Archives de Tag: snobisme littéraire

Nos dimanches soir

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Jérôme Garcin

J’ai envie d’écrire une lettre d’amour du dimanche. A Jérôme Garcin, qui présente et dirige Le Masque et la Plume, sur France Inter, tous les dimanches à 20h.

Dire que Le Masque et la Plume a sauvé mes dimanches, c’est peu dire. Depuis l’enfance, où les embouteillages foutaient en l’air le moral de ma famille en retour de week-end, j’écoute cette émission radiophonique culturelle, avec une fascination et une amitié qui n’ont fait que croître.

Pourquoi est-ce que ça marche tellement bien, Le Masque et la Plume? Parce que l’équipe de critiques ciné/théâtre/littérature est cultivée, audacieuse, et spirituelle? Parce que Jérôme Garcin modère tout ça avec une bonne humeur de papa gâteau qui a le verbe haut? Parce que tous ces journalistes tiennent salon avec un enthousiasme franchement rafraîchissant? Parce que – il faut bien que je l’avoue – tout ça a des petits côtés snobs littéraires qui me séduisent follement?

Rien ne me plaît tant que le courrier des auditeurs, par lequel s’ouvre l’émission. Les auditeurs du Masque sont à la hauteur de leur émission préférée. Ils balancent des estocades aux auteurs et aux cinéastes avec une verve qui fait plaisir à entendre. Et égratignent souvent les journalistes de l’émission, qui ripostent avec élégance. J’adore quand la bataille est déclarée, et que les critiques s’en prennent les uns aux autres pour défendre ou assassiner un roman. Ils s’engueulent, s’apostrophent, se marrent, et s’accusent des pires maux de la Terre, mais en bons potes. C’est ça, le secret du Masque et la Plume : du Friends sauce cul(ture).

Quand l’une des journalistes avoue qu’elle s’est fait lire un roman par son mec, parce qu’elle était en train de repeindre son appartement, les autres la huent pour sa paresse, rigolent, et elle, soutient qu’entendre, c’est tout aussi bien que lire le texte. Jérôme Garcin calme les enfants, glisse une blague et hop, embraie sur un autre bouquin, avec la grâce d’un diplomate.

Monsieur Garcin, vous et votre équipe, êtes mes meilleurs amis du dimanche. Je vous remercie, et vous demande, s’il vous plaît, de continuer à procurer à mes oreilles votre grande tablée familiale et dominicale de la culture française.

Chers amis lecteurs, moi qui suis une exilée (je vis en Allemagne) j’ai pris l’habitude de l’écouter en podcast, quand je fais mon jogging. En plus de ça, que voulez-vous, le Masque et la Plume me fait un corps de rêve.

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Le Masque et la Plume, émission radio sur France Inter, tous les dimanches à 20h, et en podcast en cliquant ici.

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Le livre ou la fête

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Berlin Fashion Week de l’an dernier (j’avais la flemme de faire des photos moi-même ce soir…)

Berlin c’est fabuleux, je n’arrête pas de vous le répéter, mais il y a tout de même une belle épine dans le pied teuton. Ici, dans la capitale allemande, on fait la fête. Dix fois trop.

C’est-à-dire qu’au début, vous posez vos valises, et puis, connaissant la réputation infernale de la ville, vous regardez un peu quelles soirées peuvent vous faire vibrer. Il y a parfois des ratages ; un soir, il n’y a pas si longtemps, je me suis retrouvée à marcher en talons hauts dans la neige, bredouille devant un club complètement fermé. Mais dans l’ensemble, vous trouverez vite votre bonheur, que vous soyez rock, indie rock, pop, hip-hop, techno, electro ou amateurs d’objets sonores sur fond de vidéoprojection délirante*. La spirale est en place, Katrina va tout ravager sous peu. C’est quand vous commencez à taper dans la main du physio à la sortie du club le plus blindé du week-end, et qu’il vous gratifie d’un « à ce soir », que vous comprenez que vous êtes mal barrés. Soudain, vous regardez votre poignet à la lueur du jour, il est couvert des multiples tampons des clubs où vous êtes entrés dans la nuit, et vous réalisez que vous n’avez fait que danser/boire/parler/fumer/rire depuis plus de douze heures. Voilà qui laisse bien peu de place à une quelconque activité littéraire, vous en conviendrez.

