Lundi, 28 avril 2008

C’est quoi ton mot de passe?

C’est quoi ton mot de passe, ami lecteur et blogueur? Ben, je vais te le dire. Ton mot de passe, c’est JEAN-BOBBY.

Rien à voir avec JR, le vilain type au chapeau de paille de Dallas. Jean-Bobby, c’est… un cactus qui émet des onomatopées. Et une star dans ma pièce, Berlin-Fragments, qui se joue au Théâtre des Déchargeurs (Paris 1er) du 10 au 31 mai 2008, à 20h, du mardi au samedi inclus. Votre mot de passe, c’est JEAN-BOBBY car comme je vous aime et que j’ai très envie que vous veniez voir cette création théâtrale dont je suis la criminelle auteur, je vous fais un tarif spécial blog*. Donc, si le coeur vous en dit, que vous avez envie de découvrir le travail dont je vous rebats régulièrement les oreilles, que vous avez envie de rire un bon coup devant quatre jeunes actrices cinglées, d’user une boîte entière de Kleenex lotion aloe vera… appelez ce numéro : 0892 70 12 28 et dites que vous avez un tarif JEAN-BOBBY à 10,50 euros*.

Et de quoi ça parle? Ça parle des traces que laisse une ville dans la mémoire des êtres. De la difficulté de grandir, d’être femme. De la folie douce qui est en chacun de nous. Il y a Berlin, il y a Sissi, qui prend l’hôpital pour un aéroport, il y a Joséphine, qui parle à ses plantes vertes, il y a Marlene, qui chante du cabaret dans sa cuisine et qui est amoureuse de son boa de plumes, et… il y a Katrin, qui est peut-être un ange. D’aucuns diront que je fais de la pub, là… A ceux-là, je répondrai : oui, c’est vrai. Parce que je n’ai pas envie d’attendre que Canal + et Steven Spielberg se manifestent pour me produire ;-) et que je préfère compter sur votre enthousiasme à vous, pour faire vivre ce travail de dingue, qui a provoqué une pénurie de Vogue menthol et de Kinder Bueno au tabac en bas de chez moi sous l’effet du stress et de l’excitation.

Alors, les amis, rendez-vous en mai?

Ah oui! Et puis, comme j’aime bien les jeux, vous le savez… j’offre une invitation pour deux au premier lecteur qui commentera ce billet!

* Ma petite offre n’est valable que jusqu’au 20 mai dans la limite des places disponibles… Au-delà, vous pouvez toujours venir, bien sûr, en réservant au même numéro!

Samedi, 26 avril 2008

L’enterrement du boa

MARLENE : (Elle soupire). Mes enfants, le cabaret pourrait fermer ici. Mais ce n’est jamais vraiment fini. La vie, elle est étrange. Ma vie surtout. Quand je chante, j’entends mes casseroles applaudir. C’est beau. Toutes ces voix de métal, dans ma cuisine, pour moi ! Ach, mes chéris ! Mon boa est mort dans le siphon de la salle des bains ce matin, il a été aspiré, comme un pauvre petit ver de terre, lui qui serpentait tout autour de mon cou, joli boa, petit chéri. Alors, je dis les plumes, c’est fini. Trop dur à oublier. Trop dur…

Elle part en pleurant et revient endeuillée, portant des lunettes noires.

MARLENE (déclamant) : Dans tes yeux, un maelstrom,

Dans ta bouche, c’est pour la forme,

Des cheveux, du savon, tous les poils de mon mari ;

(avec le chœur) Boa, boa, bois-moi tout ça !

Boa, boa, bois-moi tout ça !

T’étais pas beau, t’étais pas gentil,

Mais j’t’aimais, t’étais mon ami,

Le plumeau de mon petit plumard du soir ;

(avec le chœur) Boa, boa, bois-moi tout ça !

Boa, boa, bois-moi tout ça !

C’est fini, t’es siphonné,

On va bien me rire au nez,

Mon cou est nu, ma gorge est gelée !

(avec le chœur) Boa, boa, bois-moi tout ça !

Boa, boa, bois-moi tout ça !

