Il y a des gens qui ont l’art du cadeau qui touche droit au coeur. Mon amie Marie a cette grâce. C’est ainsi que pendant ma fête d’anniversaire au Point Ephémère, lors de laquelle j’étais passablement hystérique (il faut croire que mes capacités à faire la fête augmentent avec l’âge), Marie m’a glissé ce livre dans les mains.
Grâce et dénuement d’Alice Ferney. En dédicace, Marie avait écrit : “la plume d’Alice est délicate”…
Et comment! Si je suis un peu réfractaire, en général, aux auteurs féminines (allez savoir pourquoi, de la jalousie peut-être…) et surtout contemporains, entre les pages du livre d’Alice Ferney, j’ai moi aussi été touchée par la grâce.
Ici, la tribu gitane de la vieille Angéline souffle et sue sa misère et sa passion de vivre sur un campement dénué de tout. L’ange gadjé*, Esther, vient faire éclore la grâce en lisant des histoires à ces enfants illettrés. “Je crois que la vie a besoin des livres, dit Esther, je crois que la vie ne suffit pas.” Et tout ce petit monde marginal, sale, pauvre, violent, ensanglanté par la brutalité des maris soûls et des femmes qui vocifèrent, se met à vibrer différemment.
Le style d’Alice Ferney mérite un véritable hommage. Depuis les dialogues qui fondent dans la prose, à la douce oscillation entre belles lettres et familiarité, cet auteur ne se courbe pas devant les canons de la littérature contemporaine. Mais cherche, bien au contraire, sa propre voie, un peu abstraite, un peu éthérée, un peu mélancolique et diablement unique.
Alice Ferney, si un jour vous lisez ces lignes, je ne peux que vous exprimer ma très grande admiration. Merci, Marie, pour ton cadeau… Et vous, amis lecteurs, n’attendez plus…
* gadjé : une fille qui n’est pas tzigane.


23 commentaires
Mardi, 11 mars 2008 à 1:56
premier je suis
merci de la découverte
j’irai quand j’aurai le temps
on en parle bientôt
PS: vendredi c’est vernissage
Mardi, 11 mars 2008 à 2:04
@ Stéphane : je crois que tu aimerais, ce bouquin est un bijou, pas une once de niaiserie… vendredi vernissage??? je viens (avec les Piliers de la Terre)! envoie moi les infos par mail?
Mardi, 11 mars 2008 à 2:29
Beau cadeau que ce livre dont je garde un souvenir de petit miracle (passager hélas : Dans la Guerre de la même Alice Ferney m’a paru si différent que je n’ai pas pu franchir le début… mais j’y reviendrai un jour, puisqu’il honore mes étagères).
Mardi, 11 mars 2008 à 9:20
tu n’es pas la première à faire l’éloge de Alice Ferney, et pourtant, je n’ai toujours rien lu d’elle… mais c’est prévu, un jour
Mardi, 11 mars 2008 à 10:13
c’est fait
Mercredi, 12 mars 2008 à 1:15
Je ne connais pas en ce moment je lis Didier van Cauwalert. J’aime assez !
Mercredi, 12 mars 2008 à 6:59
au fait
je te conseille de lire ça
ça fait froid dans le dos
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/03/06/depoussierer-les-livres-par-regis-debray_1019536_3232.html
Mercredi, 12 mars 2008 à 10:39
@ Don : ah zut, c’est bête que tu me dises ça, j’avoue que j’allais m’acheter la bibliographie complète de Ferney…
@ Emeraude : commence par celui-là alors, il est sublime!
@Amylee : jamais lu, Cauwaelert! c’est vraiment bien?
@Stéphane : j’y vais et je te dis ça. Tu me fais peur là… et merci pour le mail.
Jeudi, 13 mars 2008 à 10:36
C’est un très beau récit et je te recommande également de Ferney, “L’élégance des veuves”, poignant. C’est marrant ce que tu dis sur les auteurs féminins, avant je n’aimais pas du tout et maintenant que l’âge m’a apporté la sagesse
), j’aime de plus en plus et j’ai eu de gros coups de coeur pour des auteurs féminins contemporains (il faut que tu lise Amanda Eyre Ward!)
