Archives de Catégorie: interviews de lecteurs

Chinoiseries berlinoises

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Des livres, des livres, des livres… parfois les livres ont taille humaine! Ici, c’est une oeuvre monumentale de l’artiste allemand Anselm Kiefer, exposée à la Hamburger Bahnhof, un musée d’art contemporain de Berlin. Une bibliothèque tragique faite de livres en feuilles de plomb…

J’ai envie de faire un jeu avec vous, amis bloggeurs et lecteurs…

Comme vous le savez, je suis à Berlin, où j’écris une pièce de théâtre. Donc j’avale des litres de chocolat Milka et de Yogi Tea, je fume des millions de Vogue, et j’écris des milliers de mots. Quand je sors, je manque de déraper sur le sol gelé, je fume des milliards de Vogue dans les clubs électro-rock-sixties-bargeot-boueux-techno-rigolos et j’arrose le tout de White Russian. Cela laisse peu de temps pour une interview : les gens que je croise ont rarement un livre à la main – mais bien plutôt une guitare, une bière, ou une paire de moufles pour vaincre le froid sibérien.

Mais l’interview est chez moi une manie que mon entourage pourrait vous confirmer – certains m’appellent Mireille Dumas, les vilains!

Alors je vous interviewe en direct sur mon blog avec ce petit portrait chinois.

Si vous étiez un livre, quel livre seriez-vous?

Go. Au premier qui répond, j’envoie un exemplaire du livre du dernier qui répond.

En ce qui me concerne, si j’étais un livre, je crois que je pourrais bien être la série Doubles Jeux de Sophie Calle… Vous savez bien, cette histoire de fille agaçante qui poursuit les passants, les interroge, les prend en photo, une vilaine voyeuse, en somme!


PS : Dans le genre blog qui « joue » (j’en suis mordue, de ces chaînes, de ces jeux), je vous recommande Un jour, une question, vraiment sympa.

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Guillaume lit « Ce que savait Maisie »

Guillaume lit Ce que savait Maisie

Guillaume, 26 ans, thésard en droit et chargé de TD à la faculté de Montpellier. Vit à Montpellier.

Interview réalisée dans la cuisine montpellieraine de Guillaume.

A l’âge de quatorze ans, Guillaume et moi  habitions Dijon. Nous jouions aux Liaisons dangereuses, s’écrivant sous le nom de Merteuil et Valmont des missives pleines de volutes et de petits défis faussement pervers (je vous somme de séduire la demoiselle de Volanges, dite aussi Caroline du cours de maths, sous peine de courir enduit de ketchup sur l’avenue de la Liberté…) qu’on se glissait en douce en cours de bio. Douze ans de relation amicale et épistolaire plus tard, je passe quelques vacances chez lui. Sur son lit traîne un bouquin dont Guillaume a très envie de parler…

Qu’est-ce que tu lis?

Ce que savait Maisie, de Henry James.

Une phrase que tu aimes dans ce livre?

« Le procès avait paru interminable et certes était le cas était compliqué ». C’est un peu une déformation professionnelle de ma part, mais je suis assez sensible à l’idée que le roman commence par ces mots. Ca commence par un jugement, par des mots qui viennent trancher une situation humaine. C’est un cas, quelques chose d’objectif. Une situation humaine réduite à un cas : une homme et une femme divorcent et doivent se partager leur enfant. Voilà la situation juridique. Mais la vraie première phrase, c’est : « L’avenir de l’enfant était assuré, mais le nouvel arrangement était certes fait pour confondre toutes les notions dans une jeune intelligence intensément sensible au fait que quelque chose de très important s’était sans doute passé, et cherchant autour de soi avec anxiété les effets d’une si grande cause. »

Pourquoi ce livre?

J’ai eu envie de le lire à cause du titre, qui est intrigant : qu’est-ce qu’elle sait, cette brave Maisie?

 Comment ce livre est-il arrivé entre tes mains?