Un beau jour de juin 2006, naissaient Sissi, Joséphine, Marlene et Katrin, quatre filles complètement folles qui errent dans une ville enchantée, bohème, déjantée. C’était Berlin-Fragments, la pièce de théâtre que je rêvais d’écrire sur Berlin, et elle vit depuis presque deux ans…

Je vous en dis plus dans quelques jours… sinon, pour les impatients, c’est par ici!

Lundi, 21 avril 2008

Stasiland

Reconstitution des dossiers de la Stasi, après les tentatives de destruction lors de la Chute du Mur

Pour rebondir sur ce que disait Agnès il n’y a pas longtemps à propos de la liberté des blogueurs en Allemagne (ils doivent publier leurs coordonnées avant de pouvoir être hébergés, ce qui est assez… bizarre), je souhaite vous parler aujourd’hui d’une de mes lectures récentes, Stasiland.

Ce livre d’Anna Funder, Australienne ravissante et voyageuse, nous emmène à la rencontre de plusieurs acteurs d’une période noire de l’histoire allemande, les années de la RDA. Ayant pour mon propre compte de nombreuses recherches à effectuer sur cette période, il m’a fallu peu de temps pour constater que rien, ou presque, ne se vendait en librairie sur ce sujet. La RDA? Tout le monde s’en fout un peu en France. En réalité, d’après le très intéressant La RDA au passé présent publié aux Presses Sorbonne Nouvelle, il y a en France un très grand nombre d’historiens chercheurs sur ce thème, pour un nombre d’étudiants réduit à une peau de chagrin. Espérons que le récent succès de La vie des autres y changera quelque chose. Car c’est là une dictature épouvantablement fascinante, et riche d’enseignements sur la manipulation psychologique des masses comme des individus.

Stasiland part donc à la rencontre de personnages qui n’ont rien de fictif. Pourtant, c’est un roman. Victimes et bourreaux se font entendre. Au cours des années 1990, Anna Funder est allée interroger aussi bien d’anciens détenus des geôles de la Stasi que d’anciens agents de la police politique. Tout le monde se côtoie aujourd’hui en Allemagne. Votre boulangère a peut-être espionné vos parents pour savoir, par exemple, s’ils ont osé regarder la télévision de l’Ouest, et ils sont peut-être au courant : tout ex-citoyen de la RDA peut consulter son dossier personnel dans les archives de la Stasi. Les histoires des personnages de Stasiland sont toutes terriblement émouvantes. Enfants, maris disparus, familles séparées par le Mur, jeune femme espionnée pour avoir eu un flirt italien, adolescente de seize ans emprisonnée pour avoir tenté de passer la frontière… Un sentiment étrange naît lorsqu’Anna Funder rencontre d’anciens agents de la Stasi. Recyclés dans la vie quotidienne ou retraités, ce sont des gens comme vous et moi. Victimes de leur temps, ils étaient les bourreaux psychologiques de leurs concitoyens. Anna Funder les approche avec malaise et fascination.

Le grand intérêt de ce document est d’être avant tout une fabuleuse histoire pleine d’histoires. Anna Funder est sa propre protagoniste. Australienne égarée à Berlin, elle pose un regard légèrement ironique sur cette ville de tous les possibles, cette ville en reconstruction. Ses états d’âme ne sont pas sans rappeler ceux de l’héroïne de Lost in Translation de Sofia Coppola. On est happés par le vague à l’âme de la jeune journaliste et par son amour de la bière, du rock, des êtres en décomposition sociale, comme ce vieil ami ex-star du rock en RDA avec qui elle passe ses nuits à boire et à rêver.

Saluons donc le choix de publication des toutes jeunes éditions Héloïse d’Ormesson. Et n’oublions pas, au travers d’essais d’importance comme l’est Stasiland, que la liberté d’expression, bloguesque ou pas (puisque c’était le sujet d’un billet récent qui fit débat sur ce blog), est un combat permanent. La Chute du Mur n’a pas vingt ans…

Vendredi, 18 avril 2008

Faute, balle de match

Il y a cinq minutes, j’étais sur le blog de Marco, La littérature du sous-sol. “Se rappeler de moi”, mentionne l’hébergeur en bas de la page de commentaires. Hein? Quoi? “Se rappeler DE”? M’exclamè-je. Quelle honte! Au pied d’un blog si bien rédigé, cette tache!*

Me voilà, Magda, chienne de garde du joli français. Le cheveu gras et pendouillant sur un front boutonneux, la jupe longue et plissée sur un genou cagneux, l’oeil vif derrière un triple foyer à l’affût de la moindre faute qui souillerait la langue de Molière. Gnark gnark! J’aime pas les fautes de français, et y en a partout. Avez-vous remarqué?