Jeudi, 13 mars 2008 à 12:00
Encore une belle découverte que je m’empresse de noter !!
Jeudi, 13 mars 2008 à 5:08
ah, Alice Ferney !! J’aime tellement ! Comme Fashion, je te conseille L’élégance des veuves
ou Laurence Tardieu, ou Véronique Olmi, ou bien sûr, Amanda Eyre Ward, foi d’amanda!
Jeudi, 13 mars 2008 à 7:01
Ton billet donne furieusement envie de lire et la photo me donne envie d’avoir une fillette!
Jeudi, 13 mars 2008 à 10:18
@ Fashion : merci Fashion, je note le titre. On m’a beaucoup recommandé “La conversation amoureuse” également, tu l’as lu? Quand à Amanda Meyre Ward, je note aussi!
@Florinette : tu vas adorer! j’attends ton avis!
@Amanda : merci pour toutes tes idées, allez, à moi la littérature féminine! Laurence Tardieu, faut que je m’y mette, tout le monde parle d’elle sur la blogosphère…
@Roxane : te connaissant, tu vas littéralement adorer le livre. Et la fillette, je la trouve renversante moi aussi! ces ongles!!! ce regard! ces cheveux!
Jeudi, 13 mars 2008 à 10:28
@ Stéphane : sur ton article du Monde, merci pour le lien, c’est en effet angoissant à mort. Je pense que je vais le publier!
Vendredi, 14 mars 2008 à 9:48
Tu me donnes furieusement envie de le lire! je note tout de suite! et puis je vais voir sur le monde ce qu’il y a d’angoissant… vous me faites peur là…
Mercredi, 26 mars 2008 à 10:23
Je ne connais pas encore cette auteure et pour l’instant cela ne me tentait pas mais je vais peut-être changer d’avis
Mercredi, 26 mars 2008 à 10:37
@ Anjelica : chère Anjelica, crois moi tu ne le regretteras pas!
Mercredi, 9 avril 2008 à 10:39
[...] puissent mourir d’extase entre les pages d’un Sollers, d’un Proust ou d’une Ferney (ma chère Alice, vous êtes définitivement dans mon coeur) comme ils sont capables de jouir [...]
Samedi, 10 mai 2008 à 5:34
Merci donc, puisque c’est sans doute grâce à toi que j’ai fini par bien vouloir ouvrir ce livre. Je n’ai pas été déçue. Je lirai sans doute d’autres titres de cette Alice.
Dimanche, 11 mai 2008 à 11:28
@ Sylvie : je suis absolument ravie de t’avoir convaincue!
Samedi, 17 janvier 2009 à 11:37
[...] Meyre, Calou, Calouan, Leiloona, Magda, Naniela, Papillon, Sylvie, [...]
Samedi, 7 mars 2009 à 3:59
Bonjour, j’ai beaucoup aimé ce livre mais je ne comprend pas le sens du titre ” grace et dénuement”….vous pourriez me l’expliquer????
Samedi, 7 mars 2009 à 4:42
@ Mimidoue : bonjour, ce titre exprime l’idée que les gitans du roman, qui vivent pauvrement et entourés de peu d’objets à cause de leur nomadisme, (le dénuement donc), touchent la grâce du doigt grâce à la lecture.
Dans ce livre d’Alice Ferney, la lecture est en effet la porte ouverte sur le monde extérieur, sur l’intelligence, sur une autre façon d’appréhender les choses et les gens, sur la compréhension entre hommes et femmes ; c’est aussi un pont entre gitans et sédentaires.
Cette évolution est particulièrement incarnée par le personnage de la petite gitane qui finit par être scolarisée, et par le personnage d’une des belles-filles qui quitte son mari violent pour devenir indépendante, trouver un travail légal et vivre en ville.