Je suis allé l’acheter dans une bouquinerie* de Montpellier, le Bateau-Livre. C’est un chouette endroit où j’ai travaillé comme libraire. J’ai d’ailleurs quelques anecdotes de libraire sympas… Par exemple, ce néo-nazi qui rentre dans la boutique pour me demander, l’air complice et par en-dessous « des livres sur le IIIe Reich ». Hélas, un client reste un client, je suis donc descendu dans l’Enfer de la bouquinerie, là où on classe les érotiques et les livres dits « militaria ». Surprise! Je dégotte un bouquin sur les « Panzer », je le remonte, je le lui tends, et je m’aperçois au dernier moment que le livre a été rédigé par… Thomas Mann! Le type me regarde d’un oeil noir et décrète que « ça ne convient pas du tout, Monsieur ». Ou encore ce client qui voulait un livre sur les chèvres angora… en fouillant le rayon « zoologie » dans le stock, je trouve un bouquin qui date de la Coloniale, L’élevage des chèvres angora à Madagascar. Mais le type me rétorque que ce n’est pas assez spécifique, lui, il voulait un ouvrage sur les chèvres angora albinos

Et maintenant, qu’en penses-tu, de ce livre?

Le titre est un peu programmatique. D’abord, ce titre, on peut le lire comme une parfaite description du procédé stylistique de l’auteur. L’histoire d’un carré amoureux, deux couples de l’Angleterre victorienne qui ont une relation parfaitement scandaleuse (les paires se font, se déont, s’échangent, divorcent, se remarient, des adultères…). Tout ça est raconté par un narrateur extérieur assez ironique, mais du point de vue de cette petite fille de six ans. Il ne nous raconte pas plus que ce que savait Maisie. 

Maisie, évidemment ne sait pas tout, elle se construit parfois des idées fausses qui font rire les grandes personnes autour d’elles, et qui s’inquiètenet justement de ce qu’elle sait, ou de ce qu’elle ne sait pas. La question revient en permanence dans le roman : qu’est-ce qu’on peut lui dire ou ne pas lui dire, pour ne pas troubler sa pureté enfantine? Maisie, elle, pourtant, ne ressent pas le scandale de ces situations, et nous lecteurs non plus, puisque nous sommes avec Maisie, on est comme des petits enfants. C’est là qu’Henry James est très fort : il raconte une histoire en creux ; le titre est presque une farce : en fait, Maisie ne sait pas grand-chose! Avec elle, on devine l’histoire. Quelque part, c’est un non-roman.

Le secret que contient cette oeuvre, c’est le secret de l’innocence. On veut savoir ce qui fait que Maisie ne sait pas.

Il faut lire ce livre. Il est génialement discret. Henry James n’a pas eu beaucoup de succès en son temps… C’est tellement discret, ce qu’il fait! Tout est dans la nuance, tout est entre les lignes. Dans le titre, tout est presque déjà dit! James n’a rien à nous expliquer, il nous fait tout vivre, simplement. Il a une ironie tendre envers tous ses personnages. Il n’y a pas de manichéisme.

Quel est ton livre préféré?

Pour moi, le truc le plus révolutionnaire que j’aie lu ces dernières années, c’est American Psycho. Bret Easton Ellis a réussi a poser des mots sur ce malaise créé par la société de consommation, l’économie de marché, l’individualisme… Là non plus, son style n’a pas d’effets de manches. Pour moi, cet auteur a donné un langage à notre époque, le langage à la fois publicitaire, marketing, et très bien-pensant de la démocratie, tout en racontant les événements abominables de la vie d’un psychopathe, d’un monstre! Je trouve que Houellebecq l’a complètement plagié. Si on prend Les particules élémentaires, c’est évident! Il y a les mêmes composantes : la consommation et l’abjection. Ce qui fait toute la différence, c’est que Bret Easton Ellis lie tout ça par la langue, tandis que Houellebecq met tout à distance.

Et maintenant, fais-moi une grimace inspirée par ce bouquin!

grimace Guillaume

Et désormais, Guillaume sera pour moi…

…mon meilleur ami, ça change pas, y a pas mieux.

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Julie lit « Le blog de Max »

Montpellier, dans l’appartement de Julie, le 2 décembre 2007

Julie, 25 ans, prospectiviste démographe, vit à Montpellier

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Julie et moi nous rencontrâmes en 1999 sur les bancs de la prépa Sciences Po à Paris. Cette indéfectible amitié qui nous liât immédiatement me consuisit hier chez elle, à Montpellier, pour une fumante soupe au potiron mijotée par son amoureux cordon bleu, Christophe. Julie me vanta à plusieurs reprises les mérites d’un livre qu’elle venait de finir. Je dus presque l’attacher au radiateur pour qu’elle accepte cette interview, mais comme vous allez le voir, cela en valut la peine. (Oui, j’ai adopté définitivement, comme vous pouvez le constater, chers lecteurs, l’emploi du passé simple, bien trop peu usité de nos jours, et qui sied à mon snobisme littéraire.)

Qu’est- ce que tu lis?