Au jour d’aujourd’hui” = et à l’heure de maintenant, et à la minute de la soixantième seconde, hein? c’est pas un peu redondant, ça? Quelqu’un a-t-il l’heure?

C’est pas de ta faute, Magda, si t’es conne” = c’est pas TA faute, Magda, si t’es conne, est bien plus correct.

Ah, je me rappelle de toi, Magda, comment tu es conne!” = Ah, je me souviens de toi, Magda, comme tu es conne. Ou bien : Ah, je me rappelle, Magda, comme tu es conne. Voilà, mon cher enfant, la tournure qui m’insultera le mieux.

Magda est nominée aux césars de la meilleure actrice…” = NOMMEE, nomméeeeeeee! Voilà ce que je hurlerais si j’entendais Jean Rochefort m’appeler sur scène avec sa compression dorée à la main! “Nominer” est une erreur qui nous vient de… Romy Schneider. En allant chercher ou remettre un césar, je ne sais plus bien, elle a dit “nominer” ; mais je le lui pardonne, non seulement c’était la plus belle, mais le français n’était pas sa langue natale.

Certes, ces fautes sont laides. Mais le pire, attention, c’est que le point-virgule menace de disparaître. Il paraît que les romanciers et les journalistes ne l’utilisent plus. C’est très préoccupant. Je vais donc en user et en abuser dans les lignes qui suivent ; or, “le point-virgule s’utilise avec deux membres distincts qu’on veut mettre en opposition ou en parallèle” ; il se trouve que je passe ma vie à mettre des membres en parallèle et en opposition ; surtout en ce moment sur ce blog. Ouf, je crois bien que le point-virgule a repris des couleurs ; comment vous sentez-vous, ami P-V? “Fort bien ; depuis Proust, j’ai rarement été si utilisé”.

Bien. Maintenant, citons les fautes très laides et très drôles. “J’ai des yeux de lumpe“, “La couche est pleine“, “J’en ai par-dessus le paletot” : ne croyez pas que j’invente, j’ai tout entendu de mes oreilles, j’ai vu ces gens de visu (arrrrrgh!). Là, on frôle la poésie absurde, Beckett n’est pas loin.

Vous avez bien ri? Ce qui est moche, c’est qu’on est tous aussi sujet à ce genre de conneries. Qui n’a jamais écrit “Autant pour moi” au lieu de “au temps pour moi”? Qui ne s’est jamais autorisé à dire “Malgré que” puisque Proust en fait l’usage dans La Recherche? L’auteur dramatique Pierre Notte s’en amuse souvent. Ses personnages se reprennent les uns les autres et le langage devient délirant… Un vrai bonheur. Fouillez bien votre mémoire : quelle est la pire faute de français que vous ayez commise? Euh… Et aussi… quelqu’un peut-il me dire en quoi l’expression “par contre” est moins élégante qu’”en revanche”?

Vous avez parfaitement le droit de me dire que ce billet ne sert à rien. Mais quoi! Le futile est beau, la langue est belle, et c’est tout… :-)

* Petit rappel à nos amis publicitaires : un produit puissant contre les TACHES, pas tâches. Grrr… Faites (des économies), pas faîtes…

Mercredi, 16 avril 2008

Ulysse revient (hin hin…) Ulysse revient!

