Archives de Tag: roman

I loved New York

Calme apparent chez les intellos new-yorkais…

Vanessa, blogueuse et camarade d’exil puisqu’elle est, comme moi, une étrangère installée à Berlin, a eu le bon goût de m’offrir un roman qui lui a plu : What I loved de Siri Hustvedt (en France, le titre est Tout ce que j’aimais).

Ah! je vous vois tiquer. « Siri Machin, c’est pas la femme de Paul Auster? Ouais d’accord.. . pas difficile de se faire publier – peut-être même que c’est Auster lui-même qui a écrit le bouquin, allez savoir – etc. »

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Sur une plage à la Bergman : divagation d’été

Figure 1 : Magda à la plage (image du film « Monika » d’Ingmar Bergman)

Le mois d’août est à pleurer d’ennui. Pourquoi? Parce qu’en août, tout le monde se fout de tout. Il n’y a plus personne nulle part, ni sur les blogs, ni dans la rue, ni au resto (qui est fermé) ni dans les clubs (les DJ sont mauvais).

Les gens sont à la plage, serrés comme des sardines dans leur boîte en fer blanc, tentant vainement pendant quinze jours de « décompresser », de manière fort paradoxale, dans un lieu où l’oxygène vient à manquer sous les parasols et les couches de crème solaire.

Ou alors, ils sont sur Fessebouc. Ah oui, ca, c’est sûr, ils y sont. Tentez d’organiser une bouffe, et vous serez seul avec votre panier à pique-nique sur la pelouse du jardin du Luxembourg. Mais balancez des cupcakes et des bières virtuelles tous azimuts sur Fessebouc, et vous récolterez 34 amis dans la journée.*

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Indigne Américain

Un soir dans mon lit, je me suis retournée et je me suis mise à rire comme une démente. Il y avait là devant moi un type crasseux, l’air d’avoir quarante ans, flemmard, obsédé sexuel, vitupérant sur la société américaine et racontant des chapelets de bobards avec une conviction effrayante.

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Les plumes de ces dames

L’écrivain et poète Sylvia Plath, en 1958

Sur ces pages, autrefois, j’ai dit que je n’aimais pas beaucoup les plumes féminines. Arbobo, un charmant lecteur (et très bon blogueur) me soupçonnait même de faire de mon blog un vaste ring pour des cat fights qui l’amusaient énormément.

Il se trouve qu’en ce temps-là, j’avais aussi une préférence nette pour les auteurs morts. Lectrice nécrophile et misogyne, en somme.

Depuis quelques temps – une petite année environ – j’ai changé d’avis. Ma nouvelle bibliothèque se peuple de ladies.

Les Américaines, psychologisantes, forcenées de la Méthode Actors’ Studio appliquée aux lettres, plongent dans la sombre « cave » intime des personnages, en arrachent des pépites de littérature dans une langue directe et authentique. Il y a Sylvia Plath, poète foudroyante, écorchée, qui semble préparer un suicide à chaque vers (mais parmi les poètes, ma préférée est une Russe, Marina Tsvétaïeva). Joyce Carol Oates est pour moi la plus prolifique et la plus bouleversante. Lire Blonde pour comprendre ce qu’est une femme. Et une actrice.

Les Asiatiques, délicates, précises ; elles aussi creusent le cœur des hommes, mais d’une manière moins frontale. La nature, omniprésente, envahit les pages ; la vie quotidienne est un art, la fabrication des gâteaux de la fête du Têt, la cuisson du riz gluant, les cigares du bar à putes d’Hanoï. Je pense à Dong Thu Huong surtout, mais il y aussi Mian Mian et Shan Sa dans une moindre mesure. Littérature de l’instant présent et de la toute petite chose infime qui réjouit le coeur. Lire Terre des Oublis et Au-delà des illusions.

Françaises… inclassables. L’amour des mots semble primer. L’amour de l’histoire pour l’histoire. C’est raconter qui compte. Cependant l’univers est social, plus affirmé peut-être que chez les autres. Un peu de cruauté est permise. Alice Ferney, Marie N’Diaye. Lire surtout Grâce et dénuement et Trois femmes puissantes.