Le blog de Max, de Max. Max, on ne sait pas qui c’est. C’est un bloggeur (NDLR : Max est un bloggeur qui racontait sa vie de bureau jour par jour avec un humour assez féroce). Ou alors, s’il n’y a pas de nom sur la couverture, c’est parce que c’est un complot du Ministère du travail, qui essaie d’initier, à travers une subtile conception du management de l’entreprise, une nouvelle manière d’optimiser ses agents à fournir une productivité majeure pour la survie des PME, qui sont effectivement en danger, dans le monde très concurrentiel dans lequel nous vivons, où les petits se font manger par les gros.

Cool. Une phrase que tu aimes dans ce livre?

« Aux curieux entêtés, l’estocade est donnée par une carte postale en apparence anodine mais adossée de telle façon que l’oeil désorienté finit immanquablement par tomber dessus. Elle reproduit un tableau de Dali : Jeune vierge autosodomisée par les cornes de sa propre chasteté, 1954. »

Pourquoi ce livre?

Je fais un travail passionnant depuis un an : je suis fonctionnaire. Mon patron s’appelle J$£//!@biiiiiip (Julie bruite une censure avec talent), plus connu sous le nom de « Grand Manitou fou et incompétent ». Désespérée par une situation d’incompétence généralisée, ayant un vrai travail, rentrant dans la vie active de plain pied, de toute ma jeunesse et de toute mon énergie, une collègue m’a offert trois livres pour soigner ma dépression post-déjeuner. Tu sais, tu rentres à deux heures de ta pause déjeuner, tu es lourd, tu es mou, mou, mou, t’es un mollusque, tu mets ton doigt dans une oreille et il ressort par l’autre oreille, tant ton cerveau est mou. Ma collègue m’a donc offert trois bouquins, parmi lesquels Le blog de Max. A l’origine, c’était un vrai blog qui a eu vachement de succès, du coup, l’auteur s’est dit : je vais me faire de la thune en publiant ce blog chez un éditeur bien juteux (NDLR : Robert Laffont).

Et maintenant, qu’en penses-tu, de ce livre?

Ce livre m’a permis d’élaborer un concept en automanagement et conduite de projet en superstructure tout à fait intéressant, qui s’appelle : le détachement. Le détachement au travail, il faut le vivre pour comprendre ce que c’est. L’une de mes principales missions au travail maintenant, c’est de percer ce grand mystère qui habite ma vie et qui est le suivant : à savoir si les gens qui travaillent dans mon service l’ont tous découvert et le pratiquent tous. Moi, je l’ai découvert au bout d’un an, le détachement, et Le blog de Max m’a aidée à le découvrir plus tôt que les autres.

Le livre est hallucinamment bien écrit, d’autant plus pour un truc comme ça (NDLR : un blog, quoi. Merci Julie…). Pour que le gars puisse trouver des formules pareilles, je pense qu’il a dû glander pas mal de temps!

Avoue! Tu l’as lu au bureau?

Non! Je l’ai lu chez moi. Car j’ai découvert dans mon propre bureau d’autres personnes que je soupçonne d’être détachées. Elles traînent dans le couloir, soit physiquement, soit en jetant un oeil, alpaguent quelqu’un et commencent par parler d’un sujet super sérieux pour finir par parler pendant une heure de la pluie ou du beau temps. Ce sont des échanges salvateurs entre collègues de bureau, parce que ça doit faire au moins une heure qu’ils sont sur un tableau Excel ou sur Google, et ils ont envie de se décrasser la mâchoire… du coup, toutes ces rencontres pas du tout fortuites dans les couloirs de mon bureau ont considérablement rallongé mes journées de travail. Je n’ai donc pas eu le temps de lire Le blog de Max au bureau.

Mais cette situation : ne rien foutre au bureau, ne me convient pas. je suis jeune, je suis active, je crois au travail, je crois en l’action publique, je crois en la politique!

Quel est ton livre préféré?

Cent ans de solitude, de Gabriel Garcia Marquez. Mais alors putain, on est loin du Blog de Max, là. C’est des mondes parallèles!

Maintenant, fais-moi une grimace inspirée par ce bouquin!

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Classe…

Et désormais, Julie sera pour moi…

Celle qui n’a pas encore pris conscience qu’elle va se faire détester par la moitié de mes lecteurs si je ne précise pas la chose suivante : Julie a de l’humour, Julie est une bosseuse, Julie aimerait bien en faire plus au bureau – c’est pas de sa faute, si l’Etat français ne donne pas de boulot aux prospectivistes démographes.