Un jour, vous publiez un billet sur la petite bataille “critique littéraire” contre “blog littéraire”, et boum, vous vous retrouvez casquée et cuirassée comme une amazone, à croiser le fer avec tous vos amis blogueurs et quelques nouveaux combattants venus prêter main-forte ou se mesurer à vous. Au bout de 85 commentaires, je me suis dit qu’on ne pouvait décemment pas estimer que la guerre de Troie n’aurait pas lieu. On est en plein dedans. Et qui est l’Hélène, dans cette belle histoire? Le blog littéraire. Car ce qui me paraît ressortir de tout ça, c’est qu’on se demande tous : mais bon sang de bachibouzouk (ça s’écrit comme ça bachibouzouk? clin d’oeil à BelleSahi… j’ai pas mon Tintin sous la main) qu’est-ce donc qu’un blog littéraire? Pour ma part, je défends le terme “littéraire”, parce que “blog livres” pour moi, ça fait un peu politiquement correct, type “technicienne de surface de couleur non-voyante”.

Et ce qui ressort de cette interrogation, ainsi platement posée par moi-même, c’est : personne ne semble le savoir. Est-ce un blog qui parle de bouquins, qui parle d’auteurs, est-ce un blog dans lequel on critique des livres, est-ce un blog dans lequel on interviewe des auteurs, des éditeurs, est-ce un blog dans lequel on parle de l’histoire des lettres, est-ce un blog dans lequel on écrit en tant qu’auteur, en tant que “journaliste” (ouh là là ouille)… etc. Pour ma part je fais clairement n’importe quoi (j’écris, je papote, je critique, j’interviewe), je tourne tout autour du bouquin - voire de l’écrit en général - et je serai très vexée qu’on vienne me dire : “Non Magda, ton blog est un dépotoir à snobismes, pas un blog littéraire”. En même temps, y a que la vérité qui blesse ;-)

Je crois que le vrai talon d’Achille* des blogueurs littéraires, c’est de ne pas savoir si leurs travaux ont un avenir, ou pas. Car on peut tout à fait imaginer que le blog, dans l’absolu, est un mode d’échange qui va disparaître comme il est apparu, supplanté par des moyens plus performants. Avec Internet, ce genre de choses est tout à fait envisageable. Et si notre cher petit Nicolas décrétait soudain que pour protéger la presse, il allait nous dégager de la Toile vite fait bien fait? Je vais loin, c’est vrai! Et si tout à coup les lecteurs se désintéressaient, si la mode se portait vers un autre média… Mais ne faut-il pas tout simplement être persuadé que le blog, littéraire ou pas, est une alternative indispensable à la pensée officielle, dans le monde d’aujourd’hui? Ne devrions-nous pas être persuadés que quelle que soit notre façon de “travailler” sur nos blogs (même avec des photos de mon chat en train de pisser sur ma plante verte), nous devons à tout prix être convaincus que cela sert la liberté de penser, donc que cela ne sert pas à rien?

La liberté du web 2.0 est grisante et dangereuse ; tout peut y être fait par tout le monde, c’est la merveille de Wikipedia, mais c’est aussi l’angoisse de sites à tendances extrémistes ou racistes… Cette liberté, cependant, je ne la trouve nulle part ailleurs. Je fais un billet qui touche 30 lecteurs, demain un autre billet en touchera 400, personne ne me demande des comptes là-dessus. Je suis anonyme si je veux, je me fais connaître si je peux. Je défends cette liberté bec et ongles : les espoirs de mai 68 se concrétisent dans le web 2.0. Il est interdit d’interdire. Merci Bill Gates? Ok, il y a du paradoxe là-dedans, rien n’est jamais pur…

* Je ne sais pas si vous avez vu à quel point j’aime filer la métaphore. Mon redoutable professeur de lettres au lycée de Dijon me disait “C’est ce qui vous perdra, ma petite”. Honneur à lui…

Lundi, 14 avril 2008

Bookshops, bookstores : librairies rosbeef & co

Librairie Shakespeare and Company, Paris

Au départ, il y a un article très en retard que je devais écrire pour le 17 mars au sujet de Yeats, l’auteur que j’avais choisi de lire pour le jeu So Irish de Fashion.

Au départ, j’avais envisagé une sorte de vidéo onirique, classe et littéraire à la fois, avec ma voix suave de comédienne disant (en anglais bien sûr, je suis si snob ) The lake isle of Innisfree*, un des plus beaux poèmes de Yeats, posée sur des images de béton et de pigeons, comme contraste saisissant entre le monde urbain et l’île merveilleusement sereine dont parle le grand Irlandais. Wow.

