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Nos dimanches soir

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Jérôme Garcin

J’ai envie d’écrire une lettre d’amour du dimanche. A Jérôme Garcin, qui présente et dirige Le Masque et la Plume, sur France Inter, tous les dimanches à 20h.

Dire que Le Masque et la Plume a sauvé mes dimanches, c’est peu dire. Depuis l’enfance, où les embouteillages foutaient en l’air le moral de ma famille en retour de week-end, j’écoute cette émission radiophonique culturelle, avec une fascination et une amitié qui n’ont fait que croître.

Pourquoi est-ce que ça marche tellement bien, Le Masque et la Plume? Parce que l’équipe de critiques ciné/théâtre/littérature est cultivée, audacieuse, et spirituelle? Parce que Jérôme Garcin modère tout ça avec une bonne humeur de papa gâteau qui a le verbe haut? Parce que tous ces journalistes tiennent salon avec un enthousiasme franchement rafraîchissant? Parce que – il faut bien que je l’avoue – tout ça a des petits côtés snobs littéraires qui me séduisent follement?

Rien ne me plaît tant que le courrier des auditeurs, par lequel s’ouvre l’émission. Les auditeurs du Masque sont à la hauteur de leur émission préférée. Ils balancent des estocades aux auteurs et aux cinéastes avec une verve qui fait plaisir à entendre. Et égratignent souvent les journalistes de l’émission, qui ripostent avec élégance. J’adore quand la bataille est déclarée, et que les critiques s’en prennent les uns aux autres pour défendre ou assassiner un roman. Ils s’engueulent, s’apostrophent, se marrent, et s’accusent des pires maux de la Terre, mais en bons potes. C’est ça, le secret du Masque et la Plume : du Friends sauce cul(ture).

Quand l’une des journalistes avoue qu’elle s’est fait lire un roman par son mec, parce qu’elle était en train de repeindre son appartement, les autres la huent pour sa paresse, rigolent, et elle, soutient qu’entendre, c’est tout aussi bien que lire le texte. Jérôme Garcin calme les enfants, glisse une blague et hop, embraie sur un autre bouquin, avec la grâce d’un diplomate.

Monsieur Garcin, vous et votre équipe, êtes mes meilleurs amis du dimanche. Je vous remercie, et vous demande, s’il vous plaît, de continuer à procurer à mes oreilles votre grande tablée familiale et dominicale de la culture française.

Chers amis lecteurs, moi qui suis une exilée (je vis en Allemagne) j’ai pris l’habitude de l’écouter en podcast, quand je fais mon jogging. En plus de ça, que voulez-vous, le Masque et la Plume me fait un corps de rêve.

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Le Masque et la Plume, émission radio sur France Inter, tous les dimanches à 20h, et en podcast en cliquant ici.

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Paris is Hell

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L’écrivain française Lolita Pille.

Lolita Pille. Cette fille jolie, pimbêche, qui écrit des trucs dans Jalouse, pose dans Jalouse, est toujours superbement habillée dans Jalouse, bref, me rendrait jalouse, si son roman Hell avait été, par-dessus le marché, un chef-d’oeuvre. 

Ce n’est pas un chef-d’oeuvre, même si Hell, ce roman dont tout le monde a entendu parler, à moins d’être Ingrid Bétancourt peut-être, et d’avoir eu d’autres chats à fouetter pendant quelques bonnes années… même si Hell, donc, se laisse bouquiner. 

On a envie de lui mettre des claques, à la miss Lolita, on a envie de lui faire valdinguer sa plume qui use et abuse de mots savants et intellos, et de lui faire ravaler son style à la BHL parfumée Coco Mademoiselle, voyez. Plus parisienne que Lolita Pille (écrivain à 19 ans, snob à mourir à 26 ans), cela n’existe que dans un dessin de Kiraz. Lolita Pille EST Paris, du moins une facette de Paris qui renie ses centres d’accueils pour immigrés clandestins de Belleville, ses soupes populaires au Père Lachaise et ses sièges anti-clochards dans le métro. Lolita Pille EST la minette à frange du 11e, le jeune à mèche du 6e, la bobo à vespa, la princesse en vison, la rue Montaigne, et un rayon Taschen à elle toute seule. Snob, horriblement snob, snobissime, à tel point que moi, adepte fanatique du snobisme littéraire, j’en ai pourtant eu le coeur soulevé. 

Hell nous parle d’une gamine très riche de Paris, qui aime, en gros : la baise, la coke, les boîtes de nuit, mais aussi, et c’est en cela qu’elle est différente, la littérature. Elle est blasée à 17 ans. C’était sans compter sur une rencontre avec son acolyte masculin, qui aime les mêmes choses qu’elles, avec une spécialité de plus : faire souffrir à mort son entourage. Tout cela aurait pu faire une intrigue intrigante, si la miss Pille avait pris la peine de nous rendre son personnage attachant, et de nous épargner les longues séries de name-dropping de marques de luxe. Le ton employé, volontairement hautain, est censé nous provoquer, pauvres lecteurs qui ne payons pas l’ISF, afin de réveiller nos consciences endormies par les fluctuations de notre pouvoir d’achat. Sauf que cela ne prend pas une seconde. La maîtrise n’est pas là : la plume au vitriol n’est pas donnée à tous les auteurs ; n’est pas Desproges qui veut. On a hâte de se débarrasser de ces personnages hautement antipathiques et inconsistants. L’impression glauque de se balader dans un carré VIP désert, à la fermeture d’une boîte de nuit, reste toutefois persistante après avoir fermé le bouquin

Si le fait d’écrire sur le néant absolu que représente ce petit monde fermé et luxueux qui hante Paris n’a pas changé Lolita Pille, alors qu’elle recherchait visiblement un exorcisme, qu’en sera-t-il pour le lecteur? Comment pourrait-il ressentir la moindre émotion véritable face à une telle enfilade de conventions littéraires? Lolita Pille sait écrire, indéniablement. Dommage que sa plume soit antipathique. Il y a quelques mois, dans Jalouse, je lisais un petit texte qu’elle avait écrit pour le magazine, qui me prouva que son talent allait décroissant, bouffé par l’obsession modeuse de circuler en circuit fermé, et de sembler incompréhensiblement moderne et libérée, aux yeux du commun des mortels.

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