Moi, je soupçonne certain(e)s d’entre nous de bloguer au bureau… je me trompe? héhé! ;-) Ah, je ne vise personne, hein…

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Patrice lit « Guy Môquet au Fouquet’s »

Bar à vins « Au Sauvignon », dans le 7e arrondissement, Paris, le 23 novembre 2007

Patrice, 44 ans, coordinateur dans l’événementiel littéraire et culturel. Vit à Nantes.

Patrice et son livre

Cet après-midi là, tout avait commencé par une série d’essayages de robe de mariée galvanisante pour ma petite sœur, Cheese Nan (photo ici), près du Bon Marché – je vous l’ai dit, je suis une sale snob. Lorsque la future épousée eut choisi une splendeur griffée Alberta Ferretti (oui, ma sœur est encore plus snob que moi mais aussi plus riche), nous fûmes rejointes par Pimpante la ravissante (l’élue du cœur de notre bougon de frère) et sa colocataire, Laurence la plus que charmante (photo ). Une jeune photographe coréenne nous arrêta dans la rue et immortalisa nos élégantes toilettes de ville pour son magazine de mode sur Internet*. Roses d’orgueil, nous échouâmes dans un bar à vins du 7e arrondissement. (Voyez comme le passé simple sied bien à cette douce après-midi de ladies dans un quartier chic).

Là, lisait tranquillement ce monsieur qui de temps en temps, levait le nez pour regarder par la vitre, comme s’il attendait quelqu’un… Hé ben, si je m’attendais à tomber sur un monsieur du métier ! Oui, quelqu’un qui bosse dans le bouquin, quoi !

Qu’est-ce que tu lis ?

Guy Môquet au Fouquet’s de Pierre-Louis Basse.

Une phrase que tu aimes dans ce livre :

« Je suis retourné dans la carrière pour faire le deuil ». Ce n’est pas un pèlerinage de la part du narrateur, mais un moment de recueillement. Cette phrase revient à plusieurs reprises dans le livre, comme un leitmotiv.D’ailleurs, le livre s’ouvre sur cette phrase.

Pourquoi ce livre ?

Guy Môquet est de Châteaubriand – ce n’est pas loin de Nantes. Or, l’auteur lui-même est né à Nantes (NDLR, Patrice aime sa région !) Et puis le titre, qui évoque Sarkozy à travers le Fouquet’s, est sous-titré Pamphlet. Je me suis dit, enfin quelqu’un qui prend la parole pour condamner cette commémoration de la lettre de Guy Môquet, bien trop médiatisée ! Je trouve surprenante cette contradiction qu’il y a à utiliser la figure d’un jeune communiste lorsqu’on est un président très à droite. Le fil de fer barbelé qui sépare Guy Môquet du Fouquet’s sur la couverture m’a interpellé et m’a plu.

Comment ce livre est-il arrivé entre tes mains ?

J’ai une amie qui est agent littéraire et je me suis rendue sur son invitation au service de presse des Editions des Equateurs. Il s’agit d’une maison récente, qui a environ deux ans. Ils font des petits livres, bien édités. Le dernier en date est de Joseph Conrad. J’ai choisi d’emporter cet exemplaire de Guy Môquet au Fouquet’s qui m’a été offert par la maison.

Et maintenant, qu’en penses-tu, de ce livre ?

Je l’ai commencé aujourd’hui… J’ai lu cinq pages mais déjà, je vois que c’est documenté, intelligent, écrit sobrement. Le livre est rédigé à la première personne. L’auteur s’interroge sur tous les martyrs dont on ne parle pas. Il semble vouloir condamner le fait de se servir d’un nom pour une cause politique un peu pédagogique et surtout médiatique.

Quel est ton livre préféré ?

Il y en a plusieurs… Mais je dirai La vie mode d’emploi de Georges Perec.

Est-ce que ton métier t’oblige à lire beaucoup de livres ?

Je lis tous les jours, j’achète des bouquins tous les jours ! Par exemple, aujourd’hui, j’ai fait deux acquisitions : le catalogue de la maison Gallimard – dont ce sera le centenaire en 2011 – qui est un outil de travail pour moi. Ensuite Gaston Gallimard, une biographie par Pierre Assouline. J’ai vu Assouline hier soir à une conférence, « Le roman se porte bien, merci ». D’ailleurs, une amie de chez Denoël va passer tout à l’heure, pour m’apporter des livres…

achats de Patrice

D’ailleurs, la voilà. Une belle dame brune, accompagnée d’une fluette blonde aux yeux gris, à qui je promets de rendre Patrice dans la minute. Juste le temps de faire ma photo préférée…

Et maintenant, fais-moi une grimace inspirée par ce bouquin !

grimace Patrice

J’encourage la démarche de l’auteur !