Réalisant par la suite que je ne suis ni Tarkovski ni Kieslowski et que probablement mes lecteurs se foutent de mes expérimentations vidéos comme de leur premier Bescherelle, j’ai lâché l’affaire. Parlons donc plutôt de ces librairies merveilleuses dans lesquelles vous pourrez, vous lecteur anglophone ou anglophile, vous régaler de bouquins dans la langue de Shakespeare, entassés les uns sur les autres dans des alcôves mystérieuses.

Deux adresses : la célèbre Shakespare & Company, 37 rue de la Bûcherie, 75005 Paris

et la délicieuse San Francisco Books, 17 Rue Monsieur le Prince, 75006 Paris

Pourquoi je les aime? Parce que ce sont des endroits où il fait bon flâner.

Au Shakespeare, le patron engage de jeunes bohèmes des quatre coins du monde, qui, à l’occasion et parce que ce sont souvent des routards, dorment entre les rayons de la bibliothèque qui se niche au premier étage, sur de petits lits aux mauvais matelas… Shakespeare seul sait combien d’idylles internationales ont pu s’y nouer… Dans le “Poet’s corner”, un petit coin qui comme son nom l’indique, vous saisirez l’échelle de bois pour attraper un recueil de Yeats, comme je l’avais fait. Vous ne trouverez pas que des livres anglophones au Shakespeare, mais aussi, pour les russophones et les amoureux des lettres italiennes dans la texte, de quoi étancher votre soif.

Quant au San Francisco Books, c’est parce que son patron est toujours prêt à vous renseigner, même sur des titres épuisés, à parler un peu avec vous de ses auteurs favoris, appuyé sur une pile de vieux livres d’art en anglais. C’est d’ailleurs là que, me prenant soudain pour Sophie Calle, j’ai découvert un billet d’avion pour Tahiti coincé entre deux pages du Leviathan de Paul Auster

Je vous souhaite une belle découverte.

PS : Ce billet ne vient pas mettre fin à la magnifique conversation qui a lieu en ce moment sur le billet précédent … Chers amis, il fallait juste que je dise qu’il y a des choses que j’aime vraiment beaucoup, aussi. Vous vous lasseriez de mes coups de gueule littéraires, si je n’en usais avec parcimonie! :-)

* En français : L’île sur le lac, à Innisfree.

Mercredi, 9 avril 2008

Blogueurs, vos papiers!

Au dessus, le blogueur littéraire. Au-dessous… à vous de voir.*

C’est nouveau sur la Toile : désormais, nous devrions, pour oser critiquer, analyser, ou, PIRE, aimer, décliner notre curriculum vitae. Car quelques “professeurs” (du moins se prétendent-ils tels) mal embouchés, maniant l’insulte à faire frémir de honte le Capitaine Haddock, estiment que les blogueurs littéraires ne sont que des petites merdes incultes, imbéciles et ignares, qui ne se contentent pas d’acheter des livres, mais se permettent, ô rage, de dire ce qu’ils en pensent après les avoir lus.

Ils n’aiment pas non plus que les blogueurs littéraires puissent mourir d’extase entre les pages d’un Sollers, d’un Proust ou d’une Ferney (ma chère Alice, vous êtes définitivement dans mon coeur) comme ils sont capables de jouir d’un Foenkinos ou d’une bande-dessinée. Où est-le problème, bordel de crotte de moule à gaufres? Comme disait un de mes amis acadiens à la mèche blonde, à la sortie du cinéma : “Vous les Français, si c’est pas intello, vous ne pouvez pas avoir d’orgasme”. Tabernacle, qu’il avait raison, mon ami à l’accent Têtes à claques! Moi, j’aime presque tout (sauf Marc Lévy et Eric-Emmanuel Schmitt, pardon messieurs). Dans mes rêves littéraires, Garfield fornique avec la Duchesse de Guermantes et je trouve ça hyper super méga bon.