Ces auteurs sont des femmes et parlent naturellement de la femme. Cet être dont le corps, le charme, le parfum furent vénérés par des siècles d’écrivains mâles au point de le déshumaniser, prend soudain une dimension vibrante sous la plume de toutes ces Ferney, Oates, Atwood, N’Diaye, etc. Débarrassées du corset de la beauté et de l’obligation de séduire, les protagonistes femmes de ces romans deviennent des monstres, des filles/mères/soeurs, des hommes, des héroïnes, des anti-héroïnes, bref des âmes en mouvement, mais jamais plus de simples objets d’adoration.

Si les auteurs du XIXe siècle avaient tout de même ouvert la voie (Tolstoï avec son Anna Karénine, Balzac, un peu, avec son Eugénie Grandet), il fallait attendre le XXe siècle et l’émancipation féminine, pour que la littérature se mette vraiment à raconter la vie intérieure de la femme. Aujourd’hui, la question ne se pose plus, les femmes écrivent et parlent d’elles-mêmes, comme n’importe quel auteur – sans oublier de parler de tout le reste, comme n’importe quelle auteur.

Mon amie Madame de… m’a offert Les femmes qui écrivent vivent dangereusement, un livre illustré de Laure Adler, Stefan Bollmann et Odile Demange. Bel ouvrage qui retrace l’histoire de la femme auteur, ses souffrances, ses combats et sa gloire.

Quelles sont vos auteurs préférées? Avez-vous envie de me faire découvrir quelqu’un?

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Interdiction formelle de lire

Moi, Magda F. 29 ans, droguée de la lecture, prostituée du blog*

Interdiction de lire : vous avez bien lu!

C’est l’horrible sentence prononcée par Julia Cameron, pour la quatrième semaine de ma guérison créative. Il s’agit toujours, chers lecteurs, de ce programme en douze semaines, publié sous la forme d’un livre, The artist’s way, dont j’ai parlé il y a quelques temps.

Pendant une semaine, afin de « remplir le puits de ma créativité », je n’ai droit ni aux romans, ni aux essais, ni aux pages de blogs, ni même au journal du matin, ou au dos du paquet de cornflakes.

Quand j’ai lu la tâche de la semaine, censée provoquer en moi un « bond créatif », j’étais dans le métro, j’ai levé les yeux et j’ai marmonné : bullshit! Arrêter la procrastination sur Internet, l’écoute compulsive de RFI ou le boulottage de chocolat, ça, ce serait une façon de me dépolluer l’esprit. Mais arrêter de lire? Julia Cameron, cette dingue, ne saurait-elle donc pas que la littérature est sacrée, tout bonnement?

Je suis contre! J’enrage! Je VEUX lire!

Voilà à quoi ressemble une journée sans lecture pour moi.

09h = Petit-déjeuner : je fais la gueule devant mon muesli, j’écoute RFI – compulsivement, bien sûr. J’apprends que Sarkozy squatte la Maison Blanche en ce moment (cela dit, j’ai l’impression qu’il y est tous les dix jours). Je fais la vaisselle, je lance une machine. Mon colocataire, un écrivain nocturne, me demande s’il est vraiment urgent de passer l’aspirateur à 9 heures du matin. Oh, ça va, hein. Toi, tu as le droit de lire! est une réponse qui le laisse interloqué.

11h = Journée de boulot devant mon ordinateur (je suis écrivain diurne) : je me demande si j’ai le droit de relire mes propres pages de brouillon. Si la lecture de mails liés au travail est interdite, elle aussi? Si j’ai le droit de lire les commentaires de mon blog? Sarcasme. Moquerie. Hahaha.

13h = Une fille avec qui je travaille me balance un dossier sur sa nouvelle mise en scène. Imprévu fatal. Que dire? Pardon, je suis interdite de lecture? Impossible, elle me prendrait pour une allumée. Je dis : Pardon, je suis en plein boulot. Je lirai ton dossier la semaine prochaine. La fille me fait la gueule par mail.