Et désormais, Patrice sera pour moi…

Quelqu’un que j’aurais plaisir à interviewer tous les jours, s’il lit vraiment un nouveau livre par jour, le veinard !

* Il est hors de question que je vous communique le lien vers ce site, ces photos de moi sont épouvantables. J’ai des cernes, mon rouge à lèvres bave et je ressemble à une sorcière de Salem. Je préfère que vous m’imaginiez rayonnante, la peau brillante et le poil ferme – euh non, le contraire !

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Romain lit "La femme du cinquième"

Marne-la-Vallée, dans un endroit hyper super top secret, le 22 octobre 2007

Romain, 30 ans, régisseur. Vit en région parisienne

Je travaille parfois sur un spectacle que je n’ai pas le droit de nommer ici (chut chut!). Quand Romain fait la régie, c’est génial. Tout juste si on ne sort pas le pack de Kronenbourg et la pizza. Non, je plaisante. Romain est un aimable lecteur qui bouquine sagement en coulisses… et ne s’attendait vraiment pas à être interviewé par une comédienne en costume de groom!

Qu’est-ce que tu lis?

La femme du Ve, de Douglas Kennedy.

L’histoire d’un loser. Un homme de quarante ans, marié, père de famille, professeur en université aux Etats-Unis, fraîchement débarqué en France après avoir perdu sa femme, l’amour de son enfant et son métier. Il est sans argent à Paris et il essaie de démarrer une nouvelle vie.

Une phrase que tu aimes dans ce livre :

« Il avait l’air facile, ce boulot pas réglo« . Ca résume bien le moment où j’en suis dans le bouquin. Point.

Sinon il y a aussi une citation qui me plaît en page de garde, une citation de Georges Simenon dans La fuite de Monsieur Monde :

« Tout ce qu’il avait dit au commissaire était vrai, mais il arrive que rien ne soit plus faux que la vérité« .

Hé, mais il est super, ton marque-page! Ca prouve qu’il y a des gens qui lisent ET qui aiment encore la photo argentique… j’adore!

Pourquoi ce livre?

J’ai lu d’autres livres de cet auteur qui m’ont beaucoup plu, notamment Cul-de-Sac et L’homme qui voulait vivre sa vie. J’aime bien le style d’écriture du gars, qui est assez direct. Il parle de personnes de personnes assez mal en point, qui vivent des tas de petites choses qui peuvent pourrir la vie… rien d’extraordinaire, des personnages qui doivent ramer pour revenir à une situation personnelle décente.

Le style est très rigolo, même si ce n’est pas un roman drôle.


Ce marque-page me fascine… à la lumière, on distingue un groupe de rock en plein concert. Romain m’apprend qu’il travaille avec eux…

Comment ce livre est-il arrivé entre tes mains?

Je l’ai acheté dans un supermarché du livre (sic) qui s’appelle Cultura, à côté de chez moi, à Chelles. Ils vendent des livres, de la peinture et des disques, mais ils ont un très mauvais rayon disques. C’est une sorte de FNAC en un peu plus cool. Je suis pas très FNAC.

Je savais en finissant L’homme qui voulait vivre sa vie que j’allais enchaîner sur celui-là, La femme du Ve. C’est son dernier livre, il est sorti il y a deux ou trois mois.

Et maintenant, qu’en penses-tu, de ce livre?

J’ai lu 90 pages sur 380. Je ne suis plutôt pas déçu. A priori le personnage principal me plaît un peu moins que le précédent mais plus j’avance et plus il me convient. C’est un homme plus mûr que les précédents. Dans le livre que j’ai lu avant, le héros avait trente ans, donc j’étais plus touché par son histoire. Là, il a 45 ou 50 ans, donc j’ai mis plus de temps à me sentir concerné, mais ça vient.

Tu as envie de continuer?

Clair! ça ne m’est arrivé qu’une fois de ne pas finir un livre. C’était La dernière valse de Mathilde*. Je me souviens plus de l’auteur. Je ne me suis pas beaucoup accroché, faut dire. J’ai lu cinquante pages et ça m’a fait chier de bout en bout!

Quel est ton livre préféré?

J’en ai pas.

Ah bon????!!!