Alors ce soir, j’ai pris mon destin en main. Ayant dormi deux heures la nuit le matin précédent, je me laisse tout de même tenter par une invitation à un défilé de mode, puisque c’est la Fashion Week de Berlin. Non pas que j’avais très envie de revoir les créatures arrogantes et pailletées qui peuplaient le club où j’avais passé une partie de la nuit précédente. Mais une amie bienveillante m’avait promis une avalanche gratuite de bière et de champagne, qui s’avéra être cet infâme mousseux qu’affectionnent nos amis germains, le Sekt. A peine débarquée, je reconnais trente personnes, dont trois vrais amis. Une journaliste-Barbie toute en dents, et son caméraman blasé, me balancent une lampe dans le visage et m’ordonnent de raconter ce que je pense de la Fashion Week de Berlin. (« Rien » répond mon cerveau, « Ach ja, es ist sehr locker, die Stimmung ist echt cool »** dit ma bouche.) Mon téléphone, quant à lui, se met à devenir dingue. Je compte les soirées où on m’invite par SMS : cinq. Plus un message vocal, hurlé tel un cri tarzanesque, au milieu d’un bar hanté par des singes technoïdes : « It’s the best party, Magda, come quickly !!! »

Mais moi je me souvenais que loin de tout cela, de tous ces amis montés sur ressort prêt à bondir à la première attaque d’une batterie des Gang of Four, ou d’un mix de Sascha Funke, loin de tous ces Berlinois foufous qui mettent des shorts en fourrure pour aller danser… il y avait quelque part, au coeur de la ville, un petit lit douillet où m’attendait Théories du cinéma, un livre publié par les Cahiers du Cinéma regroupant des textes critiques importants du XXe siècle sur le septième art… un livre qui patiemment, tous les jours, attendait que je veuille bien en soulever quelques pages de plus, que je daigne corner un peu sa couverture élégante…

Alors je suis rentrée, essuyant au passage des insultes du type « T’es une vieille » ou « Va dormir, Cendrillon » de la part de mes bienveillants amis ; et je vous passe les allusions, fort désobligeantes pour ma vertu, de ceux qui ne croyaient pas que je puisse rentrer chez moi sans autre raison que celle d’avoir envie de lire. Ils étaient déjà en route pour la prochaine « party-qui-a-lieu-à-cinq-minutes-d’ici-en-taxi-et-on-est-sur-la-guest-list-parce-que-Karsten-sort-avec-la-soeur-de-la-fille-du-vestiaire ». J’ai bondi dans le métro, étonnée moi-même de ma soudaine force de caractère, et me voilà. Prête à chérir de toute mon âme le livre délaissé par les nuits blanches. Il faut parfois savoir faire des choix. Le livre, ou la fête.

O, Stille Nacht…

*Ne riez pas, ça s’appelle vjaying, et tout Berlinois de sexe masculin qui se respecte s’y essaie, Dieu seul sait pourquoi.

** »C’est très décontracté, l’ambiance est vraiment cool ». Phrase d’anthologie que vous pourrez peut-être voir sur le site de la Deutsche Welle, si j’ai bien compris…

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Paris is Hell

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L’écrivain française Lolita Pille.

Lolita Pille. Cette fille jolie, pimbêche, qui écrit des trucs dans Jalouse, pose dans Jalouse, est toujours superbement habillée dans Jalouse, bref, me rendrait jalouse, si son roman Hell avait été, par-dessus le marché, un chef-d’oeuvre. 

Ce n’est pas un chef-d’oeuvre, même si Hell, ce roman dont tout le monde a entendu parler, à moins d’être Ingrid Bétancourt peut-être, et d’avoir eu d’autres chats à fouetter pendant quelques bonnes années… même si Hell, donc, se laisse bouquiner. 

On a envie de lui mettre des claques, à la miss Lolita, on a envie de lui faire valdinguer sa plume qui use et abuse de mots savants et intellos, et de lui faire ravaler son style à la BHL parfumée Coco Mademoiselle, voyez. Plus parisienne que Lolita Pille (écrivain à 19 ans, snob à mourir à 26 ans), cela n’existe que dans un dessin de Kiraz. Lolita Pille EST Paris, du moins une facette de Paris qui renie ses centres d’accueils pour immigrés clandestins de Belleville, ses soupes populaires au Père Lachaise et ses sièges anti-clochards dans le métro. Lolita Pille EST la minette à frange du 11e, le jeune à mèche du 6e, la bobo à vespa, la princesse en vison, la rue Montaigne, et un rayon Taschen à elle toute seule. Snob, horriblement snob, snobissime, à tel point que moi, adepte fanatique du snobisme littéraire, j’en ai pourtant eu le coeur soulevé. 