18h = Escapade au cours de danse classique (que j’ai recommencé à faire depuis que je suis le programme de Julia Cameron). Dans le métro, je suis obligée de regarder devant moi, de faire attention au paysage. Et alors? Black Girl, White Girl de Joyce Carol Oates est plus beau que le chemin de fer berlinois, que je sache!

20h = Sortie au théâtre : je ne lis pas le programme, ni même l’étiquette de ma limonade au bar du théâtre. La pièce est superbe. Heureusement qu’il n’y a pas de surtitrage.

Minuit = Extinction des feux : ne pas pouvoir lire avant de dormir ? J’en ai des palpitations. Je me demande s’il me reste un somnifère quelque part. Un truc puissant. De la marijuana? Je soupçonne mon boulanger d’en vendre, je pourrai peut-être…? D’ailleurs, je connais personnellement une pâtissière berlinoise qui en met dans ses cookies, et c’est exquis. Alors qu’à fumer, c’est vraiment dégueulasse, avouez. Bien. Je n’aime pas la marijuana, et je suis contre le trafic de drogues, qui favorise l’esclavage moderne dans l’hémisphère sud…

01h = Je me relève, j’appelle un copain couche-tard pour aller boire un verre de vin blanc. Oh, et puis deux. Puisqu’on y est, je m’allume une petite cigarette alors que j’avais plus ou moins / presque / quasiment arrêté de fumer…

03h = je rentre effarée et tombe sur mon lit. Je comprends : je suis droguée de la lecture! C’est un véritable cauchemar. Et je suis en désintoxication.

A part ça, je mange cinq fruits et légumes par jour et je fais plein de sport, ne vous inquiétez pas. J’existe avec modération.


*Sur la photo, il s’agit en fait de Natja Brunckhorst, dans le rôle de Christiane F. 13 ans, droguée, prostituée, dans le film de Uli Edel sorti en 1981.

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Norma Jean est vivante

La Berlinale est finie et Bal, le film de Semih Kaplanoğlu dont je vous faisais l’éloge, a gagné l’Ours d’Or. A très juste titre. Avec Werner Herzog dans le rôle de président du jury, ça ne pouvait pas rater de toute façon.

Sur tous les tapis rouges du monde, cependant, flotte une éternelle ombre blonde. Quelqu’un, un doux fantôme pâle à la moue d’enfant maquillée, semble toujours manquer, partout où l’on dit le mot de « star » et de « cinéma ». Elle incarnait le glamour hollywoodien et son chaos tout à la fois. Elle était la quintessence de… de quoi? de la « star » ultime? de la féminité? de la fragilité? de la sexualité?

J’ai acheté Blonde de Joyce Carol Oates à l’American Bookstore de Varsovie, en me disant que je jetais peut-être un peu mes zlotys par la fenêtre. Peuh! Oser raconter la vie de Marilyn Monroe sous forme de fiction? Pour qui se prend-elle, cette Joyce Carol?

– Ici, un petit interlude nostalgique explicatif. Je sais tout, ou presque, sur Marilyn Monroe (de son vrai nom Norma Jean Baker). A l’âge de 11 ans, la robe blanche volant sur la bouche d’aération a déclenché en moi une passion démente pour l’actrice américaine. Je voulais la même bouche (raté), les mêmes cheveux (raté), la même voix (je l’imite mieux que Didier Gustin). J’ai même appris l’anglais en regardant ses films. Bref, je l’adorais, j’ai lu plein de bios, je collectionnais ses photos, j’aimais sa tragédie en backstage sous sa beauté foudroyante, je voulais la sauver, je l’AIMAIS. –

Et me voilà à lire une fiction écrite sur une vie dont le pékin moyen croit connaître, comme moi, les moindres détails : les films, les hommes, le succès interplanétaire, les médicaments, l’enfance pathétique à l’orphelinat, le suicide.

