma chère amie Madame de, qui frappe toujours très fort question cadeaux, m’a glissé Où et Quand? – Berck- sous le sapin. Une édition luxueuse, par Actes Sud, couverture violet profond en toile, superbes photos et textes sur papier cristal, et un DVD de cinq minutes : un pur bijou.

Sophie Calle, l’amie du hasard et des coïncidences, a demandé à la célèbre voyante Maud Kristen de lui tirer les cartes pour commencer « un jeu créateur », selon les mots de cette dernière. Sophie Calle adore se faire diriger – elle a tenté l’expérience avec de nombreux autres artistes, dont une, fort drôle et poétique, avec Paul Auster, à New York en 1994, ce qui donna l’excellent opuscule de textes et de photos Gotham Handbook, que je vous recommande chaudement. Les cartes de tarot l’envoient à Berck-Plage, Sophie Calle se laisser aller au destin : 

C’est reposant. L’obéissance aux règles, l’errance sous contrôle, le soulagement de ne pas avoir à juger les événements… Il n’est pas nécessaire de s’amuser. Être là suffit. La différence est que tout fait signe et s’en trouve auréolé de grâce

Photographe de talent, écrivain de talent, Sophie Calle filme aussi avec beaucoup d’humour et de poésie une vieille dame rencontrée par hasard sur la plage. Dans ce petit film de quelques minutes, « Mémé », une toquée bien de chez nous qui raconte des choses sans queue ni tête, et qui « adore commander » (pour le plus grand plaisir de Sophie Calle), balade l’artiste chez le marchand de frites, et lui fait respirer la mer des deux côtés d’une barrière, sous prétexte que l’air n’y est pas le même, selon qu’on respire à droite ou à gauche. Moment de grâce, pendant lequel Mémé et Sophie Calle sont rejointes par deux autres vieilles qui tentent l’expérience sous l’oeil de la caméra.

Un bijou donc, je le répète, tant pour ses qualités esthétiques que poétiques !

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La peinture fait résonner l’idée

Paris-Berlin, par Internet

La Fernsehturm de Berlin

En juillet, vous vous en souvenez peut-être, j’avais interviewé Bill, un peintre américain, à la terrasse d’un café parisien.

Vous savez aussi peut-être que pour moi, ce blog est une sorte d’adaptation des lignes artistiques qui m’influencent le plus : le jeu des hasards et des correspondances, de Baudelaire à Sophie Calle, en passant par Edgar Allan Poe ou encore Paul Auster.





Or, Bill, ma deuxième « victime » interviewée pour les besoins de ce blog, m’a fait une belle surprise en matière de jeu de correspondances.





Fasciné par ce cliché de la photographe américaine Evelyn Hornstein pour le « New York Times » (qui, il faut le souligner, est véritablement troublante), il en a fait une toile que je trouve particulièrement vivante.




La photo d’Evelyn Hornstein pour le « New York Times » du 16 août 2007


L’interprétation de Bill

La photo d’Evelyn Hornstein représente des ouvriers du port de Mombasa, au Kenya, qui pelletent du blé en provenance du Texas, déchargé de la cale d’un cargo américain.





Voilà ce qu’en dit Bill :


« The imagery is so powerful and speaks to the exploitation and contradictions of this historical time. The angular geometry of the upper world looking down on the forgotten people in the dust, grit and futility of the lower world–the cargo hold. Dante meets Kubrick in Noah’s abandoned ark. »

Traduction :
« L’impact de cette image est extrêmement puissant et souligne l’exploitation et les contradictions de notre temps. La géométrie angulaire du monde supérieur surplombant les être oubliés dans la poussière, le sable et la futilité du monde inférieur : la cale du cargo. Dante rencontre Kubrick dans l’Arche de Noé abandonnée« .



Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais pour moi, si belle que soit la photo originale, la peinture de Bill fait encore bien plus résonner l’idée

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Rock en Seine et la littérature

Parc de Saint-Cloud, festival de Rock en Seine, le 26 août 2007.

Divines lumières islandaises au concert de Björk

Comment ça, Rock en Seine n’a rien à faire dans « Ce que tu lis »? Détrompez-vous. Si je vous touche deux mots de ce formidable festival de rock, ce n’est pas pour me vanter d’y avoir vu Björk (époustouflante) et les Bat for Lashes (époustouflantes).

Rock en Seine draine un nombre important de branchés en tous genre, qui viennent défiler dans le parc de Saint-Cloud avec leurs Ray-Ban et leurs Creepers. Mais c’est n’est pas d’eux non plus dont je veux vous parler.

A Rock en Seine, il y a de vraies merveilles de costumes. Certaines personnes, loin de la mode, loin de la fashionitude parisienne (qui somme toute reste sage), se théâtralisent dans leurs vêtements au point de devenir de véritables personnages de roman.