Hell nous parle d’une gamine très riche de Paris, qui aime, en gros : la baise, la coke, les boîtes de nuit, mais aussi, et c’est en cela qu’elle est différente, la littérature. Elle est blasée à 17 ans. C’était sans compter sur une rencontre avec son acolyte masculin, qui aime les mêmes choses qu’elles, avec une spécialité de plus : faire souffrir à mort son entourage. Tout cela aurait pu faire une intrigue intrigante, si la miss Pille avait pris la peine de nous rendre son personnage attachant, et de nous épargner les longues séries de name-dropping de marques de luxe. Le ton employé, volontairement hautain, est censé nous provoquer, pauvres lecteurs qui ne payons pas l’ISF, afin de réveiller nos consciences endormies par les fluctuations de notre pouvoir d’achat. Sauf que cela ne prend pas une seconde. La maîtrise n’est pas là : la plume au vitriol n’est pas donnée à tous les auteurs ; n’est pas Desproges qui veut. On a hâte de se débarrasser de ces personnages hautement antipathiques et inconsistants. L’impression glauque de se balader dans un carré VIP désert, à la fermeture d’une boîte de nuit, reste toutefois persistante après avoir fermé le bouquin

Si le fait d’écrire sur le néant absolu que représente ce petit monde fermé et luxueux qui hante Paris n’a pas changé Lolita Pille, alors qu’elle recherchait visiblement un exorcisme, qu’en sera-t-il pour le lecteur? Comment pourrait-il ressentir la moindre émotion véritable face à une telle enfilade de conventions littéraires? Lolita Pille sait écrire, indéniablement. Dommage que sa plume soit antipathique. Il y a quelques mois, dans Jalouse, je lisais un petit texte qu’elle avait écrit pour le magazine, qui me prouva que son talent allait décroissant, bouffé par l’obsession modeuse de circuler en circuit fermé, et de sembler incompréhensiblement moderne et libérée, aux yeux du commun des mortels.

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La kamikaze du livre

Ou comment j’ai fini par acheter le livre de Pénélope Bagieu

L’automne, c’est la ruine pour mon portefeuille. Autour de moi, tout le monde a décidé de naître entre la mi-septembre et le début novembre. Entre ces deux échéances, c’est l’hécatombe, j’ai une dizaine de cadeaux à faire. Généralement, je prends mon temps pour préparer l’achat, le personnaliser, traquer les goûts de la personne ciblée, bref : offrir est un art auquel j’adore me livrer. Mais pas lorsque le mois d’octobre ressemble à la course aux cadeaux de Noël.

Alors, bêtement, j’ai décidé de TOUT acheter d’un bloc, au même instant et au même endroit. C’est donc dans une enclave parisienne sur quatre étages, située près d’une triste gare dont la bousculade quotidienne des passagers de banlieue est la seule animation valable, que je me suis livrée au suicide de mon compte en banque. A la FNAC. J’ai juste décidé que tout le monde aurait des bouquins.

Ça va saigner.

Tenue de combat : baskets / jean / pull = la criminelle se fond totalement dans la masse. J’avais même pas de rouge à lèvres. Je me sentais transparente.

Durée du raid : quarante-cinq minutes entre le rayon romans français, romans étrangers, BD et livres d’art.

Je pars à l’attaque, l’ennemi se déploie autour de la carlingue de mon engin (ma parka à capuche moumoutée en lapin qui fend la bise hivernale).

1. Tête de gondole : Lecteurs du dimanche en quête du dernier best-seller : une race dangereuse. Ils entrent dans le rayon, fondent sur leur objectif, vous bousculent au passage, s’en foutent, et ne pensent qu’à payer leur Dan Brown pour le dévorer dans le métro. Une heure aller pour le Dan Brown, suivie d’une heure retour, je vous garantis qu’ils l’auront fini en arrivant chez eux. Quant à moi, je slalome entre les têtes de gondoles et j’arrive saine et sauve au rayon qui m’intéresse. Ouf.

2. Rayon romans français : il se situe juste après le rayon « romans étrangers ». Mon chauvinisme incurable en est extrêmement froissé. Je me permets un grognement d’agacement dans le cockpit, « p… j’hallucine on se croirait aux Etats-Unis » salué par un civil en goguette, un vieux monsieur à chapeau : « Vous avez bien raison mademoiselle! » C’est ainsi que je me rends compte que je suis arrivée en terrain allié. Je réapprovisionne mes réservoirs en romans d’Alice Ferney (Les autres, La conversation amoureuse, Grâce et dénuement), puisque j’offre toujours du Alice Ferney depuis qu’on m’en a offert, et surtout parce qu’elle vient d’en sortir un nouveau, Paradis conjugal. Je repars gonflée à bloc.