Alors flûte. Le Magazine littéraire, que j’aime et que j’adoube du haut de ma petitesse, a rédigé un article sur les blogueurs littéraires. Libé chéri de même. J’aime ces journaux. Mais ils ne nous aiment pas beaucoup en retour, ou nous connaissent bien mal. On dirait que ces journalistes, si bonnes plumes qu’ils soient, sont à peine allés surfer chez nous. Ces articles citent essentiellement des blogs d’auteurs publiés, “autorisés” par l’intelligentsia parisienne, et s’intéressent peu à la voix du lecteur amateur, de l’auteur du dimanche. Pourtant, il y a des perles. J’ai envie de parler de Thom, qui ne se fout pas vraiment de la gueule de son lecteur, en le tenant au courant chronique par chronique de ce qui se fait de mieux et établit des ponts entre musique et littérature. De Nicolas, qui ne lit que ce qu’il a envie de lire, et qui en parle si bien qu’on voudrait avoir un article par jour. De Fashion, qui mobilise les troupes, avec un enthousiasme toujours humble et entraînant. Combien de bouquins a-t-elle fait lire aux amoureux de la littérature? D’Agnès, qui lit pour nous le suédois dans le texte (et non pas l’islandais comme je l’avais cru, mais elle lit effectivement le vieil islandais, “à la rigueur”, dit-elle ;-)), et nous explique pourquoi c’est intéressant. En sont-elles capables, les mauvaises langues qui disent qu’un blogueur n’est pas un critique authentique? Je les vois bien feuilleter leur dico d’esquimau pour comprendre la double signification du mot “mauvaise foi”, assis le cul gelé sur la banquise…

Je ne peux pas citer tout le monde, mais comme on dit à la télé, “j’ai envie de dire” que chacun fait un travail honnête, sans prétention et sans… argent. Je souhaite rendre justice à ces bons petits soldats des belles feuilles. Pourquoi se faire la guerre? Nous voulons tous faire vivre le bouquin malgré la laideur de l’époque, malgré la tristesse des impératifs économiques imposés aux maisons d’édition, malgré la culture du “zapping” artistique…

“Y a encore du boulot”, comme aurait pu dire Gandhi en regardant les Pakis et les Indiens s’étriper sous ses fenêtres.

PS : Ceux qui pensent que je suis un peu en colère en ce moment, n’ont pas tort : l’overdose de boulot me rend acariâtre… ;-) et pardon à ceux que je n’ai pu citer : je vous lis et je vous kiffe!

* Indice : la connerie littéraire?

Lundi, 31 mars 2008

Lettre à un éditeur mal informé

pq.jpg

Je ne suis pas encore une Blogstar. Savez-vous comment je le sais? Un éditeur très mal informé sur mon compte a cru que j’étais une midinette - il s’est sombrement planté, pôv’ vieux! Ce qui prouvait qu’il n’avait jamais ce post-ci, où je brandis mon snobisme en étendard telle Paris Hilton son string un soir de fête en Estonie. Ni ce post-là, où je déclare la guerre aux princesses molles, aux fées niaises et autres parangons de la féminité bovine.

Il a donc cru que j’aurais envie de lire une espèce de soupe pailletée pleine de gnogottes pour fifille célibataire post-Bridget Jones, un roman de gare pour faire Odéon - Châtelet, une lecture de 5 minutes, quoi, une aberration littéraire qui prend les femmes pour des consommatrices et qui essaie de refiler des produits cosmétiques sur un encart de dernière page. Non seulement il fallait que je lise leur foutu torchon, gratuitement (pour un million de centimes, je dis pas, je l’aurais peut-être fait, je suis fauchée comme tous les Français depuis mai 2006), mais il fallait aussi que je leur donne une critique positive, et que je me dépêche car j’avais été sélectionnée pour le lire, mais que d’autres blogueuses risquaient de me piquer la place! Je ne donnerai pas le titre de cet horrible bouquin de vingt pages, et je vous épargnerai le nom de son éditeur et de son auteur, car je crois que tout le monde a droit à l’erreur et que l’homme est perfectible.