Ah si! Une autobiographie! Ca marche ça? Cash de Johnny Cash. Je ne suis pas un grand fan de sa musique, mais son livre… franchement ça déchire, ça déchire vraiment! Ce gars a eu une vie incroyable, c’est plus rock n’roll que tout ce que j’ai jamais lu, une vie de fou! je ne savais même pas qu’on pouvait vivre comme ça. Il est allé au bout du bout du bout… et il en est revenu d’ailleurs! Drogue, alcool, démence, dégoût de la vie… et il a réussi à se remettre sur pattes!

D’ailleurs c’est bizarre, en décrivant le truc, on aboutit au même personnage que le héros de La femme du Ve! Sauf que pour Cash, ce n’est pas un roman, mais une vraie vie… incroyable! Un homme exceptionnel! Je n’aime pas les autobiographies des artistes de 30 ou 40 ans, à cet âge-là je trouve ça un peu pompant, mais lui, il a eu une vie vraiment complète!

Maintenant, fais-moi une grimace inspirée par La femme du cinquième!

Pour le moment, la femme du Ve n’est pas encore apparue dans le livre, mais j’imagine qu’elle va être sexy!

Et désormais, Romain sera pour moi…

Celui qui m’a fait mourir d’envie de lire l’autobiographie d’un vieux rocker décadent! (et génial, soit dit en passant…)

* Il s’agit, après quelques recherches sur Google, de « La dernière valse de Mathilda », par Tamara Mac Kinley. Merci à Jo Ann, une bloggeuse du bout du monde (angolaise!) chez qui j’ai volé ce petit renseignement.

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Jake lit "Die Hunde von Riga"

Berlin, quartier de Mitte, dans la cuisine de Jake et Malcolm, le 2 octobre 2007.

Jacob, 27 ans, Américain, professeur d’anglais et barman. Vit à Berlin (Mitte).

Comme vous l’avez peut-être compris, Jacob, dit Jake, vit en colocation avec Malcolm – le musicien prof d’anglais qui adore lire Moby Dick sur le trône.

Dès qu’il a un moment, Jake dégaine un bouquin. Allongé sur le canapé, les jambes croisés. Sur son pouf rose fluo au milieu du salon. Des romans et des essais rédigés dans toutes les langues (anglais, allemand, français) jonchent le sol de sa mezzanine. Bref, Jake aime lire, et dans le texte, s’il vous plaît!

Je le retrouve bizarrement dans la même position que Malcolm lors de son interview : assis à la table de sa cuisine pour lire son roman à la lueur d’un spot.

Interview obligatoire! Et en français, en plus!

Qu’est-ce que tu lis?

Die Hunde von Riga d’Henning Mankell (en allemand).

Une phrase que tu aimes dans ce livre :

« Es fiel ihm immer noch schwer zu begreifen, dass es keinen Staat namens DDR mehr gab, dass ein ganzes Volk, dass Ostdeutsche, aufgehört hatte zu existieren. »

Traduction (toute personnelle) : « Il lui était encore difficile de comprendre qu’il n’y avait plus d’état appelé RDA, qu’un peuple tout entier, celui de l’Allemagne de l’Est, avait cessé d’exister. »

Pourquoi ce livre?

Parce que c’est le deuxième de la série policière et que j’ai lu le premier. Enfin, ce n’est pas réellement une série car l’ensemble des livres n’a pas de titre général, mais les histoires ont toutes le même inspecteur de police, Kurt Wallander.

Beaucoup de gens m’avaient dit que Mankell est un bon écrivain. C’est un auteur suédois.

Le livre est traduit en allemand et je veux lire en allemand pour progresser. C’est un policier, donc le suspense me pousse à continuer ma lecture : parfois, quand tu lis dans une deuxième langue, c’est assez lent, tu ne lis pas aussi vite que dans ta première langue. Avant, quand je lisais d’autres livres en allemand, ça ne marchait pas très bien. Maintenant que je lis des policiers, la motivation est plus grande.

Les chiens de Riga ( traduction de « Die Hunde von Riga ») : ça se passe en Lettonie, cette histoire?

Pas encore, les héros sont toujours en Suède, mais je pense qu’ils vont bientôt aller en Lettonie, oui. C’est pour ça que la phrase que j’ai choisie est intéressante, parce qu’elle évoque la période de l’ouverture des pays de l’Est au reste du monde. Je pense que le livre va être intéressant : ça parle beaucoup de la criminalité, de la mafia des anciens pays soviétiques.

Ca raconte quoi, ce bouquin?