3. Rayon bandes dessinées : voilà un territoire que je n’ai pas encore complètement conquis, mais sur lequel j’ai déjà placé quelques balises. Disons que je commence, pour des raisons professionnelles que je ne peux vous dévoiler encore, à m’intéresser de très près à ce genre littéraire. Et comme Martin (oui, vous savez, le dessinateur blogueur qui possède ce coup de crayon dont je suis amoureuse) m’avait vanté les mérites d’Emmanuel Guibert et de sa série Le photographe, j’ai piqué sur la toute récente intégrale du même nom qui regroupe les trois tomes de ces aventures entre dessin, texte très documenté et photos de reportage. Le problème, lorsqu’on connaît mal une zone de combat, c’est qu’on a vite fait de s’enliser dans les marais ou la forêt vierge, qui, il faut le dire, est très attirante. Me voilà soudain entourée par des blessés qui gisent au sol, lisant sans fin Garfield, Snoopy ou Manara – avez-vous remarqué la proportion de garçons prépubères qui squattent les rayons BD de la FNAC? Et comme j’ai une tante très midinette qui fête ses 47 printemps, j’ai agi à l’encontre absolu de mon snobisme littéraire : j’ai acheté à l’ennemi un exemplaire de Ma vie est tout à fait fascinante, la BD méga-girly et rigolote de Pénélope Bagieu, célèbre consoeur bloguesque aux 12000 clics par jour. C’est là que je comprends que ma stratégie a pris un sacré coup dans l’aile. Il faut à tout prix redresser l’engin.

4. Rayons livres d’art : autrement dit le rayon casse-tête. Entre les bouquins de photo, de cinéma, de critique de peinture, d’histoire de l’art illustrée, etc. j’ai envie de tout acheter. Je manque de faillir. Je comprends que j’ai perdu la bataille. L’ennemi me cerne. Je décide d’abandonner l’avion. Je saute en parachute jusqu’au premier étage et me laisse glisser le long de la rampe d’escalator. Jusqu’à finir mon saut de l’ange devant une pile de carnets Moleskine, sorte de drapeau blanc à agiter en caisse pour dire que je me rends. Je ne sais pas sortir de la FNAC sans un carnet Moleskine, bon sang.

BANZAÏ !!!

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Les petites culottes de ma pote

Ma plus folle amitié féminine est née lors d’un atelier d’écriture.

Elle était là, tapant du pied pour imposer sa vision du cinéma à un prof un peu mollasson, le cheveu noir et l’œil émeraude, moderne, garçonne, insupportablement intelligente. Elle avait la gouaille de Depardieu et le style de Juliette Lewis. Un mélange détonnant. On s’est mise à travailler ensemble sur un petit scénario. D’un commun accord, nous avions pris comme point de départ le texte de La femme juive* de Brecht. Personne, parmi les jeunes scénaristes du cours, n’a vraiment compris notre histoire. Peu importe : nous venions d’embarquer pour une amitié parfaitement indéfectible. Il y a eu les fêtes, les concerts, les heures sans fin dans la nuit à parler de livres et de cinéma, et le monde tout autour pouvait bien s’écrouler : Madame de… et moi, nous nous étions trouvées.

Comme par hasard, Madame de… et moi sommes devenues célibataires au même moment. Les choses sont devenues incontrôlables. Il n’y avait plus aucune limite à nos rendez-vous littéraires, cinématographiques et amicaux. De film en bouquin, de voyage en discussion, nous sommes devenues les sœurs siamoises, la blonde et la brune, sorte de tandem fêtard et barjot, obsédé par la culture. Si bien qu’au bout d’un certain temps, nous avons compris que notre fusion parfaite pourrait faire obstacle aux futures rencontres amoureuses. Tacitement, Madame de… et moi avons décidé de vivre nos petites passions annexes chacune de notre côté, sans trop les partager (même si c’était le fantasme bizarre de bon nombre de garçons croisés dans nos pérégrinations).