J’ai balancé le mail du vilain éditeur aux oubliettes de la littérature numérique. Peut-être qu’un zorglub tapi au fond des chiottes virtuelles de mon ordinateur pourra s’en faire un rouleau de papier-toilettes. Vous connaissez le PQ à mots du jour? Tous les jours, on apprend un mot en s’essuyant le popotin! Cet éditeur pourrait apprendre ainsi les termes suivants  : respect, information, culture. Et oublier un peu “rendement”, “produit culturel”, “prescriptrice de consommation”…

 Allez, zou, sur ce, je vais lire les petites annonces sentimentales du Nouvel Obs. Il n’y a rien qui croustille autant. Je reviendrai vous en parler!

 PS : Oh my God, sorry Fashion, je n’ai pas encore rédigé mon article So Irish! Mais j’y viens…

Lundi, 24 mars 2008

Régal théâtral

thomas_chantal.gif

L’écrivain Chantal Thomas 

A votre avis, les gens très talentueux sont-ils tous des hystériques à lunettes noires, brandissant leur génie à la face du monde sur des plateaux télévisés animés par des cocaïnés survoltés?

Ou bien peut-il y avoir en ce monde des plumes brillantes, dont l’éclat pointe à peine dans la pupille de leur propriétaire, personnes discrètes et douces, souriantes, aimables?

Jeudi dernier, j’étais au Théâtre National de Chaillot pour y voir L’île flottante, une pièce d’un de mes metteurs en scène chouchous, l’Argentin Alfredo Arias. Formidable pièce d’une heure vingt, dans laquelle s’affrontent et s’aiment une petite fille frappée d’anorexie et un abat-jour carnivore qui rêve de pot-au-feu et de canard au sang. Pendant la pièce, au fond de la scène, un cuisinier nous mijote une exquise soupe au pop-corn dont la recette est d’Alain Passard (trois étoiles, quand même). Ce spectacle est en fait une adaptation d’une nouvelle de l’auteur Chantal Thomas (rien à voir avec les dessous affriolants, calmez-vous, messieurs).

Ce soir-là, j’avais du pot (au feu). Chantal Thomas n’était pas très loin de moi. Une dame élégante, douce, au sourire immense et aux yeux pétillants dans un visage calme. Elle était touchée que je sois touchée. Je me suis souvenue alors que j’avais lu un de ses romans, Les adieux à la reine, qui raconte les derniers jours de Marie-Antoinette à Versailles. Tout à coup, une bouffée de plaisir m’a saisie à l’idée d’être en train de parler à cette femme dont le talent m’éblouit.

C’est là que j’ai su que je n’avais pas seulement du pot, mais aussi du bol. Chantal Thomas m’emmène dans les couloirs du théâtre, blancs comme ceux d’un hôpital pour âmes en mal d’émotion, et me présente Alfredo Arias. Le “grand petit” metteur en scène, en pull à rayures fluo, nous sourit. Son accent roule avec humour. On parle. Je ne sais pas comment j’ai fait pour ne pas péter un plomb en direct live - le fait est que tout ça était tellement, tellement chouette, que je ne comprenais pas bien ce qui m’arrivait.

Tout ça pour vous dire, mes chers, que si je ne suis pas beaucoup là en ce moment (je veux devenir une scénariste géniale et vise l’oscar à L.A., ce qui veut dire huit heures de boulot par jour rien que sur mon texte), vous voyez que j’ai toujours une petite histoire littéraire dans ma besace. A bientôt!

Jeudi, 13 mars 2008

Nettoyage littéraire de printemps

fahrenheit451-3.jpg

“Dépoussiérage” de livres en règle dans le Fahrenheit 451 de Truffaut.

Non content de se désengager du domaine culturel, notre joyeux Etat franco-bolloréen-brunisien a décidé d’aérer les rayons de nos bibliothèques.

Stéphane a tiré la sonnette d’alarme en m’envoyant cet article :

 http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/03/06/depoussierer-les-livres-par-regis-debray_1019536_3232.html

Cet article de Régis Debray ne se passe pas de commentaires, mais pour l’instant ma colère reste sans voix. A vous de me dire ce que vous en pensez.

Pour moi, le cocktail Marc Lévy  - Michel-Edouard Leclerc - Sulitzer, réunis pour une commission destinée à “dépoussiérer” le livre, c’est simplement la gueule de bois assurée.

 Je tremble de rage, amis lecteurs!

Next Page »