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Une Blanche-Neige musclée

GERMANY/

Schneewittchen (Blanche-Neige) d’Angelin Preljocaj

Blanche-Neige, c’est mon obsession (je sais que c’est freudien, n’en dites pas plus!), et c’est mon personnage littéraire préféré. J’aime aussi particulièrement la méchante et très belle reine, le père lâche et les sept nains. Quant au Prince Charmant, celui-là… disons que je crois l’avoir croisé en chair et en os, deux fois dans ma vie.

Blanche-Neige au Deutsche Oper de Berlin, monté par le chorégraphe Angelin Preljocaj, c’était donc l’occasion de vitupérer sur « ces artistes qui ne comprennent jamais rien au mythe de Blanche-Neige et s’amusent à le massacrer ». Sauf que non.

J’ai regardé ce spectacle de danse de presque deux heures et je n’ai (presque) rien trouvé à redire. En revanche, je me suis levée pour applaudir à tout rompre Elisa Carillo Cabrera (dans le rôle de Blanche-Neige), une des plus incroyables danseuses qu’il m’ait été donné de voir. J’ai pleuré quand Blanche-Neige est morte ; je me suis mouchée bruyamment quand le Prince l’a réveillée, dans une danse d’amour nécrophile sublimement chorégraphiée ; je me suis poilée quand les nains ont fait de la varappe sur les murs de la grotte. Et j’ai ouvert des yeux d’éternelle enfant quand la méchante reine (autre danseuse fascinante, Beatrice Knop) s’est livrée à une danse démoniaque devant son miroir magique.

Sacré Preljocaj! Il a su marier comme personne le grand art et le divertissement. Décors enchanteurs, danse musclée et sensuelle, costumes divins de Jean-Paul Gaultier, musique envoûtante de Gustav Mahler : tout cela fait exploser la magie noire de Blanche-Neige sur scène, et c’est debout et hurlant de joie que le public allemand a remercié les interprètes de ce très grand spectacle.

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Le choix des armes : le costume!

« Cantata » de Mauro Bigonzetti

Hier, j’étais encore au Grand Palais, pour assister à la générale de presse du programme numéro 3 des Etés de la danse.

Il s’agissait d’une soirée italienne, puisque les Grands Ballets Canadiens se retrouvent cette semaine sous la houlette du chorégraphe Mauro Bigonzetti. Autant le dire tout de suite : la première partie, un ballet néo-classique loupé et ennuyeux sur des Quatre Saisons de Vivaldi platement exécutées, ne vaut pas le prix du billet que je n’ai pas payé (ah ah ah).

A l’entracte, je faillis prendre la poudre d’escampette. Mais tout s’est illuminé pendant la seconde partie, Cantata, une danse folle, libre et populaire sur les hululements joyeux de quatre musiciennes de chant traditionnel italien. La puissance des interprètes s’est déployée d’un coup et se reflétait de façon magique dans la verrière du Grand Palais. Bien plus à l’aise dans la geste gouailleuse de l’Italie profonde que dans les grâces baroques de Vivaldi, Mauro Bigonzetti devrait peut-être envisager de lâcher la danse classique et admettre qu’il est tout simplement un contemporain.

Chers amis lecteurs, c’est l’été, l’heure n’est pas grave. Cessons d’être intellos deux minutes : un homme qui danse en collants, on trouve ça sexy quand on s’appelle Riri, mais pas si on est une femme, à priori. Dans la première partie du spectacle, ces messieurs sautillaient en string couleur chair. Tant de muscles étalés, à force, ça épuise l’imagination. Dans la seconde, c’est en costume, comme dans Noces de Stijn Celis dont je vous ai parlé la semaine dernière, que s’ébattent nos jeunes danseurs. Outrageusement plus sexy, si vous voulez mon avis.

La preuve ci-dessous… avec un exemplaire de l’homo magdalus (dixit Holden) en plein délire sur la musique de Fat Boy Slim. Christopher Walken dans le clip de Weapon of choice, réalisé par le superbe Spike Jonze!

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Les étés de la danse au Grand Palais, Paris 2008

« Noces » de Stijn Celis

Ce soir, j’étais à la générale de presse du Programme 2 des étés de la danse au Grand Palais édition 2008. Les étés de la danse, festival vieux de trois petites saisons seulement, ont commencé, cette année, le 21 juillet, et se clôtureront le 9 août.

L’invité de cette programmation? Les Grands Ballets Canadiens. Ok, why not? Et ce soir, qu’est-ce qu’on voit?

TooT, une chorégraphie de la Néerlandaise Didy Veldman, sur une partition de Chostakovitch. Ennuyeuse élucubration qui brode autour du thème du cirque et ne centre pas son propos. Gestes illustratifs, bouffonneries inutiles, scénographie limite ringarde avec morceaux d’alu qui se déplacent au gré des envies des danseurs. Une danse molle, peu technique, et des arrangements douteux avec la somptueuse musique de Chostakovitch.

Noces, du Belge Stijn Celis, sur une musique de Stravinsky. La sauce reprend. Douze mariées aux robes en lambeaux face à leurs époux en costume. Une danse irlandaise qui tourne mal autour de l’impossibilité de communiquer entre hommes et femmes. Une fête macabre. Les corps jaillissent, tous unis dans de beaux mouvements d’ensemble, les femmes deviennent poupées, les hommes chasseurs. Elles fuient toutes – ils finiront par les hypnotiser d’amour, et les emporter comme de délicates statuettes immobiles sur leur épaule… Emouvant. Cela dit… faut aimer Stravinsky. Rude-rude, parfois, l’ami russe, non?

Six dances, de Jiri Kylian, sur une partition de Mozart. Divin, évidemment… c’est Jiri Kylian. Le chorégraphe tchèque qui nous prouve, depuis 1975, que la danse classique ne meurt jamais et que relevée à la sauce épicée, comme lui seul sait la faire, elle a plus d’un tour dans sa demie-pointe! La danse est drôle, violente, désarticulée dans une discipline de fer. Les jambes volent très haut, les têtes se contorsionnent, les mains jouent. Techniquement, c’est inégalable. Et puis, Mozart! Kylian est dans le baroque comme dans un chausson. Voir ces danseurs s’éclater avec autant de niveau, autant de grâce, autant d’humour, dans une prise d’espace aussi magistrale, dans des duos aussi jouissifs, ça m’a fait rentrer illico à la maison pour fouiller mes cartons de déménagement : ils sont où ces p***** de chaussons de danse? Et ce f**** justaucorps noir? C’est décidé, je m’y remets!

En dépit de la première pièce, foirade totale à mes yeux, je vous recommande la soirée pour les deux secondes parties, qui valent le détour. Petit bémol, mesdames et messieurs des Etés de la danse au Grand Palais : qui vous a donné l’idée de fliquer les spectateurs comme dans un aéroport? On ne sort pas avec son verre (de San Pellegrino, ça va, c’était pas de la bibine), on sort sur le côté pour fumer sa clope et on doit revenir au centre sous peine de se faire hurler dessus par un vigile… bon, c’est vrai, j’aurais pas dû m’en griller une en douce au bar.

Sans rancune.

Tout sur les tarifs, les dates, l’accès au Grand Palais : www.lesetesdeladanse.com

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