Or, un beau jour, un ancien amoureux traîne chez moi, ressassant, on ne sait pourquoi, des souvenirs qui n’ont plus lieu d’être (« tu te souviens quand je t’ai emmenée à Maubeuge, le clair de lune était magnifique… »). Sur un fil, au-dessus de ma baignoire, pendent ma lingerie et mes bas noirs fraîchement lavés**. Il attrape une petite culotte d’un air coquin et la brandit : « Je t’en ai volé une, je ne te la rendrai pas! » Je regarde l’objet et je me vois obligée de lui expliquer que cette petite chose en coton n’est pas à moi. Qu’elle appartient à Madame de…, et qu’il va bien falloir qu’il la rende. Le vieux soupirant me regarde perplexe. « Tu laves les petites culottes de ta pote? ». Difficile de répondre à cette question sans avoir l’air lesbien ou masochiste… Me voilà forcée de raconter toute l’histoire.

Magda : Madame de… est venue dormir récemment à la maison.

Le vieil amoureux fronce les sourcils. Il croit que j’ai viré ma cuti.

Magda : Tu ne me crois pas ? (Je lui mets un exemplaire des nouvelles de Maupassant sous le nez). C’est à elle aussi. Elle me l’a lu toute la nuit. Elle n’avait jamais ouvert Maupassant avant de me rencontrer. Elle m’en a lu des passages à haute voix jusqu’à quatre heures du matin. On a tellement ri qu’on n’en a pas dormi de la nuit.

Rien à faire, l’amant des temps anciens me regarde d’un œil charbonneux – Dark Vador, à côté, à l’air d’un souriceau inoffensif.

Le vieil amoureux : C’est ça, bien sûr. Donc Maupassant vous fait rire, Madame de… laisse des culottes traîner chez toi, et moi, je suis Benoît XVI.

Magda : Pourquoi, tu ne trouves pas ça drôle, Maupassant ? C’est tellement moderne…

Mon chevalier servant a cru que je me foutais ouvertement de sa gueule. Il est sorti sans crier gare en claquant la porte d’entrée. Et nous qui devions aller dîner dehors! Il ne me restait plus qu’à me faire des pâtes Leader Price. J’appelle Madame de…

Magda : Tu le trouves comment, mon ancien amoureux ?

Madame de… : J’ai le droit de dire ce que je pense ?… et toi, tu le trouves comment, le chevelu qui me draguait hier ?

Magda : Pas à ta hauteur.

Madame de… : On est foutues.

A cause de Brecht, Maupassant et Madame de…, il est possible que je ne trouve jamais de mari, de labrador ni de pavillon en banlieue. C’est pas facile, la vie d’une snob littéraire.

*In « Grand-Peur et Misère du Troisième Reich », Bertolt Brecht.

** J’en raconte trop, là? Allons, pas plus qu’Angot ou Millet, tout de même…

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Finalement, pour le livre, ça roule, non?

Une image du livre « Fantaisies souterraines » du photographe Jam Abelanet

Un couple sort de la FNAC, quartier des Halles à Paris. Lui, la cinquantaine, rond et hilare, tient sur son épaule deux sacs chargés à craquer de romans et d’essais. Je peux lire, à travers le plastique du sac, certains noms d’auteurs : Montaigne, Heidegger, Lévi-Strauss. Dans sa main gauche, pend un autre sac en plastique du même magasin, presque jusqu’à terre, rempli de BD dont je ne peux distinguer les titres. Elle, frêle, joyeuse et binoclarde, doit porter près de deux tonnes de romans fraîchement achetés, à la force de ses bras minces.

Je marche derrière eux, amusée, stupéfaite, jusque dans la rue Montmartre. En sens inverse me dépasse une jeune fille d’origine asiatique qui marche à toute vitesse, son petit nez dans un livre, tournant les pages avec frénésie. Ses longs cheveux raides risquent de me gifler au passage. Je me retourne sur elle. Son sac en bandoulière bat la mesure à chacun de ses pas rapides. Elle n’a pas levé la tête de ses pages.

Plus tard, dans le métro, je suis plongée dans la lecture du scénario du prochain film de Tony Gatlif. J’interromps ma lecture pour vérifier le nom de la station. On est à Odéon, tout va bien, j’ai encore du temps avant de bondir hors de la rame. Soudain, je me rends compte que dans ce wagon de la ligne 4, tout le monde, ou presque, est en train de bouquiner. Ici, cette femme blonde et bourgeoise qui lit un roman noir. Là, un étudiant en arts plastiques – on les reconnaît toujours avec leur veste bleu de Chine, n’est-ce pas Stéphane – qui se gratte la tête en découvrant Guy Debord. Ailleurs, une gamine qui dévore un manga, écrasée par la foule plus haute qu’elle ; plus loin encore, un cadre sup’ s’instruit sur l’état du monde avec un gros ouvrage politique et tout près de moi, une jeune fille lit un ouvrage à caractère sentimental hautement réprouvé par le snobisme littéraire (un Guillaume Musso… il en faut pour tous les goûts, n’est-ce pas?).