Mais J.C. Oates plonge dans les entrailles de Norma Jean et nous invente/dévoile toutes les coulisses de sa vie intérieure. Au bout de dix lignes, déjà, on se fiche comme d’une guigne de savoir à quel point Oates brode, ou non, sur la vraie vie de Marilyn. Comment rendre de façon authentique une existence aussi publique, aussi fictionalisée de son vivant, sinon… en la contant de nouveau? Oates pénètre les tourments et les espoirs de Marilyn mieux que n’importe quel écrivain l’a fait avant elle, et nous raconte une histoire dont il est impossible de décrocher.

Oates est américaine et c’est tout à son honneur. Elle utilise à merveille deux des choses que nos amis d’Outre-Atlantique ont apporté au monde de l’art : le storytelling et l’Actors’ Studio. Dans son roman, il n’y a pas un mot de trop – c’est un roman-fleuve dont chaque remous est vital. La courbe narrative est parfaite, on pourrait presque l’adapter telle quelle au cinéma, s’il se trouvait une folle quelconque pour oser interpréter Marilyn. Voilà pour le storytelling.

Pour l’Actors’ Studio (technique de jeu d’acteur utilisée par Monroe dans les années 50, d’ailleurs), c’est en imaginant les moindres détails de la mémoire de Norma Jean, en fouillant dans les recoins sombres de son passé que Oates parvient à créer un personnage aux mille dimensions, à la fois star sublime de cinéma et petite-fille broyée, mère manquée et épouse chaotique, poète frustrée, actrice acharnée. Quasi-schizophrène, la Marilyn de Oates n’en est cependant jamais moins vivante et proche du lecteur. Un exploit.

Une langue presque inspirée des rythmes simples et répétitifs de la Bible soutient cette navigation à travers l’histoire d’Hollywood et des États-Unis dans les années 50, où se débat la frêle Marilyn. Elle ne sut pas user du sex power dont elle disposait pour survivre. Elle en mourut. Joyce Carol Oates nous livre le plus beau portrait qui soit du sex symbol made in USA, celui qui orne nos mugs et nos trousses à maquillage. Sans fard.

Norma Jean, ou Marilyn Monroe enfant

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Un pressentiment

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Paris dans les années 30 : Brassaï, « La colonne Morris ».

Les pressentiments régissent mon univers, me fascinent, me passionnent. Et ce, depuis l’enfance. C’est bien pour cela que j’aime tant le cinéma de Kieslowski (voir article ici) qui mieux que quiconque, réalise des films où l’intuition a toute sa place. Aussi mon amie Madame de… m’a-t-elle mis entre les mains un roman d’Emmanuel Bove, Le pressentiment.

On dit d’Emmanuel Bove qu’il est un auteur oublié, et pourtant, je n’ai jamais autant entendu parler de lui qu’en ce moment. A Paris justement, aux « Trois baudets », se donne actuellement une pièce de théâtre musical inspiré du roman Mes amis d’Emmanuel Bove : Victor Bâton. Bove, donc, a écrit Le pressentiment. Drôle de titre, peu en lien avec l’histoire qui s’y déroule. Écrit dans les années 30, ce très court roman relate le choix d’un riche avocat de se retirer de son milieu, de sa famille, de sa profession, pour vivre seul dans un misérable immeuble du 14e arrondissement de Paris. C’est là qu’il se rendra compte, bien malgré lui, qu’on ne se défait jamais de sa condition sociale.

C’est une belle histoire, écrite simplement, et qui sonde le cœur d’un homme qui voudrait n’être qu’homme – et non déterminé par sa naissance ni par sa richesse. En cela plutôt révolutionnaire, Emmanuel Bove fait un triste portrait de plusieurs couches sociales, avec une noirceur étrangement philanthrope.

Pourquoi, alors, ce titre de Pressentiment? Seulement pour cette phrase, à la fin du roman : « Maintenant je comprends beaucoup de choses. Charles devait avoir le pressentiment de sa mort ». Une phrase dite à l’enterrement du héros, par un de ses anciens amis, qui n’a jamais pu comprendre qu’on puisse volontairement vouloir se débarrasser de ses oripeaux sociaux et culturels.

Le livre fut adapté par Jean-Pierre Darroussin au cinéma, en 2006.

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Emmanuel Bove, Le pressentiment, éditions Points, 8,50 euros.

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