Je les ai pourchassés avec mon appareil photo pour vous le prouver. Jugez plutôt! Et votez pour votre héros ou votre héroïne préféré…


Natasha Khan, la chanteuse du groupe Bat for Lashes. Ou la magicienne Circé dans L’Odyssée d’Homère


Cet homme porte un masque traditionnel de commedia dell’arte, qui représente le Capitaine. Avec ce masque on joue souvent Don Quichotte, le personnage de Cervantès…

La ferme africaine de Karen Blixen…

La troupe des comédiens dans Hamlet de Shakespeare…

Lawrence d’Arabie (le poète en personne)…


Les hippies (mère et fille) de Drop City de T.C. Boyle


Dean Moriarty dans Sur la route de Jack Kerouac…

La Fée Clochette, dans Peter Pan de J.M. Barrie…

American Psycho de Bret Easton Ellis

Le prophète de Khalil Gibran…

Marco Stanley Fogg, le héros de Moon Palace, de Paul Auster…

Encore du Paul Auster : Maria, la photographe du roman Leviathan, inspirée par Sophie Calle dont je vous parlais récemment, s’est incarnée sous mes yeux!

Une ravissante Titania, la reine des fées dans Le songe d’une nuit d’été de Shakespeare, toute auréolée de lumière…

Demande à la poussière de John Fante… un parfum de fifties dans l’Amérique crade…


Blonde de Joyce Carol Oates… mais aussi Le mépris, d’Alberto Moravia, lorsqu’ Emilia enfile sa perruque blonde (moment de cinéma aussi, merci Bardot!)

Mais??? des lecteurs, en plein cagnard, entre deux concerts à la Grande Scène?!

J’aurais voulu les interviewer, malheureusement c’est à ce moment-là que les Kings of Leon ont décidé de commencer leur concert. Non seulement je ne voulais pas rater ça, mais chacun sait qu’il n’y a rien de plus bruyant que les fans british des Kings of Leon…

C’est minuit, toutes les Cendrillon fans de rock refluent vers la sortie…

Et maintenant, à vous! Votez pour votre personnage préféré!

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Sur les traces de Sophie Calle



Paris, Centre Pompidou et errances dans le Marais, le 22 août 2007

Il y a quinze ans, Paul Auster, un de mes écrivains favoris, publiait Leviathan, peut-être son meilleur opus après Moon Palace, à mon avis.

En 2003, j’avais déniché cet exemplaire d’occasion dans une petite librairie américaine que je fréquente régulièrement, San Francisco Books, dans le Quartier Latin. En l’ouvrant, j’y avais trouvé ça :


Le talon d’un billet d’avion pour un vol de Los Angeles à Papeete, au nom de BEHR. Je me mis en tête de retrouver cette personne.

Une amie, dont la mère travaillait autrefois comme hôtesse de l’air, mit sa science à mon service; à son avis le billet datait d’au moins dix ans. Ca n’allait pas être facile.

En feuilletant l’annuaire, je trouvai plusieurs BEHR habitant le 5e arrondissement. J’appelai et je ne tombai jamais sur personne. Cet absence étonnante me laissa penser que le destin ne voulait pas que cette personne fût retrouvée. Ou alors, c’était de la paresse pure et simple de ma part.

Quoiqu’il en soit, je vous raconte tout cela car il s’agit en fait d’un véritable jeu de correspondance et bien sûr, une curieuse comme moi ne pouvait pas y rester insensible : Leviathan met notamment en scène un séduisant personnage inspiré par l’artiste Sophie Calle, la photographe Maria.

Comme Sophie Calle, Maria utilise sa propre vie comme matériau premier de son oeuvre. Bien sûr, Maria comme Sophie provoquent certaines expériences. Par exemple, Sophie Calle, ayant trouvé par hasard un carnet d’adresses, contacta toutes les personnes dont les coordonnées y étaient notées afin qu’elles lui parlent du propriétaire du carnet.

En cherchant à joindre la personne nommée BEHR, dont une infime trace de vie avait été aperçue entre les pages d’un exemplaire de Leviathan, j’agissais, sans le savoir à l’époque, à la manière de Sophie Calle ou de Maria.

Or, aujourd’hui, une personne qui m’est chère m’a offert Double Jeux, un coffret de petits livres colorés contenant plusieurs des plus excitantes expériences de Sophie Calle.

Et soudain, tout le jeu des correspondances s’est mis en marche dans ma tête…

Alors, Monsieur, Madame ou Mademoiselle BEHR…

Si jamais vous lisez ces mots, sachez que nous nous rencontrerons un jour…

Et vous, l’auteur de ce très beau cadeau…

Je vous offre cette photo, car je sais qu’elle vous parlera (puisque Sophie Calle y est blonde et qu’elle jette un oeil endormi sur un ange).

PS : Et si Sophie Calle me fait l’honneur de lire ces mots, j’espère qu’elle me fera le très grand plaisir d’être ma prochaine victime.

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