Un canot de sauvetage a échoué sur la côté suédoise. Dedans, il y a deux mecs qui ont été assassinés. Personne ne sait d’où ils viennent ni qui ils sont. C’est intéressant : le meurtrier les a tués, puis les a habillés avec leurs smokings. C’est un peu bizarre. Pendant l’autopsie, il a été découvert que leur dents ont été soignées par un dentiste de l’ancien bloc de l’Est (cela se voyait car la façon de travailler était très différente). On reconnaît donc que les deux gars viennent du bloc de l’Est et qu’on les balancés dans un canot jusqu’à la Suède.

A ce moment là, Malcolm délaisse un instant sa vidéo hurlante de Led Zeppelin et intervient : « He’s telling you crap! » (Il te raconte des conneries!). Nous rions bêtement. Berlin, ça rajeunit. Malcolm nous présente un des ses amis anglais, mixte de Pete Doherty et de Hugh Grant, humour anglais à fond. Ils nous saluent et s’en vont à une soirée « coke et joints » en déplorant l’absence de gâteaux et de jus de fruits.

Comment ce livre est-il arrivé dans tes mains?

Je l’ai emprunté à Annika, la soeur de Katrin, mon ex-copine. Elle possède trois romans de la série. Elle va me prêter le troisième, j’en suis sûr. Ca me plaît, j’ai aimé les deux premiers.

Et maintenant, qu’en penses-tu, de ce livre?

J’ai lu 104 pages en cinq jours. Ce n’est pas très rapide, mais en allemand, c’est déjà pas mal pour moi. C’est facile à lire, c’est marrant, le style est classique des romans policiers… En fait non, ce n’est pas classique. Le héros, Kurt Wallander, a plein de problèmes, des problèmes de famille : son père est très vieux, sa femme vient de le quitter, il ne parle plus à sa fille et chaque fois qu’il est en mission, il a des accidents. Il est maladroit. C’est un anti-héros!

Pour l’instant je ne sais pas encore vraiment quoi penser de ce livre. Il faut que je finisse un livre pour le juger. Pour le premier par exemple, j’ai aimé le début de l »histoire, mais la fin traînait en longueur. Là, c’est le contraire.

A mon avis, cette suite de romans n’est pas conçue comme une série, car chaque opus a une fin en soi.

Pour le style d’écriture, je dirai que c’est un peu comme Fred Vargas, en France.

Ce qui est drôle, c’est que j’ai commencé à lire des livres policiers par motivation pour apprendre l’allemand et maintenant, je suis fan de ce genre. D’ailleurs, j’ai toujours adoré les films noirs aussi, comme Touch of evil d’Orson Welles…

Quel est ton livre préféré?

Impossible de choisir! Bon, il y en a deux que j’ai vraiment lu et relu : The great Gatsby (Gatsby le Magnifique) de Fitzgerald et A moveable feast (Paris est une fête) d’Hemingway.

C’est drôle, ces deux livres sont contemporains l’un de l’autre…

Ce style d’écriture très sincère, très direct était nouveau pour l’époque et a été créé par ces deux écrivains, Fitzgerald et Hemingway. L’atmosphère de ces deux romans me plaît. C’est « la bonne vie »… Les deux livres parlent de ce qui est important dans la vie. Ca m’a vachement influencé quand j’étais jeune. J’habite à Berlin pour vivre comme ces héros, peut-être. Ici il y a toujours des gens un peu fous, des personnages… ici, tu peux sortir et boire tous les soirs… faire n’importe quoi, un peu! La vie d’expatrié, quoi.

Maintenant, fais-moi une grimace inspirée par Die Hunde von Riga!

Tu fais l’assassin, ou le policier maladroit façon Pierre Richard dans « La chèvre »?

Et désormais, Jake sera pour moi…

Quelqu’un à qui je pourrai offrir un Agatha Christie traduit en magyar…

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Malcolm lit "Saturday"

Berlin, quartier de Mitte, appartement de Jake et Malcolm, le 16 septembre 2007.

Malcolm, 31 ans, Anglais, musicien rock et professeur d’anglais. Vit à Berlin (Mitte). Pendant mon séjour berlinois, c’est Jake, un ami américain, qui m’héberge dans son appartement idéalement situé en plein centre de la ville. Malcolm, son colocataire anglais, lisait devant moi tandis que je travaillais à mes recherches pour ma nouvelle pièce de théâtre.Il s’est donc prêté au jeu de l’interview littéraire… dans la langue de Molière!Qu’est-ce que tu lis?