Qui a dit que les Français n’aimaient pas lire?

Je vous propose d’ailleurs de découvrir ici un article intéressant et vraiment marrant sur les différents types de lecteurs dans le métro. Et ce métro parisien, d’ailleurs, inspire les auteurs. Y a longtemps, j’ai lu l’excellent Métro Ciel de Claire Fourier, ou la rencontre sensuelle et folle de deux inconnus d’âge mûr dans une rame. Sans oublier notre Zazie dans le métro (Raymond Queneau) nationale… Surprenant, Fantaisies souterraines, un livre de photos de Jam Abelanet, montre des modèles à poil et sans poils déambuler dans les couloirs vides du métro, ou se percher sur les bornes Navigo. Idée amusante, d’autant que les clichés ont été pris sans autorisation de la RATP, pour un résultat graphique intéressant, mais plutôt inégal.

Toutefois, la plus grande classe, la plus grande marque de snobisme littéraire, chers lecteurs, là voilà : se plonger dans le scénario du Dernier Métro* de François Truffaut à 1h du matin dans une rame déserte!

*publié par La Petite Bibliothèque des Cahiers du Cinéma

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Judas ou le chaînon poétique

No comment. Signé, Judas Magda Iscariote.

C’est très mal, c’est vrai, de renier sa parole. Je vois déjà mes chers Thom, Agnès et Fashion lever les yeux au ciel, ourler leur lippe majestueuse avec dédain et jeter Ce que tu lis aux orties intersidérales : moi qui ait refusé de participer à leurs tags en chaîne, voilà qu’on m’y reprend?

Mais cette chaîne-là, qui me vient des Cahiers de Suzanne, baigne dans la poésie la plus pure. C’est un jeu de hasard et de mots, un peu Sophie Calle, un peu Dada, qui ne peut me laisser froide. Alors je mise. J’abats mes cartes. Thom, Agnès et Fashion feront de moi ce qu’ils voudront (pendez-moi la tête en bas, comme la dernière fois, dixit Philippe Katerine).

Les règles du jeu

1) Indiquez le nom et le lien vers le blog de la personne
2) Prendre le livre que l’on lit actuellement ou que l’on préfère à la page 123.
3) Recopier le texte de la 5ème phrase et des 3 suivantes.
4) Indiquer titre et auteur du livre.
5) Choisir 4 autres blogeurs / blogeuses

Mon jeu de cartes

1) Je réitère : ça vient des Cahiers de Suzanne où sévit la belle Roxane.

2) Voilà, je le prends sur la table de nuit… ouh, quel suspense!

3) « Vous vous y connaissez en bibelots, hein? » dit-il d’un ton dégagé, et il prend un chiffon pour l’essuyer. La partie supérieure, vous explique-t-il soigneusement, était destinée aux toasts beurrés, la partie du milieu aux sablés, la partie inférieure à « deux sortes de gâteaux ». Pour l’instant, toutefois, elle remplit un tout autre office : sur le rayon du haut se trouvent son téléescope, sa boussole et une Bible ; au milieu sa correspondance qui consiste uniquement en ses enveloppes de salaires ; en bas, trône avec une imposante gravité, un pot de chambre qu’il appelle « le meuble de famille », auquel se rattache une mystérieuse histoire dont il me révélera un jour le secret ».

4) Le Quatuor d’Alexandrie, in Justine, par Lawrence Durrel.

5) J’aurais volontiers taggué Thom, Agnès et Fashion, mais je redoute le lynchage collectif. je jette donc mon dévolu sur Christophe, Arbobo et Amanda. Et pour la bonne bouche, je taggue ma correspondante de nuit, Sabine.

POST-SCRIPTUM SUPERFLU A L’USAGE DE QUELQUES LECTEURS CHERIS, MAIS MAL EMBOUCHES : ceci est une chaîne non-midinette et parfaitement snob littéraire. J’ai vérifié si tous les critères étaient compatibles. Et que pourrait bien foutre Lawrence Durrell dans les mains d’une midinette, non mais?

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