Saturday, d’ Ian Mac Ewan (en anglais). Une phrase que tu aimes dans ce livre :« From the second floor, he faces the night, the city and its icy white light, the skeletal trees in the square, and thirty feet below, the black arrow head railings, like a row of spears. »

Pourquoi ce livre? J’aime bien cet écrivain, Ian Mac Ewan. C’est un de ses romans récents, j’étais donc curieux de le lire car je n’ai pas lu de bouquin de cet auteur depuis un moment. L’histoire se passe à Londres. Je pense que j’avais envie de lire quelque chose qui se passe là-bas. J’habite à Berlin, il y a probablement un élément de nostalgie de ma part. J’avais envie de me tenir au courant de la vie à Londres.Comment ce livre est-il arrivé entre tes mains? J’étais en vacances en Angleterre. J’ai volé ce livre dans l’appartement de mon frère il y a trois semaines, à Londres. Je ne sais pas si mon frère avait l’intention de le lire, mais il ne lit pas beaucoup, donc cela ne devrait pas lui manquer. En plus, en trouvant le livre, j’ai vu qu’il y avait le nom de ma mère dedans. Tu vois, « Rennie« , c’est le nom de ma mère… Je pense que ce livre lui appartenait et qu’elle l’a ensuite donné à mon frère qui ne l’a pas lu.

Tu lis tout le temps dans la cuisine, comme tu le fais en ce moment? Non, je lis dans les toilettes! Je lis au lit aussi (mais cela me fait dormir, je ne dépasse même pas une page…), et parfois dans les transports publics. Lire aux toilettes, c’est une question d’habitude. C’est aussi un moment de calme, un moment où je ne peux rien faire d’autre que lire… C’est juste que si je n’ai pas un bouquin dans les mains, j’en ai un peu marre d’être aux toilettes… (aaaaaaah, il avoue!) Et il y a quelque chose dans la position que tu as aux toilettes qui est vraiment confortable… C’est un moment de repos. (Mon Dieu Malcolm, quelle magnifique apologie de la cuvette!) Et maintenant, que penses-tu de ce livre? J’ai commencé le livre aujourd’hui. J’aime bien. Je connais le style de l’auteur et je savais que j’allais aimer son écriture. C’est un début intéressant (j’ai lu une vingtaine de pages) et j’ai envie de continuer.L’action se passe sur une journée, un samedi de la vie de quelqu’un qui habite à Londres. Ian Mac Ewan écrit toujours des choses un peu glauques : le protagoniste est un médecin qui travaille à Londres. J’ai déjà lu une série d’explications d’opérations chirurgicales qui sont décrites avec une clarté assez horrible pour une personne qui ne pratique pas la médecine. L’auteur a un talent pour insérer des choses horribles, choquantes, dans un des contextes banals, au moment où tu ne t’y attends pas.

Il existe quelques films tirés de ses romans : The cement garden, avec la fille de Serge Gainsbourg. C’est un film d’art et d’essai en noir et blanc, très étrange, qui date des années 90. Je viens de regarder aussi un film tiré de Enduring love, avec des comédiens connus en Angleterre, c’était pas mal non plus.En tant qu’artiste, comment te nourris-tu de tes lectures?Autrefois, quand je faisais plus de « songwriting », inconsciemment, j’étais très influencé par mes lectures. Surtout par des mots précis. Moby Dick m’a inspiré un morceau. J’ai écrit un autre morceau inspiré par un poème en latin, mais ce n’était pas fait exprès. Quand je m’en suis rendu compte, j’ai délibérément travaillé en direction de cette influence en écrivant les paroles de ma chanson.

Quel est ton livre préféré?

Moby Dick de Melville. J’aime bien les classiques, j’aime bien les romans qui se passent « sur la mer ». Les situations d’aventure : les hommes contre les forces de la nature. Je l’ai lu à l’âge de 23 ou 24 ans, ce qui est assez tard. Quand je faisais mes études de lettres en Angleterre, Melville était l’un des auteurs qui faisaient partie des canons de la littérature en anglais. J’adore les jeux de mots de Melville, sa manière d’utiliser le langage.

Et maintenant, fais-moi une grimace inspirée par Saturday!

Dans le premier chapitre, le protagoniste se lève très tôt par hasard, il voit une comète dans le ciel de Londres et il la regarde… On peut d’ailleurs voir cette comète sur la couverture du livre.Et désormais, Malcolm sera pour moi…Le marin qui surfe sur la cuvette sans jamais tomber dans le trou fatal…

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